
ENS de Lyon : le déploiement du projet d’établissement dans un contexte budgétaire contraint (E. Trizac)
Créer un centre des transitions, déployer un projet d’administration « pour cultiver la proximité des collectifs de travail », poursuivre les actions de diversification des profils étudiants : telles sont quelques-unes des actions prévues par le projet d’établissement 2025-2028 de l’ENS
École normale supérieure
de Lyon, adopté en mars 2025 par le conseil d’administration, et qui structure désormais sa stratégie.
Son déploiement doit toutefois se faire dans un contexte budgétaire contraint, déclare Emmanuel Trizac
Président @ École normale supérieure de Lyon (ENS de Lyon) • Professeur des universités @ Université Paris-Saclay (EPE)
, président de l’ENS de Lyon, à News Tank, le 19/02/2026.
Selon lui, le compte financier montre un atterrissage légèrement déficitaire en 2026, avec une trésorerie qui continue à baisser. « Notre fonds de roulement a été divisé par deux en quatre ans, en lien avec le choc énergétique et les charges non compensées (qui représentent 9 M€ en cumulé depuis 2021) ».
Une situation qui a un impact sur le fonctionnement et la capacité d’investissement de l’école, « que ce soit en équipements scientifiques ou sur l’immobilier. Or, nous avons un vrai problème thermique. D’avril à octobre, les températures sont insupportables, et un chercheur nous a déjà quittés pour cette raison, et d’autres y pensent… », dit-il.
Il revient aussi sur la situation du site lyonnais : « Il y a un alignement de planètes. Tous les établissements participent, des objets ont été lancés : instituts thématiques et réseaux de coordination. Les collègues comprennent les règles du jeu, construisent des projets. On remet le site sur la carte nationale. […] La question qui se posera assez vite c’est la sortie d’expérimentation de la Comue
Communautés d’universités et d’établissements
, et notamment son statut juridique. »
De l’élaboration du projet d’établissement à son déploiement
Vous avez lancé un projet d’établissement 2025-2028 qui vous engage sur de nombreux aspects, avec des actions concrètes et planifiées. Comment a-t-il été élaboré ? Et comment est-il piloté ?
Début 2024, nous avons lancé une grande concertation au niveau de tout l’établissement. Elle a duré plusieurs semaines, et porté sur tous les sujets : la vie dans l’école, le sens du travail, la formation, la recherche, le numérique, etc., ce qui a donné lieu à des groupes de travail.
Nous avons synthétisé les propositions dans le cadre du comité de direction - que j’avais porté de cinq à dix personnes, notamment en doublant l’effectif des VP Vice-président(e) - en croisant avec celles issues du RAE Rapport d’auto-évaluation Hcéres Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur , ce qui a donné lieu à une feuille de route fin 2024 qui a été présentée début 2025 dans les instances (en mars au CA Conseil d’administration ). Depuis, nous veillons au déploiement de la feuille de route dans le cadre du codir et chaque action a son pilotage propre, avec un VP ou la DGS Directeur/trice général(e) des services qui la suit.
Le projet d’établissement mentionne le souhait de « repenser l’organisation » de l’ENS : avec quels objectifs et comment ?
Besoin de plus de transversalitéNous avons développé un projet d’administration qui a vocation à déployer cette visée qui est assez politique, en posant la question aux personnels : « qu’est-ce qui vous aiderait à mieux vous acquitter de votre mission ? ». L’idée était de mener cet échange, service par service, et là c’est de la dentelle, car les services ne se ressemblent pas. Il y a aussi une spécificité liée à nos étudiants et à leur suivi qui fait que pour les études, il y a des fonctions particulières. Il faut aussi tenir compte des spécificités disciplinaires.
Parfois, il n’y a rien à changer. Mais un des sujets qui est ressorti est le besoin de plus de transversalité, éviter le côté vertical, et il faut les outils pour que cela puisse fonctionner.
