[Think 2026] Pas d’innovation sans « un système de recherche universitaire très bien financé » (P. Aghion)
« On ne peut pas être dans l’innovation de rupture si, à la base, on n’a pas un système de recherche universitaire très bien financé », déclare Philippe Aghion
Prix Nobel d’Économie, Professeur @ Collège de France
• Prix Nobel d’économie 2025 (partagé avec deux autres lauréats).• Global Entrepreneurship Award 2016.• John Von Neumann Award, 2009.• Schumpeter…
, prix Nobel d’économie 2025, le 05/02/2026. Il s’exprime en ouverture de Think Éducation & Recherche 2026, à Sorbonne Université, qui a pour thème « Diversité en question, diversités en action ».
Selon lui, l’innovation en Europe passera par « une coalition de volontaires ». « La mise en œuvre du rapport Draghi, cela ne va pas être à 27, je n’y crois pas. Cela sera avec ceux qui veulent. Puis si d’autres veulent rejoindre, ils rejoindront. »
« Je crois surtout qu’il faut dire “faisons des choses, on verra bien le coût”. Il faut que les pays qui veulent faire des choses ensemble fassent des choses ensemble. Il y a certaines choses qui peuvent être faites au niveau européen, on pourrait rendre européens les Labex
Laboratoire d’Excellence
par exemple. Mais il ne faut pas attendre que les 27 se mettent d’accord. »
À ses côtés, Nathalie Drach-Temam
Présidente @ Udice • Présidente @ Sorbonne Université
, présidente de Sorbonne Université, donne l’exemple des alliances des universités européennes, qui « reposaient avant tout sur la collaboration en matière de formation ».
« Ce qui manque encore, c’est cette concrétisation pour la recherche et l’innovation. Nous entendons des signaux positifs du côté de l’ERC
European Research Council
, mais beaucoup moins en ce qui concerne le financement des universités européennes. »
Clément Beaune
Haut-commissaire @ Haut-commissariat à la stratégie et au plan (ex France Stratégie)
, haut-commissaire à la stratégie et au plan, par ailleurs conseiller Europe en 2017 lors du discours de la Sorbonne ayant lancé l’idée des alliances, estime qu’il faut “rentrer dans la deuxième phase”.
« Il faut sélectionner et financer un certain nombre d’alliances engagées, qui ont envie d’aller plus loin et d’investir dans ces diplômes communs. Les autres alliances peuvent être des réseaux de coopération plus souples qui nécessitent moins de financement », ajoute-t-il.
Financer la recherche sur le temps long
« Nous avons d’excellents chercheurs en France, mais on manque de moyens. Or, c’est très important pour l’innovation de rupture, qui s’appuie beaucoup sur de la recherche fondamentale faite chez nous, mais on n’arrive pas à traduire en innovation », constate Philippe Aghion.
Il souligne le « manque de mécanismes pour du financement de recherche à long terme ». Il cite néanmoins les Labex, « qui ont été un succès », mais regrette leur nombre insuffisant. Alors qu’il cite par ailleurs l’économiste Antonin Bergeaud qui « a montré que là où il y a eu des Labex, cela a stimulé l’industrie proche géographiquement ».
Nathalie Drach-Temam ajoute qu'« il faut investir, et investir davantage dans la recherche fondamentale. Il est nécessaire d’être plus attractif. Nous le sommes, mais pas suffisamment. »
« C’est vrai qu’on a un problème de financement, mais on n’a pas la baguette magique pour tout résoudre. Il faut toutefois souligner qu’on s’est battu pour que dans les choix budgétaires difficiles on préserve l’essentiel », déclare Clément Beaune.
« La grande nouveauté actuellement est que les États-Unis cessent d’être un pays vraiment démocratique. L’Europe a du soft power, on a un certain nombre d’atouts qui font qu’on a vocation à attirer des chercheurs. Aux États-Unis, on n’est plus libres de parler, les gens ont peur de parler dans les réunions où je vais. Les étudiants étrangers ont peur car ils pensent qu’ils vont être reconduits à la frontière », expose Philippe Aghion.
Selon lui, l’Europe doit se donner les moyens d’attirer les meilleurs chercheurs du monde « pour leur faire des offres attrayantes, leur donner des salaires corrects et faire des recherches sur le temps long ».
