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[Think 2024] « La performance dans l’ESR n’est pas un gros mot » (Sylvie Retailleau)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°314667 - Publié le 09/02/2024 à 13:49
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©  Seb Lascoux
Sylvie Retailleau en clôture de Think 2024 le 08/02/2024 - ©  Seb Lascoux

« La performance dans l’ESR Enseignement supérieur et recherche n’est pas un gros mot. Cette notion de performance, et je crois que vous l’avez montré lors des différents échanges, est une notion complexe, qui nécessite d’être pensée dans la nuance, et de trouver un juste équilibre entre l’évaluation nécessaire quand on parle de la performance et la confiance, mais aussi entre quantité et qualité. »

C’est ce que déclare Sylvie Retailleau Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche @ Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR)
, ministre de l’ESR, en clôture de l’édition 2024 de Think Éducation & Recherche, à Sorbonne Université, le 08/02/2024, et dont le thème était « Performance dans le supérieur et la recherche : changer de paradigme ?  ».

Sur les Comp Contrat d’objectifs, de moyens et de performance , elle se dit « convaincue qu’il faut aller plus loin et envisager une convergence avec les contrats quinquennaux » et prévoit d'élargir l’assiette de discussion à la SCSP Subvention pour charges de service public pour les prochains contrats.

Elle revient sur le travail du MESR Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche autour d’indicateurs pour mieux mesurer la performance, ce qui passe par le fait de documenter l’impact de la LPR Loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur et la création d’un baromètre de la simplification.


Comp : « Responsabiliser des universités plus autonomes »

« Garantir un système d’enseignement supérieur et de recherche performant, c’est aussi responsabiliser des universités autonomes, plus autonomes, en les engageant sur des objectifs concrets, fondés sur l’auto-évaluation de leur performance, mais surtout sur une évaluation a posteriori et une confiance a priori. C’est l’un des objectifs de l’acte 2 de l’autonomie des universités.

Il nous faut regarder dans le rétroviseur le chemin déjà parcouru dans notre relation État / universités, lesquelles souhaitent disposer de davantage de leviers pour innover, s’organiser, prendre des risques.

Nous avons commencé sur la pointe des pieds : je pense au dialogue stratégique et de gestion qui était une première manière de faire évoluer notre dialogue et notre financement des projets des universités.

En 2023, nous avons franchi une nouvelle étape : l’introduction des Comp. Les universités ont véritablement joué le jeu, se sont mises à définir conjointement ces contrats. Nous disposons aujourd’hui de contrats fondés sur une véritable signature des établissements, une stratégie renforcée et la capacité de ces derniers à déployer des politiques publiques prioritaires.

La force de cette réforme, c’est notamment la temporalité des contrôles opérés par l’État sur les établissements.

Finie l’époque du DSG où chaque année on repartait d’une page blanche »

Finie l’époque du DSG où chaque année on repartait d’une page blanche pour financer de nouveaux projets. Désormais, le dialogue s’étale, je pourrais presque dire s’épanouit, sur trois ans.

Certes, nous nous revoyons tous les ans (que ce soit au niveau ministère ou au niveau rectorat), mais c’est désormais pour approfondir la capacité des établissements à atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés en commun tout au long de ces trois ans.

Ma conviction profonde, c’est que nous devons aller plus loin, et envisager une convergence entre ces Comp et les contrats quinquennaux et donc élargir l’assiette de ces contrats.

Avec les Comp, les universités s’engagent sur de nombreux axes prioritaires, comme le bien-être étudiant, la réponse aux besoins de formation pour la nation et l’attente des étudiants, la transition écologique, sans oublier les axes forts liés à la recherche et l’innovation. »

« Un financement supplémentaire possible d’environ 10 % de la SCSP hors masse salariale »

« Les Comp, ce n’est pas qu’1 % de la subvention pour charge de service public. Ce sont des projets transformants, avec d’un côté un financement supplémentaire possible d’environ 10 % de la SCSP hors masse salariale, et de l’autre apportant une vision consolidée de l’ensemble de la stratégie de l’université, de l’école, avec les projets financés par France 2030. Je pense à l’AMI CMA Compétences et métiers d’avenir , aux PUI Pôle universitaire d’innovation ou au programme ASDESR Accélération des stratégies de développement des établissements d’enseignement supérieur et de recherche .