La complexité est que cela doit se faire à moyen constant. Ce qui n’empêche pas de mettre plus de moyens sur certains dispositifs, comme la santé étudiante. D’ici fin 2026, nous aurons réussi à augmenter de 50 % les moyens dédiés à ce sujet, masse salariale incluse, avec différents leviers dont le Comp Contrat d’objectifs, de moyens et de performance , et des compléments que nous avons été cherchés à l’ARS Agence régionale de santé ou la région. Nous travaillons aussi en coordination avec le reste du site, notamment pour la santé mentale.
Quelle est la situation budgétaire de l’école ?
Notre fonds de roulement divisé par deux en quatre ansNous allons bientôt présenter le compte financier. Il montre un atterrissage légèrement déficitaire, alors qu’en 2025 il était légèrement bénéficiaire, et avec une trésorerie qui continue à baisser. Notre fonds de roulement a été divisé par deux en quatre ans, en lien avec le choc énergétique et les charges non compensées (qui représentent 9 M€ en cumulé depuis 2021), et la spécificité des ENS qui fait que notre masse salariale est forte, les élèves étant inclus.
Cela a un impact sur notre capacité d’investissement, que ce soit en équipements scientifiques ou sur l’immobilier. Or, on a un vrai problème thermique. D’avril à octobre, les températures sont insupportables, et un chercheur nous a déjà quittés pour cette raison, et d’autres y pensent… Nous lançons notre SDIE (schéma directeur immobilier et énergétique) pour aller chercher des financements, et nous espérons être entendus.
Ce retour au quasi-équilibre s’est fait aussi au prix d’efforts, comme demandé par le rectorat, sur le fonctionnement et une campagne d’emploi minimaliste, avec en 2025 uniquement quelques promotions de MCF Maître.sse de conférences à PR Professeur ou professeure des universités , et pas de recrutements.
Et pour 2026, qu’est-il prévu pour la campagne d’emploi ?
Il est prévu une campagne « normale » avec un équilibre entre départs à la retraite et recrutements. Ce qui porte à six postes au concours cette année (3 % de l’effectif enseignants-chercheurs). Mais pourrons-nous poursuivre sur cette logique, et même accélérer, alors que comme partout dans l’ESR Enseignement supérieur et recherche , il nous faudra faire face à une forte vague de départs à la retraite annoncée (40 % dans les dix ans) ?
Votre projet d’établissement prévoit d’augmenter les ressources propres, notamment au niveau européen, comment ?
Les ressources propres sont un levier important, elles ont augmenté de 70 % en dix ans, et nous voulons continuer à les développer. Nous avons mis en place des dispositifs et recruté une personne pour aider les collègues à aller chercher des contrats de recherche ou des financements européens. Il faut leur donner du temps et les accompagner car les montages de dossiers peuvent être complexes, notamment à l’Europe, et notamment pour les SHS Sciences humaines et sociales , qui sont spécifiques. Il faut aussi être vigilant à ce que ça ne pénalise pas le volet formation.
Après le séminaire des ENS pour améliorer la diversification des profils, comment avez-vous avancé ?
Nous menons des actions en amont, pour toucher les plus jeunes, en particulier via le dispositif de La maison des mathématiques et de l’informatique (MMI). Cela a été un premier chantier à mon arrivée car elle était menacée de disparition avec la fin des Labex Laboratoire d’Excellence . Pour cela, nous avons été soutenus par Lyon 1, la Comue, Centrale Lyon, le CNRS Centre national de la recherche scientifique , Inria Institut national de recherche en informatique et en automatique , et la région. On accueille des scolaires, et on met l’accent sur la question des filles en sciences avec des témoignages de femmes non intimidantes.
Il y a aussi les cordées de la réussite, avec le forum Biosciences qui consiste à faire venir en nos murs des collégiens et lycéens de zones prioritaires sur deux jours chez nous : on leur enfile des blouses et on les accompagne dans une démarche expérimentale et scientifique. Ils sont encadrés par des étudiants de biologie, en autonomie. Nous comptons aussi des associations étudiantes très engagées, sur des questions d’alphabétisation ou d’aide aux devoirs.
