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Développer la science ouverte dans un établissement : les solutions du CNRS et de Sorbonne U

Paris - Publié le vendredi 6 septembre 2019 à 17 h 08 - n° 155433 « Le premier travail que je suis en train de faire est rédiger une feuille de route pour la science ouverte au CNRSCNRSCentre national de la recherche scientifique », déclare Sylvie RoussetSylvie Rousset, directrice de l’information scientifique et technique du CNRS depuis novembre 2018, lors d’une table-ronde consacrée à la science ouverte pendant le colloque des VPVPVice-président(e) recherche de la CPUCPUConférence des présidents d'université, le 27/08/2019 à Chambéry. 

Elle revient également sur deux décisions prises par Alain SchuhlAlain Schuhl, DGDSDGDSDirecteur(rice) général(e) délégué(e) à la science du CNRS et vice-président du Couperin, en 2019 :
• « Pour faciliter l’existence » des chercheurs CNRS, leur compte rendu annuel d’activité sera désormais prérempli avec les références de leurs publications déposées dans HALHALHyper Articles en Ligne. « Et dès cette année, il ne sera pas possible de rajouter ces publications à la main dans le rapport. »
• En matière d’évaluation, pour être en cohérence avec la signature de la Déclaration de San Francisco (DoraDoraDeclaration On Research Assessment) en 2018, « le CNRS a mis en avant quatre grands principes qui ont été présentés au CoNRSCoNRSComité national de la recherche scientifique pour aller vers plus de qualitatif ».

Sylvie Rousset précise toutefois que, bien avant ces récentes décisions, le CNRS s’était « déjà engagé très tôt dans la voie des archives ouvertes », rappelant notamment la création « dès 2001, sûrement sous la pression des physiciens », de l’archive nationale HAL, pilotée par le CCSDCCSDCentre pour la communication scientifique directe, une UMSUMSUnité mixte de service multitutelles (InriaInriaInstitut national de recherche en informatique et en automatique, Université de Lyon, InraInraInstitut national de la recherche agronomique et CNRS).

Présente également à la table-ronde, Anne-Catherine FritzingerAnne-Catherine Fritzinger, directrice du service commun de documentation à Sorbonne Université, évoque de son côté le « portage politique qui a abouti à l’écriture d’une charte pour le libre accès à Sorbonne Université », et l’action politique de Nathalie Drach-Temam, sa VP recherche, innovation, mais aussi « science ouverte », ce qui « n’est pas anodin ».

Elle détaille ainsi la mise en place d’un groupe de travail sur les questions de science ouverte dès la naissance de l’université, qui a « choisi de traiter en premier lieu la question de l’open access ». 

« Stratégiquement, pour passer rapidement des grands principes et des signatures de déclarations (Dora, Appel de Jussieu…) à des choses plus ancrées et pragmatiques, nous avons souhaité dissocier l’open access de la science ouverte dans sa globalité et des données, un sujet éminemment complexe qui nous aurait considérablement retardé dans l’avancée des travaux », justifie-t-elle.

Moyens mis en œuvre, initiatives financées, soutien à HAL, ouverture des presses universitaires… Autant de sujets abordés par les deux intervenantes, qui exposent leur retour d’expérience et dont News Tank publie des extraits.
De gauche à droite : A-C Fritzinger, S. Rousset, M. Dacos, L. Dumasy, J-F Carpentier.
De gauche à droite : A-C Fritzinger, S. Rousset, M. Dacos, L. Dumasy, J-F Carpentier.

Dépôt dans HAL et évaluation plus qualitative : les deux récentes décisions du CNRS

HAL : pour remplir les archives ouvertes, « un coup de pouce plus incitatif »

Sylvie RoussetSylvie Rousset, directrice de l'ISTISTInformation scientifique et technique au CNRSCNRSCentre national de la recherche scientifique, espère que la décision de préremplir le compte rendu annuel d’activité des chercheurs avec les références de leurs publications déposées dans HALHALHyper Articles en Ligne, permettra de « faire passer le message de déposer les publications, y compris les manuscrits, dans HAL ».

« Cette décision a été relayée par le CNRS à ses 1 000 directeurs d’unités de recherche, mais vous savez bien que toutes ces unités sont dans les universités et les écoles : il est donc fondamental que nous soyons ensemble pour relayer cette information et accompagner les chercheurs », appelle-t-elle cependant.

Pourquoi obliger le chercheur ?

