Étude « Vivre confiné dans l’Esri » : « Une opportunité d’innovation organisationnelle »

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Entretien n°185006 - Publié le 09/06/2020 à 17:17
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R. Pierronnet, H. Gaillard, T. Chakor - ©  D.R.

« Il apparaît de plus en plus que l’ESR Enseignement supérieur et recherche d’après-confinement sera forcément différent de celui d’avant. Les mentalités auront évolué : les représentations du cours en visio (côté professeur et étudiant), de sa pédagogie, de sa préparation, l’inefficacité supposée des réunions à distance, la possibilité de faire du bon travail même en étant physiquement absent, etc. », déclare Tarik Chakor Maître de conférences en sciences de gestion @ Université Savoie Mont-Blanc (USMB)
, maître de conférences en sciences de gestion à l’Université Savoie Mont-Blanc, à News Tank, le 09/06/2020.

Il est l’un des trois chercheurs en sciences de gestion, avec Hugo Gaillard Enseigant-chercheur (ATER) en Sciences de gestion @ Le Mans Université
et Romain Pierronnet Adjoint au Maire délégué au Numérique, à l’Education et aux écoles @ Ville de Nancy • Conseiller métropolitain délégué à la Recherche, à l’Enseignement Supérieur, à la Vie Etudiante @ Métropole du… , à travailler sur les données de l’enquête News Tank-Adoc Mètis « Vivre confiné dans l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation  », dont les résultats ont fait l’objet d’une première série d’articles.

Tous trois tirent les premiers enseignements des données recueillies dans cet entretien croisé.

Pour Hugo Gaillard, enseignant-chercheur en gestion des ressources humaines (Ater Attaché temporaire d’enseignement et de recherche ) à Le Mans Université, « il faut repenser les espaces de cours, les amphis, les TD Travaux dirigés et plus largement considérer la pédagogie à l’échelle d’un cours, d’un parcours, d’un diplôme, pour garantir des modalités qui ne soient ni excluantes ni effrayantes. »

« Peut-on attendre des pratiques pédagogiques qu’elles évoluent dans un cadre gestionnaire qui date de l’époque où les cours en amphi étaient la loi ? », questionne Romain Pierronnet, co-concepteur de l’enquête, consultant chez Adoc Mètis et chercheur associé à l’Institut de recherche en gestion (Upec Université Paris-Est Créteil  - Université Gustave Eiffel).

« Au-delà du devenir de ces changements déjà amorcés, on peut aussi voir dans la situation une opportunité d’innovation organisationnelle. Or, on sait bien que pour que celle-ci soit réelle, il faut que le management soit au rendez-vous (…). Puisque c’est là une systémique, la balle est donc dans le camp des agents, des managers, mais aussi des dirigeants et jusqu’aux tutelles. »

Les perspectives ouvertes par le confinement dans l’Esri en matière d’organisation du travail feront l’objet d’un webinaire, programmé le 16/06 à 11 heures.


Romain Pierronnet, Hugo Gaillard et Tarik Chakor répondent à News Tank

Quels éléments de cette étude vous ont le plus surpris ? 

L’espoir que les établissements s’emparent de nos résultats »

Romain Pierronnet : Le nombre de répondants a été une bonne surprise, en particulier les commentaires que nous avons reçus en fin de questionnaire : des encouragements et des remerciements, avec de vraies marques d’intérêts qui témoignaient de l’espoir que les établissements s’emparent de nos résultats pour faire évoluer les outils ou les pratiques.

L’étude a été menée en contexte de confinement, où la distanciation était en réalité davantage physique que sociale, mais où le besoin de parler et de témoigner de son quotidien était important. L’enquête l’a permis et quelque part c’est un résultat qui nous touche aussi. Le besoin d’empathie est réel et là. 

Tarik Chakor : La volonté de poursuivre l’activité ”coûte que coûte” est également à relever : même si cette continuité, pas uniquement pédagogique, s’est parfois faite à marche forcée, le fait que les différents établissements ont continué à fonctionner montre l’implication des différents personnels. 

Qu’en attendez-vous en particulier comme type d’enseignements ?  

