Début

Exclusif Cycle graduate, dialogue stratégique, IUT, évaluation : les priorités d’A-S Barthez pour la Dgesip

Paris - Publié le lundi 18 novembre 2019 à 18 h 38 - n° 168115 «  En matière de premier cycle, nous n’en ferons sans doute pas davantage. Il faut déjà prendre le temps de l’appropriation et de la déclinaison de ce «chamboule tout » que représente la réforme du premier cycle, de la professionnalisation, de l’accès aux études de santé… En revanche, nous allons commencer à réfléchir au cycle « graduate » qui poursuit un autre objectif (…). Le décloisonnement entre formations, laboratoires de recherche et organismes de recherche doit être pensé et organisé», déclare Anne-Sophie Barthez à News Tank, le 18/11/2019.

Nommée DgesipDgesipDirection générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle en juillet 2019 après 18 mois comme conseillère formation de Frédérique VidalFrédérique Vidal, elle présente dans un entretien exclusif sa vision et sa feuille de route. Si elle ne prévoit pas de réorganiser sa direction, elle entend « aller sur le terrain, expliquer les politiques conduites, en ajuster le déploiement, remettre du sens et du lien entre évaluation, contractualisation et allocation des moyens ».

Parmi ses priorités, elle évoque : 

• le dialogue stratégique et de gestion, généralisé en 2020, dont le calendrier a été « un peu desserré » ;
• l’enjeu des formations « sas » qui doivent permettre aux étudiants de « réfléchir, mûrir, affiner » leurs projets ;
• le futur « bachelor universitaire de technologie » qu’elle entend placer dans l’enjeu de professionnaliser le premier cycle : « C’est au fond, un enrichissement de l’offre universitaire et de la formation technologique » ;
• l’ouverture sociale, la place des écoles privées et l’octroi du grade de licence : elle souligne l’absence de « parti pris » de l’État.

S’agissant de l’avenir de l’évaluation menée par le HcéresHcéresHaut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur, la CTICTICommission des titres d'ingénieur ou la CEFDGCEFDGCommission d'évaluation des formations et diplômes de gestion, l’État « doit poser la question de [leur] évolution » sans « porter atteinte à ce qui fonctionne parfaitement ».

Enfin, sur les politiques de site, elle commente la situation à Nantes et Montpellier où les relations entre écoles et université sont particulièrement tendues. 

« Je crois que l’un des enjeux majeurs à venir est celui de l’association des communautés aux grands défis que connaît l’enseignement supérieur et la recherche depuis une dizaine d’années. Nous avons parfois le sentiment d’un fossé qui se creuse, voire se radicalise, ce qui n’est évidemment jamais bon signe », fait-elle notamment valoir.
© Mesri
© Mesri

Anne-Sophie Barthez répond à News Tank

Après 18 mois au cabinet de Frédérique Vidal comme conseillère formation, quelle vision de la Dgesip et de ses missions portez-vous ?

Anne-Sophie Barthez : Depuis plus de deux années, nous conduisons une politique qui ne consiste plus à imaginer des recettes « toutes faites » qui sont ensuite « plaquées » de manière indifférenciée sur des réalités et des stratégies de terrain particulières. Notre méthode est, à l’inverse, d’afficher des politiques publiques fortes (réussite des étudiants, professionnalisation du premier cycle, dynamisation de la vie étudiante, regroupements institutionnels, etc.) et de doter les opérateurs d’outils nécessaires à leur déploiement, mais dont chacun se saisira de manière particulière.

Comme au moment de la LRULRULanguedoc Roussillon Universités, la DgesipDgesipDirection générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle se trouve ainsi à une nouvelle croisée des chemins. Une direction qui est évidemment experte et qui, dans son rôle de déploiement des politiques publiques, connaît suffisamment le terrain pour accompagner l’autonomie des établissements et les stratégies particulières de chacun.

Il y a en effet là un tiraillement bien connu entre politiques nationales et politiques d’établissements qui n’est pas toujours simple à résoudre et qui implique un véritable apprentissage, tant de la part de l’État que des établissements.

Quels en sont vos axes prioritaires ? 

