[Think 2026] Insertion professionnelle : « L’adéquationisme primaire, cela ne fonctionne pas » (O. Ginez)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°429737 - Publié le
- +
©  Seb Lascoux
Olivier Ginez à Think organisé par News Tank à Sorbonne Université le 05/02/2026 - ©  Seb Lascoux

« Quand on réfléchit GPEC Gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), on se dit : “Combien faut-il de techniciens en production, combien de ceci, combien de cela ?”. Puis, on dit à l’appareil de formation de se mettre en ordre de marche pour répondre à ces éléments. On sombre dans l’adéquationisme primaire, et en réalité, cela ne fonctionne pas », déclare Olivier Ginez Directeur général @ Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (Dgesip)
, Dgesip Directeur/rice général(e) de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle , le 05/02/2026.

Il s’exprime lors de Think Éducation & Recherche 2026, à Sorbonne Université, sur les enjeux d’insertion professionnelle, en amont de la remise des Prix News Tank Emerging récompensant les collaborations entre établissements d’enseignement supérieur et entreprises.

Selon le Dgesip, en matière d’adaptation de la formation aux besoins des entreprises, « les chiffres ne sont jamais convergents. Personne n’est capable de dire de quoi demain sera fait et quels seront les besoins à l’échelon national. En revanche, il y a une réalité territoriale ».

« Au niveau du ministère, depuis 2022, nous avons mis en place une contractualisation avec les établissements, publics en particulier, pour leur donner des outils d’intégration de ces notions de GPEC et de transformation de leur offre de formation pour suivre les tendances du monde économique autour des métiers en tension, en évolution ou d’avenir ». Il évoque des outils administratifs mais aussi « de financement, de pilotage, d’accompagnement ».

« France 2030 a permis de développer des outils intéressants pour que les établissements, quels que soient leur type et leur nature, s’approprient ce sujet de l’adaptation de leur offre de formation aux besoins de leur territoire. Il n’y a pas d’injonction nationale même s’il y a des grandes tendances », indique le Dgesip qui fait le lien avec « la mise en place des Comp Contrat d’objectifs, de moyens et de performance où le volet formation est très important ».


Insersup, un outil pour accompagner les établissements dans leur réflexion

Pour Olivier Ginez, une insertion professionnelle réussie est « une insertion qui permet à un étudiant, dans le cadre d’un parcours qui aura été au long cours, peut-être juché d’embûches, in fine de se retrouver en situation de faire ce pour quoi il a été formé et ce à quoi il a toujours rêvé ».

Il revient sur la création, en 2023, par le ministère de l’outil Insersup « qui permet de donner des informations aux établissements et de les accompagner dans leur stratégie ».

« Jusqu’à présent, le sujet de l’insertion professionnelle se faisait par le biais d’enquêtes quantitatives et qualitatives en lien avec notre service statistique ministériel auprès des établissements. Mais ces enquêtes arrivaient en décalé, parce que cela demande du temps, et il y avait des trous dans la raquette parce que cela repose sur la bonne volonté des étudiants de répondre aux enquêtes. »

« Nous avons donc décidé de construire un outil plus automatique qui permet de croiser les données sociales nominatives avec les données Sies Sous-direction des systèmes d’information et des études statistiques , celles utilisées par le ministère pour suivre les étudiants dans leurs établissements. Grâce à cela, nous sommes capables d’une année sur l’autre de produire des statistiques d’insertion professionnelle par filière, par mention, par parcours. Nous sommes même capables d’aller chercher les étudiants à l’international. Nous avons donc aujourd’hui une profondeur de champ qui est intéressante. »

Quant à l’utilisation des données Insersup, le Dgesip indique qu’avec « ces chiffres, nous pouvons accompagner les établissements dans leur réflexion autour de la transformation de leur offre de formation ».

« Nous avons mis en place un système qui s’appelle Quadrant et qui permet d’objectiver un certain nombre de résultats comme l’insertion professionnelle, la réussite, la valeur ajoutée de l’établissement. C’est particulièrement important parce que quand on parle d’insertion professionnelle, si l’on regarde des chiffres de façon abrupte, cela ne veut rien dire. Il faut regarder la valeur ajoutée : d’où on part, pour arriver où, et comment les établissements se sont saisis du sujet en fonction du profil de leurs étudiants pour les faire mieux réussir et pour qu’ils arrivent à être mieux insérés. »

Ainsi, « plutôt que de regarder la donnée quantitative stricte, nous faisons une analyse qualitative pour voir quelle est la valeur ajoutée de l’établissement sur un certain indicateur comme l’insertion professionnelle ».

