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[Think 2026] La montée en puissance des missions égalité et diversité à l’épreuve des moyens

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Analyse n°429735 - Publié le
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Si la loi relative à la lutte contre l’antisémitisme renforce la légitimité des missions égalité et diversité dans les établissements de l’ESR Enseignement supérieur et recherche , Véronique Van de Bor Présidente @ Conférence permanente des chargés de mission égalité et diversité (CPED) • Chercheuse @ Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
, présidente de la CPED Conférence permanente des chargé(e)s de mission et référent(e)s égalité et diversité et VP Vice-président(e) Politique sociale, égalité et diversité à l’Unica Université Côte d’Azur , craint « qu’à moyens constants, voire avec des budgets à la baisse, on demande une charge plus importante aux chargés de mission diversité/égalité ».

Elle s’exprime lors de Think Éducation & Recherche, le 05/02/2026 à Sorbonne Université, dans une table ronde sur le défi de la généralisation des missions égalité et diversité. À ses côtés, Caroline Rolland-Diamond, présidente de l’Université de Nanterre et Pascale Gibert, directrice de l’Institut Gaston Berger au sein du groupe Insa Institut national des sciences appliquées .

La présidente de la CPED regrette que « la question des moyens et du financement de l’action ait disparu » de la version finale de la loi relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’ESR.

Dans un contexte de probable montée des signalements et d’incertitude sur les moyens, Caroline Rolland Diamond relève qu'« un des enjeux pour l’acceptabilité est de garantir des délais de traitement raisonnables et une efficacité dans le traitement des signalements ».

Pour Pascale Gibert, l’augmentation des signalements implique des formations supplémentaires, parfois lourdes à assumer pour des personnels « de plus en plus sollicités : formation sur les VSS Violences sexuelles et sexistes , formation à la sensibilisation au handicap, etc. »

Malgré tout, les politiques d’égalité et de diversité changent d’échelle dans plusieurs établissements, qui cherchent désormais à les structurer comme des politiques transversales. « Le portage politique de ces missions fait une énorme différence : quand on a des moyens, les portes s’ouvrent et les choses se font de manière beaucoup plus fluide », déclare Véronique Van de Bor.


Les initiatives des établissements pour structurer les missions égalité et diversité

La mise en place du CCEND à l’Université Paris Nanterre

Caroline Rolland-Diamond
Caroline Rolland-Diamond - ©  Seb Lascoux
À l’Université Paris Nanterre, Caroline Rolland-Diamond Présidente @ Université Paris Nanterre
revient sur la mise en place du CCEND (Centre de coordination égalité, non-discrimination) à l’Université Paris Nanterre, en novembre 2025. « C’était un choix politique qui se voulait novateur et visible de l’extérieur. Nous avions une mission égalité et diversité, mais il s’agissait ici de passer à la vitesse supérieure en grossissant et en institutionnalisant le dispositif. »

« J’ai créé une vice-présidence dédiée, et en même temps structuré la mission en recrutant du personnel dédié : on est passé de deux à cinq personnes, avec un centre de coordination. Même si la mission gagnait en visibilité, elle peinait à structurer l’action. L’idée de créer ce CCEND, c’est d’avoir une structure/un service avec un double rattachement : à la présidence et à la DGS Direction générale des services . »

Selon elle, cela permet une coordination entre les services et de toucher toute la communauté. « On ne s’adresse pas qu’aux étudiants, mais aussi aux personnels : E-C enseignant(s)-chercheur(s) et personnels Biatss Bibliothèques, Ingénieurs, Administratifs, Techniciens, Social, Santé , cela permet de garder une politique d’égalité et d’inclusion dans l’ensemble de l’université. »

« C’est un choix conséquent, surtout dans ce contexte budgétaire contraint. Parmi les cinq personnels, nous avons recruté une juriste. Elle est aussi rattachée à la DAJ Direction des affaires juridiques de l’établissement pour avancer sur le traitement des signalements et l’aspect contentieux. »

Les centres Gaston Berger dans les établissements du groupe Insa

Pascale Gibert
Pascale Gibert - ©  Seb Lascoux
Au sein des Insa, les centres Gaston Berger jouent un rôle de coordination ; ils traitent « de la diversité de genre, sociale, territoriale, des atypicités, du handicap », indique Pascale Gibert Directrice de l’institut Gaston Berger @ Groupe Insa (Institut national des sciences appliquées)
.

« À l’échelle du groupe et dans chaque établissement, au niveau du groupe Insa et dans chaque Insa, il existe un centre Gaston Berger. Ils traitent de la diversité de genre, sociale, territoriale, des atypicités, du handicap », indique Pascale Gibert.

