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[Think 2026] Inégalités d’accès à l’enseignement supérieur : l’orientation, « axe de travail » (R. Bordet)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Analyse n°430104 - Publié le
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L. Laulusa, A. van Zanten, E. Duflos, R. Bordet à Think 2026 -

« Les inégalités se jouent assez tôt, au moment de l’orientation, au collège et au lycée surtout. Au-delà du maillage territorial des universités, il y a un premier axe de travail : l’orientation », indique Régis Bordet, président de l’Université de Lille, le 05/02/2026.

Il s’exprime lors de Think Éducation & Recherche 2026 à Sorbonne Université, à l’occasion d’un débat sur les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur et les solutions pour y remédier.

La répercussion d’inégalités sociales sur les choix d’orientation est au cœur du travail d’Agnès van Zanten Directrice de recherche émérite @ Observatoire Sociologique du Changement (CNRS/Sciences Po)
, sociologue de l’éducation et directrice de recherche émérite CNRS Centre national de la recherche scientifique au Centre de recherches sur les inégalités sociales de Sciences Po Paris. Il s’agit selon elle d’un problème historique : « Longtemps la France n’a pas donné la priorité à cette question d’accès à l’enseignement supérieur. »

Par ailleurs, « il ne suffit pas d’avoir accès à l’information : il faut aider les jeunes à la comprendre ».

D’autres pistes, comme l’évolution des modalités d’admission face aux inégalités sociales et de genre, et les possibilités d’aménagement des parcours sont également portées par les autres intervenants :
• Emmanuel Duflos, directeur de l’EPF Ecole polytechnique féminine - devenue EPF Ecole d’ingénieurs Engineering school, président de la Cdefi Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs , via l’ouverture d’une voie d’accès aux concours d’ingénieurs réservée aux filles ;
• Léon Laulusa, directeur général de l’ESCP Ecole supérieure de commerce de Paris Business School et vice-président relations internationales à la CGE Conférence des grandes écoles , via des dispositifs d’égalité des chances et d’inclusion ;
• et le projet Libellule à l’Université de Lille, qui lutte contre le décrochage en début de licence.


Des inégalités construites dès la phase d’orientation

« Si l’on veut réfléchir aux inégalités d’accès à l’enseignement supérieur, il faut avoir un point de vue global et tenir compte de l’ensemble de la scolarité : la réussite scolaire, puis les choix d’orientation, le soutien dont les jeunes bénéficient et la construction de leur motivation sur le long cours », indique Agnès van Zanten.

Pour mesurer les inégalités entre établissements, elle s’est intéressée à quatre dimensions :

  • « Quel paysage des études supérieures l’on propose aux jeunes ? Dans un lycée favorisé, on ne parle que de classes prépas et d’institutions prestigieuses. Dans un lycée défavorisé, on ne parle que de BTS Brevet de technicien supérieur et de filières moins sélectives. »
  • Le moment où l’on parle d’orientation. « Dans les établissements favorisés, on en parle en seconde, et parfois même dès le collège. Plus l’on va vers des lycées défavorisés, plus c’est tardif. »
  • Le temps consacré à l’orientation. « Dans les lycées défavorisés : les personnels sont pris par une multitude de tâches, réussite au bac, absentéisme, décrochage, etc. Dans les lycées favorisés, on a beaucoup de temps et de personnels. »
  • Le suivi des vœux des élèves. « Dans les lycées favorisés, on peut les suivre de façon très personnelle. Dans les lycées défavorisés, par manque de temps, les conseils sont très génériques. »

Agnès Van Zanten à Think 2026
Agnès Van Zanten à Think 2026 - ©  Seb Lascoux

Salons étudiants, CEP Sciences Po, Cordées de la réussite… Comment attirer les lycéens défavorisés ?

La sociologue note qu’il y a « de plus en plus d’acteurs marchands qui interviennent dans l’enseignement supérieur. Entre autres car il y a un déficit de l’État, et donc un espace à remplir ». Parmi ces espaces, on trouve les salons étudiants.

« Contrairement aux lycées, où l’on dit aux jeunes défavorisés ‘tu ne pourras rien faire avec tes notes’, les salons sont un Disneyland où on leur dit que tout est possible, que la personnalité est la seule chose qui compte, que les notes n’ont pas d’importance… », indique Agnès van Zanten sur ses recherches sur les salons en Île-de-France, en alertant sur le manque de capacité de ces jeunes à « distinguer ce qui est de la publicité et ce qui est de l’information ».