Lien avec les entreprises : « un changement de logiciel du côté des établissements publics »

Interrogé sur la relation entre les établissements et les entreprises sur le terrain, Olivier Ginez souligne « un changement de logiciel du côté des établissements publics, et en particulier des universités, qui est incroyable ».

Selon le Dgesip, le phénomène est engagé depuis plusieurs années. « Mais, c’est vrai qu’on dit souvent les écoles d’ingénieurs ou de commerce n’ont pas ce problème. Ce sont de plus petites entités où l’offre est beaucoup plus ciblée, donc elle est accessible plus rapidement. Évidemment, dans une université qui est pluridisciplinaire, et où l’offre de formation est assez pléthorique, peut-être que l’entreprise n’y va pas naturellement. Il y a sans doute encore un manque à gagner. Pour autant cette relation se renforce depuis des années. »

Et d’ajouter que : « l’axe qui a permis de faire bouger tout ça, c’est la recherche et la création de toutes les structures autour du transfert d’innovation. Ça a permis d’affirmer et de renforcer la place des établissements publics et des universités au premier chef dans l’écosystème local. Et par ce biais, de voir aussi l’université comme un outil d’apport pour le développement économique territorial à la fois par les entreprises et par les collectivités ».

Il souligne que lors de ces rencontres sur le terrain, tous les présidents et présidentes d’université mentionnent leur relation avec les collectivités territoriales. « C’est aujourd’hui totalement intégré dans le mindset des établissements. Là-dessus, j’ai vraiment zéro inquiétudes ».

La formation continue, toujours un point faible malgré « d’énormes efforts »

Malgré une relation entre établissements et entreprises qui se développe, le Dgesip pointe l’un des points faibles de la France : la formation continue. « Même si d’énormes efforts en la matière ont été faits, notamment de la part des établissements qui se sont structurés, nous sommes encore en dessous de la maille par rapport à ce qui se pratique dans le reste du monde. »

« Quand je discute avec des partenaires internationaux, comme des vice-ministres chinois, japonais ou des collègues allemands, ce qui me frappe, c’est le taux de sortie à bac + 3 dans ces pays-là qui est de 70-80 %. Ces interlocuteurs vous disent que tous leurs étudiants sortent à bac + 3 parce que, derrière, dans le monde de l’entreprise, en lien avec les universités et écoles, on continue la formation de ces jeunes. En fait, ils considèrent aussi les entreprises comme un outil de formation et de formation au bon standard. »

Ainsi, pour le Dgesip, « l’entreprise est aussi un outil de formation non négligeable. Il faut donc qu’on renforce la formation continue, et qu’on fasse tomber un certain nombre de barrières, notamment sur la poursuite d’études ».

Il prend pour exemple la création des BUT Bachelor universitaire de technologie , « lors de leur mise en place, on avait demandé qu’il y ait un taux d’insertion professionnelle à l’issue de la formation de l’ordre de 50 %. Je crois qu’on flirte avec ces chiffres mais sans vraiment y être parce qu’il y a une volonté d’aller vers plus d’études, vers la mastérisation. Je ne dis pas que ce n’est pas bien, au contraire, mais on doit sans doute réfléchir différemment à la poursuite des BUT, en lien avec les entreprises ».

Du côté des points forts, Olivier Ginez souligne le développement de l’apprentissage dans le supérieur, avec « une bascule fondamentale entre 2017 et 2026 ».

« C’est une chance. Cela a permis de créer des liens forts entre l’entreprise et le monde de la formation. Il faut continuer à le consolider, sans doute le renforcer et aller vers d’autres sujets comme la formation continue. »

Régulation du supérieur privé : « Un énorme chantier devant nous »

Olivier Ginez revient également sur le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé déposé au Sénat le 28/01/2026, et sur lequel le Gouvernement a engagé la procédure accélérée pour son examen.