Pourquoi l’avons-nous mis dans le contrat ? Pourquoi l’idée de cette vision consolidée, de ces pièces de puzzle que nous vous demandons de rassembler et de porter ? Pour suivre à la fois le déploiement des projets propres aux établissements, la cohérence de leur stratégie et l’évolution de leur modèle économique, par exemple versus ce projet ASDESR.

Nous élargirons l’assiette de discussion à la SCSP »

Pour autant, en concertation, et même à la demande des acteurs, nous élargirons l’assiette de discussion à la SCSP pour les prochains contrats et en particulier, dans le cadre de leur convergence avec les contrats quinquennaux.

Nous irons plus loin dans l’autonomie et dans la recherche d’un dialogue nouveau entre les universités autonomes et les politiques publiques. »

Chercheurs et E-C enseignant(s)-chercheur(s)  : « Rendre leurs outils et conditions de travail plus performants »

« Toujours dans un objectif d’évaluation de nos politiques publiques, nous cherchons aussi à documenter du mieux possible l’impact de la LPR Loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur sur notre écosystème de recherche, et ceci grâce à des indicateurs qui nous permettent par exemple de mesurer le nombre de doctorants financés en plus dès la première année ; ou encore le nombre de start-up ou de start-up deeptech créées.

Dans ses annonces du 07/12/2023 [discours sur l’avenir de la recherche], le président de la République a formulé des principes forts pour transformer l’organisation de la recherche française et l’adapter aux défis à venir, pour un système plus lisible, plus efficace, et donc plus performant.

Un baromètre de la simplification »

Le président nous a demandé de mener des actions concrètes et ambitieuses, dont les premiers résultats sont attendus dans les 18 prochains mois.

Pour cela, nous travaillons actuellement à la mise en œuvre d’un baromètre de la simplification, vue à la table, à la paillasse du chercheur, et qui devrait voir le jour très prochainement. Une série d’indicateurs nous permettra ainsi d’évaluer, sur les deux prochaines années, la capacité que nous avons eue, collectivement, du laboratoire au ministère en passant par les institutions, l’ANR Agence nationale de la recherche , le SGPI Secrétariat général pour l’investissement et autres, à réellement simplifier la vie du chercheur. »

Sylvie Retailleau rappelle les trois axes des propositions d’Emmanuel Macron sur l’avenir de la recherche :

• « placer la science au cœur de nos décisions et renforcer l’attractivité des métiers de la recherche ;
clarifier les modalités de pilotage des ONR et des universités, ainsi que leurs rôles respectifs ;
gagner ou regagner en simplicité pour redonner du temps de recherche à nos chercheurs et E-C, grâce à un véritable “choc de confiance” ».

« Nous nous appuierons sur les deux acteurs majeurs de la recherche que sont les grands ONR d’une part, et les universités d’autre part. D’abord, avec des agences de programmes thématiques chargées de coordonner l’ensemble des acteurs, opérateurs de recherche, dans leurs domaines respectifs. Ensuite, en faisant des universités les cheffes de file de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation sur les territoires », indique la ministre.

« En libérant la recherche et nos capacités à innover, l’objectif est aussi de construire et de consolider un leadership français dans certains domaines scientifiques, considérés comme prioritaires au niveau national et/ou européen. »

« Les indicateurs ne sont pas tout »

« L’évaluation de la performance, le pilotage par la donnée, permettent aujourd’hui aux acteurs et aux actrices de l’ESR, de s’inscrire dans un processus d’amélioration constant.

Toutefois, et je sais que vous l’avez évoqué aujourd’hui, mais il est important de le rappeler : le chiffrage, les indicateurs sont bien sûr utiles, indispensables, mais ne sont pas tout. Un système d’enseignement supérieur et de recherche performant, c’est aussi — et peut-être avant tout — un système qui forme des citoyennes et des citoyens éclairés, épanouis, capables de comprendre et de penser le monde d’aujourd’hui.

