[Think 2026] Regards croisés d’E. Roux et B. Durand sur les enjeux de déconcentration des politiques ESR

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Analyse n°429794 - Publié le
- +
©  Seb Lascoux
Bénédicte Durand et Emmanuel Roux à Think 2026 le 06/02/2026. - ©  Seb Lascoux

« L’exercice de la nouvelle contractualisation, les Comp Contrat d’objectifs, de moyens et de performance , est une traduction concrète et très importante de ce qu’est la déconcentration. Cela s’inscrit dans la volonté du ministre d’envoyer des compétences plus nombreuses dans les rectorats de région académique », déclare Emmanuel Roux Recteur délégué Esri @ Région académique de Nouvelle-Aquitaine
, recteur délégué à l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation de la région académique Nouvelle-Aquitaine, le 05/02/2026.

Il s’exprime lors de Think Éducation & Recherche 2026 à Sorbonne Université, à l’occasion d’un duo sur le juste équilibre entre pilotage national et déconcentration, avec Bénédicte Durand Présidente @ Centre national des oeuvres universitaires et scolaires (CNOUS)
, présidente du Cnous Centre national des œuvres universitaires et scolaires .

Si les universités entretiennent des relations historiques avec les collectivités, « l’intérêt des Comp est de ramener autour de la table tous les partenaires de l’université qui présente sa feuille de route stratégique à cinq ans, devant un public nombreux (des partenaires du monde socio-économique, des associations, des étudiants et des collectivités). Cela n’avait jamais eu lieu jusqu’à présent ».

Pour Bénédicte Durand, « la place des collectivités dans les missions des Crous Centre régional des œuvres universitaires et scolaires est fondamentale : vous ne pouvez pas construire une résidence universitaire si le maire n’est pas d’accord. Sur le logement étudiant, notre feuille de route est extrêmement ambitieuse : si l’on n’embarque pas les collectivités territoriales pour qu’elles acceptent de nous mettre à disposition du foncier, on ne construira pas de logements étudiants ».

« Nous venons de proposer au maire de Montpellier de rentrer au conseil d’administration du Cnous, pour signifier très clairement que le niveau national prend en compte l’avis des premiers hébergeurs des étudiants, c’est-à-dire les maires. »


« Jusqu’à présent, la contractualisation n’était pas connectée aux moyens »

Les régions académiques Nouvelle-Aquitaine et Paca Provence Alpes Côte d’Azur ont été choisies pour porter cette nouvelle forme de contractualisation que sont les Comp. « C’est un exercice lourd qui implique, dans le cadre national, de s’emparer de ce nouvel exercice de contractualisation, en fonction des caractéristiques des régions académiques et de la manière dont on l’appréhende », indique Emmanuel Roux.

« Le ministre a désigné deux régions comme préfiguratrices, qui étaient un peu en avance de phase et qui n’ont pas pour mission d’expérimenter, mais de tester un certain nombre de moyens et de méthodes. Il peut y avoir entre la Paca et la Nouvelle-Aquitaine quelques différences méthodologiques dans la manière d’organiser les discussions avec les partenaires. »

Dans sa région, le recteur délégué Esri a organisé des ateliers territoriaux, « autour d’une feuille de route stratégique que nous avons demandé aux universités de nous livrer. On demande aux universités de se projeter à cinq ans sur leur politique d’établissement, ce qui est nouveau. Jusqu’à présent, la contractualisation n’était pas connectée aux moyens ».

« En Paca, mon collègue Khaled Bouabdallah Recteur délégué Esri @ Région académique de Provence-Alpes-Côte d’Azur
a plutôt préféré réunir tous les partenaires autour d’un bassin territorial, discuter avec ses partenaires dans les universités pour amener la réflexion vers la production d’une feuille de route stratégique. La feuille de route est la conséquence de ces discussions et non pas le point de départ. Le positionnement qu’on a donné à l’université diffère un peu, mais le résultat auquel on va aboutir sera exactement la même. »

La place du réseau des Crous dans les Comp

Bénédicte Durand à Think 2026 - ©  Seb Lascoux
« Nous sommes parfaitement intégrés à la dynamique des Comp, au cœur de cet indicateur [sur la vie étudiante] et nous avons enfin — pour ce qui concerne la discussion avec les universités — un outil de territorialisation de l’action collective au service des étudiants », déclare Bénédicte Durand.

