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Formation à la transition écologique : « Que tout le monde s’empare de notre rapport » (Jean Jouzel)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Interview n°242629 - Publié le 18/02/2022 à 11:53
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Remise du rapport par Jean Jouzel et Luc Abbadie à Frédérique Vidal -

« J’aimerais que ce rapport soit rendu public rapidement pour que tout le monde puisse s’en emparer, et qu’il ne tombe pas dans un trou sans fond. Cette transition écologique est une réalité : soit on la fait soit on la subit », déclare Jean Jouzel Directeur de recherche émérite au LSCE (au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement - CEA/CNRS/UVSQ) @ Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA… , paléoclimatologue, à News Tank, le 16/02/2022.

Il s’exprime juste avant la remise à Frédérique Vidal Conseillère spéciale du président @ European Foundation for Management Development (EFMD)
, ministre de l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation , du rapport réalisé par le groupe de travail qu’il préside depuis février 2020, visant à « sensibiliser et former aux enjeux de la transition écologique et du développement durable dans l’enseignement supérieur », aux côtés de son rapporteur, Luc Abbadie Directeur de l’Institut de la transition environnementale @ Sorbonne Université
, directeur de l’Institut de la transition environnementale à Sorbonne Université.

Son autre souhait : « Qu’une conférence puisse être organisée avant l’été, avec l’ensemble des parties prenantes, car il s’agit d’embarquer tout le monde : puissance publique, établissements, enseignants, étudiants, etc. Et si Frédérique Vidal n’avait pas la possibilité de le faire, il faudrait que le futur ministre prenne cela à son compte. Nous prendrons rendez-vous avec elle ou lui. »

Principale mesure prônée par le groupe de travail : former 100 % des étudiants de bac+2 d’ici cinq ans comme l’indiquait News Tank dans un article détaillant leurs préconisations le 02/02/2022. Au risque de fâcher les établissements d’enseignement supérieur qui arguent de l’autonomie pédagogique ?

« La difficulté est de trouver le bon équilibre entre incitation et obligation. Mais si on veut que tout le monde reçoive une formation de base, il doit y avoir une forme d’obligation », répond Luc Abbadie. « Cela correspond aussi à l’idée que c’est un enjeu majeur pour la société : il y a eu la même chose pour l’enseignement des langues ou le numérique. »


 « Un même horizon et une envie commune d’aboutir à des propositions concrètes »

Comment le groupe de travail a-t-il travaillé ?

Jean Jouzel  : Nous avons réussi à fonctionner en distanciel complètement, mais le fait de ne pas avoir de réunion plénière n’a pas facilité pas les choses. Nous avons mené près d’une cinquantaine d’auditions, et nous avons été bien accompagnés par le Mesri Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation . Le groupe de travail a été animé par trois groupes internes sur les sujets de la formation, des freins et leviers, et un dernier intitulé panorama.

Nous avions promis de terminer le rapport fin 2021, finalement il aura fallu quelques semaines de plus. Mais un rapport comme cela prend du temps, ne serait-ce que sur le plan logistique, avec des réunions chaque semaine.

Pour ce qui est de la composition du groupe de travail, aviez-vous la volonté de rassembler toutes les parties prenantes ?

Jean Jouzel : Il était composé de 25 personnes, des universitaires, chercheurs et personnalités qualifiées sur ce domaine, des représentants des conférences d’établissements et des organisations étudiantes, d’association comme le Shift project, car il s’agissait d’avancer ensemble.

Luc Abbadie : Il y avait une grande diversité de personnalités dans ce groupe de travail, avec des niveaux variables de perspectives et de compétences, mais un même horizon et une envie commune d’aboutir à des propositions concrètes.

