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[Leurs vœux 2022] « Ma première pensée va aux étudiants, ma seconde aux chercheurs » (Cédric Villani)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°238330 - Publié le 05/01/2022 à 09:00
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©  D.R.
Cédric Villani - ©  D.R.

« Ma première pensée va aux étudiants, souhaitant qu’ils puissent bénéficier d’un régime de restrictions aussi peu contraignant que possible, dans ce contexte où l’épidémie flambe à nouveau. »

C’est ce qu'écrit le député non-inscrit et mathématicien Cédric Villani Professeur de mathématiques @ Université Claude Bernard - Lyon 1 • Membre du conseil scientifique @ Commission européenne • Député (EDS) @ 5e circonscription de l’Essonne • Membre du comit… dans ses vœux pour 2022. Il fait partie des personnalités sollicitées par News Tank en ce début d’année pour connaître leurs attentes pour l’année à venir dans le domaine de l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation .

« Ma seconde pensée va aux chercheurs, pour qu’ils puissent accomplir leur travail, leur passion avec sérénité. Voilà plus de dix années que l’Esri accumule les réformes — certaines indispensables, d’autres plus contestables — avec un cortège de polémiques et controverses nocives », ajoute-t-il.

S’il salue la LPR Loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur qui « injecte progressivement de l’argent dans le système de recherche qui en avait bien besoin », il formule le vœu de parvenir à « desserrer le poids des réglementations variées » qui, selon lui, entrave trop la recherche française.

Enfin, le député liste plusieurs dossiers qu’il souhaiterait voir avancer en 2022 dont la santé après le « traumatisme » de l'échec de la mise au point d’un vaccin français contre la Covid-19, et l’IA Intelligence artificielle alors que « le déploiement des grands projets à fort impact est en train de marquer le pas ».

Il évoque aussi :
• le site de Grignon, à l’occasion du déménagement d’AgroParisTech, qui doit rester « un territoire de formation, de recherche dans l’agriculture de demain » ;
• la nécessité de plus de moyens pour l’Ipev Institut polaire français Paul-Emile Victor « dont le délabrement fait honte à la France » ;
• et les recherches de l’Ifpen Institut français du pétrole - énergies nouvelles « qui méritent d’être soutenues ».

Pour ces « trois fleurons nationaux méritoires, je n’ai pas compris pourquoi le Gouvernement a rechigné pour quelques malheureux millions ». Enfin, il juge que le sujet de l’Esri n’est pas assez présent dans la campagne présidentielle qui débute.


« Une société qui a besoin de se projeter activement dans l’avenir »

Des étudiants minés par le sentiment d’être sacrifiés

« Ma première pensée va aux étudiants, souhaitant qu’ils puissent bénéficier d’un régime de restrictions aussi peu contraignant que possible, dans ce contexte où l’épidémie flambe à nouveau.

J’ai pu voir de près leur détresse en temps de Covid, particulièrement pendant le deuxième confinement, minés par le sentiment d’être sacrifiés pour une épidémie qui ne les concernait pas directement, mortifiés de voir les employés et les lycéens retrouver le chemin du travail, pendant qu’eux-mêmes étaient assignés devant des visioconférences dans leurs petites chambres.

L’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation se joue tout entier dans les rencontres, discussions, voyages, ambiances de site, complicités : c’est un secteur dont tout le sens se vide quand on coupe les interactions, et les jeunes, très sensibles, ont été nombreux à être traumatisés par cette perte apparente de sens.

A contrario, quand les interactions reviennent, les étudiants peuvent se remotiver très vite : j’ai été impressionné par la foule des jeunes étudiants qui se sont pressés à l’ETH Eidgenössische Technische Hochschule - École polytechnique fédérale début décembre pour écouter mes conférences ; un de leurs enseignants les a comparés à un homme affamé à qui on aurait présenté un repas. »

Besoin de sérénité pour les chercheurs

« Ma seconde pensée va aux chercheurs, pour qu’ils puissent accomplir leur travail, leur passion avec sérénité. Voilà plus de dix années que l’Esri accumule les réformes — certaines indispensables, d’autres plus contestables — avec un cortège de polémiques et controverses nocives.

Desserrer le poids des réglementations variées »

La dernière loi de programmation pour la recherche, au-delà des polémiques, injecte progressivement de l’argent dans le système de recherche qui en avait bien besoin et dont on peut oser espérer qu’il sera demain moins contraignant.