Hugo Gaillard : Tout reste à savoir. Cette étude propose un regard large et diversifié sur l’ESR Enseignement supérieur et recherche , à la fois multimétiers et pluridisciplinaire, avec des niveaux hiérarchiques couverts absolument impressionnants. Caractériser les problématiques rencontrées et les ajustements opérés pour chacun de ces niveaux, par discipline et par métier constitue en soi un enseignement majeur parce qu’il permettrait d’envisager un panorama global de cette crise, ce qui à ma connaissance n’a pas été proposé à ce jour. 

Romain Pierronnet : Les contextes de crise ont ceci d’intéressant qu’ils permettent de révéler des aspects d’ordinaire silencieux dans les organisations. Ils amplifient ou génèrent des fractures, mais aussi des initiatives et de nouvelles solidarités. Étudier “la crise en train d’être gérée” permet d’accéder à ces dimensions et d’envisager ses conséquences au niveau stratégique comme au niveau opérationnel. 

Une formidable occasion d’analyser la capacité de résilience de l’Esri  »

Tarik Chakor : C’est une formidable occasion d’analyser la capacité de résilience de l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation  : toute crise a ses enseignements, et nous ne doutons pas que cette crise sanitaire permettra de requestionner la question de l’organisation du travail, voire le sens même de la mission de l’Esri.  

L’attitude vis-à-vis du télétravail est-elle homogène dans l’ESR  ? Cet écosystème est-il différent de celui des entreprises ou d’autres organisations publiques  ? 

Romain Pierronnet - ©  Ville de Nancy
Romain Pierronnet : Elle ne l’était déjà pas avant le confinement, en temps normal : l’adoption du télétravail dépend de facteurs tels que la nature du métier (tous ne s’y prêtant pas), les compétences des personnels, les pratiques managériales installées, etc.

Le confinement a catalysé cette hétérogénéité en rendant d’autant plus manifeste ce qui se régulait auparavant au fil des campagnes d’accès au télétravail. 

S’y ajoute le fait que, pris par le temps et des ressources limitées, par une demande qui a explosé, les établissements n’ont pas pu équiper et former tout le monde.

Ceci amène à signaler que si certains agents ont ainsi pu bénéficier du télétravail de manière accélérée, d’autres sont dans une situation plus intermédiaire qui relèverait davantage du “travail à distance”, d’autres encore n’ayant pas du tout pu travailler durant le confinement.

C’est cette réalité qui est apparue au grand jour lorsque le gouvernement a pris l’ordonnance sur les congés, distinguant les agents en situation de télétravail de ceux en « autorisation spéciale d’absence ». Le tout pose des questions d’équilibre, de justice organisationnelle.

De manière générale, il n’y a a priori pas de raison que ces enjeux soient propres au seul secteur universitaire ou public. Les entreprises sont aussi confrontées aux mêmes difficultés, par exemple lorsqu’elles ont été conduites à envisager le recours ou non au chômage partiel.

News Tank et Adoc Mètis proposent un webinaire le 16/06 à 11 heures pour débattre des conséquences opérationnelles et stratégiques du confinement. 

« Management, télétravail, dématérialisation : vers de nouvelles façons de travailler ?  »  avec : 

Romain Pierronnet, co-concepteur de l’enquête, consultant chez Adoc Mètis et chercheur associé à l’IRG (Institut de recherche et de gestion, Upec-Université Gustave Eiffel) ;
Franck Loureiro, secrétaire général adjoint du Sgen-CFDT ;
Valérie Gibert, directrice générale des services de l’Université de Rouen et vice-présidente de l’Association des DGS (ADGS) ;
Claire Giry, directrice générale déléguée de l’Inserm.

Les études disponibles sur le confinement dans les entreprises permettent-elles de dire si l’Esri se distingue  ? Par quels aspects  ? 

Tarik Chakor - ©  Xerfi Canal
Tarik Chakor : Toutes les études disponibles sur le confinement (y compris la nôtre) sont encore à analyser avec précaution, cette période n’étant pas encore totalement derrière nous, cela pouvant encore donner lieu à des évolutions, des changements dans les perceptions… notamment pour les acteurs de l’Esri ! 

