« Le programme IDEE fait partie de l’écosystème de la recherche en éducation » (Franck Ramus)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°442499 - Publié le
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Franck Ramus, président du comité stratégique d’IDEE le 28/05/2026. - ©  Manon Pellieux

« Le programme IDEE (Innovations, données et expérimentations en éducation) fait partie de l’écosystème de la recherche en éducation et a su se rendre indispensable à la plupart d’entre nous, chercheurs en éducation. Par conséquent, on a envie que ce dispositif continue à être à notre service et qu’il soit pérennisé », déclare Franck Ramus, directeur de recherche CNRS Centre national de la recherche scientifique et président du comité stratégique d’IDEE, le 28/05/2026.

Il s’exprime alors que le programme fête ses cinq ans à l’occasion d’un séminaire organisé à l’École d’économie de Paris. IDEE est un Equipex Equipement d’excellence , financé par le PIA Programme d’investissements d’avenir 3 à hauteur de 6,1 M€ pour la période 2021-2029. Il est porté par l’Université PSL Paris Sciences & Lettres et mis en œuvre par le laboratoire J-Pal Europe, avec de nombreux laboratoires partenaires.

Le programme vise à soutenir le développement de la recherche expérimentale au service de l’éducation et à promouvoir l’utilisation des résultats produits pour nourrir les politiques publiques et les pratiques professionnelles.

Après une phase de cinq ans de mise en place, le programme IDEE entame une nouvelle phase dite « d’exploitation de l’équipement » pour une durée de trois ans. Marc Gurgand, coordinateur scientifique du programme, mentionne trois piliers sur lesquels IDEE s’est construit :
• « Soutenir les efforts de la Depp Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance pour étendre sa politique d’accès aux données » ;
• « Faire des recherches à grande échelle » ;
• « Mobiliser les institutions, principalement le ministère de l’éducation nationale autour des enjeux de l’expérimentation ».

À l’occasion du séminaire, Magda Tomasini Directrice @ Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp)
, directrice de la Depp, revient sur les trois outils mis en place par ses services : le Depp@logue, la Depp@thèque et un outil de suivi des conventions de recherche.


« La recherche en éducation était majoritairement descriptive et qualitative »

Franck Ramus évoque les prémices du programme IDEE. « Ce qui a présidé à sa conception, c’est qu’il y avait un diagnostic sur le fait que l’éducation en France avait été relativement peu appuyée sur la recherche internationale en éducation. La recherche en éducation était majoritairement descriptive et qualitative, peu expérimentale, peu portée sur l’évaluation, et peu basée sur les données factuelles. Tout cela quand bien même nous avions déjà la Depp dans l’écosystème. »

« Les données de la Depp étaient jusqu’à assez récemment peu exploitées par les chercheurs. Il y avait donc une perte d’opportunité importante », selon lui. Partant de ce constat, le CSEN Conseil scientifique de l’éducation nationale (conseil scientifique de l’éducation nationale) a été créé en 2018. « Il a eu surtout pour mission de faire des synthèses des travaux de recherche en éducation et de les diffuser auprès de toutes les parties prenantes : les décideurs politiques, le monde enseignant, les chercheurs », indique Franck Ramus.

« À côté de cela il manquait encore un dispositif un peu plus opérationnel qui aide les chercheurs à se saisir des données et à mener des interventions, des études d’évaluation les plus rigoureuses possibles. » Le programme IDEE s’est donc chargé de cette mission plus opérationnelle.

Les trois piliers du programme IDEE selon Marc Gurgand

Marc Gurgand, professeur à l’École d’économie de Paris et coordinateur scientifique du programme détaille les trois piliers qui constituent le programme IDEE.

Il évoque d’abord le soutien aux efforts de la Depp pour étendre sa politique d’accès aux données. « L’accès aux données de la Depp pour les chercheurs ce n’est pas nouveau. C’est une dynamique qui existait déjà à la Depp et le programme IDEE à simplement aider à soutenir cette dynamique », indique-t-il.

Les deux objectifs principaux de ce premier pilier étaient la création de la Depp@athèque et du Depp@logue. Ces deux outils permettent aux chercheurs d’avoir un accès sur site, et à distance via une plateforme sécurisée, aux données de la Depp. « C’est clairement une étape décisive pour les chercheurs qui cherchent à travailler sur l’éducation », déclare Marc Gurgand.

« Le deuxième pilier consistait à aider les chercheurs de toutes les disciplines à réaliser des expériences randomisées à large échelle en éducation pour évaluer les effets des interventions », indique Marc Gurgand. Il mentionne les actions suivantes :

  • « un accompagnement sur mesure qui a apporté un soutien à environ 150 projets » ;
  • « des formations pour les jeunes chercheurs » ;
  • « la mise en place d’un calculateur de puissance statistique unique au monde » ;
  • « la création d’un séminaire interdisciplinaire régulier se réunissant trois fois par an ».

« Le troisième pilier consistait à mobiliser les institutions, principalement le ministère de l’éducation nationale, autour des enjeux de l’expérimentation. Car les expérimentations sociales ont ceci de différent d’autres travaux de recherche, c’est qu’ils se font nécessairement par construction avec les acteurs de l’éducation. Par ailleurs, ils se font in fine pour les acteurs de l’éducation. »

À ce sujet, Marc Gurgand évoque différents partenariats sur lesquels s’appuie le programme IDEE. Il mentionne un partenariat avec le réseau Canopée « qui propose un cycle de webinaires de restitution des résultats d’expérimentation par un binôme chercheur/acteur de l’éducation. Passer par un réseau visible pour les acteurs de l’éducation nationale comme Canopée, pour faire ce type de restitution, nous semble important ».

