Évaluations de début d’année : le collège n’a pas réussi à renforcer l’équité (Daniel Auverlot)
« Les évaluations de début d’année montrent que le collège n’a pas réussi à renforcer l’équité », écrit Daniel Auverlot
Président du comité de suivi de la réforme de la voie professionnelle @ Ministère de l’Éducation nationale (MEN) • Administrateur de l’Etat @ Ministère de l’Éducation nationale (MEN)
, administrateur de l’État, inspecteur général honoraire et ancien recteur, dans une chronique pour News Tank, le 26/05/2025.
En suivant la cohorte des élèves arrivés en seconde générale ou professionnelle à la rentrée 2025-2026, à partir de quatre documents de la Depp
Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance
(Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), Daniel Auverlot reconstitue le parcours de ces élèves depuis leur entrée en sixième en 2021 dans deux domaines : la fluence/les résultats en compréhension de l’écrit, et les automatismes en mathématiques.
Son constat : les écarts entre établissements selon leur secteur de scolarisation et leur indice de position sociale, déjà présents en sixième, ne se réduisent pas au fil du collège. Ils s’aggravent même en mathématiques.
Il en tire plusieurs conclusions. « C’est à l’école primaire que se joue l’avenir des élèves », le collège n’ayant « pas de rôle réparateur ». Il interroge ainsi l’efficacité de la politique d’éducation prioritaire au collège : « coûteuse, elle ne produit pas un bénéfice avéré ».
Selon Daniel Auverlot, le DNB
Diplôme national du brevet
(diplôme national du brevet) « rassure faussement ». La ségrégation scolaire se déplace entre collège et lycée, se manifestant surtout entre LEGT
Lycée d’enseignement général et technologique
et LP
Lycée professionnel
en seconde générale.
Enfin, la question des mathématiques au lycée « est à relativiser complètement. L’exclusion d’une partie des élèves du champ des mathématiques a commencé à l’école primaire et s’est poursuivie au collège ».
Évaluations de début d’année : « une mine d’informations »
Il y a quelques mois, j’avais publié ici même une chronique consacrée à la comparaison des évaluations sixième 2024 et cinquième 2025, et j’avais montré que la classe de sixième n’avait pas résorbé les écarts, bien au contraire. Aujourd’hui, plus personne ne parle des évaluations de début d’année, alors qu’elles constituent une mine d’informations, en particulier si on suit année par année une cohorte d’élèves.
Ainsi, à partir de quatre documents de la Depp¹, on peut tenter de reconstituer le parcours des élèves qui sont arrivés en seconde générale ou professionnelle cette année scolaire 2025-2026 et voir si les quatre années de collège ont permis de réduire les écarts entre les établissements accueillant les élèves les plus favorisés et les moins favorisés.
Méthode
Ces élèves ont passé une évaluation de début d’année en sixième en 2021, en quatrième en 2023, pour une partie d’entre eux en troisième en 2024, et des tests de positionnement en seconde générale ou professionnelle. Chaque année, ce sont plus de 700 000 élèves qui sont concernés ; l’évaluation en troisième a été passée par plus de 120 000 élèves, ce qui permet de dégager des tendances robustes.
Comme on ne peut pas comparer des résultats d’une année sur l’autre - les items étant en partie différents et portant sur des programmes qui évoluent vers plus d’exigences selon les niveaux -, on va regarder les écarts à l’intérieur de deux groupes :
- Le premier est constitué par les établissements hors éducation prioritaire, ceux en REP Réseau d’éducation prioritaire , ceux en REP +, et les établissements privés.
- Le second est constitué par les 20 % d’établissements les moins favorisés (IPS Indice de position sociale 1) et les 20 % les plus favorisés (IPS5).
Théoriquement, si le collège joue pleinement son rôle, l’écart constaté en sixième devrait diminuer en quatrième, en troisième et en seconde.