Hugo Gaillard : L’ESR se distingue parce qu’il est plutôt encouragé à poursuivre ses activités à distance alors que les bars et les commerces non essentiels rouvrent aux clients.

Romain Pierronnet : Il est un peu tôt pour le dire, au-delà de ce que dit Hugo. En revanche, on peut se demander s’il n’y aura pas un tropisme pour le secteur public du fait de la continuité qu’il a eu à assurer.

Évidemment, le privé aussi y a participé, mais avec un contrat psychologique qui est différent. Pour les fonctionnaires, cette idée de continuité est un élément fondamental en termes de valeurs. Luc Rouban a décrit la “méfiance sociale” à l’œuvre en France vis-à-vis de nos fonctionnaires, et on peut se demander si la crise n’a pas été l’occasion de conforter le rôle de nos agents publics, ainsi que le sens que ces derniers attribuent à leur profession et à leur statut. L’avenir le dira. 

Quelles différences vis-à-vis du travail à distance entre les différentes catégories de personnels dans l’Esri  ? Pour qui le changement est-il le plus radical  ?  

Romain Pierronnet : L’un des paramètres de distinction réside dans le bénéfice d’une expérience antérieure : celles et ceux qui avaient déjà eu l’occasion de le pratiquer étaient ainsi déjà familiers d’outils, de pratiques, de représentations…

Les autres ont eu à improviser ou à bricoler, dans des délais en outre très contraints et avec des processus qui n’étaient pas toujours servis par des outils prêts pour affronter un contexte de confinement. Sans même parler des métiers dont la nature ne permet pas le travail à distance. 

 Chaque catégorie de personnels semble avoir eu sa priorité à gérer »

Tarik Chakor : Chaque catégorie de personnels semble avoir eu sa priorité à gérer : les E-C enseignants-chercheurs ont quelque peu délaissé la recherche pour assurer la continuité pédagogique en s’adaptant aux nouvelles modalités de cours à distance par visioconférence, les dirigeants ont dû repenser leur stratégie et faire de la gestion de crise leur cheval de bataille, tandis que les Biatss Bibliothèques, Ingénieurs, Administratifs, Techniciens, Social, Santé maintenaient leur activité à distance… quand celle-ci était matériellement possible.

Comment se caractérise l’Esri en termes d’autonomie laissée aux personnels et de délégation  ? Le confinement changera-t-il la donne  ? 

Romain Pierronnet : Il est difficile de répondre à cette question de manière homogène : tout dépend des lieux, des circonstances, des personnels, des métiers.

Pour autant, on peut s’attendre à ce que le confinement interroge des pratiques managériales antérieures. En temps normal, le télétravail est déjà une occasion de repenser la dialectique usuelle entre autonomie et contrôle, à ceci près qu’en général l’agent et son responsable peuvent s’y préparer et faire évoluer les choses en dehors de tout contexte d’urgence.

Ici, les choses ont été plus brutales du fait d’un confinement rapide sans que le dispositif standard de télétravail n’ait pu être déployé. 

Un premier effet auquel on peut néanmoins s’attendre réside dans le télétravail : des agents qui n’avaient pas encore franchi le pas s’y sont retrouvés par la force des choses et cela risque de durer du fait d’une durée de l’épidémie aujourd’hui impossible à prédire.

L’occasion d’une forme de saut quantique dans le recours au télétravail ? »

Est-ce là l’occasion d’une forme de saut quantique dans le recours au télétravail ? On peut le penser, autant qu’on peut estimer que le caractère brutal de sa mise en place va aussi inviter à la modération : les agents peuvent avoir a contrario envie de renouer, pour un temps au moins, avec un travail en présentiel ou en tous cas s’éviter le télétravail intégral…  

Pensez-vous que des changements durables dans le fonctionnement des organisations de l’ESR vont s’installer  ? À quelles conditions  ? 

Romain Pierronnet : Dans cette double question, c’est la seconde qui est essentielle, car si ces conditions ne sont pas réunies, alors la première relève d’une prospective forcément risquée !

