
France 2030 : « Pour envisager un plan à 2050, être capable d’imaginer des futurs possibles » (F. Germinet)
« Pour envisager un plan à 2050, il ne suffira pas de tirer le trait des tendances connues aujourd’hui. Il faudra être capable d’imaginer des futurs possibles », déclare François Germinet

, professeur de mathématiques titulaire de la chaire prospective, imaginaires et politiques publiques à CY Cergy Paris Université, et chargé de mission « Universités et France 2030 : bilan, perspectives et propositions » pour France Universités, à News Tank le 16/04/2026.
Il revient sur son intervention lors des Assises du financement des universités le 30/03/2026 à Lille sur la thématique « quelle suite à France 2030 et quels besoins pour les financements de demain », alors que le plan se termine en 2027 et qu’aucune annonce concernant un éventuel plan successeur n’a été faite à ce jour.
Selon celui qui a été directeur du pôle connaissance au SGPI
Secrétariat général pour l’investissement
et conseiller spécial de Philippe Baptiste
Ministre @ Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace
au MESR
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
, « la conception d’un futur plan d’investissements d’avenir repose sur deux grandes questions, qu’il faut traiter simultanément : les universités ont-elles encore besoin du structurel — et si oui lequel ? Et quelles actions dirigées pour demain ? »
Il liste plusieurs « chantiers de structuration inachevés » : l’architecture du système d’ESR
Enseignement supérieur et recherche
, l’organisation territoriale, les labex et l’Europe.
Concernant l’action dirigée, il faut selon lui se questionner sur « les transformations sociétales et les technologies dont la France ne peut pas se permettre d’être absente ». Si côté ONR
Organismes nationaux de recherche
, les agences de programme endossent ce rôle, « comment les universités peuvent-elles éclairer les nouveaux objectifs clés d’un futur plan ? », questionne-t-il.
Le plan France 2030 a « introduit une double rupture : idéologique et de méthode »
Vous interveniez sur la thématique « quelle suite à France 2030 et quels besoins pour les financements de demain » lors des assises du financement des universités le 30/03/2026 à Lille. Pourquoi cette intervention ?
Peut-être parce que j’ai été à la fois un observateur et un acteur des différents plans PIA Programme d’investissements d’avenir et de la mise en œuvre de France 2030, avec sa puissance de feu et ses grands programmes : PEPR Programmes et équipements prioritaires de recherche , agences de Programme, PUI Pôle universitaire d’innovation , compétences et métiers d’avenir, ASDESR Accélération des stratégies de développement des établissements d’enseignement supérieur et de recherche , Excellences, AMI Appel à manifestation d’intérêt SHS Sciences humaines et sociales , etc.
Vous êtes d’abord revenu sur la logique des investissements publics avant France 2030, que faut-il en retenir ?
Pendant longtemps, une logique essentiellement structurellePendant longtemps, les investissements publics dans la recherche et l’enseignement supérieur - notamment dans le cadre des PIA 1, 2 et 3 - relevaient d’une logique essentiellement structurelle. L’objectif n’était pas de cibler des secteurs prioritaires, mais de financer et de structurer l’excellence, où qu’elle se trouve.
La France, cinquième puissance économique mondiale à l’époque (aujourd’hui 7e, depuis que la Chine et l’Inde sont passées devant), cherchait avant tout à se maintenir à ce niveau et à financer le dynamisme de l’économie. Il s’agissait donc plutôt d’investir dans des entreprises ou start-up qui pourraient rapporter des points de PIB Produit intérieur brut .
Du côté de l’ESR, il s’agissait de se doter des meilleures universités et des meilleurs laboratoires de recherche. Il est vrai que le classement de Shanghai avait bousculé les esprits au début des années 2000 et avait cristallisé cet objectif : faire émerger des universités françaises dans les palmarès internationaux, quelle que soit la discipline — physique, biologie, mathématique, santé, économie, etc.
Le programme Labex Laboratoire d’Excellence illustre parfaitement cette même philosophie : financer les meilleurs chercheurs, les meilleures initiatives, les meilleurs clusters, sans considération thématique particulière. Idem avec Equipex Equipement d’excellence , Satt Sociétés d’accélération du transfert de technologies , Idefi Initiative(s) d’excellence en formation(s) innovante(s) , NCU Nouveaux cursus universitaires , EUR Ecole universitaire de recherche , etc.
Un contexte d’abandon industrielCette logique structurelle s’inscrivait dans un contexte plus large d’abandon industriel. Depuis des décennies, les décisions de délocalisation avaient progressivement effacé l’imaginaire industriel français — là où l’Allemagne, par exemple, avait su préserver le sien. Et ce au profit d’une économie plus mondialisée et de la finance. La France se rêvait tertiaire. On pourrait résumer l’approche ainsi : adieu les cols bleus et vive les cols blancs !
