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Université de Bordeaux : une stratégie d’internationalisation qui « monte en puissance »

Bordeaux - Publié le mercredi 4 septembre 2019 à 17 h 09 - n° 155145 « Le fait d’être une université publique en France a un certain nombre de conséquences en ce qui concerne l’internationalisation : nous avons de gros effectifs, près de 56 000 étudiants et 6 000 personnels, ce qui ne nous permet pas de mettre en place le même type de politique que des établissements aux effectifs moindres », déclare Véronique Debord-LazaroVéronique Debord-Lazaro, directrice des relations internationales de l’Université de Bordeaux, le 28/08/2019.

Selon elle, avant de définir une stratégie internationale, il est important de « s’interroger sur nos contraintes, qui peuvent aussi être une chance ». 

L’Université de Bordeaux articule ainsi sa stratégie internationale autour de trois axes : l’internationalisation à domicile, le renforcement de la visibilité et le développement de partenariats internationaux. 

Grâce, entre autres, à l’utilisation d’outils Erasmus, l’internationalisation de l'établissement est « montée en puissance depuis 2014 avec la création de cinq Erasmus Mundus ». Ils ont permis au service international de « développer [son] expertise en matière d’internationalisation, tant sur les aspects pédagogiques qu’administratifs », indique Joanne PagèzeJoanne Pagèze, vice-présidente internationalisation de l’université.

Entre 500 et 600 étudiants de l'établissement partent en mobilité chaque année. Un chiffre qui « stagne », malgré le fait que l’université a « facilité les démarches et élargi le champ des mobilités possibles », indique Véronique Debord-Lazaro. 

Concernant le plan « Bienvenue en France », l'établissement fait partie des quelques universités qui ont choisi d’appliquer les frais différenciés pour les étudiants extracommunautaires à la rentrée 2019. « L’annonce du plan a été reçue difficilement par les équipes. Mais nous avons décidé de la voir comme une opportunité de développer une stratégie en lien avec ce plan, de manière expérimentale », déclare Joanne Pagèze.

Avec Véronique Debord-Lazaro, elle revient pour News Tank sur la stratégie d’internationalisation de l’Université de Bordeaux et les différents programmes de mobilité adressés aux étudiants et personnels.
L'Université de Bordeaux - © université de Bordeaux/GOT
L'Université de Bordeaux - © université de Bordeaux/GOT

Joanne Pagèze et Véronique Debord-Lazaro répondent à News Tank

Comment votre stratégie internationale s’articule-t-elle ?

Véronique Debord-Lazaro : Le fait d’être une université publique en France a un certain nombre de conséquences en ce qui concerne l’internationalisation : nous avons de gros effectifs, près de 56 000 étudiants et 6 000 personnels, ce qui ne nous permet pas de mettre en place le même type de politique que des établissements aux effectifs moindres.

Il est important de s’interroger, avant de définir une stratégie internationale, sur nos contraintes, qui peuvent aussi être une chance. De plus, l’Université de Bordeaux est labellisée IdexIdexInitiative(s) d'excellence, ce qui donne une dimension et un intérêt particulier à l’international.

Dans ce contexte, nous avons défini trois axes stratégiques assez communs que nous nous attachons à énoncer clairement et à valoriser en interne :

  • l’internationalisation à domicile, pour répondre au fait que nos 56 000 étudiants avec des profils socioculturels et des contextes de formation très variés ne peuvent pas tous partir ;
  • le renforcement de la visibilité de notre université à l’international avec des actions et des moyens relativement conséquents qui permettent de mobiliser toute la communauté universitaire, pas seulement les services des RIRIRelations internationales. Cela s’apparente presque à du marketing : nous réfléchissons à des produits que l’on peut vendre à l’international pour qu’ils attirent plus d’étudiants et assurent notre visibilité ;
  • le développement de partenariats internationaux : nous sommes une des premières universités françaises à avoir fait, dès 2013, des choix de destinations et de zones géographiques privilégiées, ce qui a permis de mutualiser les moyens.