Et plus généralement, si nous arrivions à desserrer le poids des réglementations variées, cela en soi serait appréciable ; je ne compte plus les sujets que j’ai étudiés au Parlement et où l’on m’a répondu, quand je demandais quel était l’obstacle principal, “la réglementation'. Le dernier en date, c’était la gestion des déchets d’activités de soins… »

Faire avancer les dossiers de la santé et de l’IA

Pas de vaccin français : un traumatisme »

« La santé et l’intelligence artificielle sont deux dossiers sur lesquels j’ai travaillé en tant que parlementaire. Tous deux sont en ce moment soumis à des difficultés multiples. En matière de santé, l'échec de la mise au point d’un vaccin français reste un vrai traumatisme ; l’audition parlementaire que nous avons organisée à l’Opecst Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a dressé un portrait très déprimé de la recherche dans ce secteur.

Pour l’IA Intelligence artificielle , on constate que le déploiement des grands projets à fort impact est en train de marquer le pas, pour des raisons variées d’un secteur à l’autre. Dans le secteur de l’environnement, le sujet reste avant tout dépendant de la physique et de la biologie et les applications IA restent rares. Dans le secteur de la santé, la construction des grandes bases de données s’avère bien plus difficile que prévu, en particulier pour des questions sociales et politiques.

Dans le secteur de la mobilité, la difficulté des défis algorithmiques a été revue à la hausse. L’avenir est peut-être à des collaborations et projets plus locaux : je me souviens d’avoir vu des choses enthousiasmantes au Forum européen d’intelligence artificielle des territoires, à Concarneau cette année. »

Grignon, Ipev et Ifpen : préserver ces « trois fleurons nationaux méritoires »

« Maintenant je voudrais insister sur trois dossiers particuliers sur lesquels je me suis personnellement engagé. Premièrement, le sort du site de Grignon à l’occasion du déménagement d’AgroParisTech : il est pour moi indispensable que ce site reste un territoire de formation, de recherche dans l’agriculture de demain ; l’État a repoussé la vente devant la mobilisation étudiante, mais le problème peut se reposer à l’identique dans quelques mois.

Deuxièmement, les moyens de l’Ipev (Institut Paul-Émile Victor), dont le délabrement fait honte à la France ; le rapport d’audition de l’Opecst sur notre recherche polaire s’intitulait 'Rejouer dans la cour des grands”, je crois que c’est assez explicite. Troisièmement, les recherches de l’Ifpen Institut français du pétrole - énergies nouvelles , dont les performances en matière de développement de technologies renouvelables sont impressionnantes, et qui méritent d’être soutenues.

Dans le cas de ces trois fleurons nationaux méritoires, je n’ai pas compris pourquoi le gouvernement a rechigné pour quelques malheureux millions, alors que le budget global de l’Esri était augmenté de plusieurs centaines de millions, et qu’on discutait d’un plan de relance à cent milliards. »

L’Esri pas assez présent dans la campagne présidentielle

« Le sujet de l’Esri n’est pas assez présent dans la campagne présidentielle. Pourtant, derrière l’Esri, il y a les diagnostics et plans d’actions en matière d’environnement, il y a les traitements contre le Covid, il y a la compréhension des mystères de l’univers, depuis les lois mathématiques et physiques qui le régissent jusqu’à l’apparition de la vie. Il y a aussi la meilleure compréhension de la psychologie des individus et des foules, qui seront indispensables à l’évolution de la médecine comme aux grandes transitions de société.

La recherche aujourd’hui doit être pensée avec des moyens ambitieux, avec des collaborations interdisciplinaires fortes. Dans l’Esri, il y a finalement la fierté d’une société qui a besoin de se projeter activement dans l’avenir, dans un pays qui a forgé sa réputation sur sa faculté à donner corps à des visions d’avenir. »

Cédric Villani


Membre du conseil scientifique de la commission européenne depuis novembre 2015.

Auteur du livre Théorème vivant paru aux éditions Grasset et Fasquelle en 2012.

Lauréat de la médaille Fields en 2010.


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Parcours

EPA Paris-Saclay
Président du comité consultatif
Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques
Premier VP
EPA Paris-Saclay
Membre du comité consultatif
5e circonscription de l’Essonne
Député (EDS)
Commission européenne
Membre du conseil scientifique
Université Claude Bernard - Lyon 1
Professeur de mathématiques
Institut Henri Poincaré
Directeur
École Normale Supérieure
Agrégé préparateur

Établissement & diplôme

École Normale Supérieure
Études de mathématiques

Fiche n° 14196, créée le 10/11/2015 à 17:25 - MàJ le 23/10/2020 à 11:52


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