« Parce que de nombreux articles montrent que si nous en restons à de bonnes intentions, les archives ouvertes ne se rempliront qu’à 20 ou 30 %, et qu’il faut impérativement avoir un coup de pouce plus incitatif pour monter à 80 ou 90 %. Nous sommes convaincus qu’il faut aller dans cette direction et plusieurs universités comme Aix-Marseille Université ont déjà, avant nous, proposé aux directeurs d’unités un bonus au soutien de base annuel de leur laboratoire s’ils versaient bien leur production dans les archives ouvertes. »

Création d’un réseau national d’aide locale au dépôt dans HAL

Création d’un réseau national d’aide locale au dépôt dans HAL

Sylvie Rousset évoque également « la création d’un réseau national avec les universités pour aider localement au dépôt dans HAL, tout en suivant des règles nationales ».

A l’été 2019, HAL fédère en effet déjà 137 portails institutionnels, comme HAL-AMU ou HAL Sorbonne Université, créés par les universités pour accéder à leur production versée dans l’archive nationale.

« Dans les universités, le VP recherche a vraiment un rôle-clé à jouer pour être l’écho de la politique science ouverte, avec les services communs de la documentation qui doivent localement monter des équipes pour aider les unités à déposer leur production dans HAL. Au CNRS, c’est la Dist qui s’en occupe (…) et nous avons encore des ingénieurs documentalistes qui peuvent aider aussi au dépôt », estime-t-elle.

Évaluation : quatre principes présentés au CoNRS

« On ne peut pas aller vers la science ouverte si on ne modifie pas les critères d’évaluation, et je pense que le CNRS a fait un grand pas en avant en étant cohérent avec le fait qu’il avait signé la Déclaration de San Francisco  », déclare Sylvie Rousset à propos des « quatre grands principes présentés au CoNRSCoNRSComité national de la recherche scientifique pour aller vers plus de qualitatif ».

« Il revient aux commissions du CoNRS de s’approprier ces critères et de les décliner. Dès maintenant, nous allons arrêter de demander la liste exhaustive des publications, laisser le chercheur dire lui-même quelles sont ses publications les plus importantes et pour lesquelles il pense qu’il doit être évalué », poursuit-elle.

« Bien sûr, certains principes enfoncent des portes ouvertes, et certaines commissions travaillent déjà sur du qualitatif, mais au moment du compte-rendu, il est souvent plus facile de donner le H-Index du candidat plutôt que de décrire ses découvertes… »

En outre, « il faut diversifier les produits scientifiques servant à l’évaluation, et faire que les préprints, les films, etc.  puissent être valorisés. Au lieu de fournir ces productions au moment de rendre votre dossier, il faudra pouvoir disposer d’un lien où ces productions peuvent être accessibles et en accès ouvert, pour la section du CNRS qui doit vous juger », indique Sylvie Rousset.

Les quatre principes du CNRS pour aller vers une évaluation plus qualititive

Les quatre principes du CNRS pour aller vers une évaluation plus qualititive

Les quatre principes d'évaluation présentés au CoNRS sont les suivants :

• « Ce sont les résultats eux-mêmes qui doivent être évalués, et non pas le fait qu’ils aient pu être publiés dans une revue prestigieuse ou autre média réputé.
• Pour chacune des productions citées dans les dossiers d’évaluation, les chercheurs doivent en expliquer la portée, l’impact, et la contribution personnelle qu’ils y ont apportée.
• Tous les types de production doivent pouvoir être des éléments de l’évaluation.
• Sauf exception recevable, toutes les productions citées dans les dossiers d’évaluation doivent être accessibles dans HAL ou éventuellement dans une autre archive ouverte. »

« Chacune de 41 sections et des cinq commissions interdisciplinaires du Comité national est invitée à intégrer ces principes à ses critères d’évaluation », indiquait Alain SchuhlAlain Schuhl, DGDS du CNRS, à News Tank le 13/05/2019.

L'édiction de ces principes fait suite à la signature par Antoine PetitAntoine Petit, P-DG de l’organisme, de la Déclaration de San Francisco en juillet 2018. En effet, parmi les 17 recommandations de la Dora, figurent deux s’adressant aux établissements de recherche.

Les actions de Sorbonne Université en faveur de la science ouverte

Une charte pour le libre accès « qui va au-delà de la consigne de dépôt »

Un groupe de travail sur la science ouverte a été constitué dès la création de Sorbonne Université au 01/01/2018, à partir d’un panel « assez représentatif » d’enseignants-chercheurs des différentes disciplines de l'établissement, expose Anne-Catherine FritzingerAnne-Catherine Fritzinger, directrice du service commun de documentation de l'établissement fusionné et « seule conservatrice des bibliothèques » à faire partie du GTGTgroupe de travail.

