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L’écosystème d’innovation d’Israël, de la start-up à la scale up Nation (Sébastien Linden)

Paris - Publié le mercredi 6 janvier 2021 à 12 h 28 - n° 204261 « Israël apparaît comme une “usine à projets“ pour le monde, financée par l’étranger pour vendre ses technologies à des entreprises étrangères, en travaillant avec les États-Unis, l’Europe, mais également l’Asie, notamment la Chine et l’Inde, et maintenant les pays du Golfe qui normalisent leurs relations diplomatiques avec l’État hébreu, comme les Émirats arabes unis. En Israël, la Tech représente 9 % des emplois, 13 % du PIB et près de 50 % de l’export », écrit Sébastien Linden, consultant en internationalisation, dans une analyse pour News Tank, le 06/01/2021.

Mais désormais, la Tech israélienne se tourne « davantage vers son marché intérieur, vers les investisseurs institutionnels israéliens (assez frileux traditionnellement) et vers les entreprises israéliennes pour intégrer les solutions technologiques », indique l’ancien attaché de coopération scientifique et universitaire en Israël et ancien responsable de Sciences Po pour le Maghreb et le Moyen-Orient.

Ainsi, « aujourd’hui, avec 14 licornes en Israël (ces start-up valorisées à plus d’1 Md$) et un total de 41 fondées par un Israélien dans le monde, soit le ratio par rapport à la population le plus élevé au monde, Israël devient également une “scale up nation“ », poursuit-il.

« Le secteur de la Tech a été touché par la crise (chômage, baisse des ventes, difficultés de financement), mais les fonds levés en 2020 par les start-up atteindront un nouveau record, avec près de 10 Md$, manifestant le maintien de la confiance des investisseurs dans la Tech israélienne », note le chroniqueur.
© D.R.
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Israël, la « start-up nation », attire l’attention en cette période de crise

Le Medef International animait le 09/12/2020 une réunion sur les relations économiques franco-israéliennes. Le 12/12, la Région Sud organisait un atelier « Destination Israël » pour ses entreprises.

Pourquoi un tel intérêt pour Israël en cette période de crise ? Parce qu’Israël est reconnu comme l’un des principaux pays d’innovation dans le monde.

On peut illustrer cette affirmation par sa contribution à la création de produits emblématiques comme la tomate cerise ou la clé USB ou par les rachats de ses start-up par les grandes multinationales américaines, comme Waze, application d’assistance à la navigation, vendue à Google en 2013 pour 1 Md$, ou encore Mobileye, qui développe des systèmes pour le véhicule autonome, reprise par Intel pour 15 Md$ en 2017.

Si l’on regarde les classements internationaux sur l’innovation, on retrouve Israël dans le peloton de tête, à la 6e place par exemple dans l’index d’innovation Bloomberg de 2020, devant la France qui occupe la 10e position.

Comment caractériser la « start-up nation » ?

Quelles sont les caractéristiques de cet écosystème particulièrement performant, que l’on appelle la « start-up nation », depuis la parution en 2009 du livre de Dan Senor et Saul Singer qui ont choisi ce titre pour analyser le succès de l’innovation israélienne ?

Un très haut niveau de R&D

Tout d’abord un très haut niveau de R&D. Israël est le 2e pays au monde en nombre de chercheurs par habitant et, surtout, le 1er pour les dépenses de R&D civile par rapport au PIB, avec un nouveau record de 4,94 % en 2018 (contre 2,19 % en France et une moyenne de 2,38 % dans les pays de l’OCDE). Comment Israël réussit-il à atteindre un tel chiffre ?

Une « usine à projets » pour le monde

53 % de la R&D israélienne est financée par l’étranger (investissements dans des start-up, rachat de start-up, activités de R&D des multinationales…). C’est une dimension fondamentale du modèle israélien, très différent de la situation en France où le financement étranger de la R&D est seulement de 8 %, les ressources venant majoritairement des entreprises du pays (56 % contre 36 % en Israël) et de l’État (32 % contre 11 % en Israël).

Israël apparaît donc comme une « usine à projets » pour le monde, financée par l’étranger pour vendre ses technologies à des entreprises étrangères, en travaillant avec les États-Unis, l’Europe, mais également l’Asie, notamment la Chine et l’Inde, et maintenant les pays du Golfe qui normalisent leurs relations diplomatiques avec l’État hébreu, comme les Émirats arabes unis. En Israël, la Tech représente 9 % des emplois, 13 % du PIB et près de 50 % de l’export.