C’est aussi un système qui garantit à ses chercheurs et enseignants-chercheurs la liberté de chercher pour préparer le futur et répondre aux défis de la société, bref un système capable de construire le monde d’aujourd’hui et de demain.

J’entends aussi les inquiétudes exprimées par certains, et c’est bien légitime. Mais ma politique est claire et le mandat qui m’a été confié l’est tout autant : nous voulons libérer la recherche, en clarifiant son paysage, en redonnant du temps utile à ses acteurs, et en leur donnant les moyens de continuer à repousser ces fameuses frontières de la connaissance.

Il n’est pas et il ne sera jamais question de restreindre la recherche »

Il n’est pas et il ne sera jamais question de restreindre la recherche. Vous pouvez compter sur moi pour continuer de la porter haut et fort, et de défendre pour elle, pour cette recherche et cette science, une place toujours plus importante au sein de nos politiques publiques. Parce que nous avons besoin de science.

C’est pourquoi ensemble, nous devrons sans cesse œuvrer à mettre la science au cœur de la société. Pour moi elle est notre meilleur rempart contre l’obscurantisme, la désinformation et les populismes. Elle est ce qui nous permet de protéger nos démocraties.

Un système performant, c’est un système qui parvient à redonner confiance en la science, et peut-être à redonner goût en la science.

À une époque où les crises qu’elles soient politiques, climatiques, sanitaires ou sociales, bouleversent l’équilibre de notre monde et déplacent souvent les exigences de vérité ; la science reste et restera le meilleur moyen de nous prémunir contre la défaite de la pensée.

Si nous pouvions faire cette année de la science une cause nationale et européenne, ce serait un beau défi. »

« Un système éducatif performant doit être garant de l’épanouissement personnel et professionnel des étudiants »

« Le président de la République et le Premier ministre l’ont rappelé, mais je tiens à le souligner une nouvelle fois : l’avenir, c’est d’abord notre jeunesse.

Cela doit être une jeunesse éclairée, qui n’a pas peur de faire entendre sa voix et à qui nous devons, aujourd’hui et demain, donner des moyens d’action, à la hauteur de ses ambitions. Parce que la formation demeure le levier de l’émancipation individuelle, et de la construction de notre avenir collectif.

Et comment peut-on définir un système éducatif performant ?

  • C’est un système qui doit être garant de l’épanouissement personnel et professionnel pour les étudiants, pour tous les étudiants et pris individuellement.
  • Un système performant, c’est aussi un système qui permet de mieux répondre à leurs attentes, en cohérence aux besoins de la Nation toute entière.

C’est ce double objectif auquel nous souhaitons répondre avec en particulier ce que nous avons lancé au niveau de la réforme du premier cycle universitaire. »

Avant le bac : « Informer de manière plus transparente et accompagner de manière plus efficace »

« Avant le bac, comment s’y prend-on et quelles sont les priorités ? En informant de manière plus transparente, en accompagnant de manière plus efficace tous les futurs étudiants non seulement pour le choix de leur étude et de leur parcours, mais aussi pour leur projet professionnel.

C’est l’objectif du travail sur l’orientation que nous menons avec le ministère de l’éducation nationale avec, par exemple Insersup, qui participera à garantir la visibilité de l’offre, en intégrant sur nos plateformes les taux d’insertion d’abord en licences professionnelles et en masters, et bientôt pour les licences générales qui devraient être déployés et affichés sur Parcoursup avant la rentrée prochaine, en parallèle des taux de poursuite d’études.

Nous travaillons aussi à mieux outiller les enseignants du lycée et tous ceux qui accompagnent nos élèves, pour qu’ils puissent construire tout au long de leur parcours au lycée un projet post-bac serein, ambitieux et réaliste, et pouvoir mieux les accueillir et les faire réussir dans notre enseignement supérieur.

De la découverte des métiers jusqu’à l’expression des préférences de nos élèves, et jusqu’à leur projet de formation, nous travaillons bien sûr en lien avec l’éducation nationale pour mieux les accompagner. 

