
Université PSL : deux autres Paris School d’ici 2028; un modèle pour anticiper les « chocs » (El-M. Mouhoud)
L’Université PSL
Paris Sciences & Lettres
va créer deux nouvelles écoles internationales, au croisement des établissements composantes et des disciplines : la Paris School of Climate Change and Biodiversity, irriguée par le programme de recherche Terrae, et la Paris School of Humanities, annonce El Mouhoub Mouhoud, président de l’établissement, le 14/01/2026. Ce chantier, jugé prioritaire, devrait aboutir avant 2028.
Elles s’ajoutent à la Paris School of Artificial Intelligence, lancée à la rentrée 2025, la Paris School of Engeneering, déployée à la rentrée 2026, et la Paris School of Arts, déjà annoncée et prévue d’ici 2028.
Ces écoles sont fondées sur le modèle des droits progressifs en fonction des revenus des parents, « le seul moyen, à la fois, de notre autonomie, de l’équité, et de l’efficacité », indique le président. Il y voit aussi un modèle qui permet d’anticiper des « chocs » sur le montant des subventions publiques ou l’arrêt des appels à projets France 2030. « Mais l’État doit comprendre qu’il faut venir en appui de ces ressources propres, qui sont des effets de levier pour faire des choses, et non pas des substituts à un investissement public. »
Interrogé par News Tank sur ses attentes vis-à-vis des assises du financement des universités, il répond qu’il demandera à voir « l’arsenal de ce qui a été fait sur les dix dernières années », évoquant la LPR
Loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur
, les PUI
Pôle universitaire d’innovation
, les CPJ
Chaire de professeur junior
ou encore les instituts Carnot.
Selon lui, l’université a et doit jouer un rôle de « fer de lance dans les innovations technologiques ». C’est ce qui l’a poussé à restructurer la gouvernance de PSL, « en réunissant recherche, innovation et société : pour favoriser une recherche susceptible de conduire à des innovations de rupture, et pas seulement à des innovations incrémentales à finalité commerciale ».
Un nouveau modèle de gouvernance collectif
El Mouhoub Mouhoud partage sa vision de PSL comme « une université globale, compréhensive, comme disent les anglo-saxons, pluridisciplinaire », au sein de laquelle il voit son rôle comme celui de « chef d’orchestre ». Il doit ainsi permettre de « coaguler les initiatives de nos différentes composantes pour fabriquer des choses que seules, elles ne peuvent fabriquer ».
Il explique ainsi l’évolution du modèle institutionnel de PSL. « Ce n’est pas un modèle de fusion : les établissements ont des personnalités morales et juridiques autonomes. »
« PSL n’est pas en relation bilatérale avec chacun de ses établissements : nous sommes un collectif, une équipe de football, un orchestre, qui travaillons ensemble dans un directoire, avec un conseil d’administration, et qui sommes redevables de ce que nous souhaitons faire. »
Une nouvelle équipe pour mettre en œuvre la stratégie 2025-2035
« Mon programme a été validé par le directoire entièrement et par le conseil d’administration. Depuis une année, nous avons commencé à le mettre en œuvre. Une bonne partie est déjà enclenchée, en l’ajustant en fonction des apports de chacun », indique El Mouhoub Mouhoud, qui a pris la présidence en décembre 2024.
Il rappelle sa « stratégie séquentielle » 2025-2035, avec :
- une première phase de « consolidation des fondations dans un environnement assez incertain » ;
- puis une deuxième vers 2030 de « déploiement de nos actifs nouveaux à l’échelle mondiale pour figurer parmi les 15 ou les 10 premières universités mondiales à l’horizon 2035 ».
La nouvelle équipe de gouvernance au complet
El Mouhoub Mouhoud
Membre du CA en qualité de personnalité qualifiée @ Campus France • Membre du CA @ Udice • Économiste, Président @ Université PSL
présente l’équipe de gouvernance au comité exécutif de PSL, « recomposée sur les axes stratégiques de l’université » :
• une VP
Vice-président(e)
recherche et innovation, Anne-Christophe
Vice-présidente recherche et innovation @ Université PSL • Chercheuse à l’ENS @ CNRS
, avec un VP délégué à l’innovation, Michaël Tatoulian. Celui-ci a un vice-président délégué, Stéphane Verger, pour les arts et les humanités ;
• un VP affaires académiques, formation et attractivité, Alexandre Allauzen avec deux VP déléguées : Meltem Öztürk-Escoffier pour la vie étudiante et la vie de campus, Dorothée Butigieg pour le CPES Cycle pluridisciplinaire d’études supérieures et l’égalité des chances ;
• une VP responsabilité sociale, Sabine Cantournet ;
VP RSU et transition écologique @ Université PSL • Directrice de recherche @ Mines Paris - PSL • Titulaire de la chaire industrielle Deep @ Mines Paris - PSL
• un VP infrastructures numériques et convergence des SI Système d’information , Pierre Senellart.