Après le Brexit (2021), une partie des élites économiques et politiques envisageait sérieusement que Paris deviendrait la nouvelle City européenne : un hub de banque, finance et assurance, complété par l’industrie du tourisme. L’industrie semblait définitivement hors du champ stratégique pour la France, en dehors des quelques grands fleurons comme l’aéronautique/espace ou l’automobile.
Qu’a changé le lancement du plan France 2030, le 12/10/2021 ?
Ce plan introduit une double rupture :
- idéologique : ré-industrialiser le pays pour gagner en souveraineté ;
- et de méthode : choisir les axes stratégiques pour la France. Il ne s’agit plus ainsi de financer l’excellence en général avec le PIB comme principale boussole, mais de définir des objectifs stratégiques explicites, articulés autour de la réindustrialisation et de la souveraineté nationale.
Ce plan comporte donc deux parties : le structurel (comme avant) et le dirigé (nouveau). Et la répartition des 54 Md€ de crédits votés et investis sur cinq ans parle d’elle-même : 10 Md€ pour le structurel et 44 Md€ pour le dirigé.
Avec France 2030, l’État devient 'stratège'La philosophie de France 2030 rompt avec celle des PIA. Le raisonnement n’est plus « je finance ce qui paraît très bon », mais : « Ces sujets sont critiques pour notre souveraineté. Si nous sommes déjà bons, nous devons consolider notre avance. Si nous sommes en retard, nous devons faire émerger des champions pour rentrer dans la course européenne et internationale. »
Pour chaque filière prioritaire, l’action publique couvre désormais la chaîne complète, de A à Z : recherche fondamentale, recherche appliquée, transfert d’innovation, montée en TRL Technology readiness level , développement des compétences et financement des premières usines.
L’État cesse d’être le simple financeur de ce qui vient à lui pour devenir l’investisseur dans ses besoins stratégiques. Il devient « stratège » : il définit les axes sur lesquels la France doit pouvoir compter, sur son territoire et sur la scène internationale.
Il n’est pas inutile de souligner la dimension visionnaire de cette double rupture de France 2030, et incarnée par le Président de la République : certes nous étions après le Covid, mais avant l’invasion de l’Ukraine (sujet énergétique et défense), avant ChatGPT (rupture de l’IA générative), avant Trump II (droits de douane, mise en cause de l’alliance transatlantique).
Les dix objectifs, articulés autour de trois axes
Mieux produire :
- Faire émerger des réacteurs nucléaires de petite taille (SMR Small modular reactors )
- Devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030
- Décarboner l’industrie (−35 % d’émissions entre 2015 et 2030)
- Produire près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides par an
- Produire le premier avion bas carbone d’ici 2030
Mieux vivre :
- Investir dans une alimentation saine, durable et traçable
- Produire 20 biomédicaments contre les cancers et maladies chroniques
- Placer la France en tête des industries culturelles et créatives
Mieux comprendre le monde :
- Investir dans la nouvelle aventure spatiale (mini-lanceurs, microsatellites)
- Explorer les grands fonds marins
Six leviers transversaux
- Matières premières : sécuriser l’accès aux matériaux critiques dont dépend toute l’industrie de demain
- Composants : sécuriser les composants, notamment dans l’électronique et la robotique
- Technologies numériques souveraines : cloud, quantique, IA Intelligence artificielle , cybersécurité, 5G
- Talents et compétences : transformer l’offre de formation vers les métiers d’avenir, avec l’ambition de former jusqu’à 400 000 personnes par an
- Financement de l’innovation et start-up : soutenir l’émergence et l’industrialisation de start-up
- Enseignement supérieur, recherche et innovation : accompagner l’excellence des écosystèmes de recherche et son transfert vers l’économie
Suites de France 2030 : « Plusieurs questions méritent d’être posées franchement »
Alors que le plan France 2030 se termine en 2027 et que rien n’est annoncé à ce jour pour un plan successeur, que faut-il prévoir selon vous ?
La conception d’un futur plan d’investissements d’avenir repose sur deux grandes questions, qu’il faut traiter simultanément : les universités ont-elles encore besoin du structurel — et si oui lequel ? Et quelles actions dirigées pour demain ?
Des chantiers de structuration inachevésSur le premier point, il reste des chantiers de structuration inachevés. Plusieurs questions méritent d’être posées franchement :
- L’architecture du système d’enseignement supérieur et de recherche : y a-t-il encore des transformations à conduire entre universités et grandes écoles, entre public et privé, entre universités et ONR (organismes nationaux de recherche) ? La carte n’est probablement ni figée, ni optimale.