À cet égard, une expérimentation est en cours qui s’appelle MonProjetSup, qui est conduite en mobilisant les acteurs du terrain au sein de plusieurs académies, avec les parents d’élèves, et bien sûr l’expertise de nos chercheurs et de nos laboratoires de recherche. »

Après le bac : « Un processus d’amélioration continue des plateformes »

« Après le bac, nous souhaitons continuer d’accompagner et encourager l’insertion professionnelle à bac +3, avec des formations comme les BUT et les licences professionnelles.

Nous travaillons aussi fortement et vous travaillez à développer ce qui me semble essentiel pour la suite : la formation tout au long de la vie, afin de garantir, en parallèle du droit à la poursuite d’études, un droit à la reprise d’études.

Nous sommes aussi engagés dans un processus d’amélioration continue des plateformes pour les rendre toujours plus performantes et adaptées aux attentes de tous les usagers. Cette performance, nous la mesurons par la donnée et aussi de manière qualitative.

  • Nous avons par exemple mis en œuvre une phase complémentaire pour cette année sur la plateforme MonMaster. Cette phase, nous nous y étions engagés dès le début, mais nous l’avons confirmée aussi par un retour d’expérience mené cet automne avec les acteurs.
  • Sur Parcoursup, nous avons réduit la durée de la procédure et accéléré le délai pour accroitre la performance et répondre aux attentes des étudiants. »

Dans ce même souci d’amélioration continue et constante, nous avons mis en place des outils et des instances pour mieux comprendre et répondre à ces attentes : par exemple, nous conduisons des écoutes usagers avec les lycéens et avec leurs familles ; une enquête d’opinion annuelle indépendante est rendue publique et, chaque année, le Comité éthique et scientifique de Parcoursup me remet, ainsi qu’au Parlement, un rapport très riche sur la manière dont Parcoursup répond aux objectifs que la loi lui a fixés.

Participer à un service public plus performant

Ce travail d’évaluation de nos performances vise à améliorer toujours davantage les performances de nos outils et de notre système. Et ce qu’il faut voir chacun, et nous les premiers au niveau de l’État, c’est que nous devons l’appliquer à nous-mêmes. L’État effectivement s’est engagé dans une démarche de transformation publique, qui s’incarne aujourd’hui dans ce qu’on appelle politiques prioritaires du gouvernement.

En ce qui nous concerne, dans le MESR, nos chantiers prioritaires sont, comme je le disais à l’instant, notamment l’orientation des lycéens dans l’enseignement supérieur et l’ouverture des formations nécessaires pour répondre à leurs attentes et aux besoins de la Nation. Nous travaillons aussi à améliorer l’accompagnement de nos étudiants, ainsi qu’à investir dans la recherche au service de la connaissance et de l’innovation.

Ce travail d’évaluation, nous le menons, enfin, à travers ce qu’on appelle Service public +, qui nous engage finalement dans une même démarche d’amélioration constante des services rendus au public, et en l’occurrence pour nous aux étudiants, aussi bien dans les établissements, les universités et les écoles, que dans les Crous.

L’objectif est celui d’un service public plus performant, qui répond au mieux aux besoins en l’occurrence ici de nos étudiants et de notre écosystème. Dans un souci de transparence, nous communiquons une partie de nos indicateurs, à travers un baromètre qui est le baromètre de l’action publique.»

Sylvie Retailleau


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Parcours

Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR)
Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche
Université Paris-Saclay (EPE)
Professeure des universités
France Universités
Présidente de la commission recherche et innovation
France Universités
Membre de la CP2U
Université Paris-Saclay (Comue)
Présidente
Université Paris-Sud (Paris 11)
Doyenne de la faculté des sciences
Université Paris-Sud (Paris 11)
Vice-Doyenne, Directrice des formations de l’UFR de Sciences
Université Paris-Sud (Paris 11)
Responsable du Master IST (Information, Systèmes, Technologie)
Université Paris-Sud (Paris 11)
Maitresse de conférences

Établissement & diplôme

Université Paris-Sud (Paris 11)
Doctorat en sciences
Université Paris-Sud (Paris 11)
Agrégée de physique appliquée

Fiche n° 16753, créée le 24/03/2016 à 19:21 - MàJ le 08/04/2024 à 16:36


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©  Seb Lascoux
Sylvie Retailleau en clôture de Think 2024 le 08/02/2024 - ©  Seb Lascoux