Et pour ce qui est de l’intégration ou du concours ?
Nous avons un second concours ouvert aux étudiants passés par l’université avec un taux de boursiers à 40 %, plus élevé que la voie CPGE Classe préparatoire aux grandes écoles où il y a 25 % de boursiers. Le CPES Cycle pluridisciplinaire d’études supérieures aussi est important, car il permet d’agir sur le volet social, avec une proportion importante de boursiers, et le volet de genre avec une quasi-parité filles garçons.
Les bacheliers de Paris et Ile-de-France sont surreprésentés en grandes écolesCette vigilance, nous avons souhaité l’inscrire dans le règlement des études en indiquant que les critères académiques primaient mais que nous étions attentifs aux dimensions de genre, sociales et géographiques. Ce dernier sujet est une source majeure d’inégalités : les bacheliers de Paris et Île-de-France sont surreprésentés en grandes écoles.
C’est un sujet dont nous avons souhaité nous emparer au niveau des 4 ENS, et nous organiserons donc en novembre un nouveau séminaire sur la diversité centré sur cette question géographique et qui se tiendra à l’ENS Paris-Saclay École normale supérieure Paris-Saclay .
Filles et sciences : des dispositifs de mentorat et de bourses
« Deux dispositifs ont été lancés à la rentrée 2025, avec tout d’abord un programme de mentorat pour les doctorantes, avec l’association Femmes et sciences, et deux collègues de Lyon 1 qui ont accepté de piloter cela. Les doctorantes choisissent un mentor, qui peut être homme ou femme, et qui n’est pas de leur discipline. Elles peuvent aborder avec leur mentor les sujets concernant leur vie de doctorante, la suite de leur parcours, bénéficier d’un partage d’expérience, etc. »
« Par ailleurs, nous avons mis en place le programme de bourses Cécile DeWitt-Morette pour les étudiantes en informatique et en mathématiques. Il a eu un effet intéressant puisque nous sommes passés de moins de 5 % de femmes primo entrantes en maths infos à la rentrée 2024 à plus de 20 %. Il envoie le signal qu’elles sont attendues. »
« Nous avons aussi mis en œuvre un congé menstruel pour les étudiantes et le personnel - et nous réfléchissons à un dispositif autour de la ménopause. Nous sommes enfin très attentifs sur les sujets de lutte contre les VSS Violences sexuelles et sexistes , et avec les 3 autres ENS, nous formons les jurys aux biais de genre, etc. Nous voulons avoir une visée et une réponse globale. »
En matière de formation et recherche, un des grands axes du projet d’établissement est celui des transitions, avec un centre prévu pour 2027 ?
Nous voulons inscrire cette question de l’environnement au sens le plus large, au cœur de nos missions, formation, recherche et innovation. Nous venons ainsi de lancer avec les partenaires du CHELS un diplôme inter-établissements « Grandes transitions mesurer et comprendre pour agir », qui fonctionne très bien. Nous proposons aussi le CPES Sciences et société avec le Lycée du Parc où les transitions sont centrales. Sans parler du volet recherche, ou de la mission transition écologique qui compte trois personnes.
Une organisation structurée, pour passer à l’échelleIl y a donc un foisonnement d’initiatives et de ressources, mais il manque une organisation un peu structurée, pour passer à l’échelle, d’où le souhait d’avoir un centre dédié. Nous recrutons un professeur d’université qui va avoir pour mission de le créer, et nous venons de recruter une ingénieure de recherche très aguerrie, précédemment à l’Académie du climat à Paris, qui apportera un appui très précieux.
On veut faire quelque chose de plus visible et qui sera articulé avec la démarche du site de Lyon Saint-Étienne qui a lancé un ITI Institut thématique interdisciplinaire (Institut thématique interdisciplinaire) Défis planétaires, territoires et transitions. Le centre aidera à fédérer les initiatives, créer une culture commune, croiser les regards entre sciences de la nature et sciences de la culture. Nous sommes riches de nombreuses disciplines et il faut réussir à mieux les croiser et faire travailler ensemble.