« Nous avons la particularité d’être organisés en double réseau : à la fois local avec des Crous intégrés aux discussions locales, partenariats, conventions, mais aussi national, avec les Crous entre eux. »

« Sa première mission est la solidarité des établissements entre eux, dans le partage des financements apportés par l’État. Dans le moment que nous vivons, ce réseau national doit s’adapter pour ne pas parler à ses Crous uniquement dans l’animation du réseau de solidarité, mais aussi pour travailler la question de sa perception. »

« C’est le défi qui attend le Cnous dans les mois à venir : affiner son pilotage du réseau, dans une meilleure prise en compte de la différence entre territoires. Il s’agit d’être attentif à deux choses :

  • le pilotage par les autorités académiques du continuum d’égalité des chances,
  • la multiplicité des acteurs qui sont autour de la table. »

« Du point de vue du Cnous, cela va exiger de notre part de probablement formaliser, dans le cadre du dialogue de gestion avec les Crous, une forme de volet territorial pour associer de façon plus étroite les enjeux d’allocation de moyens à leur égard aux enjeux que le territoire portera. »

Le lien avec les collectivités

« Lorsque j’étais au cabinet de Sylvie Retailleau Présidente @ Universcience
, j’ai rencontré des élus locaux qui regrettaient d’avoir une vision parcellaire de la politique à l’université. Les Comp sont un exercice de transparence, l’université dit aux représentants de l’État : “Si mes projets vous intéressent, venez avec moi, confirmez notre partenariat, pourquoi ne pas conventionner ?” », indique celui qui était conseiller affaires territoriales et institutionnelles au cabinet de la ministre de l’ESR Enseignement supérieur et recherche de janvier 2023 à juin 2024.

« Beaucoup d’universités ont des sites secondaires, c’est important pour les élus locaux qui accueillent ses antennes de participer à cette réflexion et de cranter avec l’université. Cet exercice ne crée pas une relation qui existe déjà mais qui la conforte et la rationalise », ajoute le recteur délégué Esri.

Des moyens en plus pour assurer la déconcentration ?

Les Crous d’Occitanie-Toulouse et de Lorraine ont ouvert un poste de direction de projet en charge des territoires. « Ces postes indiquent un mouvement politique porté par les directeurs généraux : s’adresser à tous les partenaires concourant à la dynamique de services aux étudiants fait partie de leurs missions principales », déclare Bénédicte Durand.

« Concernant les moyens généraux, la déconcentration est un mouvement. Pour le réseau des œuvres, cela ne porte pas la nécessité de moyens supplémentaires. »

Emmanuel Roux à Think 2026 - ©  Seb Lascoux
Pour Emmanuel Roux, l’exercice des Comp implique de repenser l’organisation des services au rectorat. « Le ministère, la Dgesip Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle et la DGRI Direction générale de la recherche et de l’innovation ont mis en place une task force pour accompagner les rectorats de région académique dans l’exercice de déconcentration. Des référents du ministère sont à disposition des rectorats pour répondre à nos questions », indique-t-il.

« La déconcentration est une petite révolution pour les régions académiques, cela permet de plus incarner ce qu’est l’ESR dans une région académique. Cela implique de tout remettre à plat dans l’organisation des choses, avec le recteur de région académique, le secrétaire général de région académique, ses adjoints, pour repenser la manière dont travaillent les services, passer en mode projet pour gagner du temps sur un certain nombre d’activités chronophages, et entrer dans une logique plus opérationnelle. »

La déconcentration, « une proximité des services de l’État avec les usagers »

Pour Bénédicte Durand, l’installation des politiques de vie étudiante « au plus près des territoires est une dynamique lancée par la ministre Sylvie Retailleau et son souhait de demander à ses recteurs de produire des diagnostics de vie étudiante. Cela permet aujourd’hui au ministre Philippe Baptiste Ministre @ Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace
d’insister sur la nécessité d’une proximité des services de l’État avec les usagers — et c’est là le sens profond du mot “déconcentration” — notamment lors de ce moment très particulier qu’est celui de l’accès à l’enseignement supérieur ».

