Résultats des évaluations 2025 en cinquième : des motifs d’inquiétude, des raisons d’espérer (D. Auverlot)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Analyse n°422859 - Publié le
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©  Rectorat de Créteil
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« Trop rares sont encore les collèges où le résultat des évaluations de début d’année fait l’objet d’une réflexion collective sur les stratégies à mettre en œuvre pour améliorer les résultats », écrit Daniel Auverlot, administrateur de l’État, inspecteur général honoraire et ancien recteur, dans une nouvelle chronique pour News Tank, le 10/12/2025.

C’est pour lui un « motif d’inquiétudes », après la publication des résultats des évaluations de début d’année scolaire 2025 par la Depp Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’éducation nationale, le 20/11/2025, « année où la mise en place des groupes de besoin avait pour fonction de mieux accompagner les élèves rencontrant le plus de difficultés ».

A travers une analyse approfondie sur deux domaines, la fluence et les automatismes, et trois entrées (nature des établissements, position sociale, genre), Daniel Auverlot montre que les écarts entre les groupes s’accroissent entre la sixième 2024 et la cinquième 2025.

Mais il veut aussi voir plusieurs raisons d’espérer, et notamment le fait que « ces deux ou trois dernières années, malgré l’instabilité ministérielle, une prise de conscience collective est en train de s’affirmer autour de l’idée que l’établissement est le lieu où se construit la réussite scolaire grâce à l’approche collective ».


L’évaluation cinquième révèle des écarts qui se sont creusés en sixième

Les résultats des évaluations de début d’année scolaire 2025 viennent d’être publiés et font l’objet de documents très intéressants sur le site du ministère. Ils méritent une lecture approfondie.

La présentation qui en est faite pour le collège semble donner de légers sujets de satisfaction. En effet en sixième « on note une amélioration continue depuis 2017, notamment grâce à la réduction de très faibles performances. Les résultats en français sont en hausse par rapport à 2017 et se consolident par rapport à 2024. En mathématiques, les résultats sont stables par rapport à 2024 et s’améliorent depuis 2017 ».

Le constat est certes plus mesuré pour la cinquième, pour laquelle les élèves étaient évalués de manière exhaustive pour la première fois :

  • « En français, la proportion d’élèves qui présentent une maîtrise satisfaisante est de 52,1 %, (58,9 % pour les filles contre 45,6 % pour les garçons, soit un écart de 13,3 points en faveur des filles). Cette proportion est de 52,7 % dans le secteur public hors EP Education prioritaire , 34,6 % en REP Réseau d’éducation prioritaire et 24,9 % en REP+.
  • En mathématiques, dans les automatismes, la proportion d’élèves qui présentent une maîtrise satisfaisante est de 47,3 % (53,6 % pour les garçons contre 40,7 % pour les filles, soit un écart de 12,9 points en faveur des garçons). Cette proportion est de 47,5 % dans le secteur public hors EP, 31,4 % en REP et 23,0 % en REP+ ; les écarts en mathématiques sont ainsi légèrement moins marqués qu’en français.

Comparer les écarts entre groupes sur la fluence et les automatismes

On nous permettra d’approfondir l’analyse et d’en tirer quelques leçons une année où justement la mise en place des groupes de besoin avait pour fonction de mieux accompagner les élèves rencontrant le plus de difficultés.

On va donc s’intéresser à l’évaluation sixième 2024 et à l’évaluation cinquième 2025. On ne va pas comparer les scores d’une année sur autre, car les seuils situant les élèves à besoin, fragiles, satisfaisants ne sont pas les mêmes. En revanche, on peut comparer les écarts entre des groupes constitués et voir s’ils se sont résorbés ou accrus. S’ils se sont résorbés, cela veut dire que le collège joue une fonction réparatrice par rapport à des écarts creusés à l’école primaire et évalués à l’entrée en sixième.