De son côté, Léon Laulusa Directeur général @ ESCP Business School (ESCP) • Professeur @ ESCP Business School (ESCP)
, directeur général de l’ESCP Business School, voit dans le dispositif des Cordées de la réussite un moyen aussi d’éviter l’autocensure. « Cela nous permet d’aller très tôt au lycée et dire aux jeunes ‘si vous avez un bon niveau académique, ce n’est pas votre niveau social qui va vous interdire de réussir'. C’est un message très important que nous pouvons délivrer. »

Léon Laulusa à Think 2026
Léon Laulusa à Think 2026 - ©  Seb Lascoux

Autre dispositif, les CEP (Conventions éducation prioritaire) mises en place par Sciences Po en 2001 afin de recruter par d’autres voies que celle de l’examen. Les élèves étaient sélectionnés par la préparation d’un dossier de presse dans des ateliers dédiés au lycée, suivi d’une soutenance, puis par un entretien pour les admissibles.

« L’idée est intéressante car elle a beaucoup motivé les élèves. Mais, la réalisation d’un dossier de presse demande un certain nombre d’acquis et de compétences culturelles et l’exercice n’est donc pas dénué de tout biais culturel et social  », raconte Agnès van Zanten. De même, l’entretien avantage les élèves favorisés ainsi que les hommes.

Finalement, « la proportion de jeunes défavorisés qui parviennent à avoir le niveau académique requis et à démontrer leurs compétences sociales en entretien rentre dans un mouchoir de poche ».

Des modalités d’admission à faire évoluer ?

Selon Agnès van Zanten, « en France on porte beaucoup d’attention à la sélection à l’entrée. On pourrait être un peu plus ouvert en termes de sélection à l’entrée, et beaucoup plus centrés sur la production de l’excellence à l’intérieur. »

Ces enjeux de sélection à l’entrée font l’objet de différentes expérimentations et projets portés par les acteurs de l’enseignement supérieur.

Pour les études d’ingénieurs, les travaux ont notamment porté sur les inégalités de genre, détaillées par Emmanuel Duflos Président @ Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI) • Directeur @ EPF Engineering school (EPF)
, directeur de l’EPF Engineering school et président de la Cdefi : « La statistique est connue : 30 % de femmes en école d’ingénieurs, 29 % sur le cycle ingénieur. Ce chiffre n’évolue pas depuis une quinzaine d’années, depuis que la Cdefi mène ces études. »

Emmanuel Duflos à Think 2026
Emmanuel Duflos à Think 2026 - ©  Seb Lascoux

« Ces inégalités se retrouvent dans les différentes filières. Selon les données 2025 des écoles françaises d’ingénieurs, on compte :

  • 64-65 % de femmes en chimie et SVT Sciences et vie de la Terre ,
  • 58 % dans les écoles d’agronomie,
  • 40 % en physique, maths, statistiques,
  • 30 % en production,
  • 23 % en mécanique,
  • 20 % en électronique et électricité,
  • 18 % en numérique,
  • 17 % en transports. »

« Il y a une énorme variabilité, très genrée, sur l’accessibilité aux formations d’ingénieur. »

Face à ces constats, l’EPF a mis en place le dispositif ParityLab sur Parcoursup en janvier 2025. À partir de leurs recherches, la décision est prise de créer une voie d’accès aux concours d’ingénieurs généralistes réservée aux jeunes filles. Le diplôme de sortie est le même, mais le système d’admission, qui débouche sur un classement, est révisé : consultation des notes du bac, entretien de motivation « pour voir le potentiel au-delà des notes », travail en groupe et suppression des tests QCM.