« Ce GT a rendu ses conclusions au bout de six à sept mois sous la forme d’une proposition de charte pour le libre accès, qui a été soumise à la commission recherche avant d’être approuvée à l’unanimité. »

« Cette charte va au-delà de la consigne de dépôt [dans une archive ouverte] :

  • Elle rappelle que l’engagement de l’université en faveur de la science ouverte suppose un certain nombre d’engagements, à la fois de l’université en tant que soutien administratif au sein duquel les bibliothèques sont parties prenantes pour les actions de formation, d’administration du portail HAL, etc. mais aussi des enseignants-chercheurs pour participer de ce mouvement.
  • Elle demande un engagement des E-CE-Censeignants-chercheurs à déposer leurs articles dès publication, quel que soit l’embargo - cette question est gérée directement par HAL -, ainsi qu’à référencer les éventuelles monographies associées.
  • Elle fait état de ce qui relève des bonnes pratiques de publication, notamment concernant le paiement d’APCAPCArticle processing charge [frais de publication] dans des revues hybrides, leur montant, la création d’un identifiant OrcidOrcidOpen Researcher and Contributor ID par le chercheur… », énumère Anne-Catherine Fritzinger.

Des moyens alloués pour mettre en œuvre ces principes

« Quel que soit le détail des chartes ou des consignes votées dans telle université ou tel organisme, globalement nous allons dans le même sens. L’idée est maintenant de décliner et mettre tout ça en œuvre à l’échelle locale… Bien sûr, mettre en œuvre ces principes suppose des moyens », souligne également la directrice du SCDSCDService commun de documentation.

« À Sorbonne Université, nous ne sommes pas partis de rien, mais nos moyens se sont accrus, avec notamment :

  • La création au sein des bibliothèques d’un département “publications et open access”, en charge à la fois de l’administration du portail HAL et de l’accompagnement des structures de recherche, en les aidant à déposer leurs publications, en faisant un travail de veille, en les sollicitant, en identifiant dans les bases de données internationales les publications référencées Sorbonne U, ou encore en proposant des formations aux doctorants et des ateliers de sensibilisation aux E-C. »

« Ce département dispose aujourd’hui d’une équipe de cinq personnes entièrement dédiée à cet accompagnement-là, sans compter toutes les personnes qui de près ou de loin s’intéressent à ce sujet et interviennent dans la création de supports de formation ou d’ateliers. »

  • « Une politique de soutien à l’open access qui se chiffre à hauteur d’au moins 30 k€ par an, qui permet de financer des actions qui favorisent l’open access :
    • des associations européennes comme SparcSparcScholarly publishing and academic resources coalition, le DOAJDOAJDirectory of Open Access Journals, etc. ;
    • l’archive ouverte ArXiv, via un soutien à Cornell University ;
    • le projet Peer Community In, dont Sorbonne Université a été un soutien dès le départ. Pour ce dernier projet, je sais que d’autres universités le soutiennent également comme Rennes, Strasbourg, Aix-Marseille, Lorraine et bientôt Clermont-Auvergne.
  • Une enveloppe assez conséquente de 135 k€ débloquée en 2019 dans le cadre des crédits IdexIdexInitiative(s) d'excellence, qui sera mobilisée sur différentes lignes budgétaires :
    • Une consultation juridique, car énormément de questions nous sont posées par les E-C sur les données, et même sur les publications, un sujet beaucoup plus simple (sur les embargos, les contrats avec les éditeurs, les licences de publication, etc.). Nous avons prévu un point sur le sujet ainsi que des supports de communication.
    • La création d’un MoocMoocMassive open online courses de sensibilisation aux enjeux de la science ouverte à destination des doctorants. Cette question, au même titre que l’intégrité scientifique, a été pleinement inscrite dans notre Charte des doctorants, et figure dans le catalogue des formations proposées aux doctorants. »

« Rappelons tout de même qu’en 2018, 350 doctorants ont pu être formés, sur les 4 500 que compte Sorbonne Université… L’écart reste donc très large. La solution du Mooc commencerait par proposer une formation de base, qualifiante, ce qui nous permettrait ensuite d’intervenir en direct, peut-être sur des sujets davantage liés aux data et avec une approche plus disciplinaire », note Anne-Catherine Fritzinger.

Une action en faveur de la science ouverte « au long cours »

Si les dernières estimations du baromètre national de la science ouverte font état d’environ 40 % de publications françaises librement accessibles - que ce soit par le biais d’une archive ouverte ou nativement chez l’éditeur - « à Sorbonne Université, nous sommes à environ 60 % », affirme encore Anne-Catherine Fritzinger.