On examinera deux domaines déterminants pour la réussite scolaire :
- La fluence : indicateur clé de la compréhension des textes et prédicteur fiable de la réussite scolaire.
- Les automatismes en mathématiques : leur maîtrise permet aux élèves de se concentrer sur des tâches plus complexes.
On s’intéressera aux élèves ayant des résultats satisfaisants, c’est-à-dire ceux qui, en début de collège, sont à même de suivre sans difficulté et qui arrivent en seconde en maîtrisant les attendus du cycle IV.
Quand les élèves arrivent en sixième en 2021, l’écart est déjà creusé
Les élèves qui arrivent en sixième en 2021 présentent deux caractéristiques qui peuvent expliquer un creusement des écarts en défaveur des élèves de REP et REP + :
- Ils étaient au CP Cours préparatoire en 2016 et n’ont donc pas pu bénéficier des dédoublements.
- Ils étaient en CM1 lors de la crise sanitaire et leur scolarité a été fortement perturbée entre mars et septembre 2020.
Fluence - Secteur de scolarisation
Fluence - IPS (Indice de position sociale)
Mathématiques - Secteur de scolarisation
Mathématiques - IPS
On pourrait supposer que cette situation est connue dans les collèges et qu’elle amène une réflexion de l’ensemble des acteurs pour un travail spécifique dans ces deux domaines où l’on sait qu’un travail régulier et répété amène des progrès sensibles. Mais ce n’est pas ce qui semble se passer.
Entre la sixième (2021) et la troisième (2024) : les écarts se réduisent peu en fluence et s’accroissent pour les automatismes
En l’absence d’évaluation en cinquième, on s’appuie sur les évaluations de quatrième (2023) et de troisième (2024), cette dernière concernant plus de 120 000 élèves.
Fluence
Automatismes en mathématiques
Les tests de positionnement de seconde confirment des écarts très importants
En seconde, les élèves passent des tests de positionnement en français et en mathématiques. La Depp précise que « les exercices proposés se réfèrent aux attendus de fin de cycle 4 (BO n° 31 du 30/07/2021) ». Au total, 720 000 élèves ont passé les tests en 2025, dont environ les trois quarts en LEGT et un quart en lycée professionnel.
Le domaine de la fluence n’apparaît plus en tant que tel ; on examinera en remplacement les résultats en compréhension de l’écrit, qui présupposent une qualité suffisante en fluence. Les automatismes restent bien un domaine évalué.
Résultats LEGT et LP
Ce tableau illustre l’écart de résultats entre LEGT et LP, avec une situation particulièrement préoccupante dans les automatismes : non maîtrisés par 1 élève sur 4 en LEGT et près de 2 sur 3 en LP. Par ailleurs, 4 élèves sur 10 en LEGT n’ont pas une maîtrise suffisante de la compréhension de l’écrit à leur entrée en seconde.
Public et privé
Comparé aux résultats en troisième, l’écart entre public et privé est moins spectaculaire. L’orientation à la fin de la troisième redessine le paysage : la ségrégation sociale se constate désormais avant tout entre LEGT et LP.
LEGT : écarts selon l’IPS
Même si l’écart entre lycées publics et privés se réduit, les écarts de résultats en fonction de l’origine sociale restent considérables.
LP : écarts selon l’IPS
Tous les lycées professionnels n’ont pas le même profil : il faudrait distinguer ceux dont la majorité des élèves a été affectée sur son premier vœu de ceux où les élèves arrivent en deuxième ou troisième vœu.
Le DNB rassure faussement
Les résultats au DNB en 2025 s’élèvent à 86,5 % de reçus (dont 71,7 % avec mention), à comparer avec le pourcentage d’élèves qui, trois mois plus tard, passent les tests de positionnement de seconde avec les résultats cités. Ainsi, 33 % des élèves de LEGT et de LP n’ont pas les compétences satisfaisantes en automatismes, alors que 86,7 % des élèves de troisième avaient obtenu le DNB trois mois auparavant.
