[Think 2026] Financer l’ESR : entre besoin de fonds publics et pistes pour diversifier les ressources

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°430612 - Publié le
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Débat « Moyens de la diversité, diversité des moyens » à Think 2026 le 05/02/2026. - ©  Seb Lascoux

« Le paradoxe saute aux yeux : il faut investir dans l’avenir, mais nous sommes limités », déclare Claire Giry, PDG Président directeur général de l’ANR Agence nationale de la recherche , durant un débat consacré à la diversité des moyens et des modèles de financement de l’ESR Enseignement supérieur et recherche , lors de Think Éducation & Recherche 2026 à Sorbonne Université, le 05/02.

Un constat que partagent les autres intervenants, alors que le budget 2026 était alors définitivement adopté par le Parlement, depuis le 02/02. Pour Bruno Bouchard, président de l’Université Paris Dauphine - PSL Paris Sciences & Lettres , les compensations de charges consenties aux établissements, notamment pour la mise en oeuvre de la PSC ou la hausse du CAS Pensions, ne sont qu’« un point d’inflexion. Ce doit être le début d’un redressement fort ».

Vincenzo Vinzi Président @ Conférence des directeurs d’écoles françaises de management (CDEFM) • Directeur général @ Essec Business School (Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales)
, directeur général de l’Essec École supérieure des sciences économiques et commerciales Business School et président de la CDEFM, pointe que l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation est un investissement dans la jeunesse, mais est aussi une question de compétences, et donc « de compétitivité à l’international et de souveraineté. »

« Le budget nous fixe un cap pour l’échéance des 12 prochains mois, alors que nous sommes face à des transitions majeures — géopolitiques, technologiques, démographiques — qui vont bien au delà de cet horizon. Elles devront être adressées d’une façon ou d’une autre, en dynamique, dans la durée, et avec des effets très structurants », estime Jean Charroin Président @ ACE • Président @ Fédération des établissements d’enseignement supérieur d’intérêt collectif (Fesic) • Directeur général @ Essca (Ecole supérieure des sciences commerciales d’Angers)
, président de la Fesic Fédération d’écoles supérieures d’intérêt collectif .

Plusieurs pistes de diversification des ressources sont débattues : formation continue, apprentissage, droits d’inscription ou encore partenariats avec les entreprises et mécénat. Avec des enjeux de professionnalisation, pointés par Jean-Philippe Bourgoin Directeur de cabinet @ Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
Agrégé de physique appliquée, Jean-Philippe Bourgoin est auteur ou coauteur de plus de 100 publications…
, directeur de cabinet de l’administratrice générale du CEA Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives .


Budget 2026 : « Que la dépense soit la plus efficace possible » (Jean-Philippe Bourgoin)

Sur la vision du budget 2026 pour l’ESR, Jean-Philippe Bourgoin indique : « Nous aurions tous aimé qu’il soit plus favorable. Vu les conditions dans lesquelles il a pu passer, ce n’est pas si mal. Mais comparé à la compétition internationale, ce n’est pas suffisant. L’important est que la dépense soit la plus efficace possible, et la mise en place la plus rapide. »

« L’instabilité budgétaire n’est pas bonne dans un secteur qui a besoin d’une vision de long terme », pointe Claire Giry Présidente @ Agence nationale de la recherche (ANR)
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Des risques pour les universités comme pour l’ANR

Claire Giry - ©  Seb Lascoux
« Nous arrivons au bout d’une trajectoire. Il y a eu une forte crispation fin 2025. 600 M€ ont disparu entre 2021 et 2024. Ces transferts de charge massifs portés sur les universités les étranglent », déclare Bruno Bouchard Président @ Université Paris Dauphine-PSL
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« Nous entrons dans une zone de risque pour l’ANR et nous ferons tout pour que les laboratoires soient le plus préservés possible », indique Claire Giry. Elle a dû aussi travailler à expliquer la valeur ajoutée de l’agence, alors qu’un amendement au PLF (finalement rejeté) avait été présenté au Sénat afin de réduire de 150 M€ son budget.

Appel à un investissement durable

Plusieurs intervenants soulignent que l’objectif de 3 % du PIB Produit intérieur brut dédié à la R&I Recherche et innovation n’est toujours pas atteint, et que la France est sous la moyenne européenne. Selon Claire Giry, outre la part privée, « c’est aussi la part publique qui n’est plus au rendez-vous ».

« Pour autant, on a une recherche attractive », note-t-elle, citant les 46 lauréats de Choose France for Science. « Nous avons de grandes universités classées, qui recrutent à l’international. C’est un capital qu’il faut continuer à nourrir. Il ne faut pas lâcher en cours de route. »

Jean Charroin - ©  Seb Lascoux
« Il faut se poser la question de la fin du mois. Mais il y aura des questions de plus long terme », signale Jean Charroin, pour qui des capacités d’investissement seront nécessaires face à l’évolution de la démographie étudiante, aux nouvelles technologies telles que l’IA ou encore à la transition écologique des infrastructures.