« Tout cela fait partie de nos activités, avec une question centrale : la séparation entre un portage politique et un portage plus opérationnel, avec des équipes rattachées aux services administratifs pour coordonner les différents services et traiter les différents programmes organisés. »

« Nous sommes aussi pilotes des schémas directeurs du handicap, qui s’adressent à la fois aux étudiants et aux personnels, ce qui nous donne une légitimité institutionnelle. Nous n’avons pas de juristes dans nos centres Gaston Berger, nous travaillons beaucoup avec la direction des affaires juridiques, notamment sur les questions de contentieux. Les centres existent depuis un peu plus d’années. »

Donner un portage politique aux missions égalité et diversité

Véronique Van de Bor, également VP égalité et diversité à l’Unica, revient sur la montée en puissance de la direction égalité et diversité au sein de son université :

« À l’issue d’un audit interne, nous sommes arrivés à un projet voté en juin dernier : la création d’une direction dédiée. Aujourd’hui, nous avons créé une direction Égalité et diversité, au même niveau que les autres directions. Sa directrice se réunit avec les autres directions de l’université, dispose d’un budget et peut mener une politique transversale au sein de l’établissement. Il faut donner ces modèles-là aux établissements membres de la CPED. »

L’enquête Remede, menée par la CPED avec l’Ondes et subventionnée par le ministère de l’ESR, a été réalisée sur deux ans (2e vague publiée en décembre 2025) afin de dresser un état des lieux des missions égalité et diversité.

Véronique Van de Bor constate une progression de leur structuration et du nombre de personnes mobilisées, mais souligne une forte hétérogénéité de périmètre, d’organisation et de moyens. Toutes les missions couvrent l’égalité professionnelle et les VSS ; 60 % traitent du handicap, 70 % du racisme et 60 % de l’antisémitisme.

Seuls 30 % des établissements disposent d’un portage politique clair, souvent assuré par un personnel permanent, pas toujours à temps plein. Les équipes reposent majoritairement sur des statuts précaires (CDD, stages, services civiques), générant un turn-over important.

La structuration financière apparaît également fragile : seuls 20 % des établissements ont répondu aux questions budgétaires. Le budget annuel moyen s’élève à 86 k€, et un cinquième des établissements disposent de moins de 10 k€ (salaires et plans égalité compris), en plus des autres missions.

L’enquête vise à permettre aux établissements de se situer et à sensibiliser gouvernances et pouvoirs publics. La CPED prévoit de proposer une « structuration type » pour offrir un canevas et identifier les moyens nécessaires à un fonctionnement fluide.

La lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les violences, la haine dans les missions de l’ESR avec la loi antisémitisme

Véronique Van de Bor
Véronique Van de Bor - ©  Seb Lascoux
Véronique Van de Bor revient sur la loi du 31/07/2025 relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, texte législatif qui instaure la généralisation des missions « égalité et diversité » dans les EPSCP Établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel .

Elle a été auditionnée le 05/02/2025 par les sénateurs au sujet de cette loi, en tant que directrice de la CPED. Elle revient sur les différentes étapes de la construction de ce texte législatif :

« Au départ, la loi était un peu déconnectée de l’existant, et c’était la remarque de la CPED lorsqu’elle a été auditionnée. Elle ne prenait pas en compte les dispositifs qui existaient déjà. Il y avait aussi un risque de hiérarchisation des violences », indique-t-elle.

« Ce que je trouve par contre intéressant, c’est qu’il y a eu un changement du code de l’éducation qui intègre la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les violences, la haine dans les missions de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cela nous permet dans les établissements d’avoir toute légitimité de traiter ce sujet, car nous sommes régulièrement remis en question. »

« L’ennemi, les moyens insuffisants » (V. Van de Bor, CPED)

« Il y a aussi la redéfinition des fautes disciplinaires : il y a un ajout explicite du racisme, de l’antisémitisme, des violences, de la haine etc. On ne peut plus l’ignorer. Les fautes disciplinaires étaient définies comme un “trouble dans l’établissement”, c’était large. Aujourd’hui, on ne peut plus ignorer que les questions de racisme et d’antisémitisme sont des fautes disciplinaires. »

« La formation obligatoire, nous l’avions demandée, et elle y figure. C’est une très bonne chose. »

Enfin elle souligne que la question des moyens, originellement dans la loi, a disparu dans sa dernière version : « L’ennemi, ce sont les moyens qui ne sont pas suffisants, et qui ne sont pas inscrits dans la loi. Aujourd’hui, on sait que les établissements sont en difficultés financières, pour certains en grande difficulté. »

Réactions des établissements face à la montée des signalements

Interrogée sur la probable montée des signalements et sur les modalités de leur traitement dans un contexte de restriction budgétaire, Caroline Rolland-Diamond déclare : « Si les moyens doivent être réduits du fait des restrictions budgétaires, s’il n’y a plus de ressources humaines ni de temps à y consacrer, il existe un risque de moindre efficacité dans le traitement des signalements, ce qui pourrait fragiliser les efforts déployés pour institutionnaliser ces préoccupations à l’échelle de l’établissement et de la communauté. »