Les Paris School, « fécondées » par les différents établissements
El Mouhoub Mouhoud présente les Paris Schools comme un élément-clef de son programme, « qui ne vont nullement se substituer à ce que font nos établissements, mais au contraire être fécondées par les compétences cumulées à l’intérieur de ceux-ci ».
« Ce sont des écoles de niveau international, que ne pourraient pas fabriquer chaque établissement tout seul. Elles rassemblent deux, trois, quatre établissements, qui ont cumulé des compétences dans leurs laboratoires de recherche, leurs formations, et créent ensemble des produits nouveaux ».
Paris School of AI, la première « école » à voir le jour
La première rentrée de la Paris School of AI a eu lieu le 01/09/2025, avec 250 étudiants et un objectif visé de 300 étudiants. L’école va de la licence au doctorat, sans oublier la formation continue. Le président de l’Université-PSL signale le chiffre de 30 doctorants par an et 30 thèses Cifre Convention industrielle de formation par la recherche .
L’école est une application du concept de co-création entre établissements, avec :
- « L’ENS, École normale supérieure un acteur clé avec une stratégie pluriannuelle de développement de l’IA à l’échelle de l’ENS et portée par l’Artificial Intelligence Lab, avec une contribution à la création du bachelor IA et du master IA et société.
- Paris Dauphine-PSL, présent sur plusieurs formations.
- Mines Paris, présent dans le comité de pilotage.
- Aussi l’Observatoire de Paris, parce que l’IA accompagne des programmes de recherche dans les différents domaines. En fait, l’IA de PSL est partout, y compris à Curie, dans l’IHU Institut hospitalo-universitaire porté par PSL-Curie sur le cancer des femmes ».
El Mouhoub Mouhoud insiste sur l’approche par la bidisciplinarité : « Il faut former nos étudiants au plus haut niveau à l’IA en combinaison avec une autre discipline : mathématiques appliquées à l’IA, mais aussi l’économie, l’organisation du travail, etc. »
Les formations dans le cadre de la Paris School of AI
La Paris School of AI Artificial intelligence a été créée dans le cadre du programme IA Cluster Consortium liant des universités de science et de technologie pour l’enseignement et la recherche (Prairie Paris artificial intelligence research institute - PSAI), annoncé dans la stratégie France 2030 et financée à hauteur de 75 M€.
En bachelor, elle comprend :
• l’International Bachelor of Sciences in Artificial intelligence (IBSAI) de l’Université PSL
• une double Licence « Intelligence Artificielle et Sciences des Organisations » de l’Université Paris Dauphine - PSL (lancée en 2022)
En Master :
• Le Master « IA & société » de PSL
• Le Master Intelligence Artificielle, Systèmes, Données (IASD) de l’Université Paris Dauphine - PSL
Enfin, cinq programmes de formation continue : Executive Master Statistique & IA, Executive Master IA & science des données, Certificat Data Science, Certificat Chef de projet IA, Executive Certificate AI for Creative Business Dirigeants
Deux nouvelles Paris School sur le climat et les humanités
La nouvelle Paris School Biodiversity and Climate Change, pour l’horizon 2028, va s’appuyer sur le programme de recherche Terrae, « qui marie les sciences expérimentales, la physique, la chimie du climat, des mathématiques du climat, des sciences humaines, des sciences sociales, des arts aussi », avec « la même configuration architecturale » que PSAI, selon El Mouhoub Mouhoud.
Idem pour la Paris School of Humanities. « Nous avons des humanités fantastiques avec l’École des chartes ou l’École pratique des hautes études. Cette nouvelle Paris School va structurer les humanités de PSL avec, en plus, les jonctions humanités numériques, computationnelles et de l’IA pour les sciences de l’homme et de la société », déclare El Mouhoub Mouhoud.