Les animateurs des trois groupes internes
  • Luc Abbadie, rapporteur et co-responsable du GT « Formation », Sorbonne Université
  • Emeric Fortin, co-responsable GT « Formation », ENPC
  • Olivier Gallet, co-responsable GT « Freins et leviers », CY Cergy Paris Université
  • Gérald Majou de la Débutrie, co-responsable GT « Freins et leviers », CGE
  • Nicolas Graves, co-responsable GT « Panorama », Pour un réveil écologique
  • Céline Leroy, co-responsable GT « Panorama », CPU
Les autres membres du GT
  • Annick ALLAIGRE, présidente de l’Universit  Paris8
  • Pia Benguigui, présidente, puis Coralie Rasoahaingo, responsable du plaidoyer du Refedd
  • Mathias Bernard, président du comité de la Transition écologique et sociétale de la CPU et président de l’Université Clermont-Auvergne
  • Martin Bortzmeyer, représentant du Ministère de la Transition écologique
  • Clara Chadufaux, puis Louis Octobon, vice-président en charge de la Transition écologique de la Fage ;
  • Monique Dupuis, Igésr
  • Catherine Fernandez, professeure à Aix-Marseille Université
  • Christian Koenig, ancien professeur à l’ESSEC, responsable coordinateur de l’accompagnement des établissements d’enseignement supérieur au Campus de la transition, co-coordinateur du projet Fortes (Former à la Transition Eéologique & sociale)
  • David Laurent, responsable du pôle climat et ressources de l’association Entreprises pour l’Environnement
  • Hervé Le Treut, professeur à l’Ecole polytechnique, ancien directeur de l’IPSL
  • Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d’histoire naturelle
  • Jane Lecomte, vice-présidente Développement soutenable de l’Université Paris-Saclay
  • Pierre Lena, astrophysicien, président d’honneur de la fondation La main à la pâte
  • Jean-Marc Ogier, président de La Rochelle université et chair de EU-CONEXUS
  • Magali Reghezza-Zitt, directrice du Centre de formation sur l’environnement de l’ENS, membre du Haut Conseil pour le Climat, cheffe du secteur scientifique  Sciences humaines et sociales à de la DGRI (MESRI)
  • Pauline Lebaron puis Maha Rejouani, représentantes Unef
  • Bernard Saint-Girons, consultant auprès de la CPU
  • Marthe Torre-Schaub, directrice de recherche CNRS, juriste, spécialiste du changement climatique et du droit de l’environnement et la santé, Université  Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Clémence Vorreux, coordinatrice Enseignement supérieur et recherche du think tank The Shift Project

Aviez-vous carte blanche pour faire des propositions ?

Jean Jouzel : Mise à part la lettre de mission, il n’y a pas eu de cadrage du Mesri, nous avons eu une liberté totale. Je n’avais pas d’idées préconçues avant de débuter ces travaux, mais nous avons réalisé assez vite que c’était une sacrée ambition. Nous sommes à la fois sur le constat et les propositions, car on voit que beaucoup de choses existent déjà, et la question principale est de voir comment on généralise.

Notre rapport intermédiaire en juillet 2020 a donné lieu à un retour positif de la ministre, qui avait alors décidé de prolonger notre mission. Nous espérons qu’il en sera de même pour le rapport final.

Vous venez de le dire, un rapport intermédiaire a été remis à Frédérique Vidal en juillet 2020, mais il n’a été rendu public que neuf mois après : comment expliquez-vous ce délai ?

Nos travaux et le rapport ont contribué à cette dynamique »

Jean Jouzel : Il a été rendu public en mars 2021, en même temps qu’une seconde lettre de mission de la ministre m’était adressée sur la mise en œuvre opérationnelle. Un des arguments que le Mesri a avancé pour ce délai est qu’il ne voulait pas le rendre public avant la promulgation de la LPR Loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur [le 24/12/2020]. Et d’ailleurs, il faut vraiment saluer l’action du Mesri car c’est grâce à lui qu’a été ajouté dans la loi, et dans le code de l’éducation, le fait que « la sensibilisation et à la formation aux enjeux de la transition écologique et du développement durable » devienne une mission de l’enseignement supérieur public, ce qui n’est pas rien. Je pense que nos travaux et le rapport ont contribué à cette dynamique.

Votre principale proposition est que 100 % des étudiants de bac+2 reçoivent une formation d’ici cinq ans : pourquoi ce choix ?

Luc Abbadie : Le bac+2 correspond au premier niveau de diplôme, donc il fallait placer cette formation assez tôt si l’objectif est que chaque étudiant ait ce bagage scientifique minimum, ce qui était le souhait de la ministre. Aujourd’hui, des formations existent déjà dans certains établissements, mais elles sont souvent proposées en plus du cursus. Nous préconisons à l’inverse que cela en fasse partie intégrante, que cela devienne ordinaire, quel que soit le domaine de formation. C’est pourquoi nous proposons qu’elle se fasse dans le cadre des horaires normaux et qu’elle permette d’obtenir 6 crédits ECTS European Credits Transfer System .

