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[Leurs vœux 2022] « Créer des universités européennes intégrées attractives » (Jean-Marc Ogier)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Tribune n°238305 - Publié le 04/01/2022 à 10:29
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©  La Rochelle Université
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Les alliances d’universités européennes sélectionnées par la Commission « devraient pouvoir annoncer un projet politique et être suivies, en disposant d’un guichet unique », écrit Jean-Mac Ogier, président de La Rochelle Université et porteur de l’alliance EU-Conexus, dans une tribune pour News Tank à l’occasion de la nouvelle année, le 04/01/2022.

Il fait partie du panel de de dirigeants et dirigeantes de l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation que notre rédaction a sollicités pour présenter leurs voeux 2022. Après Alice Guilhon Directrice générale @ Skema Business School • Présidente @ Conférence des directeurs d'écoles françaises de management (CDEFM)
, qui plaidait le 03/01, pour une meilleure écoute des écoles de commerce réunies au sein de la CDEFM Conférence des directeurs d'écoles françaises de management , Jean-Marc Ogier Président @ La Rochelle Université • Co-président du comité numérique @ France Universités • Co-président du comité transition écologique et énergétique @ France Universités
se penche sur les enjeux européens.

Selon lui, « il faudrait une forme de “Mesri européen” qui définisse une politique et avec lequel nous pourrions co-contractualiser en associant la Commission européenne, les États membres et éventuellement les régions qui se sont pour l’instant totalement désintéressées des alliances, alors que nous représentons de véritables opportunités politiques pour elles ».

« Le vrai sujet est là, en lien avec la question de la politique RH de ces universités européennes, notamment si l’on souhaite créer des universités attractives au plan mondial. »

« Dans le discours initial d’Emmanuel Macron à la Sorbonne, il y avait l’idée de faire des universités des figures de proue de l’Europe, sur l’ensemble des missions régaliennes d’une université. Je suis personnellement convaincu de cette vision et de la nécessité de la pousser jusqu’au bout, suivant une démarche très intégrée. »


« Créer de vraies universités à l'échelle européenne »

Je souhaite qu’on puisse donner véritablement corps au concept d’université européenne, en créant de vraies universités, à l’échelle européenne. C’est d’une part, me semble-t-il, la meilleure voie pour créer de vrais eurocitoyens et, d’autre part, une excellente stratégie pour mettre en place des établissements académiques figures de proue de l’Europe, capables de rayonner scientifiquement au plan mondial grâce à la fédération de forces scientifiques émanant de toute l’Europe.  

Le débat porte aujourd’hui sur la question de la consolidation des alliances européennes ou de l’élargissement du nombre de ces alliances. La construction de ces objets entre partenaires européens doit faire sens par rapport à un projet collectif d’établissements ayant décidé de réunir leurs forces.

Vouloir élargir massivement coûte que coûte est prématuré

Vouloir élargir massivement coûte que coûte le nombre d’alliances, plutôt que d’analyser objectivement les conditions de réussite d’une université européenne, sur la base des trajectoires des projets, me semble prématuré.

J’aurais donc tendance à soutenir la consolidation plutôt que l’élargissement, ce dernier pouvant conduire à une dispersion des forces et, par ricochet, à une perte de sens des objectifs recherchés à travers la construction d’une université européenne.

En effet, il n’est pas simple de bâtir des projets cohérents, à l’instar de ce que les alliances essaient de faire aujourd’hui.

Suivant les ambitions qu’elles partagent, ces universités  sont tellement complexes à monter et il y a tant d’obstacles à franchir que les consolider avant de les élargir ne me parait pas aberrant.  

Une vision européenne élitiste ?

En France peut s’exprimer la crainte d’une vision européenne élitiste liée à la recherche, à l’image de notre paysage structuré ces dernières années autour d’Idex Initiative(s) d’excellence et d’I-site Initiative-Science-Innovation-Territoire-Economie , principalement en appui sur des critères quantitatifs. Il serait bien sûr regrettable d’avoir la même approche au niveau européen, car le paysage académique européen est très hétérogène et mérite un autre regard, notamment pour laisser s’exprimer des ambitions différentes. 

Laisser s’exprimer des ambitions différentes »

Ces ambitions pourraient à terme contribuer à la création de véritables objets académiques très compétitifs suivant une vision systémique, croisant formation, recherche et innovation. Cette vision n’empêche pas de poser des exigences très fortes quant à la qualité de la recherche produite par les alliances. 

Ne pas opposer consolidation et élargissement

Ainsi, il ne faut pas opposer consolidation et élargissement. EU-Conexus [l’alliance coordonnée par La Rochelle Université] devrait par exemple passer de six à neuf membres, mais sur la base d’exigences très fortes concernant la cohérence de l’intégration de nouveaux partenaires. 

Faire des objets rayonnants et attractifs »

Ils doivent afficher une politique volontariste d’alignement avec notre université européenne centrée sur le challenge du développement durable en zone littorale (Smart Urban Coastal Sustainability), suivant une démarche interdisciplinaire et très ancrée sur les territoires. 

Cette notion de “cohérence” de projet basé sur des choix forts et argumentés me parait fondamentale, si l’on souhaite faire des objets rayonnants et attractifs.

C’est pour cela que l’idée d’un élargissement du concept à toute l’Europe me semble vraiment difficile à mettre en œuvre. Elle supposerait en effet que toute l’Europe s’organise pour monter des projets cohérents, ce qui est loin d’être un exercice simple quand on analyse la trajectoire historique des établissements académiques des Etats membres.

