Procédure relations-presse à l’Unistra : la place des services communication en question

Paris - Publié le lundi 16 octobre 2017 à 12 h 33 - n° 104018 « Alors même que les études en communication font partie de l’université et sont un champ de recherche, certains s’interrogent encore sur la pertinence de développer un service communication professionnel », déclare Armelle TanvezArmelle Tanvez, directrice de la communication de l’Université de Strasbourg, à News Tank, le 12/10/2017. « Nous avons besoin de faire un retour au sein du service, car cet épisode pose la question de la place de la communication dans les services et dans les composantes ».

Le 05/10/2017, Michel DenekenMichel Deneken, président de l’Unistra, diffusait une procédure de relations-presse aux membres du congrès, aux directeurs de composantes et de laboratoires et aux responsables administratifs. Face aux critiques du syndicat Snesup et d'élus, il l’a finalement suspendue.

News Tank fait le point sur cet épisode avec Armelle Tanvez et Manuel CanévetManuel Canévet, consultant interrogé le 13/10/2017 :
• « Une très grande majorité des E-CE-Censeignants-chercheurs veulent professionnaliser la communication, mais on doit encore faire de la médiation, lever les ambiguïtés », estime Armelle Tanvez.
• « Le courrier et la procédure sont très bien faits, mais ils ont été improductifs, car la cible a été mal perçue. (…) Le statut, la reconnaissance, sont au cœur de la polémique. (…) Cette réaction des enseignants-chercheurs révèle aussi une forme de mépris pour l’institution d’une part et pour les fonctions support d’autre part », affirme Manuel Canévet.

Les budgets moyens dans la communication se caractérisent par une grande fluctuation depuis 2009. Le pic se situe en 2015 à 218 k€. En 2017, le budget moyen est en baisse, selon les données de l’ArcesArcesAssociation des responsables de la communication de l'enseignement supérieur compilées par News Tank.

Cette affaire intervient alors que la CPUCPUConférence des présidents d'université réunit le 18/10/2017 son premier comité dédié à la communication et à l’attractivité des universités.
Le campus de l'Unistra - © Unistra
Le campus de l'Unistra - © Unistra

Ce que prévoit la procédure presse de l’Unistra

La procédure presse de l’Unistra - © Unistra Le document de quatre pages s’adresse à tous les types de personnels de l’établissement qui sont explicitement listés. La procédure « permet à chacun d’informer de ses actions et de les valoriser », indique le préambule. Le service communication « est à votre écoute et service pour vous aider », est-il ajouté. 

Les actions syndicales et les prises de parole dans le cadre de fonctions nationales au nom d’une association de présidents ou d’écoles, sont explicitement exclues.

La procédure demande, « avant tout envoi à la presse », l’information du service communication de l’université et du responsable de composante, du service ou du laboratoire concerné. 

Le document précise les informations essentielles à fournir pour obtenir un « accompagnement ». Il indique aussi la marche à suivre dans le cas de figure où la sollicitation provient directement d’un journaliste : « Les personnes contactées directement par les médias sont invitées à informer le service communication (…) le jour de l’interview ou au plus tard le lendemain. »

Un audit estimait nécessaire un process sur les RP

En 2016, l’université a mené un audit interne sur la fonction communication. Parmi les 15 recommandations émises figurait la mise en place d’une procédure presse « pour que le service communication soit a minima informé » des initiatives internes, rapporte Armelle Tanvez, directrice de la communication.

« Nous n’étions pas au courant, souvent nous découvrions le lendemain ou le surlendemain les actions en direction de la presse. Sans accompagnement, nous perdions aussi en efficacité. Par exemple, des journalistes nous demandaient où avait lieu une conférence de presse… dont nous n’étions pas informés ! »

Un travail de formalisation de la procédure a été entrepris par l’équipe de la communication entre avril et juin 2017. Une fois le document établi, l’université a décidé de le diffuser à la rentrée.

La polémique

Le message du président de l’université

Le 05/10/2017, Michel Deneken, adresse un e-mail aux membres du congrès de l’université, aux directeurs de composantes et aux directeurs de laboratoires. Il y écrit :

« Le service communication a formalisé une procédure relative aux relations presse, que je vous adresse aujourd’hui. Cette démarche fait suite à l’une des recommandations de l’audit consacré à la fonction communication, qui préconise que le cabinet de la présidence et le service communication soient a minima informés de toute démarche en direction de la presse, ce qui permettra aussi de mieux suivre et repérer les retombées presse générées par ces actions. 