« C’est plutôt favorable au regard des chiffres nationaux mais cela reste tout de même très inquiétant, car cela signifie que 40 % de la production de Sorbonne Université n’est pas accessible sauf par le biais d’abonnements ou d’obstacles. »

Pour elle, « si nous avons pu mener tout ce travail et que la science ouverte est bien engagée, c’est aussi parce qu’il y a eu une action au long cours qui n’a pas démarré avec [la création] de Sorbonne Université », le 01/01/2018.

« L’archive HAL-UPMCUPMCUniversité Pierre et Marie Curie existait depuis quelques années déjà et bénéficiait d’un portage politique très important de la part des VP recherche qui se sont succédé à l’UPMC.

C’est pour cette raison que le portail HAL Sorbonne Université, héritage principalement de HAL-UPMC qui s’est ouvert aux publications du périmètre de Paris Sorbonne, comporte plus de 45 000 documents en texte intégral et près de 130 000 articles référencés (dont seulement le résumé est visible). Ce bilan est plutôt intéressant », estime-t-elle.

Ouverture des presses universitaires : un chantier « en cours »

Répondant à une question de la salle sur l’articulation entre l’incitation à déposer sur HAL et le soutien aux presses universitaires, « au cœur de l’édition en SHSSHSSciences humaines et sociales », Anne-Catherine Fritzinger juge qu’ « il serait totalement aberrant que les universités promeuvent la science ouverte, notamment auprès des éditeurs privés, sauf lorsqu’elles sont elles-mêmes éditrices ».

À Sorbonne Université, « c’est un chantier en cours », affirme-t-elle.

« Jean ChambazJean Chambaz, président de l’université, a mis en place un petit groupe de travail sur les presses universitaires pour que des propositions lui soient faites, de manière à présenter un projet conforme aux engagements pris par l’université. L’idée est bien sûr de pouvoir proposer une ouverture aux presses en libre accès ».

« Les archives ouvertes ne remplaceront jamais le système d’édition » (M. Dacos)

« Les archives ouvertes ne remplaceront jamais le système d’édition » (M. Dacos)

« Les archives ouvertes ne remplaceront jamais le système d’édition, et il ne faut pas croire que c’est l’alpha et l’oméga de l’accès aux publications », estime de son côté Marin DacosMarin Dacos, conseiller science ouverte du DGRIDGRIDirecteur/rice général(e) de la recherche et de l'innovation, également présent sur la table-ronde.

Pour lui, il y a deux stratégies à mener en parallèle :

« construire de l’évaluation par-dessus les archives, comme dans le cas de Peer Community In ;
• continuer à développer les revues en les encourageant à aller vers l’accès ouvert ; à ce sujet, environ deux tiers des 3,1 M€ du Fonds national pour la science ouverte sont affectés à l’édition scientifique ouverte. »

« Par ailleurs, il y a dans OpenEdition 92 presses universitaires, dont une partie sont françaises, qui publient en accès ouvert plus de 6 000 ouvrages et 500 revues. Un gros travail a déjà été fait mais il reste encore beaucoup à faire (…) Ouvrir de l’édition scientifique est plus compliqué - et plus cher - que d’ouvrir des archives », poursuit l’ancien directeur et fondateur d’OpenEdition.

La question plus large de l’ouverture des publications en SHS

Plus généralement sur la question des SHS, la directrice du SCD indique que les bibliothèques de l’université sont « très impliquées dans l’action de promotion [de HAL] puisque Paris Sorbonne n’avait pas de portail HAL [avant la fusion]. »

« C’est là tout l’intérêt et la singularité de notre archive nationale : nous avons pu récupérer à la création du portail HAL Sorbonne Université, non seulement tout ce qui était dans HAL-UPMC mais aussi un nombre considérable de publications de lettres, déposées tantôt par le biais de HAL-SHS (le plus souvent), tantôt via HAL-Paris 1 quand il s’agissait de copublications, par exemple.

À partir du moment où le référentiel est à peu près soigné et où un auteur identifié “Paris Sorbonne” a déposé un article il y a dix ans dans HAL-SHS, nous n’avons aucun mal à récupérer cet article dans HAL Sorbonne Université. D’où l’importance de la qualité des métadonnées dans HAL, qui fait souvent beaucoup râler les utilisateurs parce que cela participe à son côté un peu “poussif” », expose-t-elle.

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Fiche n° 1955, créée le 05/05/14 à 12:26 - MàJ le 17/09/14 à 18:03

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