L’accès à l’enseignement supérieur est très hétérogène selon les pays, ce qui rend complexe la construction de projets européens cohérents. 

Une recherche qui doit être spécialisée

Une université européenne devrait embarquer à mes yeux une vision holistique des missions d’une université d’un Etat membre : il doit bien évidemment y avoir une dimension de formation et de vie étudiante, mais également de recherche, d’innovation, d’internationalisation, de relation avec les acteurs socio-économiques, etc.  

Créer des universités européennes de taille équivalente à celle de nos Idex nationales »

La R&I doit donc être pleinement intégrée à la politique institutionnelle d’une université européenne. Mais plus encore plus qu’en France, la recherche d’une université européenne doit pouvoir être spécialisée sur un ou quelques grands défis de notre monde actuel.

En effet, la logique de regroupement de plusieurs universités nationales de petite ou moyenne taille autour d’une alliance européenne spécialisée constitue une opportunité pour créer des universités européennes de taille équivalente à celle de nos Idex nationales, mais présentant l’avantage de concentrer leur énergie sur un spectre scientifique extrêmement réduit, en faisant des objets à très haute valeur ajoutée potentielle.

Je considère donc que EU-Conexus a tout sa place dans le paysage européen.  

Le vœu de Jean-Marc Ogier : le sujet qui devrait avancer en 2022

Le vrai sujet des universités européennes, c’est celui de la construction d’une politique de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation au niveau européen, avec un modèle politique partagé entre la Commission européenne d’une part et les ambitions que les États membres développent pour leurs universités nationales dans le cadre de leurs politiques publiques d’autre part.

 Il faut que la Commission et les Etats membres  se mettent d’accord »

En aval de cette problématique centrale, il y a celle relative à la création d’entités légales avec un véritable statut d’université européenne, l’élaboration d’une vision partagée d’un modèle économique, la création d’une politique RH coordonnée, etc. Autant de sujets qui nécessitent d’être précisés. Il faut que la Commission et les États membres se mettent d’accord sur l’ensemble de ces questions.

Si l’on se focalise sur EU-Conexus, les universités membres de notre alliance dépendent de pays qui ont des politiques d’accès à l’ESR hétérogènes.

  • Comment peut-on revisiter le modèle économique pour ces entités afin de construire un modèle partagé, respectant à la fois l’ambition européenne et les prérogatives nationales des états membres ?
  • Quelle quote-part financière pourrait être attribuée aux universités européennes d’une part par les États membres et d par la Commission d’autre part, en fonction du niveau de subsidiarité ?
  • Quelle peut être la contribution de chacun quand les PIB et les modèles de financement de l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation des Etats membres sont si différents ?

Avancer sur toutes ces questions de manière assumée et avec discernement me semble essentiel. 

Faciliter les projets portés par les universités européennes

Corrélée à cette première question, il y a celle de la facilitation ou fluidification de construction des projets académiques émanant des universités européennes.

Aujourd’hui, il est aberrant, pour monter des diplômes européens, de devoir aller au guichet d’Erasmus Mundus pour trouver les moyens afférents, alors que ce type de démarche devrait faire partie intégrante d’une université européenne. 

Il en est de même pour des projets scientifiques européens sur le même périmètre que ceux des AAP Appel à projets d’Horizon Europe, qui sont également accessibles via un autre guichet, alors qu’ils devraient être accessibles simplement, de manière intégrée. 

De manière plus générale, les universités européennes devraient pouvoir annoncer un projet politique et être suivies, en disposant d’un guichet unique. Il faudrait une forme de “Mesri  Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation européen” qui définisse une politique et avec lequel nous pourrions co-contractualiser en associant la Commission européenne, les États membres et éventuellement les régions, qui se sont pour l’instant totalement désintéressées des alliances, alors que nous représentons de véritables opportunités politiques pour elles. 

Le vrai sujet est là, en lien avec la question de la politique RH de ces universités européennes, notamment si l’on souhaite créer des universités attractives au plan mondial.  

Ses attentes vis-à-vis de la PFUE

Dans le discours initial d’Emmanuel Macron à la Sorbonne, il y avait l’idée de faire des universités des figures de proue de l’Europe, sur l’ensemble des missions régaliennes d’une université.

Je suis personnellement convaincu de cette vision et de la nécessité de la pousser jusqu’au bout, suivant une démarche très intégrée.

Dès lors, la question de donner à ces alliances une existence légale permettant de déléguer à la structure des compétences en matière d’Esri est bien sûr posée.

Dans le cadre de la PFUE Présidence française de l’Union européenne , je milite pour la création d’entités légales, qui pourraient représenter de véritables symboles de cette vision ambitieuse exprimée par le Président de la République française. En effet, en l’absence de véritables statuts, chacun se débrouille avec les moyens du bord, en prenant appui sur des statuts associatifs, essayant ainsi de faire entrer les universités européennes au chausse-pied dans des entités morales inadaptées.

Jean-Marc Ogier


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Parcours

France Universités
Co-président du comité numérique
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Co-président du comité transition écologique et énergétique
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Membre de la CP2U
La Rochelle Université
Vice-Président Campus numérique et Système d’information
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Directeur laboratoire 3i
La Rochelle Université
Professeur des universités
Université Rennes 1
Maître de conférences IUT de Lannion, chargé de la formation continue

Fiche n° 16627, créée le 17/03/2016 à 16:55 - MàJ le 04/01/2022 à 08:50

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Fiche n° 2170, créée le 12/06/2014 à 02:29 - MàJ le 12/06/2014 à 14:29

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