Cela ne veut pas dire que si des équipes souhaitent monter des projets en dehors de ces zones privilégiées nous ne les accompagnons pas. Au contraire, notre objectif est de densifier nos partenariats et par tous les moyens.

Un partenariat disciplinaire avec l’Allemagne depuis 2014

Un partenariat disciplinaire avec l’Allemagne depuis 2014

Serge Bouter, enseignant à l’IUTIUTInstitut universitaire de technologie de Bordeaux en génie électrique, explique qu’à partir de 2008, le marché de l’emploi dans ce domaine est devenu saturé en France, il est donc devenu nécessaire de former les élèves à l’anglais.

« J’ai donc commencé à introduire dans le cursus des enseignements en anglais, dispensés par des collègues allemands et portugais. Et cela s’est transformé en 2014 en un partenariat plus établi avec l’établissement allemand Jade University of Applied Sciences de Willemshafen avec qui nous mettons en place des équipes binationales d’étudiants - 80 au total - qui travaillent à des projets communs à distance puis en face à face pendant une semaine sous la double supervision d’un enseignant français et d’un enseignant allemand », indique-t-il.

Ce partenariat a été rendu possible grâce à plusieurs types de financements : Erasmus, l’Université de Bordeaux (via l’IdexIdexInitiative(s) d'excellence et la direction des relations internationales) mais aussi l’Office franco-allemand pour la jeunesse.

Véronique Debord-Lazaro estime que ce genre de projets « est parfait pour l’Université de Bordeaux » : « Cela ne coûte pas grand chose à l’université et permet une visibilité importante, tout en permettant aux étudiants d’acquérir des compétences essentielles pour leur future vie professionnelle ».

Quels outils Erasmus utilisez-vous ?

Joanne Pagèze : Nous essayons d’utiliser tous les outils Erasmus - mais en matière de développement de notre internationalisation, je dirais que ce sont les Mundus qui nous ont aidés à impulser l’internationalisation des formations…

Nous sommes vraiment montés en puissance depuis 2014, notamment grâce à cinq Erasmus Mundus qui nous ont beaucoup aidés à développer notre expertise en matière d’internationalisation - aspects pédagogiques et administratifs.

Cela peut paraître paradoxal, car les Mundus sont des formations d’élite, mais leur développement a été un levier important pour l’internationalisation et assez transformant pour l’établissement. L’accompagnement et la formation que nous avons mis en place, le partage des compétences des équipes pédagogiques de ces programmes Mundus ont essaimé. Lorsque des gens motivés, qui ont accompli des premières étapes comme celles-ci, s’adressent à d’autres qui sont curieux, mais n’ont pas encore franchi le pas, cela permet de les convaincre - en particulier pour développer l’enseignement en anglais, pour l’accueil d’étudiants internationaux.

Cela nous a aidés à développer nos masters internationaux et à développer l’internationalisation de certaines licences en lien pour les articuler ensemble et ainsi donner envie aux étudiants de suivre ces programmes.

Nous avons donc développé des TDTDTravaux dirigés « Tracks », en anglais, au niveau de la licence, pour permettre aux étudiants bordelais d’envisager de poursuivre des études en anglais dans nos masters internationaux. Nous incitons les enseignants-chercheurs à trouver des solutions pour amener les étudiants à envisager l’international dès le début de leur cursus pour qu’ils puissent le construire en conséquence.

Globalement, nous essayons de travailler de manière décloisonnée, en associant la direction des RI à de nombreuses réflexions, comme la mise en place de la réforme de la licence.

Les compétences internationales, interculturelles sont des compétences clés du 21e siècle : aucune formation universitaire ne devrait laisser de côté cette dimension, tout en sachant que tous nos étudiants ne pourront pas faire une mobilité, il faut donc trouver des solutions innovantes (par exemple Erasmus+ Virtual).

