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ExclusifUniversités européennes : élargissement ou approfondissement ? L’alerte de M. Amara et D. Varaschin

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Tribune n°231632 - Publié le 19/10/2021 à 14:23
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Denis Varaschin et Mohamed Amara - ©  D.R.

« La formation de l’étudiant, dans l’acception étendue du terme, doit rester au cœur de la pensée et de l’action des universités européennes », écrivent Mohamed Amara Professeur des universités en mathématiques @ Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) • VP en charge de l’ESR @ Communauté d’agglomération Pau-Pyrénées - Ville de Pau (64)
, ancien président de l’UPPA Université de Pau et des Pays de l’Adour (2012-2020) et Denis Varaschin Professeur des universités @ Université Savoie Mont-Blanc (USMB)
, ancien président de l’USMB Université Savoie Mont-Blanc (2012-2020), dans une tribune adressée à News Tank, le 19/10/2021.

Alors que la France doit prendre la présidence de l’UE Union européenne , le 01/01/2022, « s’il n’est pas permis de douter des convictions européennes du président Macron, certaines prises de position françaises, si elles venaient à se confirmer, ne manqueraient pas d’interroger », s’inquiètent les deux anciens présidents.

Ils font référence à la volonté affichée par la France de privilégier un approfondissement des universités européennes, plutôt que leur élargissement. « Il semblerait qu’une tendance au niveau national défende une vision plus restrictive en nombre, et centrée sur les “grandes universités de recherche“ », indiquent Denis Varaschin et Mohamed Amara, pointant le fait qu’il s’agirait d’un « contre-pied par rapport à l’actuelle politique incitative d’élargissement prônée par la Commission ».

« Prenons garde qu’à vouloir imposer au niveau européen une politique qui, en France, affiche les limites que l’on connaît, ce projet européen ne prenne un chemin fâcheux », préviennent-ils.


Du discours de la Sorbonne aux universités européennes : « Une vision inclusive »

En septembre 2017, le président de la République française prononçait à la Sorbonne un discours « pour une Europe souveraine, unie, démocratique ».

Dans une partie intitulée « Le ciment de la culture et du savoir », un passage était consacré à la formation de la jeunesse :

« Créer un sentiment d’appartenance est le ciment le plus solide de l’Europe.

Nous devons renforcer les échanges, pour que chaque jeune Européen ait passé au moins six mois dans un autre pays européen (50 % d’une classe d’âge en 2024), que chaque étudiant parle deux langues européennes d’ici 2024.

Nous devons créer des universités européennes, réseaux d’universités qui permettent d’étudier à l’étranger et de suivre des cours dans deux langues au moins.

Au lycée, nous devons mettre en place un processus d’harmonisation ou de reconnaissance mutuelle des diplômes de l’enseignement secondaire (à l’instar de l’enseignement supérieur). »

Ce discours, à replacer dans le contexte du vote de juin 2016 en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, fut entendu.

À la suite de l’appel de la Commission européenne, lancé lors du sommet de Göteborg en novembre 2017, le Conseil européen proposait le mois suivant aux États membres « de renforcer, dans l’ensemble de l’UE Union européenne , les partenariats stratégiques entre les établissements d’enseignement supérieur ». Les universités européennes devaient promouvoir le sentiment d’appartenance de la jeunesse à l’Europe. Placer l’étudiant au cœur de ces nouveaux établissements était le fondement de l’initiative.

Des universités très diverses sélectionnées

La mobilisation française atteste bien plus qu’une quête de fonds »

En deux vagues, juin 2019 et juillet 2020, la Commission européenne retenait 41 alliances regroupant plus de 280 institutions d’enseignement supérieur. La vision de l’Europe avait été inclusive, en créant plus d’alliances que la vingtaine prévue initialement, en ouvrant la porte à l’ensemble de l’espace européen et en sélectionnant des universités de type très divers. La volonté politique de relancer un idéal européen par la jeunesse était respectée. Dans ce même esprit, en 2021, la Commission a encouragé les alliances à s’élargir.

La forte mobilisation des établissements français ainsi que les nombreux succès remportés (32 membres dans les 41 alliances) attestaient bien plus qu’une quête de fonds pour des établissements sous-financés par ailleurs.

Une vision plus restrictive ? 

Pour autant, il semblerait qu’une tendance au niveau national défende une vision plus restrictive en nombre, et centrée sur les « grandes universités de recherche ».

Le contre-pied de l’actuelle politique incitative d’élargissement prônée par la Commission »

À la veille de prendre la présidence du Conseil européen, le 01/01/2022, la France aurait également fait savoir qu’elle favoriserait un approfondissement plutôt qu’un élargissement des alliances, prenant ainsi le contre-pied de l’actuelle politique incitative d’élargissement prônée par la Commission.

S’il n’est pas permis de douter des convictions européennes du président Macron, certaines prises de position françaises, si elles venaient à se confirmer, ne manqueraient pas d’interroger.