Jean Jouzel : Ensuite, le titre de notre rapport est un peu trompeur, car nous souhaitons vraiment que ça ne se limite pas à la formation initiale, et que cela puisse faire partie d’une démarche de formation tout au long de la vie.

Luc Abbadie : Nous sommes persuadés que pour les étudiants et toute personne formée, ce sera un plus en matière d’insertion professionnelle, un passeport utile sur le marché du travail.

La question d’une formation obligatoire n’est pas consensuelle dans les établissements, notamment au nom de l’autonomie pédagogique : cela a-t-il fait l’objet de discussions au sein du groupe de travail ?

Luc Abbadie : En effet, la difficulté est de trouver le bon équilibre entre incitation et obligation. Mais si on veut que tout le monde reçoive une formation de base, il doit y avoir une forme d’obligation. Cela correspond aussi à l’idée que c’est un enjeu majeur pour la société : il y a eu la même chose pour l’enseignement des langues ou le numérique, même s’il est vrai que cette formation à la transition écologique revêt sûrement un caractère plus politique.

On n’y arrivera pas s’il n’y a pas une adhésion »

Jean Jouzel : On voit la difficulté que cela peut créer, car intégrer une formation à un cursus, cela peut vouloir dire enlever des heures à une autre discipline. Mais au-delà de cette question de l’obligation ou pas, je crois qu’on n’y arrivera pas s’il n’y a pas une adhésion des établissements et plus globalement du système à cette nécessité. En cela, je pense que l’engagement des étudiants peut servir de moteur.

Luc Abbadie : Nous estimons qu’entre 20 et 50 % d’entre eux sont demandeurs d’une formation, ce sont donc des alliés, et on ne fait que répondre à leurs aspirations.

Votre rapport indique que cette formation demandera des moyens, pour faire ces enseignements, former les enseignants, etc. L’avez-vous chiffré ?

Jean Jouzel : Nous nous sommes posé la question de faire un chiffrage, certains dans le groupe de travail le souhaitaient, mais finalement nous avons décidé de ne pas aller à ce niveau de détail. En revanche, il est clair que ces mesures demanderons un accompagnement financier.

Luc Abbadie : Nous avons voulu mettre l’accent sur les besoins en ingénierie pédagogique, car chez les étudiants il y a un appétit presque féroce pour travailler sur des choses concrètes. Cela veut dire changer de type d’enseignement, et travailler en lien avec les territoires qui peuvent proposer des terrains et des projets concrets.

Intégrer la mission au temps de service des E-C »

L’autre point que nous avons aussi voulu souligner, c’est que les ressources humaines existent déjà avec les enseignants, enseignants-chercheurs, chercheurs, et qu’on peut s’appuyer sur elles. Mais pour cela, il faut leur libérer du temps pour enseigner, se former, etc. Cela doit bien sûr être intégré à leur temps de service, et cela passe par une simplification des tâches administratives.

On voit que de plus en plus d’établissements intègrent ces enjeux à leur cursus, certains déploient des formations spécifiques : cela vous semble-t-il cosmétique ou c’est le signe d’une véritable évolution ?

Jean Jouzel : En effet, de plus en plus d’établissements se lancent dans cette démarche et c’est très bien, cela crée de l’émulation. Mais il faut le faire efficacement. Pour nos travaux, nous nous sommes notamment appuyés sur une analyse de Paxter d’une dizaine d’établissements, y compris à l’étranger, et ce qu’il en ressort c’est que pour être efficace, il faut un portage politique, au niveau de la gouvernance.

Luc Abbadie : Jusqu’à présent, ces initiatives relevaient souvent d’initiatives individuelles, portées par des enseignants engagés sur la question, mais si on veut passer à l’échelle, il faut que ce soit une politique d’établissement portée au plus haut niveau, et quand cela existe, inscrit dans une politique de site ancrée dans le territoire

Jean Jouzel : Certains établissements sont très volontaristes, mais pour tous les autres, on peut penser aussi que les étudiants seront de vrais leviers du changement. Le jour où ils auront dans leurs critères de choix, le fait qu’une université ou une école ait ou pas obtenu le label DD&RS Développement durable et responsabilité sociétale , ce sera déjà une belle réussite. Dans la même idée, on propose que la France pousse à ce que ces éléments soient intégrés comme critères dans les classements internationaux.

