Pourquoi l’essai Discovery n’a recruté qu’un patient hors de France : le P-DG de l’Inserm s’explique

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°183360 - Publié le 15/05/2020 à 18:38
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Gilles Bloch à l'évenement Think 2020 orgabnisé par News Tank - ©  Seb Lascoux

Comment expliquer qu’un seul des 750 patients déjà inclus dans l’essai Discovery piloté par l’Inserm Institut national de la santé et de la recherche médicale n’est pas Français, alors que cet essai clinique — qui teste quatre stratégies thérapeutiques contre la Covid-19 — vise le recrutement de 3200 patients à l’échelle européenne ?

Sollicité par News Tank, Gilles Bloch P-DG @ Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)
, P-DG de l’Inserm, avance plusieurs raisons. Il indique tout d’abord que « plusieurs pays européens qui devaient inclure des patients dans Discovery ont eu aussi le choix de rallier l’essai Solidarity de l’OMS Organisation mondiale de la santé , car ses données sont moins lourdes à collecter ». Il précise que c’est par exemple le cas de la Norvège et de l’Espagne « qui ont respectivement déjà inclus 200 et 250 patients dans Solidarity ».

« Il faut être franc : il y a clairement eu une tension entre Discovery et Solidarity qui est un essai plus simple, mais moins puissant. Mais attention, contrairement à Discovery, Solidarity collecte beaucoup moins de données et ne permettra donc pas d’aboutir à des autorisations de mise sur le marché de médicaments, il a d’autres objectifs ».

Ensuite, Gilles Bloch indique que parmi les pays européens, seule la France possède un dispositif comme Reacting qui a selon lui permis de quasiment atteindre en seulement deux mois la cible de 800 patients inclus sur le territoire national. « Mais Le Luxembourg et l’Autriche vont se mettre à inclure des patients dans Discovery. Et nous sommes en discussion avec l’Allemagne et le Portugal qui devraient nous rejoindre », ajoute-t-il.

Dernière raison invoquée par le P-DG de l’Inserm : « Il y a aussi bien sûr une question financière, car inclure des patients dans Discovery coûte cher. C’est pourquoi nous sommes en discussion avec la Commission européenne pour qu’elle accompagne financièrement cet essai. En attendant, la France a parfaitement fait le “job” sur le financement de Discovery via le PHRC Programme hospitalier de recherche clinique et la mobilisation de personnels Inserm et hospitaliers payés par l’État, il ne faut pas l’oublier. »


Discovery ira-t-il jusqu’au bout ?

Interrogé par News Tank sur les chances que l’essai clinique Discovery atteigne son objectif d’inclure 3200 patients et aille au bout de sa démarche, Gilles Bloch répond que « tout dépendra du profil à venir de l’épidémie ».

« En tout cas, en France, les équipes restent mobilisées et on espère même dépasser notre objectif de 800 patients inclus. Mais il est clair qu’on irait plus vite si le Luxembourg, l’Autriche, le Portugal et l’Allemagne nous rejoignent sur Discovery. Après, chaque pays est souverain… »

Halte au French bashing sur Discovery »

Toutefois, pour le P-DG de l'Inserm Institut national de la santé et de la recherche médicale , il faut arrêter de faire du « French bashing », car selon lui, la France a été « excellente » sur le montage de l’essai et le recrutement de premières centaines de patients.

« On a démarré ce projet Discovery en février 2020 et dès le 22/03 on avait les premiers patients inclus… quand le montage de ce type d’essai clinique prend généralement six mois à un an, et deux à trois ans pour recruter les patients. On a donc été très bons, il faut quand même le dire ».

Premiers résultats : ni signal de toxicité, ni signal d’efficacité suffisant

Gilles Bloch revient aussi sur les premiers résultats de Discovery analysés par le comité indépendant DSMB, qui est en charge d’analyser les données de l’essai au fur et à mesure des inclusions de patients. « Le DSMB a reçu les premiers résultats pour 700 patients inclus dans Discovery le 11/05/2020 puis a donné son avis. Ce qu’il faut en retenir, c’est que le DSMB dit de continuer l’essai Discovery, car :

  • il n’y a pas de signaux de toxicité justifiant de stopper une ou l’autre des quatre stratégies thérapeutiques testées ;
  • ni de signaux d’efficacité suffisants d’une des thérapeutiques testées qui justifierait de clore l’essai. »

Ne pas attendre de miracles

Enfin, à News Tank qui lui demande si un des traitements testés dans Discovery commence à montrer une efficacité supérieure aux autres, Gilles Bloch répond :

« Le DSMB ne donne pas cette information. Mais il faut garder en tête que Discovery ne teste pas des molécules qui ont été spécialement conçues contre le Sars-Cov2, il ne faut donc pas en attendre des miracles ».

Il ajoute que dans d’autres études à l’international, certaines des molécules testées dans Discovery, « tel le remdésevir, ont pu montrer des signaux d’efficacité encourageants, mais ils restent modestes. Trouver un antiviral efficace contre ce coronavirus sera un travail de longue haleine, auquel contribue cet essai ». 

Gilles Bloch


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Parcours

FCS Paris-Saclay
Président
Université Paris-Saclay (Comue)
Président
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
Directeur général de la recherche et de l’innovation
Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (Mesri)
Conseiller pour les sciences du vivant puis directeur adjoint du cabinet du ministre
CEA
Directeur adjoint des sciences du vivant
Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
Chercheur et chef de laboratoire dans le Service hospitalier Frédéric-Joliot à Orsay

Établissement & diplôme

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Post-doctorat
Université Paris-Diderot
Doctorat de médecine
Université Pierre-et-Marie-Curie
Doctorat d’université en biophysique moléculaire

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