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« Les écoles de santé publique ont un grand rôle à jouer » (Laurent Chambaud, EHESP)

Paris - Publié le jeudi 26 mars 2020 à 15 h 07 - Mis à jour le vendredi 27 mars 2020 à 17 h 16 - n° 178851 « Nous avions anticipé la situation, car l’EHESPEHESPEcole des hautes études en santé publique disposait déjà d’un plan de continuité de l’activité depuis la crise H1N1 en 2009, et qui a été actualisé en 2018. Nous l’avions revu une dizaine de jours avant les annonces de fermeture des établissements, dans l’idée d’anticiper ce genre de décisions », déclare Laurent Chambaud, directeur de l’EHESP, à News Tank, le 24/03/2020.

Ce PCAPCAPlan de continuité d’activité est « relativement classique », selon le directeur « et a été adapté à la situation présente ». Il s’agit avant tout de « poursuivre les activités indispensables de l'école :
• la paye des employés et des élèves fonctionnaires ;
• la permanence RH, car on voit qu’il y a beaucoup de sujets autour du télétravail ou des conditions d’autorisation d’absence ;
• tout ce qui tourne autour des systèmes d’information, y compris notre site internet, ou la permanence des outils pédagogiques ;
• la sécurité des sites physiques. »

« Une fois mis en place, nous avons aussi eu notre lot de questions et difficultés, car on ne l’avait jamais expérimenté. Mais le fait d’avoir travaillé le sujet avant fait que nous étions moins démunis », ajoute le directeur.

La particularité de l’EHESP tient aussi à sa vocation de formation des cadres supérieurs des secteurs sanitaires, sociaux ou médico-sociaux - confrontés à la crise sanitaire -, et de recherche en santé publique. « Nous sommes une école de santé publique avant tout, donc ce qui se passe en ce moment sera un élément de réflexion et d’analyse, pas forcément à chaud. Mais après coup, ce sera fondamental », indique son directeur.

Le ministère de la santé a aussi demandé à l’EHESP de développer des capsules vidéos à destination des professionnels de santé : « C’est notre centre d’appui à la pédagogie qui s’en charge, avec des experts pour que les contenus soient validés par le ministère. Trois sont déjà en ligne, et quatre sont en cours de finalisation. C’est la marque de ce que peut produire notre école », indique son directeur.

Il espère en effet que la crise pourra agir comme un révélateur sur le fait que « la France, contrairement à d’autres pays, n’a quasi pas d’école de santé publique, mis à part l’EHESP et l’IspedIspedInstitut de santé publique, d'épidémiologie et de développement à Bordeaux. Sinon ce sont des équipes éparses sur le territoire et mono-disciplinaires ». 

Laurent Chambaud se dit ainsi « convaincu qu’on ne sortira pas de cette crise comme on y est entré. C’est un électrochoc pour toute la population, et cela devra nous questionner collectivement sur la façon dont la société se prépare au mieux, notamment en matière de sécurité et gestion sanitaire. Car plus on anticipe, plus on a des capacités d’agir et d’éviter les décisions absurdes. Et dans ce contexte, les écoles de santé publique ont un grand rôle à jouer ».
Laurent Chambaud - © C. Boulze
Laurent Chambaud - © C. Boulze

Réorganisation et plan de continuité pédagogique

Résoudre les problèmes au fur et à mesure

Après la mise en place du PCAPCAPlan de continuité d’activité le 16/03, Laurent Chambaud indique avoir eu à régler beaucoup de points particuliers « comme pour tous les établissements d’enseignement supérieur, à savoir tout d’abord les étudiants étrangers et les étudiants en stage. On les a résolus au fur et à mesure, avec notre cellule de crise qui se réunit par visioconférence tous les jours. Et il fallait qu’on se mette en adéquation avec les mesures prises par le MesriMesriMinistère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation au cours de la semaine. »

Autre enjeu : mettre en œuvre la continuité pédagogique, « et donc le déploiement de tous les outils à distance à disposition des enseignants. Certains étaient prêts, d’autres moins, et il a fallu les accompagner. »

Des difficultés à anticiper

Concernant la continuité administrative, Laurent Chambaud n’anticipe « aucun souci », et notamment la paye des personnels et stagiaires « qui fait partie des activités essentielles que nous maintenons ».

En revanche, il voit deux sujets sur lesquels anticiper :

  • « En matière de scolarité de nos étudiants ou élèves fonctionnaires, on anticipe déjà sur l’évaluation des connaissances à distance, pour la diplomation. On le fait en avançant, et on apprend de la crise. Si on y arrive, on pourra même avoir une approche plus individualisée, ce qui rejoint un de nos objectifs de notre plan stratégique d’ailleurs.
  • L’autre enjeu que nous sommes en train de discuter avec le ministère de la santé, c’est comment les élèves fonctionnaires en stade d’exercice vont pouvoir rejoindre leurs structures. Et notamment la promotion des inspecteurs sanitaires et sociaux qui finissent leur scolarité en avril. »

S’appuyer sur les réseaux

Il estime que la gestion de la crise du côté du Mesri a été bonne, « avec des réponses apportées à chaque fois que des sujets étaient remontés », et la mise en place de « cellules de gestion de crise efficaces ».