La priorité pour les cinq années à venir

Les universités européennes ont un rôle capital à tenir dans la diffusion des valeurs européennes et la formation de l’écocitoyen européen de demain. Là est l’urgence, et cette étape doit absolument être un succès.

Sans bien entendu remettre en cause l’importance des activités de recherche au niveau européen, le projet d’universités européennes possède fondamentalement une ambition forte, la mobilisation de la jeunesse de l’Europe autour de ses valeurs et de ses idéaux. C’est la priorité pour les cinq années à venir.

Et si, en parallèle, l’organisation d’une recherche commune à ces universités européennes autour de soutiens financiers européens pérennes permet l’émergence de collaborations structurées liant les L, M et D du processus de Bologne avec les activités de recherche, d’innovation, de valorisation et de diffusion scientifique de ces universités, chacun pourra s’en féliciter.

Lourde responsabilité

Prenons garde qu’à vouloir imposer au niveau européen une politique qui, en France, affiche les limites que l’on connaît, ce projet européen ne prenne un chemin fâcheux. La formation de l’étudiant, dans l’acception étendue du terme, doit rester au cœur de la pensée et de l’action des universités européennes.

Les conséquences encore imparfaitement perçues de la crise sanitaire, l’incontestable montée de populismes qui nourrissent dans certains pays des tentations de nouvelles sorties de l’Union, le renouveau de nationalismes outrés qui alimentent un croissant rejet de l’autre, sont autant de signes à prendre en considération. Ils ne résonnent pas à « bas bruit », et ne pas les entendre reviendrait à engager une lourde responsabilité.

Idéal européen

En fidélité à leurs origines, les universités européennes doivent rester des creusets pour l’apprentissage à la citoyenneté européenne.

Elles visent à donner à leurs étudiants et à leurs personnels les moyens de penser et d’agir en tant que citoyens européens et mondiaux : citoyens au service d’un engagement dans le sens des objectifs de développement durable des Nations Unies et du “Green Deal” européen, et citoyens conscients de la diversité culturelle et linguistique, ainsi que des défis auxquels sont confrontés tous les territoires.

Cet idéal européen, que les pères fondateurs voulaient résolument humaniste et pacifique, ne peut se construire sans une culture commune, socle d’une identité dépassant et conservant à la fois les légitimes sentiments nationaux.

« L’évolution des universités européennes », est une des priorités de la PFUE Présidence française de l’Union européenne qui débute en janvier 2022, indiquait Claire Giry DGRI @ Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (Mesri)
, DGRI Directeur/rice général(e) de la recherche et de l’innovation , le 12/10 dans un entretien à News Tank. « La logique est de les conforter, de faire en sorte qu’elles s’approprient le dispositif. Nous voulons travailler fortement sur le concept, la diplomation des étudiants et la place de la recherche. »

De son côté la Commission européenne prévoit de lancer de nouveaux appels à projets cet automne, « pour donner du support à plus long terme (six ans) pour les alliances déjà lauréates lors des deux premières vagues », déclarait Vanessa Debiais-Sainton, cheffe d’unité pour l’enseignement supérieur au sein de la DG EAC Direction générale Education et culture , à l’occasion de l’AG Assemblée générale du réseau des VP Vice-président(e) RI Relations internationales , à Poitiers les 02 et 03/09/2021.

Denis Varaschin

Date de naissance : 25/08/1957
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Parcours

PRES Université de Grenoble
Membre du Conseil d’administration
Université de Savoie (devenue université Savoie Mont-Blanc)
Vice-président
Université Savoie Mont-Blanc (USMB)
Professeur des universités
Université d’Artois
Directeur du Centre de recherche en histoire économique contemporaine

Fiche n° 4036, créée le 23/05/2014 à 20:33 - MàJ le 10/11/2021 à 09:35

Mohamed Amara


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Parcours

Communauté d’agglomération Pau-Pyrénées - Ville de Pau (64)
VP en charge de l’ESR
Conférence des présidents d’université (CPU)
Président de la commission des relations internationales et européennes
Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA)
Vice-président du conseil scientifique
Agence Nationale de la Recherche (ANR)
Responsable des programmes scientifiques de mathématiques
Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA)
Directeur laboratoire des mathématiques et de leurs applications
Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA)
Professeur des universités en mathématiques

Établissement & diplôme

Université Paris 6 - Pierre et Marie Curie (UPMC)
Doctorat d’Etat, Applied Mathematics
Université Paris 6 - Pierre et Marie Curie (UPMC)
DEA, Doctorat 3ème cycle, Applied Mathematics
Université d’Alger
Licence, Mathematics

Fiche n° 4756, créée le 18/06/2014 à 12:19 - MàJ le 15/12/2020 à 17:49

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Denis Varaschin et Mohamed Amara - ©  D.R.