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De quoi une « University » est-elle le nom ? (Laurent Batsch)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Analyse n°423591 - Publié le
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« L’enseignement à distance est instrumentalisé pour afficher des établissements anonymes, des vaisseaux fantômes. Il vient un moment où les pouvoirs publics doivent assumer de laisser faire, ou pas », écrit Laurent Batsch dans une chronique pour News Tank, le 16/12/2025.

Il dresse un « drôle de catalogue » d’établissements, utilisant la terminologie « university », et dont la création en France depuis trois ans sous forme d’association loi 1901 se multiplie. « Parfois venues d’un siège à l’étranger, parfois sorties de nulle part. Parfois avec un programme affiché, parfois sans information », montre-t-il, s’appuyant sur des informations et sources publiques.

Parmi elles notamment, une vague d’établissements évangéliques, qui arrivent de Floride et parlent brésilien, proposant 100 % des cours en ligne.

« Le débarquement simultané de ces organisations ne laisse pas d’interroger. D’abord parce qu’elles revendiquent la supposée reconnaissance du ministère français comme un label de qualité international adressé à leur public brésilien. Le système français offre-t-il des facilités aux établissements privés que d’autres États ne consentent pas ? La loi de 1875 peut-elle servir d’alibi à toutes les entreprises ? ».

Laurent Batsch est professeur émérite en sciences de gestion. Il a présidé l’Université Paris Dauphine PSL Paris Sciences & Lettres de 2007 à 2016.


Un drôle de catalogue, avec en premier lieu une vague d’évangéliques

Étonnant… Depuis trois ans, les créations de « university » en association loi 1901 abondent. Parfois venues d’un siège à l’étranger, parfois sorties de nulle part. Parfois avec un programme affiché, parfois sans information. Projet académique, confessionnel, politique ou autre, de quelle motivation ressortent-elles ?[1] Voici donc quelques pages d’un drôle de catalogue, un objet de curiosité certes, mais pas seulement.

Elles sont évangéliques, elles arrivent de Floride (Orlando ou Miami) et elles parlent brésilien. Point de campus, et pas davantage d’étudiants : les cours sont en ligne. Elles déclarent à Paris un siège dans des espaces de coworking où leur nom n’est pas toujours indiqué. Près du Trocadéro, au 11 rue Magdebourg, déclaré comme leur adresse par une poignée d’entre elles, on affecte de ne pas les connaître.

Même origine, même inspiration, même calendrier, même parcours résidentiel, même appellation « university » incontrôlée, même affichage légal déférent, honni soit qui mal y pense.

TITRE CREATION PREFECTURE ORIGINE
EMIL BRUNNER WORLD UNIVERSITY nov-25 TOURS Orlando, Floride
UNICHRISTIAN CHRISTIAN SCHOOL OF ORLANDO oct-25 PARIS Orlando, Floride
VENI CREATOR UNIVERSITY sept-25 PARIS Orlando, Floride
WORLD UNIVERSITY ECUMENICAL sept-25 PARIS Miami, Floride
IVY ENBER CHRISTIAN UNIVERSITY janv-25 PARIS Orlando, Floride
CHRISTIAN BUSINESS SCHOOL oct-24 PARIS Orlando, Floride
WORLD ECUMENICAL UNIVERSITY oct-24 PARIS Miami, Floride
KENNEDY UNIVERSITY sept-24 PARIS Miami, Floride

La Emil Brunner World University est la dernière venue, c’est la provinciale de la liste, avec une déclaration en préfecture de Tours. Son site proclame en portugais que « l’apprentissage hybride et le métaverse représentent deux tendances complémentaires dans l’évolution de l’éducation contemporaine, particulièrement stimulées par la transformation numérique et la recherche de modèles d’apprentissage plus flexibles, immersifs et personnalisés ». Bref, du 100 % en ligne. Ses programmes sont focalisés sur les sciences de l’éducation.

La World Ecumenical University affiche : « Seek the Lord while he can be found ; call him while he is near » et promet « 100 % ONLINE University for Brazilians ». Elle délivre un seul Bachelor en théologie, un « Master » en sciences de l’éducation, sciences religieuses, et management de la santé ainsi qu’un « Doctorate » en sciences de l’éducation.

