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Exclusif Covid-19 : les pratiques de science ouverte source de « chocs et malentendus » (Cofis)

Paris - Publié le mercredi 8 juillet 2020 à 13 h 25 - n° 187836 « Les pratiques de science ouverte, promues et croissantes dans le monde entier, ont indéniablement montré leur pertinence pour la diffusion rapide des connaissances nécessaires au traitement de la crise sanitaire. Elles ont toutefois aussi révélé des faiblesses qui ont pu causer chocs et malentendus », indique une note d’expression du Conseil français de l’intégrité scientifique, finalisée fin juin 2020 et dont News Tank a obtenu copie.

Pour le CofisCofisConseil français de l'intégrité scientifique, à plusieurs reprises, les méthodes de collecte des données donnant lieu à analyse puis publication « n’ont pas été clairement décrites ni validées, jetant à raison le doute sur la fiabilité des conclusions ». La prise en considération prématurée de preprints non validés a « parfois donné lieu à des messages apparemment discordants ».  

« Sous pression, des articles ont été publiés dans des délais de facto incompatibles avec la rigueur nécessaire au respect des standards et des protocoles de règle pour la méthode scientifique. Des annonces individuelles précipitées, relayées par des médias pas toujours sensibilisés à la méthode scientifique ou par des médias sociaux, ont entraîné des controverses passionnées, mais parfois indues. Certaines décisions publiques ont même été prises en vertu d’articles scientifiques dont l’intégrité a ensuite été contestée » peut-on aussi lire dans la note.

Au final, pour le Cofis, « l’une des nombreuses leçons de cette crise est qu’elle aura confirmé l’impérieux besoin de stabiliser les fondements d’une science ouverte pleinement responsable, dans des conditions partagées avec les médias, les décideurs et finalement la société toute entière ».

« L’ouverture de la science aura sans doute été un succès à l’occasion de la crise de la Covid-19, mais vue de la lucarne de l’intégrité scientifique, la crise aura toutefois confirmé l’impérieux besoin de stabiliser les fondements d’une science ouverte pleinement responsable », résumait Olivier Le GallOlivier Le Gall, président du Cofis, à News Tank le 11/06.

Ce que la crise sanitaire a changé

Le CofisCofisConseil français de l'intégrité scientifique liste l’impact de la crise sur la recherche et la communication scientifique :

  • « Nous avons assisté à une explosion, accélérée par les pratiques dites de “science ouverte”, des connaissances tant scientifiques qu’empiriques sur une maladie encore inconnue il y a six mois.
  • Dans des délais et à une échelle sans précédents, de nouveaux moyens de recherche ont été mobilisés aux échelles régionale, nationale, européenne et mondiale.
  • Les données ont été échangées entre équipes, par exemple à travers la plateforme Gisaid (Global Initiative on Sharing Avian Influenza Data).
  • Certains éditeurs scientifiques ont rendu gratuit l’accès aux résultats publiés.
  • D’autres revues ont accéléré l’évaluation des articles scientifiques par les pairs, afin de faciliter leur publication rapide.

« Nous avons surtout constaté, dans des proportions inédites en sciences biomédicales, un recours aux preprints, articles scientifiques essentiellement destinés à être discutés au sein de la communauté scientifique avant même leur validation formelle », indique encore la note .

Un appel d’air

Interrogé par News Tank le 11/06/2020, Olivier Le Gall, président du Cofis indiquait : « Bases de données, archives de preprints, blogs scientifiques, initiatives citoyennes scientifiques, espaces thématiques ouverts par les maisons d’édition. J’en passe : si cette crise de la Covid-19 a un seul effet positif, ce sera peut-être d’avoir provoqué cet appel d’air pour la science ouverte. Marin Dacos, conseiller science ouverte à la DGRIDGRIDirection générale de la recherche et de l'innovation, a récemment pu qualifier la pointe française de cet iceberg, à raison, de « test grandeur nature pour le Plan national de la science ouverte ».

Le Cofis rappelle les fondamentaux

Le Cofis rapplle que « pour être recevable, une étude scientifique doit obéir à certaines règles méthodologiques, statistiques et éthiques.

Le questionnement, le doute et la confrontation de résultats discordants, moteurs de la méthode scientifique, sont difficiles à partager avec une société en attente urgente de réponses à la crise terrible qui la frappe.

Enfin, le rôle de l’évaluation par les pairs (peer review) reste fondamental et ce processus de validation demande lui aussi du temps pour être conduit avec rigueur ».

Le rapport science et medias interrogé

« Le temps court du débat citoyen, des médias et de la décision en cette période de crise a parfois montré une certaine difficulté à s’accorder avec le temps nécessairement plus long de la science et de son exigence de preuves ». 

« Si produire et mutualiser des connaissances scientifiques aussi largement et aussi rapidement que possible est critique dans une telle crise, s’assurer de leur fiabilité ne l’est pas moins ; à défaut, le risque est grand de confondre vitesse et précipitation », indiquait Olivier Le Gall à News Tank le 11/06.

Office français de l'intégrité scientifique
Fiche n° 8006, créée le 14/12/18 à 01:13 - MàJ le 14/12/18 à 13:13

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