« Notre avantage est qu’on est à la croisée de plusieurs réseaux, donc nous avions des éléments venant par l’intermédiaire du Mesri et relayés par le recteur de Rennes, mais aussi par la CPUCPUConférence des présidents d'université et la CGECGEConférence des grandes écoles dont nous sommes membres. Il y a eu des incertitudes qui ont duré quelques jours, ce qui est compréhensible, mais à chaque fois tous les éléments sont cohérents », dit-il.

Etre une école de santé publique en temps de crise

Mobilisation des personnels et étudiants

Selon Laurent Chambaud, il existe « une mobilisation très forte des personnels et étudiants » de l’EHESP, qui sont « très volontaires, et donnent un coup de main autant qu’ils le peuvent ».

  • « On a des enseignants-chercheurs qui interviennent régulièrement dans les médias, sur les aspects sanitaire, historique, psycho-sociaux, ou liés au confinement, en environnement et santé, etc.
  • On a aussi des professionnels médicaux qui se sont portés volontaires pour participer aux cellules de gestion de crise : une notamment sur les aspects sécurisation des établissements réquisitionnés au niveau national au ministère de la santé ; et moi-même je participe à la cellule interministérielle de crise pour donner un coup de main.
  • On a des élèves qui continuent leurs stages, notamment les directeurs d’établissements médico-sociaux où il existe une grande tension ; ou qui comme les élèves directeurs de structures sanitaires ou directeurs de soin sont réquisitionnés. »

Un débat nécessaire sur le poids de la parole scientifique

La crise peut-elle être l’occasion de donner plus de poids à la parole des scientifiques ? Laurent Chambaud estime qu’il y a « un besoin très fort d’avoir une réflexion là-dessus, car l’expertise ne remplace pas la démocratie, elle ne peut que la nourrir. Et on voit bien que partout dans le monde, cet élément va être questionné.

En France, le président de la République a rapidement mis en place un comité scientifique, mais ce n’est pas le cas dans tous les pays, y compris là où on pensait que l’expertise scientifique avait plus droit de cité, comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, où le pouvoir politique s’est abstrait de ces avis assez facilement. Cela va être un élément fort de questionnement, de débat nécessaire. »

Appel à une coordination européenne

Appel à une coordination européenne

Les écoles de santé publique européennes, dans le cadre de l’Aspher dont fait partie l’EHESP, ont lancé une réflexion commune, « dans un contexte politique de cacophonie, pour appeler à plus de coordination entre les pays européens, car tous sont confrontés aux mêmes problématiques : l’équilibre entre liberté et confinement, l’aide aux populations vulnérables, la protection du système de soins, etc.. Et pour demander à ce qu’OMS ait un rôle plus important d’aide à la décision », indique le directeur de l’EHESP. 

Une déclaration de l’Aspher reprenant ces principes doit être publiée « cette semaine » dans la revue International Journal of Public Health. L’association appelle aussi à ce que les États européens « allouent des ressources en vue d’une formation spécifique d’urgence au Covid-19, et pour un investissement de long terme dans l'éducation et la formation à la santé publique, à tous les niveaux. »

Fusion de l’EHESP et de l’EN3S prévue par le rapport Thiriez : « Le sujet n’est pas bien posé »

Interrogé sur la suite du rapport Thiriez qui préconise la fusion de l’EHESP et de l'EN3SEN3SEcole nationale supérieure de la Sécurité sociale, Laurent Chambaud pense que « le sujet n’est pas bien posé en parlant de fusion. Pour moi, ce qui est important, c’est de partir de ce que l’on souhaite et comment on le fait. »

Il est toutefois d’accord pour dire qu’il faut « plus de fluidité dans les parcours des personnes qui s’occupent du sanitaire et du social, avec des passerelles entre ceux qui seront des managers de la protection sociale, et ceux qui seront des managers en ARSARSAgence régionale de santé ou en établissements de santé. Car si les métiers ne sont pas les mêmes, les valeurs de ces métiers se rejoignent. Et cela peut être une opportunité pour les jeunes qui veulent des trajectoires moins rectilignes. »

Le modèle de l’EHESP pour abriter formation et recherche

Un constat qui plaide pour un rapprochement, mais sans perdre le modèle de l’EHESP. « Je suis convaincu, et la crise actuelle en est une confirmation, qu’on a besoin dans notre pays de formation académique et de recherche dans le domaine de la protection sociale. Il y a des chercheurs, mais très isolés, et aucune unité de recherche dédiée à ces sujets ».

« Le modèle de l’EHESP, en tant que grande école, peut servir afin d’abriter des activités de formation et de recherche dans ces domaines, ce que ne peut pas faire l’EN3S. Ensuite il faut des arbitrages, et donc il nous faudra avoir des discussions au plus haut niveau. »

Selon lui, la crise actuelle offre un bel exemple de ce vers quoi il faut aller : « Une crise est interministérielle. Elle nécessite de se coordonner, mais tout en gardant son expertise. Il s’agit donc de voir comment on met en place des systèmes donnant plus de capacités à travailler ensemble - et pourquoi pas aller vers un tronc commun - tout en respectant les grandes identités de chacun. » 

Laurent Chambaud
Fiche n° 4771, créée le 18/06/14 à 17:28 - MàJ le 14/03/18 à 15:10

Laurent Chambaud



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Fiche n° 2233, créée le 25/06/14 à 11:26 - MàJ le 03/10/19 à 17:26

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