« C’est un énorme chantier qui est devant nous. J’espère que ce projet va très rapidement aboutir et être débattu au Parlement. Les projets de loi, par définition, quand ils sont déposés, ne sont pas parfaits. Ils se nourrissent du dialogue parlementaire, des échanges et débats, et derrière il y a un énorme travail à effectuer sur le plan réglementaire pour le faire vivre. »

« Nous aurons des choses à écrire sur le sujet du lien entreprise-établissement pour faire déboucher des choses sur le plan de la formation continue et de l’apprentissage par rapport au lien entre public et privé. C’est aussi le sujet de ce projet de loi : trouver les équilibres entre une offre publique et privée et la réguler pour que la qualité de la formation soit respectée. »

Toutefois, pour le Dgesip, le PJL Projet de loi n’est pas le seul outil nécessaire pour réguler. « In fine, on parle qualité de la formation et de diplomation. Quelle est en fait la qualité d’un diplôme reconnu par l’État, d’un diplôme national, d’un diplôme d’établissement ? Derrière tout cela, il y a la capacité d’un établissement à porter au plus haut niveau sa formation. Et comment le vérifier ? Cela passe par l’évaluation. »

« Actuellement, nous avons en France un système assez robuste qui permet d’évaluer un grand nombre de formations. On n’est pas exhaustif dans l’approche, il nous reste encore quelques trous dans la raquette - et le PJL tentera de répondre un certain nombre de ces trous - mais on a quand même des instances d’évaluation de la qualité de la formation qui nous permettent de réguler et de faire le tri. »

Il ajoute : « dans ce que l’on regarde très précisément pour s’assurer de cette qualité, il y a le lien avec les entreprises. C’est fondamental et on voit qu’il y a de plus en plus d’établissements qui vont vers les entreprises, des entreprises de plus en plus investies dans les instances de gouvernance, dans les comités, dans les projets qu’il s’agisse de la recherche ou de l’innovation et de plus en plus dans la formation. C’est essentiel et cela permet aussi d’être assez assuré la qualité de la formation ».

(Re)voir la séquence en vidéo

Olivier Ginez


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Parcours

Région académique d’Île-de-France
Recteur délégué à l’Esri
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
Directeur de cabinet
Matignon - Services du Premier ministre
Chef de cabinet de Jean Castex
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
Directeur adjoint de cabinet de Frédérique Vidal
Matignon - Services du Premier ministre
Chef de cabinet adjoint de Jean Castex
Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire (Maasa)
Conseiller en charge de l’enseignement, de l’innovation, de la recherche, du renouvellement des générations en agriculture, de la réforme de l’Etat et du numérique au cabinet du ministre
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
Conseiller en charge de la recherche, innovation, loi de programmation pluriannuelle de la recherche, chargé du suivi de l’exécution des réformes au cabinet de Frédérique Vidal
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
Conseiller en charge de l’organisation territoriale et de la loi de programmation de la recherche au cabinet de Frédérique Vidal
Ministère de l’Éducation nationale (MEN)
Directeur adjoint du cabinet de Gabriel Attal, secrétaire d’État
Préfecture de Guyane
Sous-préfet, directeur de cabinet du préfet
Préfecture du Nord
Secrétaire général adjoint, sous-préfet
Préfecture des Ardennes
Sous-préfet de l’arrondissement de Rethel
Préfecture de la région Provence Alpes Côte d’Azur
Chargé de mission TIC et économie auprès du préfet de région
Préfecture de la région Provence Alpes Côte d’Azur
DRRT adjoint
Aix-Marseille Université (AMU)
Maître de conférences
Atmel
Ingénieur R&D

Établissement & diplôme

Sciences Po Aix (IEP Aix)
DU intelligence économique
Université de Montpellier
Doctorat en information système structures
Université de Montpellier
DEA microélectronique

Fiche n° 36187, créée le 02/09/2019 à 09:32 - MàJ le 21/04/2026 à 17:49

Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (Dgesip)

Catégorie : État / Agences d'État


Adresse du siège

21, rue Descartes
75005 Paris France


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Fiche n° 3739, créée le 11/12/2015 à 10:47 - MàJ le 13/05/2026 à 17:58

©  Seb Lascoux
Olivier Ginez à Think organisé par News Tank à Sorbonne Université le 05/02/2026 - ©  Seb Lascoux