Que faut-il pour que des changements durables s’installent dans le fonctionnement de l’ESR ? Il faut que ceux déjà mis en œuvre s’institutionnalisent, ce qui va dépendre de facteurs externes (suite de l’épidémie, injonctions des tutelles …), mais aussi internes (comportements des parties prenantes et renouvellement de la manière dont ils se saisissent d’enjeux qui sont transformés par le contexte).

Une opportunité d’innovation organisationnelle »

Au-delà du devenir de ces changements déjà amorcés, on peut aussi voir dans la situation une opportunité d’innovation organisationnelle. Or, on sait bien que pour que celle-ci soit réelle, il faut que le management soit au rendez-vous par le laisser-faire ou l’accompagnement, dans un univers bureaucratique marqué par les normes et les règles et dans un contexte sanitaire marqué par la gestion des risques. 

Puisque c’est là une systémique, la balle est donc dans le camp des agents, des managers, mais aussi des dirigeants et jusqu’aux tutelles. 

Tarik Chakor : Je dirais “plutôt oui“ : sans parler de “monde d’avant” et/ou de “monde d’après”, il apparaît de plus en plus que l’ESR d’après-confinement sera forcément différent de celui d’avant. Pourquoi ? Tout simplement parce que les mentalités auront évolué : les représentations du cours en visio (côté prof et étudiant), de sa pédagogie, de sa préparation, l’inefficacité supposée des réunions à distance, la possibilité de faire du bon travail même en étant physiquement absent, etc.

Tous ces éléments ont et feront forcément l’objet d’un requestionnement, les différents acteurs se rendant compte notamment que “c’est possible”, que tout ne s’effondre pas… 

Globalement les employeurs sont jugés positivement dans leur réponse à la crise. Dans un écosystème souvent très critique, comment expliquer un tel résultat  ? 

Un véritable alignement de la maison université vers la continuité pédagogique »

Hugo Gaillard : Il y a peu d’exemples qui permettraient de comparer ce qui aurait pu être fait “en mieux” d’une part. D’autre part, les enseignants-chercheurs sont en grande majorité orientés vers la réussite de leurs étudiants, ce qui semble avoir été le cas des universités dans leurs réponses à la crise. Il s’agit ici, dans la lignée des constats en termes de rupture de sens du métier, d’un véritable alignement de la maison université vers la continuité pédagogique. 

Romain Pierronnet : Cela fait longtemps que les universités sont dotées de pratiques relatives à la gestion de crises, ne serait-ce que parce qu’on y manipule quotidiennement des substances dangereuses et/ou parce qu’on y accueille un public nombreux. Les organisations universitaires n’étaient donc pas totalement démunies de processus pour affronter la crise.

En outre, la Covid-19 est arrivée avec un lot d’incertitudes conséquent, dans le cadre d’une crise qui dépasse de très loin le seul cadre universitaire et concerne toute la société.

D’une certaine manière, la gestion de la crise a donc d’emblée été universitaire, périuniversitaire, extra-universitaire… Aussi, le coût cognitif de ces incertitudes et les ratés qu’elles ont pu engendrer ont de fait été une affaire collective plutôt qu’une question purement universitaire.

Puisque “tout le monde était dans le même bateau”, les personnels comme leurs proches, chacun a pu constater le caractère exceptionnel de la situation… On est en plein dans un processus de production de sens.  

Les enseignants ont massivement basculé dans l’enseignement à distance par nécessité, mais cela semble aussi les inquiéter si la situation se pérennisait. Comment parvenir à un mix harmonieux présentiel/distanciel  ?   

Hugo Gaillard - ©  D.R.
Hugo Gaillard : La question du dosage adéquat entre présentiel et distanciel n’est pas neuve et fait toujours l’objet de préoccupations importantes chez les chercheurs en sciences de l’éducation. Il est désormais indispensable d’inventer de nouvelles proximités. 

Il faut repenser les espaces de cours, les amphis, les TD Travaux dirigés et plus largement considérer la pédagogie à l’échelle d’un cours, d’un parcours, d’un diplôme, pour garantir des modalités qui ne soient ni excluantes ni effrayantes.

