Rapport 2025 de la médiatrice de l’EN : +20 % de saisines par rapport à 2024 ; « une année très intense »
« L’année 2025 a été très intense pour la médiation, avec une hausse de 20 % des saisines par rapport à 2024. Pour rappel, auparavant, les saisines augmentaient de 4 à 5 % par an. Pendant le Covid, nous avions enregistré une hausse de 19 % », indique Catherine Becchetti-Bizot, médiatrice de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, le 08/07/2026.
Elle s’exprime lors de la présentation de son rapport annuel 2025, intitulé « Porter attention aux vulnérabilités. Agir en faveur de la santé mentale ». Il fait état de 26 489 saisines reçues sur l’année 2025 contre 21 795 en 2024. S’y ajoutent 1 953 saisines reportées des années antérieures.
Elle précise : « Cela ne veut pas dire que le système éducatif va plus mal qu’avant. Cela signifie que la médiation répond aux attentes et aux besoins de résolution des conflits à l’amiable. C’est aussi le signe d’une plus grande visibilité des médiateurs. Cela exprime un besoin croisant d’écoute, d’explication, d’attention à des situations particulières. »
Elle souligne la « réactivité » des 100 médiateurs académiques, puisque sur les 28 442 saisines traitées en 2025, 26 440 ont été clôturées :
• 74,5 % d’entre elles ont été clôturées dans un délai inférieur ou égal à un mois,
• 12,5 % dans un délai compris entre un et deux mois,
• 5 % dans un délai compris entre deux et trois mois,
• et 8 % dans un délai supérieur à trois mois.
« Le but du rapport n’est pas de discréditer l’institution scolaire, qui fait vraiment beaucoup d’effort pour mettre en place des dispositifs pour répondre à ces nouveaux besoins, attentes et angoisses, mais les réclamations révèlent des difficultés particulières. Nous repérons des difficultés récurrentes à partir de réclamations individuelles afin de formuler des recommandations. »
Les conclusions du rapport et les recommandations pour le scolaire et le supérieur, feront l’objet d’articles ultérieurs.
Les chiffres de la médiation 2025
Selon le rapport, « en 2025, la médiation de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (15 collaborateurs de la médiatrice et près de 100 médiateurs académiques) a traité 28 450 saisines, soit 4 750 demandes de plus qu’en 2024, une progression encore plus rapide que les années précédentes (+ 20 % en un an, contre + 16 % en 2024 et + 12 % en 2023) ».
« Si le volume des requêtes connaît une croissance toujours plus rapide, il doit être relativisé quand on le rapporte au nombre total d’usagers (15 592 600 élèves et étudiants) et de personnels (1 398 110 agents). »
Évolution du nombre de saisines de la médiatrice de l’Enes depuis 2013
Origines des saisines
« 76 % des saisines proviennent des usagers, contre 24 % des personnels », déclare Catherine Becchetti-Bizot. « Parmi ces saisines, 17 % ne sont pas de véritables demandes de médiation ou de contestation d’une décision, mais plutôt des demandes d’information ou de conseil. Cela peut laisser penser que, pour beaucoup de réclamants, il existe une opacité ou une incompréhension de la complexité administrative et une incompréhension du sens même de certaines décisions qui les concerne. »
« Nous passons beaucoup de temps à expliquer, à écouter et à comprendre les difficultés des personnes, sans pour autant intervenir auprès de l’administration. »
Comparatif de l’origine des saisines présentées par les usagers depuis 2024 en %
Une augmentation des réclamations du 1er degré et du supérieur privé
« Concernant les usagers, nous observons une augmentation des saisines dans le premier degré : + 93 % en cinq ans pour le premier degré public. Ces saisines représentent désormais 14,5 % des saisines des usagers. Le second degré représente 47,5 % des saisines des usagers, celles des étudiants 34 %. »
« La hausse la plus rapide est celle des réclamations des étudiants de l’enseignement supérieur privé. Cela représente environ 700 saisines. Elles ne sont pas majoritaires mais augmentent deux fois plus vite que les réclamations concernant l’enseignement supérieur public. »
Catherine Becchetti-Bizot rappelle qu’une partie du rapport 2023 était dédiée à l’enseignement supérieur privé. « Depuis, une révision législative du cadre de l’enseignement supérieur privé est en cours. Nous suivons ce sujet avec beaucoup d’attention. C’est long et très complexe. » Elle fait référence au projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé, adopté au Sénat et dont l’examen est attendu à l’Assemblée nationale.
40 % des saisines des personnels relèvent des non titulaires
« Côté personnels, nous avons enregistré 6 628 saisines. La catégorie qui augmente le plus est celle des personnels non titulaires, les contractuels : + 42 % en un an et + 173 % en cinq ans. Cela concerne notamment les réclamations des AESH Accompagnants d’élèves en situation de handicap . »
En effet, 40 % des saisines des personnels relèvent des non titulaires. 46 % relèvent des titulaires et enseignants, 11 % des titulaires non enseignants, et 3 % des candidats à un concours de recrutement.
Catégories des personnels à l’origine des saisines depuis 2024
Domaines des saisines
Concernant les saisines des usagers, « nous observons une augmentation - qui se confirme depuis quatre ans - de ce que nous appelons les conflits en établissement. Cela recouvre les questions disciplinaires et les contestations de sanctions, les aménagements de scolarité liés au handicap, les contestations d’évaluation ou de notes par les parents, ainsi que les questions de harcèlement et de violences au sein des établissements. Cela représente 39 % des saisines des usagers ».
Les autres saisines concernent :
- les inscriptions et orientation à 27,5 % ;
- les questions financières et sociales à 17 % ;
- et les examens et concours d’entrée dans les écoles à 16,5 %.
Les motifs des saisines présentés par les usagers en 2025 (en %)
Les saisines des personnels
« Pour les personnels, le constat est le même que les années précédentes. Ce sont les questions financières qui mobilisent le plus les médiateurs : les questions indemnitaires, les retards de paiement ou les trop-perçus. Cela recouvre aussi les questions de reconnaissance des personnels », déclare la médiatrice.
Ainsi, les saisines concernent pour :
- 43 % les questions financières ;
- 15 % le déroulé de carrière ;
- 11 % l’organisation du travail et les relations professionnelles ;
- 11 % le recrutement.
Pour rappel, l’Éducation nationale et l’enseignement supérieur comptent 15 579 800 élèves et apprentis des 1er et 2nd degrés et 3 012 800 étudiants. 1 398 110 personnels et 852 772 enseignants y travaillent.
Les motifs des saisines présentés par les personnels en 2025 (en %)
Actions et résultats de la médiation
Le rapport indique que sur 21 453 saisines de type « réclamations » clôturées en 2025, 58 % ont donné lieu à une intervention du médiateur. Le nombre de ces réclamations a augmenté de 30 % entre 2024 et 2025 : près de 12 400 en 2025, contre 9 500 en 2024.
Les autres cas concernent :
- des réclamations n’ayant pas donné lieu à une démarche préalable et pour lesquelles le médiateur demande d’effectuer d’abord une première démarche auprès de l’administration concernée (2,5 % des saisines) ;
- des réclamations qui voient l’intervention du médiateur devenir inutile (10,5 %)
- 29 % sont non appuyées par le médiateur (avec explications apportées à l’intéressé), "lorsqu’il considère qu’il n’y a pas d’argument légitime à opposer à la décision ou que la situation ne révèle pas une atteinte.