La Unichristian school of Orlando se présente comme « una universidade totalmente digital » et affiche une implantation au Royaume-Uni et en Espagne. Les « courses » (Undergraduate, Master, Doctorate) sont exclusivement dédiés à des thèmes confessionnels. « Notre mission est enracinée dans la conviction que, en suivant les enseignements du Christ, nous avons un rôle vital dans la promotion de la compassion, de la justice, et de la solidarité en société. »

La Veni Creator University est également confessionnelle (« Jesus is our Lord ») et « on line ». La matrice des programmes additionne des heures « d’études indépendantes », de « séminaires d’intégration » (en ligne), et la rédaction du mémoire compte pour 1 440 heures sur 2 160, comme pour ce « Master en management et leadership institutionnel »…

Le programme du Master en management et leadership institutionnel à la Veni creator University -

Le site web de la Ivy ENBER Christian University propose ses « fondements bibliques » (l’esprit sain, la trinité, la rédemption, Adam et Eve, Satan, etc.) et ses programmes en ligne font tous référence à « l’éthique chrétienne ».

Quant à la Christian Business School, elle affiche le logo de l’Académie de Paris à côté du sien. Le doyen se prévaut d’une sorte de labellisation française : « En tant qu’établissement agréé en France, certifié pour son affiliation et son partenariat international, nous sommes conformes à la loi française sur l’éducation et nous nous appuyons sur des normes académiques mondiales.  »

La World Ecumenical University (WEU) est 100 % en ligne, forcément. Elle est distincte de la World University Ecumencial (WUE) : elles n’ont ni le même Siren, ni la même adresse… La confusion des appellations et des sites web traduit-elle scission ou au contraire une habileté de dédoublement ?

La Kennedy University s’inscrit dans la cohorte évangélique et déroule sa profession de foi baptiste. Elle est implantée en Floride et à Sainte-Lucie, et entend former des « leaders ».

Fermez le ban.

Le débarquement simultané de ces organisations ne laisse pas d’interroger. D’abord parce qu’elles revendiquent la supposée reconnaissance du ministère français comme un label de qualité international adressé à leur public brésilien. Le système français offre-t-il des facilités aux établissements privés que d’autres États ne consentent pas ? La loi de 1875 peut-elle servir d’alibi à toutes les entreprises ?

Ensuite, la référence confessionnelle n’est pas exempte de prétentions temporelles. La concomitance de cette vague évangélique parisienne avec la poussée trumpiste est-elle fortuite ? Enfin, le mode opératoire d’enseignement intégralement en ligne ressort de la facilité matérielle et financière, il offre ainsi des degrés de liberté déclarative.

Quelques autres…

Dans le même temps que les évangéliques, d’autres « University » ont déposé leurs statuts, sans référence confessionnelle dans leur présentation (ce qui n’exclut rien pour autant).

TITRE CREATION PREFECTURE ORIGINE
FRENCH UNIVERSITY OF ADVANCED STUDIES nov-25 PARIS
AMERICAN MANAGEMENT UNIVERSITY oct-24 PARIS Upland, California
UNIVERSITY OF AMERICA-PARIS mai-24 PARIS
ST-GEORGE INTERNATIONAL UNIVERSITY avr-24 PARIS Grenade
LOGOS UNIVERSITY févr-24 PARIS Miami, Floride
PARIS METROPOLITAN UNIVERSITY (SA) oct-23 PARIS Espagne

La French University of Advanced Studies Université Française d’Etudes Supérieures (c’est son intitulé officiellement déposé, en toute simplicité) est la petite dernière des « University ». Ses gazouillements n’ont pas encore laissé d’écho, on ignore jusqu’où les études seront avancées. Le berceau est logé au 102 avenue des Champs-Élysées, parmi 1 243 entreprises (selon l’annuaire Hoodspot).

La American Management University est la marque française de la GUST (Global University for Science and Technology), elle se présente comme un établissement privé d’enseignement à distance, en conformité avec les articles concernés du Code de l’Éducation (L444-1 à L444-11 et R444-1 à R444-28). Elle délivre des formations aux trois niveaux en business administration, en marketing, en management du sport selon un « academic catalog » de 60 pages. Paris serait son « main campus », mais il est encore contenu aux limites du 11 rue de Magdebourg.

Encore à la même adresse, on trouve la University of America (ex American International University) qui revendique une implantation au Koweït, ses frais de scolarité sont libellés en dinars koweïtiens (KWD).

La St.George’s University se vend comme la porte d’entrée aux professions médicales des États-Unis à partir d’un campus « paradisiaque » sur l’île de Grenade aux Caraïbes.

