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Dans le monde, les résultats économiques non corrélés au taux d’accès à l’enseignement supérieur (Paxter)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Analyse n°404879 - Publié le
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©  Seb Lascoux
©  Seb Lascoux

« Les politiques publiques fondées sur l’idée que plus d’accès à l’enseignement supérieur implique une meilleure économie sont déconnectées des résultats empiriques », déclare Pierre Tapie, président de Paxter, le 02/07/2025.

Il présente l’étude qu’il a menée aux côtés de Pierre Aliphat, directeur scientifique de Paxter, et Nikola Damjanovic, docteur en mathématiques, sur les corrélations entre développement économique, employabilité (globale et des jeunes) et accès à l’enseignement supérieur. Elle porte sur 90 pays représentant plus de 90 % de la jeunesse mondiale, fruit de dix ans de travaux, indique Paxter.

« Quand on isole les 69 pays les moins riches de notre échantillon, on obtient une corrélation très forte entre le PIB Produit intérieur brut par habitant et l’accès à l’enseignement supérieur. Mais si on regarde les 72 pays les plus riches, on n’observe plus aucune corrélation significative », observe Pierre Tapie.

Autre constat : l’absence de corrélation entre l’accès à l’enseignement supérieur et le taux de chômage global d’un pays donné, hormis des « corrélations négatives de degré modéré entre le taux d’accès à l’enseignement supérieur d’un pays et le taux de chômage de ses diplômés ».

L’étude établit une typologie de pays, combinant les facteurs de développement économique, divers taux de chômage et l’accès à l’enseignement supérieur.

« La France appartient à un groupe dans une position intermédiaire. Et notre question collective est : vers quel modèle allons-nous ? Un modèle Allemagne/Suisse (moindre accès à l’enseignement supérieur, taux de chômage faible), ou Italie/Espagne (plus d’accès à l’enseignement supérieur, taux de chômage élevé) ? », conclut Pierre Tapie.


Méthode de l’étude

Construire une base de données fiable

« Notre première difficulté a été de définir ce qu’est un étudiant. Par exemple, les bases de l’Unesco Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture , notre source principale, sont déclaratives. Chaque pays remplit ses chiffres selon ses propres critères », indique Nikola Damjanovic.

Il donne quelques exemples de ces biais :

  • « Parfois, la donnée est très politique. Par exemple, dans notre suivi longitudinal, la Chine a soudain “gagné” 8 millions d’étudiants. Pourquoi ? Parce que l’Inde en avait plus. Il y avait donc une logique de compétition diplomatique ;
  • en Corée du Sud, le service militaire de 24 mois (au début de notre étude, il est maintenant de 18 mois) est une interruption temporaire des études. Mais les jeunes hommes concernés restaient comptés comme étudiants pendant leur service ».

« Tout cela nous a obligés à redresser les données, à harmoniser les définitions, pour bâtir une base fiable. C’est à partir de ce socle que nous avons pu mener nos analyses », indique Nikola Damjanovic.

Le taux d’accès à l’enseignement supérieur « indice Paxter »

Nikola Damjanovic indique avoir « construit un indicateur spécifique : le taux d’accès “indice Paxter”, que nous appelons le taux alpha. Sa formule est simple :

  • on part du nombre d’étudiants déclarés à l’Unesco ;
  • on ajoute les nationaux partis à l’étranger ;
  • on soustrait les étrangers venus étudier dans le pays ;
  • et pour certains pays, on a effectué un correctif Paxter ».

« Ce travail de redressement, décrit ici brièvement, a en réalité pris plusieurs années », ajoute Pierre Tapie.

Origines de l’étude

« L’origine de cette étude remonte à 2011, au moment des révoltes de la jeunesse dans plusieurs pays du sud de la Méditerranée. Nous avons à ce moment-là regardé un indicateur : le ratio entre le chômage des jeunes diplômés et le chômage des jeunes en général. Autrement dit : dans quelle mesure avoir un diplôme protège-t-il du chômage ? », raconte Pierre Tapie.

Il poursuit : « En France, ce ratio est de 0,5. Les jeunes diplômés ont deux fois moins de risque d’être au chômage que les jeunes en général. C’est aussi le cas dans les pays d’Europe du Nord. Mais si l’on regarde l’Italie ou l’Espagne, ce ratio monte à 0,8. Donc, dans ces pays, le diplôme protège, mais nettement moins.

Et si l’on descend au sud de la Méditerranée, le ratio dépasse les 1,5. La moyenne de chômage des jeunes y est de 20 %, celle des jeunes diplômés de 30 %. Le diplôme semble aggraver le chômage. C’est à ce moment-là que, avec Pierre Aliphat, nous nous sommes dit : il y a un sujet ».

Analyse par clusters de pays

« On a aussi voulu savoir si ces phénomènes sont structurels ou conjoncturels. Alors on a pris quatre pays, très différents (Canada, Colombie, Egypte, France) et sur chacun, on a tracé les courbes de chômage total, chômage des diplômés, des non diplômés, des jeunes diplômés, etc, de 1990 à 2018 », indique Pierre Tapie.

L’étude montre alors que les courbes gardent leur position relative dans le temps.

  • « Au Canada, les jeunes non-diplômés sont les plus touchés par le chômage. D’une manière générale, l’acquisition d’un diplôme prémunit efficacement contre le chômage ;
  • La situation est bien différente en Colombie où les jeunes diplômés sont les plus susceptibles d’être au chômage. En 2019, 22,5 % d’entre eux étaient au chômage ;
  • L’Égypte présente une situation encore plus marquée que celle de la Colombie. En 2019, 65 % des jeunes diplômés égyptiens étaient au chômage contre 16,5 % pour les jeunes non-diplômés ;
  • En France, le diplôme favorise considérablement l’accès à l’emploi. Ainsi, seuls 5 % des diplômés sont au chômage contre 12,5 % des non-diplômés. Toutefois, le taux de chômage des jeunes reste 2,5 fois supérieur au taux de chômage général ».

Description des cinq clusters

©  Seb Lascoux
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