Le site lyonnais se structure sans EPE Etablissement public expérimental mais avec la ComUE, de type expérimental. Quel bilan faites-vous de cette démarche ? Jusqu’où faut-il aller ?
Je suis tout à fait ravi de la façon dont cela se passe. Il y a un alignement de planètes. Tous les établissements participent, des objets ont été lancés : instituts thématiques et réseaux de coordination. Les collègues comprennent les règles du jeu, construisent des projets. On remet le site sur la carte nationale.
Et c’est complètement raccord avec la stratégie de l’ENS : les instituts thématiques s’attaquent à des défis sociétaux qui ne peuvent se mener si on ne fait pas travailler ensemble sciences exactes/expérimentales et sciences humaines/sociales, ce qui est notre mantra. Il y a aussi le lien sciences société qui est une nécessité absolue, et l’imbrication formation recherche qui est notre modèle.
Nous avons aussi bénéficié de cette démarche avec l’installation d’une plateforme de cryomicroscopie de niveau de biosécurité élevé, qui a mobilisé des moyens des établissements du projet ShapeMed (Lyon 1, Lyon 2, HCL Hospices civiles de Lyon , VetAgro sans oublier les organismes nationaux), de l’ANR Agence nationale de la recherche et de la région, et qui bénéficie à une large communauté.
Ensuite, cela se fait dans un contexte incertain, où on ne répond pas à une commande de l’État, ce qui apporte une certaine autonomie, mais sans être sûr que nous aurons les moyens de pérenniser notre démarche. Nous avons réussi à mettre en commun des moyens (préciput ANR, moyens établissements, moyens de la Comue), ce qui n’est pas suffisant par rapport à nos ambitions, mais ce sont tout de même plus de 5 M€ qui permettent de commencer à réfléchir.
Quel est le regard du ministère sur votre démarche ?
La question de la sortie d’expérimentation de la ComueNous avons fait plusieurs rendez-vous au ministère avec à chaque fois plusieurs représentants du site. Nous avons le sentiment d’être compris et soutenus, d’autant que les premiers résultats sont là. La question qui se posera assez vite c’est la sortie d’expérimentation de la Comue, et notamment son statut juridique. Mais contrairement à ce qui avait été fait avant, notre démarche consiste à travailler d’abord le projet plutôt que la structure.
Dans les actions prévues par le projet d’établissement figure une charte des partenariats pour définir les relations avec les entreprises. S’agit-il d’une demande des étudiants de plus de transparence ?
C’est en lien avec notre volonté de créer une fondation, et nous voulons au préalable réfléchir au cadre, ce qu’on accepte ou pas. La transparence est une condition pour y aller, il faut qu’on dise pourquoi on y va, quel montant. C’est une demande des étudiants mais aussi des collègues, et elle est légitime. Je pense que cela peut être une façon de protéger les partenaires, avec des garde-fous qui crédibilisent. Et si des entreprises refusent de nous rejoindre à cause de cela, ce n’est pas très grave.
Emmanuel Trizac
Président @ École normale supérieure de Lyon (ENS de Lyon)
Professeur des universités @ Université Paris-Saclay (EPE)
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Parcours
Professeur des universités
Vice-doyen recherche
Directeur du Laboratoire de Physique Théorique et Modèles Statistique (UMR CNRS)
Maître de conférences
Établissement & diplôme
Post-doctorat
Fiche n° 49260, créée le 26/05/2023 à 09:55 - MàJ le 20/02/2026 à 18:13
École normale supérieure de Lyon (ENS de Lyon)
Catégorie : Établissements publics
Adresse du siège
15 Parvis René Descartes04 37 37 60 00
69342 Lyon Cedex 07 France
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Fiche n° 1899, créée le 05/05/2014 à 12:22 - MàJ le 23/02/2026 à 10:44
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