Il cite également d’autres partenariats avec :

  • la direction du numérique pour l’éducation « pour évaluer expérimentalement les solutions numériques possibles » ;
  • la Dgesco Direction générale de l’enseignement scolaire « pour travailler sur le tutorat entre pairs » ;
  • l’Onisep Office national d’information sur les enseignements et les professions « pour l’évaluation de la plateforme Avenir(s) ».

« Des données en éducation parmi les plus riches au monde » (Magda Tomasini)

Pour Magda Tomasini, directrice de la Depp, « la statistique publique doit être à l’écoute des chercheurs pour élaborer des dispositifs d’enquête. Cette écoute de la Depp pour le monde de la recherche remonte à très longtemps ». Elle décrit les années 2010 comme « une période très faste avec la mise en place des évaluations exhaustives et à grande échelle des élèves. La mise en place de ces évaluations s’est faite aussi avec la recherche ».

« Aujourd’hui, on aboutit à des données en éducation en France qui sont parmi les plus riches au monde. Il a fallu s’organiser pour mettre en place l’ouverture l’accès de ces données aux chercheurs dans le cadre du protocole qui doit être très encadré, à la fois par le RGPD Règlement général sur la protection des données , la loi de 1951 sur le secret en matière statistique, et avec des plateformes qui permettent d’assurer une sécurité. »

« Avant de penser à démultiplier les accès aux données pour les chercheurs, il a fallu déjà dans un premier temps rationaliser tout cela », indique-t-elle. « Il a fallu penser l’organisation des données avec en parallèle la montée en puissance de nos systèmes d’information statistique. L’un des axes du programme IDEE a été de nous aider dans la structuration de l’ensemble des données de la Depp en améliorant l’implémentation, en l’harmonisant. »

« Le programme IDEE nous a permis d’aboutir sur trois outils » (Magda Tomasini)

« Le programme IDEE nous a permis d’aboutir sur trois outils », signale Magda Tomasini. Elle cite :

  • « un catalogue de données qui sont confiées à des fins de recherche, le Depp@logue ;
  • la plateforme sécurisée et gratuite d’accès aux données à distance conçue et gérée par la Depp, la Depp@thèque ;
  • un outil de suivi des conventions de recherche qui encadre l’accès aux données ».

« Que ce soit le Depp@logue, et surtout la Depp@thèque, on a bénéficié de nombreux échanges avec les chercheurs pour tester, faire évoluer, améliorer nos plateformes », signale la directrice de la Depp.

« Aujourd’hui 80 chercheurs accèdent aux données de la statistique publique de l’éducation dans les locaux avec des accès sécurisés. Et, depuis le lancement de la Depp@thèque en janvier 2026, on a 17 équipes de recherche qui disposent d’un accès à distance. Les chercheurs qui disposent de cet accès à distance ne sont plus contraints par les horaires d’ouverture des locaux de la Depp. Nous allons progressivement ouvrir davantage d’accès à la communauté scientifique, mais nous avons un travail de reprise de l’existant entre ceux accueillis sur site et les nouveaux. »

« Nous avons fait le choix d’une plateforme sécurisée et gratuite de la Depp pour deux dimensions :

  • inciter à l’exploitation quantitative des données en matière d’éducation ;
  • alimenter le vivier des jeunes chercheurs, c’est-à-dire que dès lors que les étudiants en master doivent rédiger leur projet de recherche, il faut qu’ils puissent travailler sur les données. À ce stade, on n’a pas de financements pour accéder aux données. Avec cette plateforme d’accès, ils devraient pouvoir préparer leur projet de thèse. »

Par ailleurs, Magda Tomasini signale la difficulté à déterminer des axes d’évaluation des politiques publiques alors que le ministère de l’éducation nationale a connu sept différents ministres depuis 2022.

Les actions à venir pour les trois prochaines années du programme IDEE

Le coordinateur scientifique du programme IDEE, Marc Gurgand, évoque les axes de travail qu’il souhaite développer pour les trois prochaines années du programme. « On va continuer à faire ce qui a été le cœur de notre travail, à savoir fournir du soutien aux projets d’expérimentations. » Il mentionne plusieurs thématiques prioritaires comme :

  • Le numérique éducatif et l’intelligence artificielle ;
  • L’éducation au climat que laquelle le programme a déjà un projet ;
  • Les mathématiques avec le programme « pionniers des maths ».

« Et puis, il y a des sujets moins explorés par la recherche expérimentale, et par la recherche en éducation en général. C’est l’enseignement supérieur et l’enseignement professionnel. Ce sont des champs sur lesquels il faudrait qu’on aille », indique Marc Gurgand.

« La troisième direction pour la phase d’exploitation, c’est l’ouverture internationale en travaillant avec les collègues et institutions des autres pays qui promeuvent une dynamique comparable à la nôtre. »

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Franck Ramus, président du comité stratégique d’IDEE le 28/05/2026. - ©  Manon Pellieux