
Diversité : « Après de premières approches dénaturantes, il faut renverser le raisonnement » (J-M. Jolion)
« L’enseignement supérieur (le ministère et ses opérateurs) a trop longtemps nié la diversité étudiante puis a considéré que la charge de l’adaptation devait porter principalement sur l’étudiant. Ces premières approches ont donc été réparatrices et dénaturantes. Il nous faut aujourd’hui renverser le raisonnement », écrit Jean-Michel Jolion

, dans un plaidoyer « pour une autre approche de la diversité étudiante » au sein de l’enseignement supérieur, transmise à News Tank, le 07/01/2026.
Alors que cette politique est attaquée outre-Atlantique depuis le retour de Trump au pouvoir, pour l’ancien professeur à l’Insa
Institut national des sciences appliquées
de Lyon et ancien conseiller ministériel : « n’en déplaise à certains, il n’y aura pas de retour à un pseudo-âge d’or où la population étudiante serait globalement uniforme. Et ce n’est pas un problème pour notre pays mais une chance car cette diversité est une richesse ».
Après avoir dressé le constat d’une « explosion de la diversité étudiante », qu’elle soit sociale, de genre, de parcours, liée au handicap ou aux origines, ou encore de besoins, Jean-Michel Jolion revient sur certaines approches ayant cherché à réduire la diversité par la sélection ou la réparation. Et, à l’inverse, liste des initiatives visant à mieux appréhender et accompagner la diversité, par des aménagements de concours ou de parcours de formation, et la recherche d’une individualisation.
Lui plaide pour une approche systémique de la diversité en s’appuyant notamment sur « dix règles méthodologiques », mais aussi pour la nécessité de construire une vision intégrée de la diversité, portée par le ministère en charge de l’enseignement supérieur.
Jean-Michel Jolion a notamment été délégué ministériel à la vie étudiante de 2022 à 2024 où il a piloté un rapport préparatoire à la réforme des bourses sur critères sociaux. Il est aujourd’hui retraité.
Les dix règles méthodologiques proposées par Jean-Michel Jolion
1. Garder la diversité
C’est bien sûr dans ce sens que nous argumentons tout au long de cet ouvrage. Ne pas tomber dans la facilité de la dénaturation de la diversité de la population étudiante.
2. Ne pas ouvrir les boucles de contrôle
Agir localement sur une règle ou un composant du système est dangereux. Il faut toujours garder en mémoire le fait que ces règles et composants sont une partie du système et que toute modification ou adaptation locale aura des conséquences globales. […] Cela paraît limiter l’action des équipes pédagogiques au plus proche des étudiants mais c’est la garantie de l’évolution positive du système. C’est aussi une limitation à l’expérimentation qui doit être confinée à un sous-système quasiment indépendant.
3. Rechercher les lieux d’amplification
Toute action dont le bénéfice est avéré doit pouvoir être analysée en vue de sa généralisation. Cela induit au préalable une observation et une évaluation pour pouvoir passer à l’échelle. Cette démarche doit aussi s’appliquer pour les actions locales qui n’ont pas eu d’effet positif. Alimenter la mémoire collective est donc primordial.
4. Restaurer les équilibres du système par des actions locales
Tous les composants d’un système doivent être aptes à une modification particulière de leurs entrées, sans avoir à en référer à un composant de plus haut niveau. Ce principe réaffirme l’intérêt des équipes pédagogiques qui doivent donc s’intéresser à la diversité entrante d’une nouvelle promotion en regard des attendus ou de la mémoire des promotions précédentes. Le maintien de l’harmonie du système ne doit donc pas être la tâche d’un superviseur particulier mais le travail de chaque composant.
Cette liberté locale peut poser des problèmes notamment lorsqu’elle induit par exemple une modification ponctuelle des modalités de contrôle de connaissance qui, dans nos établissements, est censée être votée en début d’année par l’instance compétente de l’établissement. C’est à la fois un souci de transparence nécessaire mais aussi un frein possible pour des adaptations ultérieures car on oublie souvent que nos étudiants, par autocensure, n’exposent pas la totalité de leur spécificité.
5. Maintenir les contraintes
Il faut éviter les sursimplifications qui conduiraient à maintenir la diversité (individualisation extrême) sans aller vers l’objectif du système qui de fait est celui de transformer les étudiants entrants en diplômés donc ayant des compétences particulières. […] Le parcours de l’étudiant au sein du système n’est pas celui d’une donnée passive. Il est le résultat d’une action consciente. C’est pourquoi le contrat entre l’étudiant et l’établissement doit être un objet vivant.