Cette procédure explique très clairement, en fonction des situations, comment procéder et quelle aide le service communication est en mesure de vous apporter. 

Merci d’accorder à cette nouvelle procédure toute l’attention nécessaire et d’informer vos collègues et collaborateurs de son existence et de la nécessité de la mettre en œuvre. »

Interrogée par News Tank sur les modalités de communication du document, Armelle Tanvez, répond :

« Nous nous sommes posé la question de la médiatisation de la procédure. La cible ne pouvait se limiter aux seuls correspondants communication dans les composantes et les laboratoires. Nous avons décidé de l’adresser au congrès de l’université pour information, aux directeurs d’unités, de composantes et aux responsables administratifs ; charge à eux de voir par quels moyens sensibiliser leurs équipes. »

La réaction du Snesup

Le 10/10/2017, le Snesup-FSUSnesup-FSUSyndicat national de l'enseignement supérieur-Fédération Syndicale Unitaire de l’université de Strasbourg demande le retrait de la procédure. Il lui reproche :

  • « D’instituer le service communication, fonctionnellement rattaché à la présidence, en organe de centralisation, de contrôle et de possible censure de l’expression des personnels, des enseignants-chercheurs, des laboratoires et composantes de l’université. »

  • « Par le caractère obligatoire qu’elle comporte, par son énonciation et son mode de transmission, cette procédure s’apparente à une note de service. Elle constitue une entorse au principe à valeur constitutionnelle “d’indépendance et d’entière liberté d’expression” dont jouissent les enseignants-chercheurs, enseignants et chercheurs dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de recherche (article L. 952-2 du code de l’éducation), principe d’ailleurs rappelé à l’article 57 des statuts de l’Université de Strasbourg. »

Pour le syndicat, « cette procédure dont les dispositions ont des conséquences majeures sur le fonctionnement de l’établissement et la vie démocratique de la communauté universitaire aurait dû faire l’objet d’une consultation préalable des instances de l’université, en particulier du comité technique d’établissement et du CA ». 

La suspension de la procédure

Face aux critiques — Michel Deneken a aussi reçu une lettre ouverte d’élus s’émouvant de la procédure —, le président de l’Unistra, annonce, dans un communiqué, la suspension du dispositif. Il y apporte son soutien au service de la communication :

« L’unique but était que le service communication soit tout simplement informé et à même de faire le travail qu’une grande université est en droit d’attendre de lui. Il s’agissait aussi de faire connaître l’offre de service à toutes et tous l’appui que cette direction centrale de notre université peut offrir à ses personnels. »

« Pour des raisons qu’il ne m’appartient pas de connaître, cette initiative a pu parfois être interprétée comme la mise en cause de nos libertés académiques, auxquelles vous connaissez mon attachement personnel et institutionnel. »

« C’est pourquoi la procédure est suspendue sine die, puisqu’elle semble générer des réactions aussi inattendues que polémiques. J’en suis à la fois surpris et peiné. Je veux profiter de ce message pour dire toute ma confiance, ainsi que celle de l’équipe de présidence, au service de la communication de notre université. »

Les raisons de la polémique 

L’hostilité des enseignants-chercheurs

Pour Armelle Tanvez, directrice de la communication de l’Unistra, les critiques émanaient d’enseignants-chercheurs, pas de chercheurs des organismes ni des services administratifs. Elles se sont concentrées sur les mots « procédure » et « accord », qui figurent dans le document diffusé.

« Mais le terme d’”accord” s’appliquait à l’accompagnement par le service communication et pas à une autorisation de parler ou non. C’est une mauvaise interprétation, qui est aussi politique », estime la directrice de la communication.

« À aucun moment nous n’avons eu ou exprimé l’idée que la présidence de l’université aurait un droit de décision sur des colloques. On n’intervient aucunement sur le contenu de la recherche. Il y a une confusion sur le mot même de communication », déclare-t-elle. 

Comment la procédure mise en place a-t-elle pu être assimilée à de la censure ? « Il y a une confusion de la part des E-CE-Censeignants-chercheurs entre “expression publique” et “relations publiques”. Une tribune ce n’est pas la même chose qu’un communiqué. Si les E-C veulent parler en tant que citoyens, ou en tant que chercheur, de nombreux outils existent pour utiliser cette liberté », analyse Manuel Canévet, consultant en communication. 