On choisira trois entrées en se focalisant sur le pourcentage des élèves obtenant des résultats satisfaisants :

  • La nature des établissements, en comparant les collèges privés, publics hors éducation prioritaire, REP, REP+
  • La position sociale, en comparant le groupe des collèges à l’IPS Indice de position sociale 1 (le plus bas) avec celui des collèges à l’IPS5 (le plus élevé)
  • Le genre en comparant les résultats des filles et des garçons.

Plutôt que de considérer les résultats globaux on prendra deux domaines qui semblent prédictifs de la réussite des élèves, parce que dépassant et de loin le français et les mathématiques : la fluence et les automatismes.

La fluence n’est pas seulement la rapidité de lecture de mots isolés, mais la combinaison du décodage, de la vitesse, du phrasé et de l’expressivité, et donc de la compréhension. On en a besoin dans toutes les disciplines. Elle était mesurée cette année en cinquième à partir d’un texte structuré de 17 lignes.

En ce qui concerne les automatismes, le chercheur Jérôme Prado (CNRS Centre national de la recherche scientifique ) écrit dans le guide consacré à ce sujet sur Eduscol : « la plupart des élèves qui entrent au collège à l’heure actuelle ont probablement un manque d’automatismes en arithmétique élémentaire : ceci va les mettre en difficulté pour les apprentissages ultérieurs, car ils devront solliciter leur mémoire de travail bien plus que ne le faisaient les élèves il y a 30 ans. Par exemple, le fait de ne pas maîtriser les tables de multiplication rendra difficile pour l’élève la simplification ou les opérations sur les fractions »[1].

Or, dans ces deux domaines, et dans les trois groupes considérés, les écarts entre les groupes s’accroissent entre la sixième 2024 et la cinquième 2025, comme le montrent les tableaux suivants

Fluence : part des élèves dans le groupe satisfaisant en pourcentage

Sixième 2024 Cinquième 2025
Privé Score : 70,7 Score 68,5
Public hors éducation prioritaire Ecart  : -10,4 Ecart  : -12,6
REP Ecart  : -19,9 Ecart  : -23,1
REP+ Ecart  : -27,4 Ecart  : -30,4

Sixième 2024 Cinquième 2025
IPS5 Score : 74,9 Score : 72,6
IPS1 Ecart  : -26,7 Ecart : -34,6

Sixième 2024 Cinquième 2025
Filles Score : 62,2 Score : 60
Garçons Ecart : -3,1 Ecart : -6,8

Automatismes : part des élèves dans le groupe satisfaisant en pourcentage

Sixième 2024 Cinquième 2025
Privé Score : 71,5 Score : 60,7
Hors éducation prioritaire Ecart : -11,4 Ecart : - 13,2
REP Ecart : -27,5 Ecart : - 29,3
REP+ Ecart : -37,3 Ecart : -37,4

Sixième 2024 Cinquième 2025
IPS5 Score : 75,1 Score : 65,6
IPS1 Ecart : - 33,8 Ecart : - 36,7

Sixième 2024 Cinquième 2025
Garçons Score : 64,4 Score : 53,6
Filles Ecart : -10,1 Ecart : - 12,9

La conclusion est simple : pour aucun des groupes considérés l’écart existant au début de sixième n’a diminué un an après. Le plus préoccupant me semble être, en fluence, l’accroissement de l’écart entre les deux catégories de collèges considérés (IPS1 et IPS5). Malgré la bonne volonté et le professionnalisme de tous, la première année de collège, loin d’avoir une fonction réparatrice, a accentué les écarts.