Deux écoles déjà annoncées sur les arts et les sciences de l’ingénieur
Concernant la Paris School of Engineering, prévue pour la rentrée 2026, c’est « la préfiguration d’un modèle d’ingénieur responsable de haut niveau », selon El Mouhoub Mouhoud. « On ne va pas faire la même chose que ce que font nos ingénieurs qui sont à l’ESPCI Ecole supérieure de physique et de chimie de la ville de Paris , à Mines Paris-PSL ou Chimie ParisTech-PSL. Ensemble, ces écoles ont décidé de fabriquer un bachelor international qui va avoir un impact fort sur la société puisqu’il va être aussi engageant sur l’environnement. »
Concernant la Paris School of Art, prévue pour avant 2028, « nous avons la chance d’être la seule université à avoir de belles écoles d’art ensemble. Là aussi, on va former des nouveaux acteurs de la création en art, en design et en architecture, et au niveau master avec un double diplôme international, de façon à rendre aussi beaucoup plus visibles nos formations en art ».
Vers la bidisciplinarité
Un projet de PSL est de permettre à des étudiants qui le souhaitent de pouvoir combiner deux majeures dans deux écoles différentes : « À terme, nous souhaitons qu’un étudiant de la Paris School of Art puisse aussi faire de l’IA dans la Paris School of AI ou dans la Paris School of Engineering. »
« On ne doit pas faire prendre des risques à nos étudiants de faire un peu de tout, mais de faire deux choses. Ils en sont capables, ils aspirent à le faire très bien. »
Un modèle « ni malthusien, ni massiste »
Selon le président, l’ESR Enseignement supérieur et recherche français est pris entre « un malthusianisme exacerbé sur des tout petits effectifs dans les filières sélectives et des filières de masse qui acceptent l’échec ex post : 40 % d’échec en licence ». Ces instituts sont aussi un levier pour « augmenter les effectifs et sortir de l’étau de l’équilibre bas entre ces deux extrêmes ».
Il observe que les 15 à 20 % d’étudiants qui échouent de peu à intégrer l’Université PSL ont un niveau similaire aux admis et il estime « dommage de les jeter dans les bras de certaines officines privées n’ayant pas les compétences en recherche ni en formation ».
La diversité comme stratégie
Il conçoit PSL comme un « modèle d’excellence ouverte », dans lequel la diversité « a un rôle clé afin de réduire la défiance dans les relations sociales, ainsi que l’aversion au risque dans l’innovation et l’entrepreneuriat ».
Cette égalité des chances passe selon lui par les droits d’inscription progressifs liés aux revenus des parents. « Le directoire est d’accord sur le fait que toutes les nouvelles formations sont lancées sur ce modèle. C’est comme cela que dans nos CPES à PSL, nous avons 30 % de boursiers aujourd’hui. »
L’innovation au cœur de la recherche
El Mouhoub Mouhoud rappelle que PSL est lauréat d’un PUI en 2023, à hauteur de 11 M€, pour accompagner la maturation technologique, la propriété intellectuelle, le financement et les modèles économiques. Il indique que 80 start-up sont accompagnées, dont 20 % relèvent de technologies de rupture.
« Nous avons généré 170 familles de brevets, avec environ 30 % de revenus de transfert par an. Certaines entreprises issues de PSL sont désormais cotées en Bourse. À la fin de 2024, PSL et ses établissements détenaient 26 M€ de participations : ce sont aussi des ressources propres. »
S’organiser avant de lever des fonds
Interrogé sur les perspectives de levées de fond, Michaël Tatoulian, VP délégué innovation, répond qu’au préalable, il faut « s’organiser en interne pour travailler avec nos partenaires industriels. Ce qu’on a appris par le passé, c’est qu’il ne faut pas aller trop vite vers les fonds si on n’est pas prêts, car on se casse les dents. Et c’est un risque majeur pour les projets de création. »
« Nous allons lancer très prochainement la construction de programmes fédérateurs, plus transversaux que disciplinaires, et vont mêler les sciences expérimentales, les SHS Sciences humaines et sociales et les arts, pour aller vers des approches disruptives, et convaincre les fonds. »
« Ce qui manque à notre écosystème, c’est d’accompagner les chercheurs sur tout ce qui est lié à la montée en TRL ( Technology readiness level Technology Readiness Level). C’est pourquoi nous sommes en train de doter les chercheurs de moyens technologiques pour faire cette montée », selon lui.
« A travers le PUI, nous voulons mettre en place des actions mutualisées, faire travailler les chercheurs ensemble, pour leur donner les moyens d’avoir cette avancée technologique. Cela fait qu’on est beaucoup plus crédibles vis-à-vis des partenaires industriels, parce qu’on arrive avec des outils quasi préindustriels. Donc on est plus forts pour négocier avec les entreprises. »
Selon lui, « la clé est de dérisquer les projets. Les grandes entreprises parlent beaucoup d’innovation, mais finalement, la prise de risque, c’est l’université qui la prend ».