Les étudiants de première année par exemple, qui sortent du lycée, et ne sont pas familiarisés avec les espaces numériques de travail des universités devront faire l’objet d’une préoccupation renforcée, et d’un accompagnement à la prise en main dont les modalités restent à définir : le tutorat étudiant systématique constitue une piste importante, mais avec quels moyens, même à distance ? Sous quel statut ? Avec quelle rémunération le cas échéant ?

Romain Pierronnet : On peut aussi réfléchir au prisme d’expériences antérieures. Pensons par exemple aux Mooc Massive open online courses et à leurs limites, ou encore aux pratiques développées en Paces Première année commune aux études de santé . Ça c’est pour la dimension pédagogique, mais comme le suggère Hugo à la fin de son propos, c’est aussi une question de gestion : peut-on attendre des pratiques pédagogiques qu’elles évoluent dans un cadre gestionnaire qui date de l’époque où les cours en amphi étaient la loi ?

Il y a là des questions de recherche à envisager.   »

La question est évidemment un casus belli, mais elle mérite qu’on s’y arrête et d’autant plus que quelques expériences récentes pourraient peut-être permettre d’y réfléchir, par exemple, en s’intéressant aux effets réels de dispositifs comme les référentiels d’équivalence horaire. Il y a là des questions de recherche à envisager.  

Tarik Chakor : Cela prendra forcément quelques années, au fur et à mesure des apprentissages, des essais-erreurs, et du processus réflexif de chaque E-C enseignants-chercheurs  : ces évolutions pédagogiques sont déjà en cours, elles seront peut-être accélérées par l'épisode de la Covid. 

Plus largement les outils numériques avaient été peu adoptés et le sont maintenant massivement. Quelles perspectives  ? Points de vigilance  ? 

Un effort de mise à niveau devra être engagé »

Hugo Gaillard : Beaucoup d’enseignants ont rencontré des difficultés importantes pour se les approprier dans un contexte de crise et avec peu de temps. Il conviendra certainement d’inscrire dans les stratégies des universités ces compétences au rang d’actifs stratégiques, à la fois au plan pédagogique, et sur le plan de la résilience. 

Un effort de mise à niveau devra être engagé, certainement aussi en pratiquant le reverse mentoring, ou le tutorat, puisque l’acceptation des outils ne saurait être proclamée, il s’agit de se témoigner entre collègues des bienfaits et difficultés éventuelles, pour ensuite s’appuyer sur les services support à la pédagogie des structures. 

Romain Pierronnet : Rien à ajouter, si ce n’est qu’il faut rester vigilant : il ne suffit pas de faire le constat que les enseignements ont bien pu avoir lieu en distanciel. Quelles leçons en tirent les enseignants pour leurs pratiques … et quid de ce qu’en disent les étudiants ? 

Tarik Chakor :  Sans oublier les éventuelles failles de sécurité, les risques autour du respect de la confidentialité des données, etc. L’urgence et le manque de formation ont parfois incité les acteurs à adopter des outils pas ou peu recommandés, en privilégiant le côté simple d’utilisation de l’outil au détriment de sa fiabilité… Les DSI Direction des systèmes d’information et services informatiques risquent d’avoir pas mal de boulot à la rentrée ! 

L’activité de recherche a-t-elle été le parent pauvre du confinement  ? 

Hugo Gaillard : Cela dépend, les réalités professionnelles des chercheurs sont étroitement liées à leurs disciplines.