« Il y a une très grande hétérogénéité des contextes d’étude ; pas un seul bassin de vie étudiante ne ressemble à un autre. Ces écosystèmes supposent une approche extrêmement proximale, que la déconcentration doit nous permettre d’appréhender de façon plus efficace. »

Emmanuel Roux, lui, définit la déconcentration comme « la politique de l’État appliquée aux territoires ».

« C’est une approche complètement pratique, une modalité d’action de l’État qui se rapproche des territoires, qui sort de la centralisation plutôt parisienne pour venir irriguer les territoires. Il ne faut pas confondre ce mot avec décentralisation. “C’est le même marteau qui frappe mais on en a raccourci le manche”, selon la formule traditionnelle d’Odilon Barrot », indique-t-il.

« Le MESR Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche a mis un peu plus de temps à acquérir cette logique de déconcentration, cela commence à se traduire sur le terrain. » Cette politique répond selon lui à une demande en local de « mieux prendre en compte et traiter les caractéristiques territoriales ».

D’après Bénédicte Durand, les différents partis « sont demandeurs de cette compréhension plus fine du besoin et d’une forme de coordination de l’ensemble des acteurs pour gagner en efficacité du système […] et promouvoir une vraie politique d’égalité des chances ».

(Re)voir la séquence en vidéo

Bénédicte Durand


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Parcours

Institut national du patrimoine (INP)
Présidente du conseil d’administration
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR)
Inspectrice générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche
Matignon - Services du Premier ministre
Conseillère éducation, jeunesse, enseignement supérieur et sports
Région académique d’Île-de-France
Rectrice déléguée à l’Esri
Sciences Po Paris (IEP Paris)
Administratrice provisoire
Sciences Po Paris (IEP Paris)
Directrice des études et de la scolarité
Sciences Po Paris (IEP Paris)
Doyenne du collège universitaire
Université Gustave Eiffel
Professeure associée
Ministère du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’Etat
Directrice adjointe du cabinet en charge du porte-parolat auprès de Valérie Pécresse
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
Directrice adjointe du cabinet de Valérie Pécresse
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
Conseillère sciences humaines et sociales au cabinet de de Valérie Pécresse
Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Conseillère technique (enseignement supérieur) au cabinet de Gilles de Robien
IUFM Pays-de-la_loire
Maitresse de conférences
IUFM de Créteil
Enseignante
Ministère de l’Éducation nationale
Enseignante en collège et lycée

Établissement & diplôme

Sorbonne Université
Doctorat en géographie
Sorbonne Université
Agrégation d’histoire

Fiche n° 9119, créée le 20/02/2015 à 12:13 - MàJ le 21/04/2026 à 17:14

Emmanuel Roux


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Parcours

Région académique de Nouvelle-Aquitaine
Recteur délégué Esri
Région académique de Provence-Alpes-Côte d’Azur
Recteur délégué pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR)
Conseiller affaires territoriales et institutionnelles au cabinet de Sylvie Retailleau
Nîmes Université
Professeur des universités
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR)
Conseiller affaires territoriales au cabinet de Sylvie Retailleau
Cour des comptes
Conseiller référendaire
France Universités
Président de la commission juridique
Languedoc-Roussillon Universités (Comue)
Administrateur provisoire
Université de Mayotte
Administrateur provisoire
Nîmes Université
Directeur du département droit, économie et gestion
Nîmes Université
Vice-président chargé de l’administration et des finances
Université de Nîmes
Directeur adjoint du département droit, économie et gestion
Université de la Réunion
Maître de conférences

Établissement & diplôme

Aix-Marseille Université (AMU)
Doctorat de droit public

Fiche n° 4720, créée le 18/06/2014 à 10:23 - MàJ le 27/02/2026 à 15:29

©  Seb Lascoux
Bénédicte Durand et Emmanuel Roux à Think 2026 le 06/02/2026. - ©  Seb Lascoux