Concernant les résultats du dispositif, « ce premier concours est une réussite, avec + 11,5 % de néobachelières sur Parcoursup ». « Ces résultats sont encourageants et nous poursuivons le dispositif : nous avons doublé le nombre de places pour l’an prochain. »

Mais les résultats sont aussi probants pour les concours « classiques », avec + 5 % de femmes ayant intégré l’EPF par ce biais. « L’an dernier, l’école a connu + 10,5 % de taux de féminisation. »

« Ce n’est pas simplement une nouvelle méthode de recrutement, mais un travail au niveau global ; on a formé l’ensemble du personnel aux stéréotypes de genre, ou encore mis en place un congé menstruel. L’idée est de voir comment se transformer pour enfin avoir un environnement paritaire. »

« L’objectif est aussi d’étudier le phénomène et de partager à l’ensemble de la communauté. Nous sommes en train de monter un laboratoire de recherche-action sur le sujet, avec l’appui de l’agence Phare. »

« Il ne faut pas un ascenseur social, mais un escalier social » (L. Laulusa)

« L’ESCP est la première école à oser évaluer le potentiel des personnes avec un parcours difficile ou en situation de handicap, avec le programme Talent Spring », indique Léon Laulusa.

« Grâce à des associations comme l’Institut de l’engagement qui présélectionne une centaine de candidats qui ont une licence avec des notes moyennes, on va en sélectionner une vingtaine en se basant sur leur potentiel. Ils viennent ensuite chez nous pendant trois jours et on les évalue sur leurs rapports avec les autres, leur potentiel de leadership, de créativité. C’est ce qu’on appelle une évaluation à plusieurs niveaux. Grâce à cela, on retient dix personnes. »

« Nous souhaitons l’ascension sociale, mais pour cela il ne faut pas un ascenseur, mais un escalier social. Il faut faire des efforts marche par marche. Il faut avoir des fondamentaux. Donc, nous avons mis en place l’égalité des chances il y a quelques années pour les élèves boursiers. Une soixantaine de préparationnaires viennent chez nous et on va les encourager, leur donner plus de confiance pour travailler sur les épreuves orales. Sur la soixantaine d’étudiants, tous intègrent les grandes écoles et même des écoles de meilleur rang. »

« Cette année, neuf admis ont intégré à l’ESCP sur les soixante. Nous avons voulu étendre cela aux lycéens qui viennent une semaine à l’école à partir de la seconde. »

« En 2025, nous avons créé une Extension School, sur le modèle de Harvard. Nous sommes donc la première école de commerce en Europe à créer une école de la deuxième chance, une école de l’excellence pour tous. Tout le monde peut venir et s’inscrire dans un programme de huit mois, certifiant et à un tarif accessible à moins de 5 000€ et éligible au compte CPF Compte personnel de formation . »

« On va accélérer cela, le 18/02/2026, avec un partenariat qui va aider à faire en sorte que ce soit l’excellence pour tous. »

Un travail à poursuivre après l’admission

Léon Laulusa insiste sur l’importance de l’accompagnement des admis « issus de l’ouverture sociale ». « À l’ESCP, il y avait des associations étudiantes uniquement pour telle ou telle classe prépa, où les ATS ne pouvaient pas aller, etc. Nous avons cassé tout cela en disant aux associations que, pour avoir du budget, elles devaient intégrer tout le monde. »

« Ensuite, dans le PGE Programme grande école , 26 % des candidats sont éligibles aux bourses. Nous offrons 10 M€ de bourse, alors que nous avons zéro financement public. Nous offrons également 5 M€ sur les autres dispositifs d’ouverture sociale. Ça signifie 15 M€ que nous consacrons à l’ouverture sociale : bourse de mobilité, repas chaud à 1€, activités sportives gratuites, etc. Parce que lorsqu’ils intègrent l’école, la première barrière est financière. »

« Nous offrons aussi des jobs sur l’ensemble de nos campus. Il faut accompagner ces étudiants parce que, lorsque vous avez des personnes issues de l’ouverture sociale, ils ne connaissent pas les codes sociaux des entreprises. On fait cela aussi pour accompagner les femmes. »

Université de Lille : aménager et réorienter pour éviter le décrochage

« Dans le cadre de notre transformation avec la fusion de trois universités et la création de l’EPE, nous avons obtenu pas mal de financements, et également via France 2030. Mais nous avions un trou dans la raquette et quand j’ai pris la présidence, nous n’avions pas encore répondu à l’appel à projets Excellences. J’ai décidé de consacrer l’ensemble de notre projet au premier cycle, en partant d’un principe qui est de lutter contre la sélection par échec, sans abdiquer l’exigence académique. C’est le sens du projet Libellule », explique Régis Bordet Vice-président @ L’initiative • Président @ Université de Lille (EPE)
.