Un écosystème d’innovation très dynamique

La force de la « start-up nation » réside principalement dans le dynamisme de son écosystème, avec des acteurs de l’innovation nombreux, efficaces et en interaction :

  • 7000 start-up dans un pays de 9 millions d’habitants (faisant d’Israël le 1er pays au monde en nombre de start-up par habitant) ;
  • 350 structures de soutien (incubateurs, accélérateurs…) ;
  • 200 fonds de capital risque (avec un montant de capital risque par habitant, qui place Israël à la 1re place mondiale) ;
  • 500 multinationales actives dans l’innovation dont 400 avec des centres de R&D (Google, Amazon, Microsoft…), d’autres avec des labs, comme le groupe Renault, ou des accélérateurs, comme STMicroelectronics, pour prendre des exemples français ;
  • 7 universités de recherche de classe mondiale (comme l’Institut Weizmann, le Technion, l’Université de Tel-Aviv et l’Université hébraïque de Jérusalem) très orientées vers le transfert de technologie ;
  • des pouvoirs publics menant une politique ciblée de subventions et incitations fiscales ;
  • une armée jouant un rôle particulier, à la fois dans la R&D et dans la sélection et la formation des jeunes, qui effectuent, après le lycée, un service militaire obligatoire (sauf pour les Arabes israéliens) de 3 ans pour les garçons et 2 ans pour les filles (la plupart des créateurs de start-up en cybersécurité, par exemple, sont issus des unités d’élite de renseignement comme la fameuse unité 8200).

Une culture de l’innovation

Cet écosystème d’innovation dynamique est cimenté par une culture d’innovation qui caractérise Israël. On peut l’expliquer par de multiples paramètres liés au pays :

  • son histoire : un État jeune, nationaliste, marqué par des conflits récurrents, avec un rôle particulier joué par l’armée, façonné par des vagues d’immigration de populations souvent bien formées comme le million de Russes arrivés dans les années 90 ;
  • sa géographie : une petite taille et un isolement régional qui poussent à s’ouvrir au monde, des ressources limitées qui obligent à innover, une diaspora qui soutient le développement du pays ;
  • sa culture, faite de doute, d’action et de « chutzpah », un mélange d’audace, d’impertinence et de culot.

Cette culture de l’innovation se manifeste par un intérêt pour la science et la technologie, une approche collaborative et des réseaux efficaces, une créativité alliée au pragmatisme, une ouverture au monde et un esprit entrepreneurial fondé sur un rapport positif à l’échec.

Des perspectives économiques positives à moyen et long terme malgré la crise de la Covid

Comme le monde entier, Israël a été frappé par la Covid. Le pays surmontera progressivement la crise économique et sociale, en s’appuyant sur ses fondamentaux économiques solides de 2019 (croissance de 3,4 % et taux de chômage de 3,81 %). La confiance des marchés financiers et des agences de notation traduit des perspectives économiques qui restent positives à moyen et long terme.

Le secteur de la Tech a été touché par la crise (chômage, baisse des ventes, difficultés de financement), mais les fonds levés en 2020 par les start-up atteindront un nouveau record, avec près de 10 Md$, manifestant le maintien de la confiance des investisseurs dans la Tech israélienne.

De nombreux acteurs israéliens de l’innovation mettent l’accent sur les opportunités de cette nouvelle èreAvec leur démarche entrepreneuriale et un esprit optimiste, de nombreux acteurs israéliens de l’innovation mettent l’accent sur les opportunités de cette nouvelle ère, liées aux besoins de digitalisation, au réinvestissement des États dans des secteurs stratégiques (médicaments, nourriture, composants électroniques…) et à la place centrale donnée à l’environnement.

L’écosystème israélien est bien positionné dans ce nouveau contexte grâce à son agilité (le nombre de start-up proposant des services contribuant à lutter contre la crise a été multiplié par cinq en quelques mois pour atteindre 400) et à son orientation Tech dans des secteurs stratégiques (cybersécurité, agritech, médical…).