Votre rapport remis à la ministre, qu’attendez-vous de la suite, et ce alors qu’un changement de gouvernement se profile dans les prochains mois ?

Jean Jouzel : J’aimerais déjà que ce rapport soit rendu public rapidement pour que tout le monde puisse s’en emparer. Cette transition écologique est une réalité : ou on l’a fait ou on la subit. Notre espoir est donc que le rapport ne tombe pas dans un trou sans fond !

On peut espérer des premiers changements à la rentrée 2022 »

Ensuite, nous aimerions qu’une conférence puisse être organisée avant l’été, avec l’ensemble des parties prenantes, car il s’agit d’embarquer tout le monde : puissance publique, établissements, enseignants, étudiants, etc. Et si Frédérique Vidal n’avait pas la possibilité de le faire, il faudrait que le futur ministre prenne cela à son compte. Nous prendrons rendez-vous avec elle ou lui.

Dans notre rapport, nous proposons aussi la mise en place d’un dispositif afin de suivre la mise en œuvre des propositions, et de participer aux réseaux européens. Si cela se fait rapidement, on peut espérer des premiers changements à la rentrée 2022. Et bien sûr, si toutes nos recommandations étaient suivies, ce serait formidable.

Comment accompagner les établissements qui souhaiteraient se lancer dans cette démarche ?

Jean Jouzel : Il y a beaucoup de ressources et d’acteurs qui existent déjà, on pense au Shift project, au Circes, au groupe Fortes, etc. Donc, l’idée n’est pas de recréer ce qui existe, mais de s’appuyer sur ces ressources, ainsi que sur le dispositif de suivi que nous appelons de nos vœux, pour que les établissements qui démarrent puissent trouver des conseils.

Luc Abbadie : Il faut en effet organiser la mutualisation des connaissances et des compétences, d’où l’intérêt d’un pilotage au niveau de l’établissement, du site et au niveau national. On encourage aussi les établissements à s’engager dans une démarche de labellisation DD&RS, mais on ne veut pas en faire une obligation, car c’est assez long et lourd, il faut que les établissements soient volontaires.

Voyez-vous cela aussi comme un moyen de remettre de la science dans le débat public ?

Jean Jouzel : Une connaissance scientifique minimum est un prérequis, au regard des enjeux sociétaux. Et si on regarde le niveau actuel de nos élites politiques ou économiques, on est loin du compte ! Il y a une méconnaissance profonde des mécanismes de base, alors qu’il y a un lien évident entre cette transition écologique et notre vie de tous les jours. On n’est pas sur des concepts abstraits.

Faire le pari de la connaissance et de l’information »

Donc si déjà on arrive à ce que les décideurs politiques et économiques dans une dizaine d’années ne fassent pas de contre-sens scientifique, cela aidera au dialogue avec les scientifiques de demain, et surtout à faire les choix qui s’imposent.

Luc Abbadie : C’est faire le pari de la connaissance et de l’information, en s’appuyant sur une fraction significative de citoyens. Cela demande aussi de les sensibiliser à la complexité, car c’est un sujet complexe. En revanche, on est sur des savoirs accessibles, que ce soit en physique du climat, en économie, etc. : une fois qu’on a les ordres de grandeur en tête, on peut comprendre les enjeux. Finalement, c’est ce qu’on fait déjà dans nos conférences grand public. Il faut juste aller vers une massification.

Faire évoluer toutes les formations de l’enseignement supérieur

L’objectif de former tous les apprenants passant par l’enseignement supérieur aux enjeux de la transition écologique nécessite la mobilisation et l’évolution de tous les cursus, en formation initiale comme en formation continue, qu’ils conduisent à des concours, des diplômes nationaux, des diplômes d'État, des diplômes d'établissement ou des diplômes professionnels.

Cela passera par :

  • l’intégration des questions de transition écologique dans les enseignements déjà existants ;
  • des enseignements spécifiques en complément ;
  • le fait que la contribution à la transition écologique deviendra un critère d’évaluation dans les propositions de projet ou de stage ;
  • l’inscription de la formation dans l’enseignement supérieur dans la continuité des acquis des cycles scolaires du primaire et du secondaire.

Si toutes les formations ont vocation à prendre en compte la transition écologique, le groupe de travail recommande de prioriser le niveau Bac+2. L’objectif est de former 100 % des étudiants de niveau Bac+2, quel que soit leur cursus, d’ici 5 ans.