Les cinq masters internationaux Erasmus Mundus de l’Université de Bordeaux

Les cinq masters internationaux Erasmus Mundus de l’Université de Bordeaux

Neurasmus : Neuroscience, en partenariat avec Université Laval (Canada), University of Bordeaux (France), UMG Universitätsmedizin Göttingen Charité (Allemagne), Universitätsmedizin Berlin (Allemagne), Vrije Universiteit Amsterdam (Pays-Bas) ;

Wintour : innovation dans l’oenotourisme, en partenariat avec l’Université Rovira i Virgili (Tarragone, Espagne) et l’Université de Porto (Portugal) ;

IPCV : Image Processing and Computer Vision, en partenariat avec : Universidad Autónoma de Madrid (Espagne) et Pazmany Peter Catholic University (Hongrie) ;

FAME+ : Functionalized Advanced Materials Engineering en partenariat avec : Institut national polytechnique de Grenoble (France), Université de Liège (Belgique), Université Catholique de Louvain (Belgique), Universität Augsburg (Allemagne), Technische Universität Darmstadt (Allemagne), Universidade de Aveiro (Portugal) ;

MER+ : Marine Environment Resources, en partenariat avec : Universidad del País Vasco/Euskal Herriko Unibertsitatea (Espagne), University of Southampton (Angleterre), Université de Liège (Belgique).

À ce sujet, combien d’étudiants de l’Université de Bordeaux partent en mobilité chaque année ?

Véronique Debord-Lazaro : Nous comptons entre 500 et 600 étudiants sortants chaque année, toutes mobilités confondues. Ce chiffre stagne, nous avons du mal à le faire évoluer.

Nous avons pourtant fait en sorte, ces dernières années, de faciliter les démarches et d’élargir le champ des mobilités possibles, notamment avec les stages.

Joanne Pagèze : Si la mobilité internationale est fortement valorisée au niveau master et pour la carrière de recherche, il n’est pas toujours évident pour les enseignants-chercheurs de promouvoir la mobilité internationale au niveau licence. Il y a parfois l’idée peut-être que les cours sont de meilleure qualité en France, que cela va rendre un parcours moins lisible, qu’il serait plus difficile d’intégrer un master par la suite, par exemple. On s’inquiète beaucoup pour la conversion de notes…

C’est important de souligner la valeur ajoutée d’une année Erasmus, pour le développement des compétences au sens large - académiques, personnelles, les fameuses softs skills, et l’impact sur l’employabilité des étudiants. Pour cela, les réformes de la formation universitaire en cours devraient nous aider à mieux apprécier la valeur de la mobilité…

Il faut aussi renforcer et développer nos partenariats pour mieux « matcher » nos formations. C’est un travail important mené par ECECenseignant-chercheur et service RI ensemble.     

Quelles incidences le plan « Bienvenue en France » aura-t-il sur votre stratégie internationale ?

Joanne Pagèze : L’annonce du plan a été reçue difficilement par les équipes. Mais nous avons décidé de la voir comme une opportunité de développer une stratégie en lien avec ce plan, de manière expérimentale. L’Université de Bordeaux appliquera ainsi partiellement les frais différenciés, en exonérant selon deux critères : la liste des pays de l’AFDAFDAgence française de développement et de la Banque mondiale, ainsi que la qualité du dossier académique.

Il est important d’arriver à structurer les choses, et « Bienvenue en France » peut être une bonne opportunité pour cela. Ce n’est pas parce que nous avons mis en place de nombreux programmes, partenariats, etc. que tout se tient, il faut faire un travail global.

Véronique Debord-Lazaro : « Bienvenue en France » est aussi une opportunité de mobiliser l’ensemble de la communauté sur la question de l’accueil des étudiants internationaux. Nous n’avons pas le choix, il faut travailler ensemble, de manière transverse : nous avons par exemple organisé un séminaire avec 50 personnes pour travailler sur la labellisation « Bienvenue en France ».

En ce qui concerne les personnels, qu’est-ce que l’Université de Bordeaux met en place pour encourager leur mobilité ?

Véronique Debord-Lazaro : Nous avons mis en place un programme intitulé « Développement des carrières » qui vise à encourager la mobilité des enseignants-chercheurs et des personnels administratifs, pour leur évolution personnelle et professionnelle. Dans le cas des personnels administratifs, nous nous appuyons sur l’outil Erasmus + « mobilité des personnels ».