La diversité, thème de l’édition 2026 de Think Éducation et Recherche
« Diversité en question, diversité en actions » : tel est le thème choisi par News Tank Éducation et Recherche pour la 11e édition de son événement Think Éducation et Recherche qui se tiendra le 05/02/2026 à Sorbonne Université.
Au programme, une journée de tables rondes, débats, duos pour penser la diversité, tant dans l’enseignement supérieur, que la recherche par l’interdisciplinarité, l’approche territoriale ou la question des moyens avec le sujet des ressources.
Une trentaine d’intervenants, dirigeants, chercheurs et experts, livreront leurs réflexions et leurs témoignages. Avec une ouverture exceptionnelle autour de Philippe Aghion, Prix Nobel d’économie 2025, Clément Beaune, Haut-commissaire au plan, et Nathalie Drach-Temam, présidente de Sorbonne Université.
6. Varier pour mieux unifier
La prise en compte d’une situation particulière de diversité, par exemple le genre, ne doit pas obligatoirement se traduire par une solution unique. Il faut favoriser aussi la diversité dans les prises en charge tout en veillant à ce que cela se traduise par un niveau plus important de complexité « maîtrisée » du système global. […] Accroître la compréhension de la diversité est une priorité pour l’établissement système.
7. Être adaptatif
L’adaptation est au cœur de la démarche systémique. Ce n’est pas à l’étudiant de faire cette adaptation (en référence par exemple à l’approche réparatrice que nous avons évoquée). C’est donc au système mais surtout à ses composants d’avoir ce réflexe d’adaptation lorsqu’une situation le nécessite. L’adaptation de l’étudiant, c’est ce qui est nécessaire pour la réussite de son parcours qui le fera passer vers cet état d’adulte, citoyen, diplômé pouvant viser une insertion sociale et professionnelle.
8. Atteindre un objectif plutôt qu’un comportement détaillé : la nécessaire autonomie du système
Un système doit, en premier lieu, fonctionner, donc atteindre un but ou un ensemble de buts. En première approximation, on peut donc considérer que seul le résultat compte, peu importe par quels moyens. Bien sûr, la réalité est plus complexe mais il est certain que l’obtention du but doit rester prioritaire. […] Cela induit surtout une contrainte sur l’évaluation du système.
Les établissements d’enseignement supérieur ont fortement gagné en autonomie au cours de 15 dernières années. Par exemple, le ministère ou les instances d’évaluation ne regardent plus le détail des maquettes pédagogiques et c’est très positif. Mais il faut que l’évaluation, sur le volet formation et vie étudiante, sache prendre en compte les résultats de cette prise en compte de la diversité sans imposer de modalités particulières pour y arriver car il ne peut y avoir de règles précises valables pour tous les établissements.
9. Découvrir la complexité réelle du système
La complexité du système induite par cette diversité doit pouvoir être connue, suivie, analysée afin qu’elle ne devienne pas un facteur dégradant le fonctionnement du système. C’est un des buts de ces allers-retours permanents entre les niveaux local et global de l’établissement. C’est ce qui permet aussi d’éviter les situations de blocage sachant que l’établissement système dispose de ressources (financières, humaines, logistiques, bâtimentaires…) limitées qui imposent des choix.
10. Respecter les contraintes temporelles
Les étudiants ne sont que de passage. Une réponse optimale arrivant en retard n’a souvent que peu d’importance. C’est pourquoi la contrainte temporelle est une contrainte forte pour le système. Cela commence par la capacité à repérer rapidement un étudiant dont la spécificité empêche son intégration complète dans les processus.
Le non-repérage conduit souvent à ce que cet étudiant sorte de lui-même du système. C’est évidemment le cas des étudiants décrocheurs mais c’est aussi de plus en plus le cas des étudiants en situation de précarité monétaire ou en difficulté en lien avec la montée de la problématique de santé mentale.
Parcours
Membre
Délégué ministériel à la vie étudiante
Professeur dess universités
Coordinateur
Conseiller en charge de la formation, des politiques de site et des relations entre la science et la société au cabinet de la ministre de l’Esri
Conseiller en charge des politiques de site et des relations entre la science et la société auprès de Frédérique Vidal
DRRT Auvergne Rhône-Alpes
Conseiller en charge des formations du supérieur et de l’orientation
Chef du service de la stratégie de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle à la DGESIP
Chef du projet Programme Investissements d’Avenir
Responsable du service Développement et aménagement des Campus
Président du comité de suivi master
Délégué général
Conseiller scientifique auprès du vice-président
Directeur Adjoint de la Recherche
Maître de conférences
Établissement & diplôme
Ingénieur et docteur en informatique
Fiche n° 3489, créée le 22/04/2014 à 12:00 - MàJ le 08/01/2026 à 13:25
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