Bruno Bouchard appelle à « réinvestir massivement dans l’éducation » et « créer les écosystèmes qui permettront une économie compétitive. Les universités, c’est aussi la vitalité intellectuelle d’un pays ».

Jean-Philippe Bourgoin met en avant un besoin de continuité et de visibilité, mais aussi d’anticipation et de logique collective. Il prend pour exemple de la ligne pilote européenne Fames, visant à accélérer l’innovation en microélectronique, inaugurée par le CEA le 30/01/2026 après dix ans de travail : « Si nous connaissons des à-coups, nous mettons à mal la capacité à réaliser ce type de projets. »

Allocation des moyens : des choix à opérer

Questionné sur les limites du modèle d’allocation des moyens dans l’ESR, alors que pour la deuxième année consécutive la marche de la LPR Loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur ne sera pas respectée, Claire Giry répond : « La LPR était dans une logique de rattrapage par rapport aux autres pays européens. Se mettre à niveau reste un objectif, il ne faut pas le perdre de vue. Mais il va falloir faire des choix. Attention que ces choix ne soient pas destructeurs à terme. »

Alors que le CEA a l’équivalent d’un Comp Contrat d’objectifs, de moyens et de performance avec l’État depuis près de 30 ans, Jean-Philippe Bourgoin considère aussi qu’il faudra faire des choix pour « accélérer sur les paris que nous faisons en matière de recherche, d’innovation et d’enseignement ».

Financement des universités : « Nécessité de tout remettre à plat » (Bruno Bouchard)

Bruno Bouchard - ©  Seb Lascoux
Concernant les Assises du financement des universités lancées le 09/01/2026 par Philippe Baptiste Ministre @ Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace
, ministre de l’Esre Enseignement supérieur, recherche et espace , Bruno Bouchard indique : « Nous ne savons pas encore exactement ce qui s’y passera. Mais il faudra avoir une discussion très longue. Il y aura certainement une nécessité de tout remettre à plat. »

« Il faut regarder les coûts, ce qu’on veut faire des universités et du système d’enseignement supérieur, à quel niveau on veut former les étudiants, et après réfléchir aux moyens à mettre en place. »

Il évoque également les Comp 100 % entre État et universités, portant désormais sur l’ensemble de la stratégie de l’établissement et 100 % de sa subvention pour charge de service public, dont la conduite a été confiée aux rectorats de région académique. « Ce sera l’occasion d’avoir un dialogue, et peut-être d’accompagner un certain nombre d’universités à développer des ressources propres », juge-t-il.

« Mais il ne faudrait surtout pas que les discussions sur les ressources propres soient synonymes de réduction encore de la dotation », avertit-il. Celles-ci doivent, au contraire, permettre d’améliorer le taux d’encadrement des étudiants, dont le nombre a selon lui augmenté de 20 % en dix ans, d’ici une baisse démographique attendue à horizon 2030.

Evoquant les écoles de management en France, Vincenzo Vinzi, y voit un “miracle à la française” : « Elles s’imposent dans les classements internationaux, sont très attractives pour les étudiants en France et à l’international, avec des moyens finalement limités par rapport à leurs concurrents internationaux. Maintenant, il faut que le miracle arrive à être soutenable dans le temps. »

Les 37 écoles de management en France auxquelles l’État octroie le grade de master « ont déjà subi depuis dix ans une absence quasi totale des financements publics ». À l’Essec, la part de financements publics directs est passée d’environ 11 % en 2014 à moins de 1 % aujourd’hui.

« Nous avons diversifié nos modèles économiques. Aujourd’hui, selon les données de la CDEFM, il y a entre 60 et 70 % de droits de scolarité, entre 10 et 20 % de formation continue, et entre 10 et 20 % d’autres financements dont mécénat, philanthropie et taxe d’apprentissage. Ensuite, le modèle économique n’est pas un objectif en soi, c’est plutôt un moyen pour atteindre notre ambition ».

Eespig : un modèle de fonds participatif défendu par Jean Charroin (Fesic)

Concernant les Eespig, dont la dotation de l’État n’a pas évolué depuis plusieurs années alors que le nombre d’étudiants accueillis s’est fortement développé, Jean Charroin défend un modèle de fonds participatif, « avec le soutien de partenaires financiers, pas forcément l’État ».

« Ces investissements devraient être assimilés à des titres ou des fonds participatifs, avec des taux de rémunération soutenables pour des structures associatives, mais également respectueux d’une non-lucrativité de nos établissements. »

Dans le contexte du projet de régulation de l’enseignement supérieur privé, il met aussi en avant un effet levier : 1 € investi par l’État dans les Eespig représente « 25 € à 30 € de budget dans ces établissements » grâce aux frais de scolarité, aux contrats de recherche et aux financements sur appels à projets ; et 62 € de revenus pour l’économie environnante.

« Dans des périodes de difficulté financière, il peut y avoir des réactions de défense de différents acteurs de leur “pré carré”. Mais n’oublions pas que nous gagnerons collectivement. À aucun moment il ne faut s’imaginer que les acteurs privés comme les Eespig pourraient se réjouir d’une moindre dotation d’institutions publiques. » Toute fragilisation de l’un des maillons de l’écosystème d’ESR aura selon lui « un effet systémique sur l’attractivité internationale ».