« Il existe un vrai problème de connaissance de ce que sont les universités » (N. Drach-Temam)
« L’université est un acteur incontournable en matière de souveraineté technologique », déclare Nathalie Drach-Temam. « Il est important de rappeler le rôle essentiel de la recherche, notamment sur le temps long. Les universités y travaillent, à travers la recherche partenariale et leur capacité à transférer les travaux de recherche vers la société. »
Selon elle, les universités « ont évolué de façon remarquable en 10 à 15 ans ». « Elles ont profondément transformé leurs façons de travailler, leurs modèles économiques et leurs formations, afin qu’elles s’adaptent au marché du travail. »
Elle déplore cependant que cette vision « reste toutefois mal perçue par les responsables politiques comme par les décideurs privés. Si nous réalisions un sondage au sein de la société, auprès des citoyens, des PME Petites et moyennes entreprises ou des ETI Entreprise de taille intermédiaire , je ne suis pas certaine que ce que sont devenues les universités et ce qu’elles peuvent apporter à l’économie soit bien connu ».
Clément Beaune, abonde : « Dans la décision publique, il y a la méconnaissance de l’université publique qui entraîne un manque d’adhésion et d’affection. Au haut-commissariat, on n’est pas un centre de recherche mais un centre d’expertise et de connaissance. On essaie d’être un pont entre la décision publique et le monde de la recherche et de la connaissance. »
« Je ne dis pas que nous devons faire de l’université une grande cause nationale, mais il existe un véritable problème de connaissance et de reconnaissance de ce que sont aujourd’hui les universités, et de ce qu’elles peuvent apporter au pays et, plus largement, à l’Europe », ajoute Nathalie Drach-Temam.
Philippe Aghion ajoute que les politiques « qui ont fait des écoles très prestigieuses - Sciences Po, l’ENA (devenue INSP), les grands corps… - mais n’ont pas été à l’université » ne comprennent pas son importance pour l’innovation.
Autonomie des universités
Sur l’autonomie des universités, Philippe Aghion répond qu’il « y a eu une réforme de l’autonomie mais très partielle, car Bercy contrôle encore trop de choses ».
« Des universités, vraiment autonomes, bien financées et une ANR Agence nationale de la recherche beaucoup plus financée nous donneraient les moyens de tirer parti des opportunités actuelles. »
Nathalie Drach-Temam dit répondre à « plusieurs dizaines d’enquêtes chaque année, et nous passons un temps considérable à nous justifier sur tout ». Selon elle, « l’autonomie n’est pas au rendez-vous ».
« Il n’y a pas d’autonomie en matière de ressources humaines ni de budget : nous ne pouvons ni placer des fonds ni emprunter. De plus, nous sommes soumis aux marchés publics. Non seulement ce n’est pas efficace, car les procédures sont longues, mais d’un point de vue budgétaire, nous dépensons davantage que ce que nous pourrions dépenser. »
« Ce qui manque énormément aujourd’hui, tous ministères confondus, y compris le Mesre Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace , c’est la confiance envers les universités. »
« L’innovation en Europe va marcher “par la coalition des volontaires” » (P. Aghion)
« En Europe, on n’a pas un vrai marché unique pour les biens et services, c’est très segmenté. Donc, on n’a pas un innovateur », indique Philippe Aghion.
Selon lui, la Darpa Defense advanced research projects agency (Agence pour les projets de recherche avancée de défense) aux États-Unis « est une manière moderne de faire la politique industrielle ».
« Mais on n’a pas l’équivalent de Darpa en Europe. Le European Innovation Council ce n’est pas du tout une Darpa. Il faut en Europe bâtir des marchés uniques, il faut des investissements institutionnels, des fonds de capital-risque et il nous faut des Darpa. Je crois beaucoup que cela va se faire par des coalitions de volontaires, c’est-à-dire quelques pays qui veulent faire des choses. »
À propos du rapport Draghi, il souligne que le chiffre de 800 Md€ pour atteindre les objectifs fixés « a été un chiffon rouge ».
Sur la coopération internationale, il ajoute : « On a la chance aujourd’hui que l’Angleterre veuille coopérer avec nous à nouveau, que l’Allemagne veuille investir, que les Suédois veuillent faire des projets dans la défense. C’est une très bonne nouvelle, donc il faut vraiment se saisir de cette approche de la coalition des volontaires. »
Les alliances d’universités européennes
Nathalie Drach-Temam donne l’exemple des alliances d’universités européennes. Sorbonne Université est engagée dans l’alliance 4EU+ « qui fonctionne très bien ».
« Nous sommes sept pays au sein de 4EU +, et je rejoins Philippe Aghion dessus, il est plus facile de travailler à sept qu’à 27. Nous nous connaissons bien et nous avons choisi de travailler avec des partenaires qui nous ressemblent. »
Mais selon elle, « la problématique actuelle est que l’Europe n’a pas soutenu l’ensemble des actions en recherche et innovation ».