Renforcer les liens entre l’écosystème et le pays

L’écosystème israélien devra aussi intensifier ses efforts pour répondre à ses défis, accentués par la crise. Si l’ouverture au monde a constitué une force, elle est aussi une source de vulnérabilité, particulièrement en période d’incertitudes. On observe donc une tendance à un renforcement des liens avec le pays.

La culture du « start-upiste » israélien voulant vendre rapidement son entreprise a évolué et les start-up se développent davantage, contribuant à créer une industrie propre ; aujourd’hui, avec 14 licornes en Israël (ces start-up valorisées à plus d’1 Md$) et un total de 41 fondées par un Israélien dans le monde, soit le ratio par rapport à la population le plus élevé au monde, Israël devient également une « scale up nation ».

Les start-up se développent davantage, contribuant à créer une industrie propreLa Tech israélienne se tourne aussi davantage vers son marché intérieur, vers les investisseurs institutionnels israéliens (assez frileux traditionnellement) et vers les entreprises israéliennes pour intégrer les solutions technologiques, afin d’améliorer la productivité de l’économie aujourd’hui plus de 10 % inférieure à la moyenne de l’OCDE.

L’objectif est aussi que l’innovation israélienne profite davantage à la population d’Israël. Bref, que la « start-up nation » devienne également une « smart-up nation » répondant aux besoins de la société (digitalisation, télémédecine), tout en se positionnant comme une « impact nation » pour répondre aux grands défis du monde, en matière de santé ou environnement par exemple.

Enfin, l’écosystème d’innovation intensifie ses efforts pour recruter dans les populations sous-représentées : les femmes (33 % des emplois de la Tech), les Arabes (2,3 %) et les juifs ultra-orthodoxes (2,8 %).

Rééquilibrer le territoire en développant l’innovation dans les régions périphériquesL’enjeu est à la fois économique pour répondre aux besoins des entreprises (pénurie d’ingénieurs dans le marché du travail de la Tech estimée à 18 500 avant la crise) et social (pauvreté élevée chez les populations orthodoxes et arabes). Il ne fera que s’accentuer : selon les projections démographiques, les Arabes et les orthodoxes, qui représentent déjà plus de 30 % de la population, pourraient en constituer la moitié en 2060. Il s’agit aussi de rééquilibrer le territoire en développant l’innovation dans les régions périphériques du pays.

La « start-up nation » est pleinement consciente des défis et s’appuie sur la force de son écosystème pour les relever. Elle continue à être une source d’inspiration pour l’innovation et offre de nombreuses opportunités de partenariats technologiques et scientifiques, aux entreprises comme aux institutions d’enseignement supérieur et de recherche.

Sébastien Linden
Fiche n° 39791, créée le 23/06/20 à 09:15 - MàJ le 23/06/20 à 14:08

Sébastien Linden

Date de naissance : 16/01/1975
Email : linden.consultant@gmail.com

Parcours Depuis Jusqu'à
Linden & Swift
Associé gérant Septembre 2019 Aujourd'hui
Septembre 2019 Aujourd'hui
Ambassade de France en Israël
Attaché de coopération scientifique et universitaire Septembre 2015 à Août 2019
Septembre 2015 Août 2019
Sciences Po Paris
Responsable des affaires internationales pour le Maghreb et le Moyen-Orient 2009 à 2015
2009 2015
Sciences Po Paris
Chef de projet, mission de conseil pour la création d’une grande Ecole au Maroc 2007 à 2009
2007 2009
Sciences Po Paris
Chargé de mission auprès du directeur 2006 à 2007
2006 2007
Sciences Po Paris
Chef de projet, Expérimentation dans des lycées de Seine-Saint-Denis 2005 à 2006
2005 2006
Sciences Po Paris
Secrétaire général de l’Ecole doctorale 2003 à 2005
2003 2005
Sciences Po Paris
Chargé des relations avec les élus 2001 à 2003
2001 2003
Agence Nationale pour l'Emploi
Chargé des relations avec les élus 1999 à 2001
1999 2001
Agence Nationale pour l'Emploi
Chargé des relations avec les élus 1999 à 2001
1999 2001
Association des Petites Villes de France
Chargé de mission 1997 à 1999
1997 1999
Êtablissement & diplôme Année(s)
Dauphine - PSL
DESS Gestion publique 1996 - 1997
1996 1997
Sciences Po Paris
Diplômé 1993 - 1996
1993 1996

Fin
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