  • Ainsi, certains ont besoin impérieux de présence en laboratoire pour conduire leurs travaux, parce qu’ils nécessitent tel ou tel outil, telle ou telle manipulation, la présence d’un laborantin, etc.
  • Pour d’autres, les recherches peuvent se faire à partir de bases de données, qu’ils exploitent par des traitements statistiques par exemple. Sauf à ne pas disposer des logiciels nécessaires à ces traitements, il est donc possible de s’atteler à ce que Jean-Philippe Denis appelle la “continuité de la recherche” depuis le domicile.
  • Pour d’autres encore, qui font ce que l’on appelle de la recherche qualitative, cela se traduit par l’adaptation des méthodologies de collecte des données.
  • Les mesures de distanciation physique empêchant la tenue d’entretiens en face à face, les chercheurs ont pu conduire des entretiens via les outils largement évoqués dans l’étude, en prenant de nouvelles précautions méthodologiques.
  • De nombreux colloques ont été tout simplement annulés, alors qu’ils constituent des espaces de conversation scientifique importants, mais d’autres ont basculé du mode présentiel au mode distanciel, comme la conférence EGOS d’Hambourg. 

Pour terminer, les supports de publication de la recherche ont également adapté leur fonctionnement, certaines revues ayant lancé des appels à contribution avec délai de soumission restreint (en management par exemple, la Revue française de gestion, ou encore Management & DataScience, etc.), d’autres ont choisi de mettre certains de leurs contenus en accès libre pour participer l’effort collectif, et faire de cette crise une opportunité de formation continue des E-C par l’open access. 

Romain Pierronnet : Il convient aussi de rappeler que l’enquête ne concernait pas que des enseignants-chercheurs. Pour ces derniers en tous cas, il y a en revanche effectivement des effets contrastés selon les disciplines et les pratiques scientifiques.

Au-delà, et comme le suggère Hugo, se pose aussi le constat suivant : tous les chercheurs n’ont pas eu la même attitude vis-à-vis de la “recherche confinée”. Certains étaient mieux armés pour se convertir et faire évoluer leurs pratiques. Rappelons-nous aussi qu’avant la crise de la Covid-19, la question de la transition écologique avait déjà suscité ici et là quelques initiatives du colloque scientifique en ligne plutôt que de faire déplacer des chercheurs en avion. 

Quelles perspectives de recherche ? 

Le partenariat noué par News Tank avec Adoc Mètis prévoit l’exploitation des données recueillies à des fins de recherche, ainsi que la mise en ligne des données brutes au terme d’un court embargo. Ainsi, Romain Pierronnet, Hugo Gaillard et Tarik Chakor évoquent les pistes qui vont guider leur travail commun.

Romain Pierronnet

Date de naissance : 04/09/1986
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Parcours

Institut de Recherche en Gestion
Chercheur associé
Association des villes universitaires de France (AVUF)
Administrateur délégué à la Recherche, l’Innovation, l’Entrepreneuriat étudiant
Adoc Mètis
Consultant - Chercheur
Ville de Nancy
Adjoint au Maire délégué au Numérique, à l’Education et aux écoles
Métropole du Grand Nancy
Conseiller métropolitain délégué à la Recherche, à l’Enseignement Supérieur, à la Vie Etudiante
Université Henri Poincaré
Vice-Président Etudiant

Établissement & diplôme

Université de Lorraine
Maîtrise de mathématiques
Université Paris Est
Doctorat en sciences de gestion
Université Paris Est Créteil
Master Développement et Management des Universités

Fiche n° 12499, créée le 15/07/2015 à 21:19 - MàJ le 08/07/2019 à 17:11

Tarik Chakor


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Parcours

Université Savoie Mont-Blanc (USMB)
Maître de conférences en sciences de gestion

Établissement & diplôme

Aix-Marseille Université (AMU)
Doctorat en sciences de gestion

Fiche n° 39700, créée le 08/06/2020 à 23:25 - MàJ le 08/06/2020 à 23:28

Hugo Gaillard

Date de naissance : 18/10/1991
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Parcours

Le Mans Université
Enseigant-chercheur (ATER) en Sciences de gestion
Ville d’Allonnes
Chargé de projets RH
Université du Maine - UFR Droit-Eco-Gestion
Enseignant
CLAAS (Le Mans)
Chargé de mission RH

Établissement & diplôme

Le Mans Université
Doctorat en Sciences de gestion
Institut d’administration des entreprises de Tours (IAE Tours)
Master en management stratégique de RH et performances durables

Fiche n° 39701, créée le 08/06/2020 à 23:29


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R. Pierronnet, H. Gaillard, T. Chakor - ©  D.R.