Le défi de la formation des formateurs est conséquent : le groupe de travail propose des modalités permettant aux Inspé et aux masters Meef Métiers de l’enseignement, de l'éducation et de la formation de jouer un rôle essentiel dans la formation des futurs enseignants à la transition écologique. Leur effort sera accompagné d’une révision des modalités des concours de recrutement des enseignants du primaire et du secondaire.

Des missions d’animation et d’accompagnement pédagogique seront créées à l’échelle des établissements ou des sites, comme à l’échelle nationale

Pilotage et accompagnement par les autorités publiques

Le rapport propose :

  • de renforcer l’action de l'État par l’expression d’orientations fortes et une coordination interministérielle, qui pourrait être animée par la Dgesip Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle  ;
  • que les ministère de tutelles des établissements du supérieur s’assurent de la systématisation de la référence à la transition écologique dans les contrats avec les opérateurs ainsi que dans les contrats de sites (pour les EPSCP Établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel , le Mesri veillera à ce que soit explicité dans les COM Contrat d’objectif et de moyens ) ;
  • de renforcer le DSG Dialogue stratégique et de gestion et d’y intégrer un volet dédié à l’accompagnement de cette transformation rapide de l’offre de formations supérieures ;
  • un relèvement des plafonds d’emploi et de la masse salariale des établissements afin de renforcer les équipes ;
  • que l'État accentue la mobilisation des moyens du PIA Programme d’investissements d’avenir pour accompagner les transformations d’ampleur nécessaires et soutenir l’ensemble des acteurs et en corollaire, un outil de financement de projets plus modestes sera proposé.

Le groupe de travail recommande également la création :

  • d’un fonds pour soutenir la collaboration régionale entre l’enseignement supérieur et la société au travers de projets, stages ou prestations liés à la transition écologique des collectivités territoriales, des entreprises et des associations ;
  • d’un point d’information national dédié aux opportunités de financement et d’accompagnement de l’évolution des formations.
Accélérer et renforcer l’implication des établissements d’enseignement supérieur

La démarche d’intégration de la transition écologique relève de la responsabilité de tous les acteurs de l’enseignement supérieur, sous l’impulsion de la gouvernance des établissements au plus haut niveau.

Elle reposera sur une organisation spécifique et pérenne : vice-présidence, mission rattachée à la direction ou directeur général des services adjoint dédié, en liaison avec les référents DD&RS au sein des composantes. Elle s’appuiera sur la concertation entre enseignants-chercheurs, personnels et étudiants.

Le groupe de travail appelle les établissements à utiliser le référentiel DD&RS comme un outil d’auto-évaluation, et à envisager la labellisation DD&RS.

Et ajoute que :

  • une nouvelle offre de formation continue certifiante doit être proposée à tous les citoyens, y compris en entreprise ou dans la fonction publique, sur la base du socle commun défini pour le niveau bac+2 ;
  • le Mesri et les conférences d’établissement collaboreront avec les ministères concernés, les branches professionnelles et France Compétences pour valoriser les compétences relatives à la transition écologique auprès des entreprises ;
  • le Mesri, en collaboration avec le ministère chargé du travail, de l’emploi et de l’insertion, pourra élaborer un accord-cadre avec Pôle Emploi pour définir les modalités d’accès et de financement des demandeurs d’emploi à cette formation certifiante à la transition écologique.

Les établissements seront invités à participer aux programmes européens afin de saisir les opportunités structurantes et ambitieuses qu’ils offrent.

Le Mesri valorisera auprès des responsables des classements nationaux et internationaux les politiques de transition écologique des établissements d’enseignement supérieur français.

Les données et indicateurs à même d’être utilisés par les organisations de classements nationaux et internationaux des établissements seront collectés et publiés.

Favoriser la mobilisation des personnels du supérieur

L’engagement des établissements dans cette démarche de transition suppose la mobilisation de l’ensemble de leurs personnels.