- L’organisation territoriale : quelle répartition pertinente de la recherche, du master et du doctorat sur le territoire ? Comment articuler éducation nationale et enseignement supérieur, notamment sur l’évolution des BTS
Brevet de technicien supérieur
? Il faut penser à partir des usagers et des besoins des territoires — et non à partir des seules contraintes institutionnelles — en imaginant des solutions hybrides entre acteurs pour répondre à un maillage territorial fin.
- Le renouveau du Labex : le Labex a constitué un outil puissant, mais il ne faut pas tomber dans la substitution budgétaire — c’est-à-dire financer via le PIA ce qui devrait relever du budget ordinaire. Quel nouveau souffle lui donner pour qu’il conserve une vraie valeur ajoutée ? Les EUR (Écoles Universitaires de Recherche) représentent-elles une évolution crédible du modèle Labex ?
- L’Europe : le président de la République Emmanuel Macron
Président de la République @ Présidence de la République (Élysée)
et Philippe Aghion
Prix Nobel d’Économie, Professeur @ Collège de France
• Prix Nobel d’économie 2025 (partagé avec deux autres lauréats).• Global Entrepreneurship Award 2016.• John Von Neumann Award, 2009.• Schumpeter… ont évoqué la perspective de Labex à l’échelle européenne. Qu’est-ce que cela signifie concrètement, et veut-on vraiment s’y engager ? Plus globalement, les universités commencent à construire des alliances européennes structurantes dans lesquelles les établissements français sont très actifs : comment aller au-delà ?
Concernant l’action dirigée, souvent critiquée par la communauté scientifique, que faudrait-il faire ?
La question centrale est : quelles sont les transformations sociétales et les technologies dont la France ne peut pas se permettre d’être absente ?
Le classement Aspi (Australian Strategic Policy Institute), qui recense les détenteurs des principaux brevets sur les technologies clés, est à cet égard éclairant, et préoccupant. Les États-Unis et la Chine dominent très largement l’ensemble des secteurs (avec une inversion spectaculaire en quelques années : la Chine domine dans quasiment toutes les catégories désormais : 69 sur 74). La France n’apparaît en position significative que dans deux sous-technologies, en lien avec le nucléaire.
Ce constat impose une réflexion lucide sur notre positionnement : sur quelles technologies pouvons-nous prétendre à une souveraineté nationale, et sur lesquelles avons-nous besoin d’une réponse européenne ?
Agence de programmes : agir comme le « hubble » de son secteurExemple d’angle mort de France 2030 : la compréhension du cerveau. Ce sujet a été presque entièrement occulté du plan actuel. Difficile pourtant d’imaginer qu’un prochain plan d’investissement puisse en faire l’économie, tant les enjeux — cognitifs, médicaux, technologiques — sont considérables.
Du côté des ONR, ce sont les nouvelles agences de programme qui endossent ce rôle. Là où l’ONR gère le quotidien d’une recherche éclairée, l’agence doit agir comme le « hubble » de son secteur : ouvrir largement ses capteurs, dans et hors de la communauté directe de l’ONR, pour repérer les signaux faibles, les possibles ruptures, mais aussi les changements de paradigmes sociétaux et politiques possibles. Comment les universités peuvent-elles éclairer les nouveaux objectifs clés d’un futur plan ?
Comment articuler un éventuel plan successeur avec l’échelle européenne, alors que le programme-cadre de l’Union européenne pour la recherche et l’innovation pour la période 2028-2034 est actuellement en négociation ?
Sur un grand nombre de technologies stratégiques, la souveraineté solitaire est une illusion. Il y a très peu de chances que la France puisse, seule, prétendre à la maîtrise de technologies majeures face aux États-Unis et à la Chine. C’est donc une Europe de l’innovation et du financement de l’innovation qu’il faut construire — ce pour quoi elle n’a pas encore été bâtie.
Le rapport Draghi a poussé avec force dans cette direction, appelant à un plan d’investissement européen massif. Sur le numérique, le quantique, les LLM
Grand modèle de langage
et l’intelligence artificielle en particulier, une réponse européenne coordonnée est indispensable. Ce constat a également été porté par notre prix Nobel d’économie, Philippe Aghion
Prix Nobel d’Économie, Professeur @ Collège de France
• Prix Nobel d’économie 2025 (partagé avec deux autres lauréats).• Global Entrepreneurship Award 2016.• John Von Neumann Award, 2009.• Schumpeter…
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Jusqu’ici, l’Europe a principalement financé des individus, et non des structures. Les programmes Erasmus, les masters Erasmus Mundus, les bourses ERC
European Research Council
ont permis à des chercheurs et des étudiants de s’épanouir et d’incarner l’excellence européenne — mais les établissements dont ils dépendaient étaient incapables d’en capitaliser les bénéfices durablement.