La Logos University est versée dans les SHS et la santé, en ligne. Sa devise est « chacun est maître de son propre destin ». La liste de sa faculté est longue. Elle invoque « l’accréditation » du ministère français comme un gage de qualité auprès de ses clients brésiliens et internationaux. Mais aussi celle du Kirghizistan… Elle déclare des implantations en France, en Floride, Louisiane et Serbie. Elle ne semble pas encore sortie de la conciergerie d’entreprises du 40 rue Alexandre Dumas (Paris 11).

La Paris Metropolitan University entend se démarquer du système français. En effet, « PMU est volontairement positionnée en-dehors du cadre de l’accréditation nationale française parce qu’elle cible des programmes et des diplômes internationaux.  » C’est pourquoi on ne trouve pas de Français parmi ses « speakers ». Mais quand même, elle affiche en grand qu’elle est « authorized by the Académie de Paris » dont le logo figure en grand. À date, cette Société anonyme à prétention internationale reste cantonnée dans l’espace de coworking du 250 bis boulevard Saint-Germain.

Et le reste…

Antérieurement aux cas déjà évoqués, mais encore proches, il y a ces « university » dont on ne saurait dire si elles sont une lubie individuelle, un projet lucratif ou un alibi organisationnel. C’est selon…

TITRE CREATION PREFECTURE ORIGINE
UNIVERSITY OF RHONE août-23 LYON Genève
INTERNATIONAL ENTREPRENEURSHIP UNIVERSITY mai-23 PARIS Australie
UNIVERSITE INTERNATIONALE DES SCIENCES DE LA SANTE avr-23 NEVERS Côte d’Ivoire
EUROPEAN CITY UNIVERSITY janv-23 PARIS France
CALIFORNIA METROPOLITAN UNIVERSITY sept-22 PARIS Santa Ana, California
PARIS AMERICAN INTERNATIONAL UNIVERSITY août-22 PARIS Roumains
THE THAMES INTERNATIONAL UNIVERSITY juil-22 PARIS Asie

La University of Rhone est une projection genevoise, une curiosité suisse. Qu’en pensent les universitaires lyonnaises ?

La International Entrepreneurship University est la fille d’un fondateur australien.

L’université internationale des sciences de la santé, située à Varennes-Vauzelle dans la Nièvre, semble tournée vers la Côte d’Ivoire.

La European City University est un établissement 100 % en ligne, d’émanation française, certifié Qaliopi, et vendant du Master (6 890 €) et du DBA Doctorate of Business Administration (11 890 €). La boutique est ouverte rue Saint-Lazare à Paris.

La California Metropolitan University de Santa Ana est une société anonyme dirigée par un Malaisien domicilié à Singapour. À Paris, elle est logée en coworking chez Kandbaz, rue de la Paix.

La Paris American International University s’est installée à Paris sous la signature de deux associés roumains, les cours sont 100 % en ligne. Elle offre en prime la certification Qualiopi et le logo de l’Académie de Paris.

La Thames International University c’est encore et toujours du « distance learnig », dirigée par un Philippin et une équipe asiatique. Du total virtuel. Avec une conciergerie au 250 boulevard Saint-Germain.

Feuilleter ce catalogue des « university » nourrit un sentiment étrange. Le mot de « university » devrait rester attaché à une tradition académique exigeante. Or, la croisade des uns et la braderie des autres, qui revendiquent la bénédiction du Ministère, de l’Académie de Paris, ou de Qualiopi, c’est beaucoup. L’enseignement à distance est instrumentalisé pour afficher des établissements anonymes, des vaisseaux fantômes. Il vient un moment où les pouvoirs publics doivent assumer de laisser faire, ou pas.

En outre, des esprits malicieux s’inquiéteraient que certaines de ces structures puissent couvrir des activités peu académiques. Lesquelles ? Don’t go fast in deduction and keep your intelligence at the service of proven information. But don’t be naïve.

Laurent Batsch

Email : laurent.batsch@dauphine.fr

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Parcours

Fondation Dauphine
Président
Université Paris Dauphine-PSL
Directeur de l’IUP gestion de patrimoine
Université Paris Dauphine-PSL
Fondateur du master management de l’immobilier
Lycée du Val-de-Marne
Enseignant

Fiche n° 3158, créée le 24/03/2014 à 14:21 - MàJ le 28/01/2026 à 07:11


[1] Les informations évoquées ici sont de source officielle et publique.


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