Même si les deux populations ne se recouvrent pas totalement (redoublants de seconde, etc.), cela indique qu’un pourcentage significatif d’élèves ayant le DNB avec mention ne maîtrise pas de manière satisfaisante les automatismes.
Un nouveau tri à la fin de la seconde générale
En regardant ce qui se passe à la fin de la seconde générale (rentrée 2025, cohorte précédente), on observe 3,2 % de redoublement et 15,5 % d’orientation en STMG Sciences et technologies du management et de la gestion . Or le pourcentage d’élèves n’ayant pas une maîtrise satisfaisante des automatismes à l’entrée en seconde en 2025 est de 24,7 %. Il y a fort à parier qu’une bonne partie de ces élèves sera concernée par le redoublement ou l’orientation en STMG.
Conclusions
- C’est à l’école primaire que se joue l’avenir des élèves : les écarts en sixième sont déjà totalement creusés. Une étude ultérieure sur les évaluations CP montrera que dès l’école maternelle les écarts se creusent.
- Le collège n’a pas de rôle réparateur : les écarts constatés en sixième se retrouvent en troisième, légèrement atténués en fluence et renforcés dans les automatismes. Le diagnostic ne semble pas connu à l’intérieur des établissements.
- L’efficacité de la politique d’éducation prioritaire au collège interroge : coûteuse, elle ne produit pas un bénéfice avéré.
- Le « collège unique » n’existe pas : les établissements accueillent des élèves très différents selon leur IPS et leurs résultats, et même si les grilles horaires et les programmes sont identiques, les pratiques d’enseignement ne peuvent qu’être différentes - sujet peu étudié à ce jour.
- La ségrégation scolaire se déplace : moins visible entre public et privé en seconde générale, elle se manifeste surtout entre LEGT et LP.
- Le DNB rassure faussement : le décalage est important entre ses résultats et les résultats des tests de positionnement de seconde.
- Les élèves de seconde générale sont-ils accompagnés ? Les professeurs de seconde générale, en mathématiques en particulier, ont-ils conscience des difficultés d’une partie de leurs élèves ? Ce sujet est-il mis à l’ordre du jour des conseils pédagogiques ? Apparaît-il dans l’évaluation des établissements ?
- L’enseignement général en LP : les professeurs de matières générales en LP font face à des défis pédagogiques considérables. L’enseignement général en seconde professionnelle est-il bien adapté à cette réalité ?
- La question des mathématiques au lycée : elle est à relativiser complètement. L’exclusion d’une partie des élèves du champ des mathématiques a commencé à l’école primaire et s’est poursuivie au collège.
Daniel Auverlot
Président du comité de suivi de la réforme de la voie professionnelle @ Ministère de l’Éducation nationale (MEN)
Administrateur de l’Etat @ Ministère de l’Éducation nationale (MEN)
Consulter la fiche dans l‘annuaire
Parcours
Président du comité de suivi de la réforme de la voie professionnelle
Administrateur de l’Etat
Recteur
Recteur
Sous-directeur évaluations et performance scolaire
Inspecteur général de l’éducation nationale
Inspecteur d’académie - directeur académique des services de l’Éducation nationale de la Mayenne, du Maine et Loire et de Créteil
Inspecteur d’académie adjoint du Val-de-Marne
IA-IPR
Directeur de cabinet du recteur
Détaché au ministère de la Défense, d’abord à l’École militaire de Strasbourg puis à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan,
Établissement & diplôme
Agrégation de lettres classiques
DEA de sociologie
Fiche n° 21903, créée le 15/03/2017 à 15:21 - MàJ le 07/07/2026 à 09:39
¹Sources Depp :
• Évaluations de début de sixième 2021, premiers résultats
• Évaluations de début de quatrième 2023, premiers résultats
• Évaluations de début de troisième 2024, premiers résultats
• Tests de positionnement de début de seconde 2025, résultats