Des pistes de diversification des ressources

Formation continue : « Cela fait partie de nos missions »

Alors que le budget de Dauphine-PSL repose sur environ 50 % de ressources propres, Bruno Bouchard indique que l’université investit notamment beaucoup dans la formation continue.

« C’est un excellent modèle. Cela fait partie de nos missions. Environ 50 % de nos collègues y participent, même si certains pour seulement 3 heures. Cela leur donne des contacts industriels, qui peuvent ensuite se transformer en thèses Cifre Convention industrielle de formation par la recherche , et après en projets de recherche. C’est gagnant pour tout le monde : pour nos collègues, pour les entreprises, pour l’université. »

Vincenzo Vinzi - ©  Seb Lascoux
Vincenzo Vinzi signale une évolution : « La formation continue est moins transactionnelle et plus co-construite avec une approche de partenariat, des contenus plus spécialisés et des formats plus courts. Même les jeunes générations présentes dans l’entreprise ont besoin d’actualiser leurs compétences de manière plus accélérée et précoce par rapport à leur insertion professionnelle, notamment sur l’IA Intelligence artificielle , la durabilité ou la géopolitique ».

Par ailleurs, « l’excellence académique française peut être mise au service de certaines régions du monde qui évoluent », dans un contexte de croissance démographique pour les tranches d’âge concernant l’enseignement supérieur dans l’hémisphère Sud, notamment en Afrique et en Inde.

Hausse des droits d’inscription : « la clé est plutôt dans les droits modulés »

Questionné sur une éventuelle hausse des droits d’inscription à l’université, Bruno Bouchard considère que « la clé est plutôt dans les droits modulés. Cela permet de faire peser sur les foyers fiscaux de rattachement un niveau d’effort proportionné à leurs capacités. Des études ont été menées sur des niveaux de droits fixes à 2 800 € en licence et 3 800 € en master, mais pour certaines populations c’est très cher. Si c’est boursier ou 3 800 €, on va perdre du monde au passage ».

Et les rendements des droits différenciés « ne sont pas très élevés. Ce n’est pas non plus la “poule aux œufs d’or” ».

Apprentissage : des enjeux de financement et d’accès

Autre piste débattue : l’apprentissage. « À Dauphine, on en fait depuis les années 2000. Mais les financements apportés par l’apprentissage sont venus compenser le sous-investissement en dotation directe. Et si on fait prendre un virage important sur les aides à l’apprentissage, on percutera ce modèle qui correspond à des ressources propres ou quasi propres pour les universités », déclare Bruno Bouchard.

À l’Essec, l’apprentissage a débuté en 1993 et l’école compte aujourd’hui plus de 1 100 apprentis, tous programmes confondus, remplaçant les frais de scolarité et représentant un outil d’ouverture sociale, selon Vincenzo Vinzi. Mais il liste deux problèmes :

  • « L’enveloppe financière de l’État est importante, mais depuis 2021 sa réduction s’est faite exclusivement du côté des entreprises. »
  • « Un certain nombre d’écoles dans l’enseignement supérieur privé lucratif ont des pratiques douteuses, des modèles économiques 100 % basés sur l’apprentissage, qui font beaucoup de marges ».

La CDEFM propose ainsi :

  • que « l’accès à l’apprentissage se fasse par une évaluation qualitative de la pédagogie et de l’accompagnement de sa pratique, pas seulement par la pertinence d’un titre RNCP Répertoire national des certifications professionnelles à la fin. Nous espérons que cela pourra se réaliser dans le cadre d’amendements proposés au PJL Projet de loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé » ;
  • de permettre aux familles d’étudiants d’y contribuer partiellement.

Partenariats et mécénat : une nécessaire professionnalisation

Dauphine-PSL s’appuie également sur des partenariats avec des entreprises, du mécénat, et des levées sur des objets de recherche ou des chaires de recherche. « Mais tout ça prend du temps à organiser. Ça ne se fait pas du jour au lendemain, c’est une trajectoire », pointe Bruno Bouchard.

Jean-Philippe Bourgoin - ©  Seb Lascoux
Selon Jean-Philippe Bourgoin, relations avec les entreprises et mécénat nécessitent une professionnalisation. Celle-ci est engagée depuis plusieurs années au CEA, premier organisme de recherche classé (au 25e rang) dans l’édition 2026 du « Top 100 Global Innovators » de Clarivate Analytics. « L’idée est de prendre les meilleures pratiques là où elles existent, de se les approprier et ensuite de les mettre en œuvre. »

« Nous sommes dans une compétition dure. Une forme de déglobalisation des marchés mondiaux qui amène à ce que les marchés accessibles se réduisent. Les entreprises ont donc plutôt tendance soit à accélérer dans leurs investissements pour préserver leurs parts de marché, soit à cibler davantage. Nous sommes obligés de nous adapter à ces dimensions », indique-t-il.

Visionner le débat

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Débat « Moyens de la diversité, diversité des moyens » à Think 2026 le 05/02/2026. - ©  Seb Lascoux