Cinq pistes pour expliquer le creusement des écarts

L’inefficacité des groupes de besoin

C’est à la rentrée 2024 qu’ont été mis en place les groupes de besoin, avec des moyens renforcés en français et en mathématiques. Manifestement les effets ne se sont pas vraiment fait sentir. Sur ce sujet le rapport de l’inspection générale est très clair :

« Les observations menées dans les classes par les inspecteurs engagés dans la mission laissent majoritairement le sentiment d’une très faible inflexion des pratiques pédagogiques. Faute de temps sans doute, d’accompagnement ou de compétences professionnelles suffisamment étayés, la plupart des enseignants rencontrés ne se sont pas saisis de cette opportunité, ce qui a généré un sentiment d’impuissance pour certains d’entre eux, en particulier pour ceux qui, dans le cadre de groupes de niveaux, prennent en charge les groupes d’élèves “faibles” ».

Des enseignants en difficulté face aux difficultés de leurs élèves

La même mission d’inspection générale le constate « Si la mission a pu assister à des cours parfois ambitieux et très exigeants proposés aux groupes d’élèves de bon niveau, elle n’a que très rarement constaté une adaptation manifeste et pertinente des enseignements aux élèves les plus fragiles ».

Nos enseignants, ce n’est pas nouveau, sont très fortement démunis quand il s’agit de trouver des stratégies pour aider des élèves rencontrant de grandes difficultés. Cela repose la question de leur formation initiale et continue.

Une absence de réflexion collective au niveau de l’établissement encore trop fréquente

Trop rares sont encore les collèges où le résultat des évaluations de début d’année fait l’objet d’une réflexion collective sur les stratégies à mettre en œuvre pour améliorer les résultats, avec un véritable pilotage pédagogique des personnels de direction, accaparés par les urgences du quotidien et ne se sentant parfois pas les compétences nécessaires pour aborder la question avec les équipes enseignantes.

Un suivi trop ponctuel par les corps d’inspection

La bonne volonté des inspecteurs n’est absolument pas en cause, mais l’émiettement de leurs missions les empêche de pouvoir accompagner une équipe d’enseignants dans la durée. Par ailleurs quand les résultats sont préoccupants en mathématiques et ou en français, les enseignants ont vraiment besoin de l’inspecteur de leur discipline pour un accompagnement régulier, or il se révèle souvent impossible.

On se souviendra qu’en 2002, il y a 23 ans, le ministère avait demandé au recteur Bernard Dubreuil un rapport sur les missions de IA Intelligence artificielle -IPR, l’organisation de leur activité en académie et le déroulement de leur carrière. Le rapport final intitulé « 27 propositions pour une nouvelle professionnalité des IA-IPR Inspecteur d’académie - Inspecteur pédagogique régional  » formulait la recommandation suivante :

« Une activité d’aide aux IPR peut être proposée, en service partagé, aux professeurs du second degré pour une période de trois ans renouvelable. L’IA-IPR ou le groupe disciplinaire (ou de spécialité) fait appel à ces professeurs « A-IPR » auxquels il délègue certaines tâches spécifiées dans le programme de travail du collège, tâches relevant du conseil, de l’accompagnement, de l’animation, de la formation et de l’impulsion ».

Ces aides IPR auraient été en quelque sort l’équivalent des conseillers pédagogiques pour les IEN Inspecteur de l’éducation nationale , en particulier pour accompagner de manière régulière leurs collègues. Elle a été mise en œuvre de manière ponctuelle dans quelques académies, mais n’a fait l’objet d’aucune mesure ministérielle.

Une inertie due au fonctionnement même du collège

Il est frappant de constater l’impossibilité actuelle d’échapper à la semaine de cours dans sa routine. Un chef d’établissement qui voudrait réorganiser son emploi du temps à la suite des résultats des évaluations par exemple pour travailler de manière systématique la fluence est confronté à des problèmes techniques tels qu’il peut en être découragé. Sa marge d’autonomie sur l’organisation d’une période de quelques semaines se heurte au statut des enseignants, au fonctionnement de la DHG Dotation horaire globale , aux résistances syndicales.