Il faut désormais parier sur le renforcement des universités européennes elles-mêmes, en s’appuyant sur les outils qui ont déjà fait leurs preuves. Les alliances d’universités européennes, lancées par la Commission Européenne, ont rencontré un franc succès. Pourtant, aujourd’hui, seule la direction en charge de la formation s’y intéresse — pas celle en charge de la recherche. C’est une lacune profondément problématique, qu’un prochain plan d’investissement devrait absolument corriger.
« Concevoir les investissements futurs à l’aune de ce que l’on connaît déjà est insuffisant »
Quelle serait la bonne méthode pour concevoir les financements post-France 2030, permettant à la fois de répondre à ces besoins et d’embarquer la communauté ?
Concevoir les investissements futurs à l’aune de ce que l’on connaît déjà est insuffisant. Il ne s’agit plus d’une veille technologique, ni même d’une analyse de tendances : il faut être capable d’imaginer des futurs possibles, des effets de rupture à 20 ou 30 ans, et de rétro-agir jusqu’à aujourd’hui pour en déduire les investissements nécessaires dès maintenant.
La red team du ministère des armées n’est pas un exercice fumeuxL’exemple de la Red team du ministère des armées est à ce titre particulièrement éclairant. Ce groupe, composé notamment d’auteurs de science-fiction, n’est pas un exercice fumeux. Lorsqu’il imagine une guerre cognitive et des interfaces homme-machine très poussées, et que l’on observe en parallèle les avancées de Neuralink, la frontière entre fiction et réalité se brouille. Lorsqu’un scénario prévoit une militarisation de l’espace et que l’on voit Elon Musk annoncer vouloir déployer un million de satellites en orbite basse, la science-fiction n’est décidément plus très loin.
Nous vivons dans un monde qui se fait disrupter toutes les cinq minutes. Ce qui semblait plausible à horizon 20 ou 30 ans peut arriver en moins de cinq ans. Les investissements des grandes entreprises technologiques — qui dépassent désormais les capacités d’investissement des États — accélèrent considérablement cet état de fait.
Il faut donc se poser des questions inconfortables : que se passe-t-il si une éruption solaire massive neutralise la plupart de nos systèmes électroniques ? Si une panne majeure d’énergie nous paralyse ? Si l’accès au pétrole venait brusquement à s’interrompre — l’actualité autour du détroit d’Ormuz et de la péninsule ibérique n’est pas sans rappeler que ces scénarios ne sont pas si théoriques.
Dans ces conditions, faut-il envisager non seulement des ordinateurs quantiques, mais des ordinateurs basés sur des cellules vivantes ? Le vivant, fort de 3 milliards d’années d’évolution, est remarquablement efficace et résilient — peut-être moins performant que des machines dédiées à des tâches spécifiques, mais bien plus robuste face aux chocs systémiques. Ce ne sont que des exemples.
Dans ce cadre, ne faudrait-il pas aussi parier plus sur la recherche curiosity-driven dans France 2030 ?
Nous ne disons pas ce qu’il faut financer.Nous ne disons pas ce qu’il faut financer. Nous disons qu’il faut être capable de se poser ces questions — d’autant plus que, contrairement à la Chine qui peut se permettre de financer un large éventail d’options technologiques, la France devra choisir. Et choisir intelligemment.
C’est précisément le sens de la création des agences de programme par rapport aux ONR : non plus regarder ce qui fonctionne, non plus identifier les laboratoires excellents sur les vingt dernières années, mais identifier les laboratoires et les technologies dont on aura besoin par rapport à ces scénarios de rupture. Plusieurs agences ont déjà engagé ce travail de scénarios prospectifs — notamment celles dédiées à la santé, au numérique et à l’Inrae Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement . Ces initiatives méritent d’être saluées et amplifiées.
Pour envisager un plan à 2050, il ne suffira donc pas de tirer le trait des tendances connues aujourd’hui. Il faudra être capable d’imaginer des futurs possibles.
Parcours
Professeur des universités en mathématiques
Conseiller spécial de Philippe Baptiste
Directeur du pôle Connaissances
Président de la commission formation et insertion professionnelle
Président
Membre de la CP2U
Président du comité communication et attractivité des universités
Administrateur provisoire
Administrateur provisoire
Président
Président par intérim du conseil d’administration
Président de la commission Formation et insertion professionnelle
Chargé d’une mission sur la formation continue universitaire
vice-président en charge du développement stratégique et des ressources humaines
Établissement & diplôme
Doctorat en mathématiques
Fiche n° 4684, créée le 17/06/2014 à 15:53 - MàJ le 14/04/2026 à 17:15
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