Des difficultés propres à l’écosystème français
« En 2025, près de 100 M€ ont été levés par des sociétés issues de notre écosystème, même si cela repose sur un nombre limité d’acteurs. Aujourd’hui, nous disposons à PSL de fonds spécifiques de prématuration et de maturation : environ 3 à 3,5 M€ sont investis chaque année dans ces projets », indique Michaël Tatoulian.
« Entre une idée et un projet industriel, il peut s’écouler dix ou quinze ans, en particulier dans la deeptech. C’est ce temps qu’il faut laisser aux chercheurs. L’une des difficultés majeures en France tient à la levée de fonds : nous avons peu d’ingénieurs dans les fonds d’investissement, contrairement aux États-Unis, capables de comprendre les technologies de rupture », d’après le VP délégué à l’innovation.
« Lever 2 ou 3 M€ est relativement accessible dans notre écosystème. En revanche, lever 20, 30 ou 50 M€ reste extrêmement difficile, notamment pour des projets industriels lourds, par exemple en chimie. La production est capitalistique, longue, et les fonds hésitent. On nous pousse souvent à signer plus tôt des accords de licence avec des industriels, car c’est plus rapide et plus simple. Mais l’ambition de créer de nouveaux outils de production demande du temps et un accompagnement beaucoup plus fort. »
Défendre un modèle d’innovation publique
« L’innovation est un processus cumulatif : on ne remplacera pas, par des initiatives privées ex nihilo fondées sur l’immobilier et des fonds d’investissement, ce qui a été construit pendant des siècles dans le cadre public. Il faut au contraire consolider les laboratoires de recherche publique et renforcer leur articulation avec le secteur privé. C’est ce que nous faisons, par exemple, dans le cluster IA, à travers des partenariats publics-privés qui fonctionnent », plaide El Mouhoub Mouhoud.
Il revient sur l’inauguration, le 09/12/2025, d’une chaire des hautes études pour la souveraineté. « C’est la DGA Direction générale de l’armement qui est venue nous voir, car elle sait que nous disposons de compétences, notamment à Mines Paris, où les partenariats avec l’industrie de défense sont historiquement ancrés. Avec IP Paris Institut polytechnique de Paris et d’autres écoles, nous avons été sollicités pour créer un espace de recherche et d’enseignement de référence sur les enjeux de puissance et de souveraineté française. »
Les Labex, un « impact extrêmement positif sur l’intensité de la recherche »
« L’université a un investissement vital pour la souveraineté française et européenne. 70 % des technologies duales sont issues de la recherche ouverte. 80 % des publications scientifiques en quantique proviennent des universités. Les matériaux, l’intelligence artificielle qui aujourd’hui nourrissent la défense, viennent de nos laboratoires de recherche publics », selon El Mouhoub Mouhoud.
Il défend les Labex Laboratoire d’Excellence , « évalués par l’IPP Institut des politiques publiques et mes collègues économistes : ils ont eu un impact extrêmement positif sur l’intensité de la R&D privée, pas seulement publique ». Il évoque les 14 grands programmes de recherche de PSL, « héritiers des Labex », dotés de 36 M€ et effectivement mis en place au 01/01/2025.
« Leur impact est réel, sur l’économie, la société, la technologie. Je peux citer Quantum Matter, qui constitue un programme majeur en physique statistique et en mathématiques, ou encore Terrae, qui mobilise 150 chercheurs de PSL sur le changement climatique, la perte de biodiversité et les transitions sociales associées. Nous y menons à la fois de la recherche fondamentale et de la recherche-action, en lien avec des associations, pour contribuer concrètement à la transformation de la société. »
El Mouhoub Mouhoud
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Économiste, Président @ Université PSL
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Parcours
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Président
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Vice-Président Enseignants-Chercheurs, Economiste
Conseiller scientifique du Commissariat Général du Plan
Création et direction du Centre d’économie de Paris Nord
Professeur des universités
Professeur des universités
Professeur des universités
Maître de conférences en économie
Établissement & diplôme
Agrégation des facultés de sciences économiques
Doctorat en économie
Fiche n° 42100, créée le 03/12/2020 à 18:21 - MàJ le 03/04/2026 à 15:10
Université PSL
Catégorie : Universités
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Fiche n° 9321, créée le 06/11/2019 à 04:36 - MàJ le 18/03/2026 à 15:54
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