Quatre raisons d’espérer tout de même

La prise en compte de l’établissement dans sa globalité comme lieu cohérent du traitement scolaire semble aujourd’hui progresser

L’impulsion ministérielle

Le nouveau ministre, Édouard Geffray, répète souvent que 15 % des établissements concentrent 40 % de la difficulté scolaire et affirme sa volonté d’agir à ce niveau, par tous les leviers possibles. Cette entrée par établissement est différente de l’entrée habituelle par l’éducation prioritaire, en territoire. L’objectif est de suivre dans la durée des collèges dont les résultats sont problématiques sur plusieurs années, sans stigmatiser personne, mais en tentant de comprendre et d’accompagner.

Les CASF Conseil académique des savoirs fondamentaux deviennent un outil opérationnel

Les conseils académiques des savoirs fondamentaux ont mis du temps à prendre leur marque. Aujourd’hui, ils définissent des stratégies pour venir en aide aux établissements qui en ont le plus besoin en s’appuyant sur des études parfois extrêmement fouillées des résultats des évaluations grâce aux services statistiques.

Une prise de conscience progressive de l’ensemble des acteurs de terrain

Il me semble que ces deux ou trois dernières années, malgré l’instabilité ministérielle, une prise de conscience collective est en train de s’affirmer autour de l’idée que l’établissement est le lieu où se construit la réussite scolaire grâce à l’approche collective. Par exemple, Matthieu Lahaye, Igésr Inspecteur/inspectrice générale de l’éducation, du sport et de la recherche , se fait l’écho de ce qui s’est passé récemment dans les Bouches du Rhône pour dix collèges :

« Le directeur académique, ses adjoints, les inspecteurs, les principaux, les professeurs travaillent ensemble pour élever le niveau des élèves, avec quatre objectifs (identifier, cibler, agir, mesurer).

On change de logique : à des conseils ponctuels d’un inspecteur à un professeur, on passe au travail collectif de la communauté pédagogique (inspecteurs, formateurs, professeurs) avec les principaux de collège en leadership. »

La formation au pilotage pédagogique des personnels de direction

L’IH2EF Institut des hautes études de l’éducation et de la formation a pleinement intégré dans son projet la formation au pilotage pédagogique des personnels de direction en formation initiale, et insiste sur le pilotage par la donnée et l’analyse de la performance scolaire, « de manière à élaborer une stratégie collective d’amélioration partagée. » Cela se traduit dans sa nouvelle maquette de formation.

En guise de conclusion

Nous avons aujourd’hui toutes les données. Nous pouvons, avec les précautions méthodologiques nécessaires, effectuer des suivis de cohortes à partir des résultats. Cette petite étude montre, au travers des évaluations des élèves, que la performance du système au bout d’une année de collège est sujette à interrogation. Des signes montrent pourtant que le pilotage pédagogique au plus près de l’établissement est en train de se développer. Notre système saura t-il s’engager sur cette voie, dans la durée ?

Daniel Auverlot


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Parcours

Ministère de l’Éducation nationale (MEN)
Président du comité de suivi de la réforme de la voie professionnelle
Ministère de l’Éducation nationale (MEN)
Administrateur de l’Etat
Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp)
Sous-directeur évaluations et performance scolaire
Académie de Nantes
Inspecteur d’académie - directeur académique des services de l’Éducation nationale de la Mayenne, du Maine et Loire et de Créteil
Académie de Créteil
Inspecteur d’académie adjoint du Val-de-Marne
Ecole supérieure des personnels du ministère de l’éducation nationale
IA-IPR
Académie de Rennes
Directeur de cabinet du recteur
Ministère de la défense (ONACVG)
Détaché au ministère de la Défense, d’abord à l’École militaire de Strasbourg puis à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan,

Établissement & diplôme


Fiche n° 21903, créée le 15/03/2017 à 15:21 - MàJ le 28/05/2026 à 12:19


[1] Un exemple d’item sur les automatismes, sous forme de QCM, avec quatre réponses possibles :

110 000 000 se lit

- cent dix mille

- cent dix millions

- onze milliards

- onze millions.

©  Rectorat de Créteil
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