Le groupe de travail recommande :

  • d'épauler l’autoformation par un accès facilité aux ressources pédagogiques et par des ingénieurs pédagogiques dédiés ;
  • l’adaptation des plannings pour favoriser la participation aux échanges et la prise en compte de ce temps dans leur charge de service ;
  • de proposer des formations dans le cadre du plan de formation continue des salariés des établissements ou par les réseaux disciplinaires ;
  • l’ajout d’une rubrique dédiée dans les documents des procédures relatives à la qualification, aux recrutements, à l’évaluation individuelle quinquennale et à l’avancement de grade pour favoriser la prise en compte des efforts accomplis par les personnels ;
  • de reconnaître le temps consacré à faire évoluer les enseignements, les maquettes et les offres, en décomptant ces activités dans la charge de service statutaire et en donnant les moyens aux établissements de compenser ce temps ;
  • de renforcer le soutien administratif, pédagogique et technique de proximité des équipes pédagogiques ;
  • d’augmenter le nombre de congés pour projets pédagogiques pour accélérer les transformations nécessaires.
Favoriser la mobilisation des apprenants

Les apprenants et les alumni sont, pour l’évolution des formations face aux enjeux de la transition écologique, une force motrice majeure.

  • Le soutien aux initiatives des associations étudiantes en matière de transition écologique sera clairement éligible à la contribution à la vie étudiante et de campus (CVEC).
  • Des étudiants référents DD&RS au sein des établissements pourraient favoriser les projets portés par les étudiants et leurs associations, notamment au sein des promotions les plus nombreuses.
  • Conformément à la loi, l’engagement pro-actif des étudiants dans ces projets doit être mieux reconnu et valorisé.
  • L’organisation d’une Convention nationale des étudiants et étudiantes pour la Transition écologique sera soutenue par le Mesri et les ministères concernés.
Mise en place d’un dispositif d’animation du déploiement de la formation

Nous recommandons la mise en place d’un dispositif d’animation du déploiement de la formation à la transition écologique. Doté des moyens financiers et humains nécessaires, il sera chargé :

  • d’animer les groupes d’experts chargés de décliner, à partir du socle commun, les référentiels de connaissances et de compétences par grandes filières de formation et de leur intégration dans les cadres réglementaires et les programmes nationaux ;
  • d’organiser les ressources pédagogiques, scientifiques et opérationnelles :
  • de jouer le rôle d’Observatoire de l’intégration des enjeux de la transition écologique ;
  • dans les formations supérieures, en publiant régulièrement des états d’avancement de cette dynamique, à l’aide d’un tableau de bord et d’analyses qualitatives ;
  • d’organiser une conférence annuelle des acteurs impliqués, pour favoriser le partage d’expériences et la montée en puissance collective, avec éventuellement des déclinaisons régionales ;
  • et de participer aux réseaux européens et internationaux sur ces enjeux.

Jean Jouzel


Médaille d’or du CNRS en 2002.
En 2007, avec le Giec, il reçoit le prix Nobel de la paix.
Lauréat du prix Vetlesen 2012 décerné tous les quatre ans depuis 1959 par la Fondation américaine du même nom.

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Parcours

Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
Directeur de recherche émérite au LSCE (au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement - CEA/CNRS/UVSQ)
École normale supérieure - PSL (ENS - PSL)
Président du conseil scientifique
Conseil consultatif des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF)
Vice-président
Académie des sciences
Membre dans la section sciences de l’Univers
Conseil économique, social et environnemental (Cese)
Membre au titre de la protection de la nature et de l’environnement
GIEC
Vice-président du groupe de travail scientifique
HCST (Haut conseil de la science et de la technologie)
Président
Institut Pierre-Simon Laplace
Directeur
Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement (CNRS/UGA/Grenoble INP/IRD)
Directeur adjoint

Fiche n° 22661, créée le 05/05/2017 à 13:34 - MàJ le 07/11/2022 à 11:44

Luc Abbadie


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Parcours

Sorbonne Université
Directeur de l’Institut de la transition environnementale
Sorbonne Université
Professeur des universités
Université Paris 6 - Pierre et Marie Curie (UPMC)
Professeur des universités
Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
Directeur de recherche de 2e classe (Laboratoire d'écologie UPMC CNRS ENS)
Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
Chargé de recherche de 1re classe (Laboratoire d'écologie UPMC CNRS ENS)
Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
Chargé de recherche de 2e classe (Laboratoire d'écologie UPMC CNRS ENS)

Établissement & diplôme

Université Paris 6 - Pierre et Marie Curie (UPMC)
Doctorat d'écologie

Fiche n° 45365, créée le 17/02/2022 à 17:55 - MàJ le 17/02/2022 à 18:01


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Remise du rapport par Jean Jouzel et Luc Abbadie à Frédérique Vidal -