« Nous le faisons néanmoins au sein de notre université, car nous travaillons avec des universités qui nous ressemblent, fortement orientées vers la recherche intensive. Nous mettons nos budgets en commun pour développer des projets de recherche communs et des thèses en cotutelle. »
Elle dit dorénavant souhaiter « que ces universités européennes soient financées sur l’ensemble du continuum formation, recherche et innovation ».
Elle ajoute : « il faut pousser l’Europe, et nous pouvons le faire dans des périmètres restreints ».
Clément Beaune se dit « assez impressionné par la réalisation. On avait fixé une cible de 20 alliances en 2024 et on pensait ça difficile à atteindre, et on est à 73 en 2026 donc ça se développe bien ».
Comparaison avec la Chine
Philippe Aghion pointe « plusieurs éléments intéressants » sur la Chine :
- « Ils n’empêchent pas la politique industrielle au nom de la politique de concurrence. Nous, en Europe, au nom de la politique de concurrence, on a bridé la politique industrielle. Cela a été une grave erreur. On a pris beaucoup de retard à cause de ça.
- Ils ont une politique d’inversion du drainage des cerveaux. Ils ont notamment instauré un système de tenure track qui a fait qu’ils sont innovants et pas juste des imitateurs. »
Selon lui, Mark Carney, premier ministre canadien, adopte une bonne politique avec la Chine. « Il a fait un contrat avec les Chinois et il a dit : “Je vais vous donner des marchés, mais je veux de la technologie chinoise. Si vous jouez le jeu, je renouvelle dans trois ans. Si vous ne jouez pas le jeu, j’arrête tout dans trois ans”. »
Du fait de la fermeture des États-Unis vis-à-vis de la Chine, il constate que les Chinois demandent à travailler avec la France. Il conclut : « Il ne faut pas être fermé a priori, mais il faut monnayer cela. »
Clément Beaune insiste, lui, sur la nécessité d’avoir « une stratégie de protection avec un droit de douane contre une pratique déloyale de concurrence, ce que les USA font très rapidement. Il faut convaincre le reste de l’UE Union européenne de la nécessité de ces droits de douane ».
Il évoque également les transferts de technologie inversés : « Avant on allait investir chez eux et ils s’inspiraient de la technologie, et maintenant il faut faire l’inverse. Mais convaincre à Bruxelles qu’il faut une politique de protection et une stratégie de transfert de technologie, ce n’est pas évident. »
Philippe Aghion
Prix Nobel d’Économie, Professeur @ Collège de France
• Prix Nobel d’économie 2025 (partagé avec deux autres lauréats).
• Global Entrepreneurship Award 2016.
• John Von Neumann Award, 2009.
• Schumpeter Prize of the International Schumpeter Society, 2006.
• Médaille d’Argent du CNRS, 2006.
• Honorary Doctorate, Stockhom School of Economics, 2005.
• Yrjo Jahnsson Award of the European Economic Association, 2001.
• Prix de la Revue Francaise d’Economie, 2001.
• Médaille de Bronze du CNRS, 1995.
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Parcours
Prix Nobel d’Économie, Professeur
Invited Professor, Institute of International Economic Studies
Chargé de Recherches
Professor of Economics
Professor of Economics
Research Co-ordinator
Assistant Professor
Établissement & diplôme
Doctorat d’économie
Doctorat de 3e cycle d’Économie Mathématique
Diplôme d’études approfondies d’économie mathématique
Fiche n° 23122, créée le 08/06/2017 à 13:06 - MàJ le 05/02/2026 à 13:10
Nathalie Drach-Temam
Présidente @ Udice
Présidente @ Sorbonne Université
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Présidente
Présidente
Membre du CA
Professeure d’informatique affiliée au LIP6
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Vice-présidente recherche, innovation et science ouverte
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Vice-présidente insertion professionnelle et vie étudiante
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Responsable du master « Systèmes électronique et systèmes informatiques »
Maître de conférences
Établissement & diplôme
Doctorat en informatique
Fiche n° 30420, créée le 07/05/2018 à 15:49 - MàJ le 05/02/2026 à 13:10
Clément Beaune
Haut-commissaire @ Haut-commissariat à la stratégie et au plan (ex France Stratégie)
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Conseiller Europe et G20
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Adjoint au chef du Bureau de la recherche et de l’enseignement supérieur
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Équipe finances de l’UE
Établissement & diplôme
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Administration et politique européennes
Fiche n° 46958, créée le 04/08/2022 à 10:26 - MàJ le 05/02/2026 à 13:11