« Le courrier et la procédure sont très bien faits, mais ils ont été improductifs, car la cible a été mal perçue. Dans un autre contexte que l’université, cette procédure aurait été anodine. Mais le “troupeau de chats” que sont les E-C ne se manage pas à coup de “circulaires” », déclare-t-il. 

Selon Manuel Canévet, « cette affaire est un prétexte ».

« Le statut, la reconnaissance, sont au cœur de la polémique. Ni les tâches administratives ni l’investissement en pédagogie ne sont reconnus et rémunérés. La recherche est le seul espace permettant aux chercheurs de se mettre en valeur… et ils ont eu l’impression que l’institution voulait le restreindre. »

La place des services communication en question

La mise en place d’une telle procédure n’est pas la preuve d’un renforcement des services communication dans les universités, selon Manuel Canévet.

« Au contraire, ce genre de courrier montre la faiblesse de la fonction communication et de la marque. Nul E-C n’oublierait de s’adosser à une marque forte pour sa communication, bien au contraire ils seraient demandeurs », estime-t-il.  

Pour le consultant, « cette réaction des enseignants-chercheurs révèle aussi une forme de mépris pour l’institution d’une part et pour les fonctions support d’autre part ».

« Pour certains E-C, il ne doit rien exister entre eux et le public, c’est une forme de sentiment de toute puissance : “je suis bon en communication, je connais les journalistes et je sais ce qui doit intéresser la presse” ».

« Une très grande majorité des E-C veulent professionnaliser la communication, mais on doit encore faire de la médiation, lever les ambiguïtés », nuance Armelle Tanvez.

Néanmoins, « alors même que les études communication font partie de l’université et sont un champ de recherche, certains s’interrogent encore sur la pertinence de développer un service communication professionnel », note-t-elle. 

« Il faudra qu’on en discute à froid. Nous avons besoin de faire un retour au sein du service, car cet épisode pose la question de la place de la communication dans les services et dans les composantes. »

CPU : un comité communication et attractivité

Le premier comité « communication et attractivité des universités » de la CPU se tient le 18/10/2017 à Paris. Présidé par Fabienne Blaise, vice-présidente de la CPU et présidente de l’Université Lille 3 SHS, il réunira une dizaine de chefs d’établissements qui recevront Didier Pourquery, directeur de la rédaction de The Conversation.

« L’université a de plus en plus de place dans les médias, mais trop souvent sous l’angle des problèmes. Il nous semble important de voir comment rectifier l’image de l’université pour en parler, pas seulement à propos d’APB et du manque de places pour les étudiants, mais aussi quand elle fait des choses positives. Pour cela, nous voulons nous confronter au point de vue d’acteurs de la société civile », exposait Fabienne Blaise à News Tank, le 13/10/2017.

Le budget communication dans les universités ne progresse pas

Les budgets moyens dans la communication se caractérisent par une grande fluctuation depuis 2009. Le pic se situe en 2015 à 218 k€. En 2017, il est en baisse, à 199 k€, selon les données de l’ArcesArcesAssociation des responsables de la communication de l'enseignement supérieur, compilées par News Tank.

Budget des service communication

Sources : Arces

 

Fiche n° 1753, créée le 28/04/14 à 02:25 - MàJ le 12/02/15 à 17:27

Université de Strasbourg

• L’Université de Strasbourg, héritière de l’université fondée en 1621, est issue de la fusion des universités Strasbourg 1, Strasbourg 2 et Strasbourg 3 le 01/01/2009.
• Lauréate d’une Idex « Par-delà les frontières, l’Université de Strasbourg »
• Membre de la Leru (Ligue européenne des universités de recherche intensive).
• Président : Michel Deneken
• Offre de formation :
- Arts, lettres, langues et sciences humaines et sociales - Droit, économie, gestion et sciences politiques
- Sciences et technologies
- Santé
• Chiffres clés (2015) :
- 46 627 étudiants
- 2778 enseignants-chercheurs
- 2033 personnels Biatss
• Budget : 507,6 M€


Université de Strasbourg
4 rue Blaise Pascal
CS 90032
67081 Strasbourg Cedex - FRANCE
vCard meCard .vcf VCARD

loader mask
1