Elle insiste sur la nécessité de calibrer les réponses : « Il faut parvenir à calibrer la réponse des établissements afin que les signalements continuent d’être effectués, qu’ils soient traités et que les réponses apportées ne soient pas perçues comme une volonté de minimiser les faits, faute de moyens pour les transmettre tous en section disciplinaire. Un premier travail d’analyse est nécessaire pour ajuster au plus juste la réponse, car tous les faits signalés ne relèvent pas nécessairement d’une section disciplinaire. »

Pérenniser les missions : structuration, moyens, et écoute des équipes

Selon les trois intervenantes, l’enjeu est désormais de pérenniser ces missions afin qu’elles survivent, notamment, aux changements de gouvernance. Au-delà de la structuration et de l’institutionnalisation des missions, il faut maintenant « y consacrer des moyens et du personnel à temps plein, titulaire ou en CDI Contrat à durée indéterminée , de manière à ancrer durablement les actions dans la politique de l’établissement », déclare Véronique Van de Bor.

« La question financière est essentielle. Une structure asphyxiée financièrement ne tient pas bien longtemps », ajoute Caroline Rolland-Diamond.

Ces missions doivent aussi pouvoir survivre au contexte politique. Interrogée au sujet des États-Unis et l’impact de l’arrivée de Donald Trump sur les politiques d’égalité et de diversité des établissements, Caroline Rolland-Diamond livre sa vision : « Cela met directement sur la table la question de la pérennisation et de la capacité à remettre en cause, du jour au lendemain, des dispositifs installés de longue date dans un contexte politique défavorable. »

« La multiplicité des formations et tout ce qui peut être vécu par des collègues comme une injonction supplémentaire ou un rappel de moralité ou de vertu à démontrer s’accompagne d’un effet pervers qu’il ne faut pas minimiser : il peut y avoir un ras-le-bol généralisé et un retour de bâton conservateur. »

« L’inscription dans la loi de ces missions, on la salue. Quand on l’inscrit dans le code de l’éducation, on l’élève à un pied d’égalité avec la formation et la recherche, ce qui fait réagir. Ces réactions ne sont pas à minimiser. Les ignorer, comme dans l’exemple américain, en se disant que c’est porté par une volonté progressiste, n’est pas une bonne idée. »

Selon Pascale Gibert, « il faut aussi veiller à ne pas apparaître comme des donneurs de leçons sur ces sujets. La pérennisation passe par l’inscription dans les règlements intérieurs, un passage dans les instances, la création de postes permanents. Il faut une structuration pour donner une vraie présence et une vraie incarnation. Mais cette pérennisation passe par le fait de ne pas exaspérer l’ensemble de nos communautés en voulant aller plus loin, dans des contextes où il y a beaucoup de sujet de tension et d’attente. Il faut rester dans un juste équilibre. »

« On a parlé beaucoup d’actions menées par les établissements, les pouvoirs publics peuvent encore mener des actions », déclare Véronique Van de Bor. La CEPD propose ainsi :

• « qu’un pourcentage de la CVEC Contribution de vie étudiante et de campus soit soclé pour cette thématique d’égalité et de diversité, comme c’est le cas pour la santé des étudiants.

• Il faudrait également agir sur les Comp Contrat d’objectifs, de moyens et de performance et les demandes de financement complémentaires que font les établissements en précisant qu’une section devrait être dédiée à ces questions-là.

• Il faut aussi intégrer ces éléments dans l’évaluation des établissements pour créer une dynamique et être exemplaire sur ces sujets ».

Véronique Van de Bor


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Parcours

Conférence permanente des chargés de mission égalité et diversité (CPED)
Trésorière-adjointe et vice-présidente à la formation et aux RH
Université Côte d’Azur (Unica)
VP politique sociale, égalité, diversité
Université Côte d’Azur (Unica)
Chargée de mission égalité femmes-hommes

Établissement & diplôme

Université Paris 6 - Pierre et Marie Curie (UPMC)
Doctorat en biologie cellulaire et moléculaire

Fiche n° 51868, créée le 28/06/2024 à 10:40 - MàJ le 23/02/2026 à 15:41

Caroline Rolland-Diamond


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Parcours

Université Paris Nanterre
Professeure des universités
Université Paris Nanterre
Directrice du Centre de recherches anglophones
Université Paris Nanterre
Maîtresse de conférences

Établissement & diplôme


Fiche n° 51888, créée le 04/07/2024 à 09:14 - MàJ le 23/02/2026 à 15:41

Pascale Gibert


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Parcours

Groupe Insa (Institut national des sciences appliquées)
Directrice de l’institut Gaston Berger

Fiche n° 55579, créée le 19/12/2025 à 15:17 - MàJ le 23/02/2026 à 15:41

Conférence permanente des chargés de mission égalité et diversité (CPED)

Catégorie : Associations, réseaux


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Fiche n° 6712, créée le 05/03/2018 à 03:26 - MàJ le 23/02/2026 à 16:54


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