Pour l’année 2017-2018, 40 dossiers ont été soumis, pour différents volets : projets individuels, projets de service, réseau européen, etc. Nous en avons validé 26.

Notre objectif est d’aller au-delà de cela et de créer un programme intégré pour faire prendre conscience aux équipes que la mobilité peut beaucoup leur apporter. Cela peut par exemple les aider à faire évoluer leurs pratiques en découvrant d’autres manières de travailler.

Nous avons donc créé un groupe de travail avec nos collègues du service des ressources humaines pour réfléchir à la valorisation de la mobilité et à son impact sur une carrière. Nous accompagnons ainsi les équipes dans la définition des objectifs : qu’est-ce que je souhaite faire de cette mobilité ? Qu’est-ce que cela peut m’apporter ? À mon équipe ?

La nécessité de « s’ouvrir à d’autres pratiques » (Cynthia Espinosa, directrice de l’amélioration continue)

La nécessité de « s’ouvrir à d’autres pratiques » (Cynthia Espinosa, directrice de l’amélioration continue)

Cynthia Espinosa est directrice de l’amélioration continue au sein du pôle « Pilotage et aide à la stratégie » de l’Université de Bordeaux. Il s’agit d’une équipe de consultants internes qui accompagnent les personnels afin de permettre l’amélioration continue du fonctionnement de l’établissement.

Un des leviers utilisés par ce service est la mobilité, que l’équipe de l’amélioration continue a elle-même expérimentée.

« Je suis convaincue que l’entre-soi atteint ses limites rapidement. Il est nécessaire de s’ouvrir à d’autres pratiques. À travers plusieurs programmes, quatre membres de notre service se sont rendus au Canada, au Japon et en Europe pour partir à la découverte d’autres systèmes d’enseignement supérieur et échanger sur les pratiques », indique-t-elle.

Ce fut aussi l’occasion de franchir le pas pour s’améliorer en anglais en se donnant une motivation et une occasion de le pratiquer.

Ce que Joanne Pagèze voit comme un atout pour l’internationalisation : « Le fait que des personnels aillent à la découverte d’autres méthodes et d’autres cultures les aident personnellement, mais aussi dans la façon dont ils reçoivent ensuite les étudiants étrangers. On peut adapter à notre public ce que nous avons nous-mêmes vécu lors de notre expérience ».

Véronique Debord-Lazaro
Fiche n° 36217, créée le 03/09/19 à 14:58 - MàJ le 03/09/19 à 15:05

Véronique Debord-Lazaro



Parcours Depuis Jusqu'à
Université de Bordeaux
Directrice des relations internationales 2014 Aujourd'hui
2014 Aujourd'hui
Université de Bordeaux
Chargée de la mobilité et de la coopération internationale 2011 à 2013
2011 2013
Université François Rabelais Tours
Chargée de projet Europe 2007 à 2011
2007 2011
Université de Strasbourg
Chargée de projet Europe 2007 à 2005
2007 2005
Êtablissement & diplôme Année(s)
Université de Poitiers
Master de géographie 2002 - 2003
2002 2003
Sciences Po Bordeaux
Master de Sciences politiques 1998 - 2001
1998 2001

Joanne Pagèze
Fiche n° 36218, créée le 03/09/19 à 15:06 - MàJ le 03/09/19 à 15:12

Joanne Pagèze

Date de naissance : 08/11/1969

Parcours Depuis Jusqu'à
Université de Bordeaux
VP internationalisation 1998 Aujourd'hui
1998 Aujourd'hui
Êtablissement & diplôme Année(s)
ENS Paris Saclay (ex-ENS Cachan)
LANgues pour Spécialistes d'Autres Disciplines (LANSAD) 2002 - 2003
2002 2003
Université Toulouse 2 - Jean Jaurès
Master LLCE Anglais 1995 - 1995
1995 1995
University of Cambridge
Master's degree, Modern and medieval languages 1988 - 1992
1988 1992

Université de Bordeaux
Fiche n° 1603, créée le 10/03/14 à 03:11 - MàJ le 20/02/18 à 10:08

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