Régis Bordet à Think 2026
Régis Bordet à Think 2026 - ©  Seb Lascoux

« Grâce à notre observatoire nous avons pu identifier quatre catégories d’étudiants dans notre université :

  • Il y en a 5 % que l’on ne verra jamais à l’université. Ils prennent une inscription administrative et ne font jamais leur inscription pédagogique. Pour ceux-là, on ne peut pas grand-chose.
  • 15 % d’étudiantes et d’étudiants vont très vite être des décrocheurs passifs.
  • 45 % sont en relative difficulté, mais vont réussir.
  • 35 % vont de toute façon réussir. »

Pour les décrocheurs passifs, « il y a des diversités de profils et, assez bizarrement, il n’y a pas d’impact du caractère de boursier de l’étudiant sur les résultats globaux ». Parfois, les temps de trajet peuvent expliquer ce décrochage, « donc on peut les réorienter vers une autre université de proximité, ou trouver des moyens de les accompagner socialement ».

« Il y a aussi ceux qui sont en difficulté universitaire parce que leur orientation n’a pas été bonne. On peut les réorienter vers d’autres filières à l’intérieur de l’université ou vers des BTS. On ne réduit pas totalement les inégalités, mais au moins ils ne sortent pas du système scolaire et universitaire sans diplôme. »

Pour ce qui est des 45 % des jeunes en « relative difficulté », des tests sont effectués et peuvent déboucher sur des contrats pédagogiques : « On préfère une réussite de licence en quatre ans définie dès le départ, plutôt qu’un risque de sortie parce qu’il y a une perte de motivation. Nous assumons que beaucoup de jeunes décident de faire leur L1 Licence 1 en deux ans, ce qui signifie qu’il n’y a pas un réel redoublement, et cela évite l’impression d’avoir échoué. »

Enfin, « dans le cadre du projet Libellule, nous avons aussi modifié un peu les pratiques pédagogiques pour mêler les jeunes qui viennent d’horizons différents. On mixe les compétences, en faisant un travail autour de ce qu’on appelle le service learning, où on donne des projets sur lesquels ils travaillent. Ce n’est pas simple, nos collègues, surtout les plus âgés, ont une résistance au changement, mais c’est un projet de long terme, sur dix ans, qu’on essaie d’insérer au sein de l’université ».

(Re)voir la séquence en vidéo

Régis Bordet


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Parcours

L’initiative
Vice-président
Fondation I-site Ulne
Directeur général
Université de Lille, Inserm, CHU de Lille
Directeur de l’unité mixte de recherche sur les troubles cognitifs  dégénératifs et vasculaires
Université de Lille
Vice-président stratégie et prospective
Université Lille 2 Droit et Santé
Vice-Président Recherche
Consortium européen Pharma-Cog (projet IMI)
Coordonnateur
Centre national de gestion des essais de produits de santé
Directeur

Fiche n° 31905, créée le 13/07/2018 à 17:38 - MàJ le 18/02/2026 à 16:51

Emmanuel Duflos


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Parcours

Conférence régionale des grandes écoles Hauts-de-France
Président
Centrale Lille Institut
Directeur adjoint et directeur de la recherche
Centrale Lille Institut
Directeur adjoint et directeur des technologies de l’information
Centrale Lille Institut
Directeur du service des technologies de l’information
Centrale Lille Institut
Directeur du centre informatique
ISEN
Directeur de la recherche

Fiche n° 3527, créée le 25/04/2014 à 10:27 - MàJ le 03/06/2026 à 15:11

Léon Laulusa

Parcours

Conférence des grandes écoles (CGE)
VP Relations internationales
ESCP Business School (ESCP)
Directeur général
ESCP Business School (ESCP)
Directeur du campus parisien
ESCP Business School (ESCP)
Directeur général délégué
ESCP Business School (ESCP)
Directeur académique et des relations internationales
ESCP Business School (ESCP)
Directeur des relations internationales et membre du comité exécutif
ESCP Business School (ESCP)
DIrecteur académique adjoint chargé du développement international

Fiche n° 15210, créée le 13/01/2016 à 18:56 - MàJ le 18/02/2026 à 16:51

Agnès van Zanten


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Parcours

Observatoire Sociologique du Changement (CNRS/Sciences Po)
Directrice de recherche émérite

Fiche n° 32484, créée le 29/08/2018 à 14:45 - MàJ le 19/02/2026 à 15:17



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L. Laulusa, A. van Zanten, E. Duflos, R. Bordet à Think 2026 -