En matière de politiques publiques, l’objectif que nous portons est d’aller vers un enseignement supérieur inclusif et responsable, dans la droite ligne des réformes lancées et menées depuis deux ans et demi :

  • L’inclusivité, c’est par exemple l’attachement de la ministre à l’ouverture sociale et son refus de l’entre-soi. Trois rapports ont été récemment remis par de prestigieuses écoles (ENSENSEcole normale supérieure, École Polytechnique, HECHECÉcole des hautes études commerciales, ESCPESCPEcole supérieure de commerce de Paris Europe et EssecEssecÉcole supérieure des sciences économiques et commerciales) pour, justement, trouver ce point d’équilibre entre accueil de publics plus divers et maintien du principe méritocratique. Les pistes de solutions sont sur la table et un comité stratégique va être mis en place avant la fin de l’année pour commencer à en envisager le déploiement à l’échelle nationale.
  • L’inclusivité, c’est évidemment encore la loi OREOREOrientation et réussite des étudiants qui prend en compte la diversité des publics accueillis en les accompagnant vers des formations adaptées et non uniformes. Chacun doit pouvoir dicter et réorienter son parcours au plus près de ses appétences personnelles et de son projet professionnel.
  • La responsabilisation de l’enseignement supérieur, c’est notamment un système qui est clairement régulé par l’évaluation. Et c’est au fond une simple question de bon sens : si l’autonomie des établissements implique évidemment que nous leur fassions a priori confiance, l’évaluation permet ensuite à chacun de tirer les conséquences des politiques conduites, qu’il s’agisse des familles (qui doivent connaître la qualité des formations proposées), de l’établissement lui-même (qui doit sans cesse réajuster les modes de déploiement de sa stratégie) ou, enfin, de l’État (qui doit accréditer une offre de formation, contractualiser avec ses opérateurs et allouer des moyens).

Ces objectifs impliquent-ils une réorganisation de la Dgesip, ou la mise en place d’équipes chargées de projets particuliers ?

La réorganisation d’une direction n’est ni un tabou ni une recette miracle à des difficultés que l’on ne parviendrait pas à résoudre par ailleurs. Or, après ces premières semaines d’exercice de la direction générale, j’avoue ne jamais m’être dit que tel dossier serait mieux porté avec un organigramme différent.

Le dialogue stratégique et de gestion en est un parfait exemple. Ce dialogue incarne la politique que l’on veut déployer : celle d’un rapport aux établissements plus resserré, plus stratégique et plus différencié. Si ce nouvel instrument de dialogue aura bien sûr un volet budgétaire et RH, il devra également permettre de faire le point et de tirer des conséquences de la manière dont chaque établissement s’approprie les réformes en cours et déploie sa stratégie propre.

Sur le dialogue de gestion, une méthode de travail transversale au sein de la DgesipAinsi entendu, chacun à la Dgesip dispose d’informations et de leviers nécessaires à la conduite de ce dialogue. Nous avons donc adopté une méthode de travail transversale, organisé un dialogue au sein même de la direction et mobilisé plusieurs services pour que soit mise en place une « équipe projet ». L’organigramme n’en a été nullement affecté et, pourtant, un portage transversal de cet important sujet se déploie depuis quelques semaines avec une immense efficacité.

Quant à la question des « chargés de mission » experts qui peuvent venir appuyer une politique, j’y suis bien sûr favorable. Pour autant, et je le dis souvent à mes équipes en souriant, je ne souhaite pas que ces experts me soient rattachés. L’important est que leur expertise bénéficie aux services eux-mêmes et leur permettent de porter un regard « autre » sur les sujets qui sont les leurs.

Et, plus personnellement, comment voyez-vous votre rôle  ? 

Comme directrice générale, je souhaite naturellement porter et incarner fortement la politique gouvernementale.

Cela signifie être en première ligne, aller sur le terrain, expliquer les politiques conduites, en ajuster le déploiement, remettre du sens et du lien entre évaluation, contractualisation et allocation des moyens et accompagner autant que nous le pouvons la signature des établissements.

Un rapprochement entre Dgesip et DGRIDGRIDirection générale de la recherche et de l'innovation avait été initié par Thierry Mandon, avant d’être abandonné. Prévoyez-vous de faire évoluer les relations entre ces deux directions générales ?

« Rapprochement » ne signifie pas « fusion » et, même si aucun sujet n’est tabou, une fusion ne doit certainement pas être considérée comme une recette magique qui résoudrait n’importe quelle difficulté organisationnelle. Car l’important, au fond, est de bien travailler ensemble, de façon fluide et efficace. Et c’est sincèrement ce que j’observe depuis ma prise de fonction. J’en prendrai trois exemples :

  • Sur le dialogue stratégique et de gestion, nous travaillons main dans la main avec la DGRI et nous nous préparons à aborder, ensemble, le volet plus stratégique du dialogue.
  • Sur le dialogue contractuel qui a entamé sa petite révolution l’année dernière grâce au travail de Bernard LarrouturouBernard Larrouturou et de Brigitte PlateauBrigitte Plateau, il est désormais résolument stratégique et articule plus que jamais politiques publiques et politiques d’établissement. Là encore, le travail conjoint des deux directions se poursuit avec une grande transversalité et efficacité.
  • Sur la LPPRLPPRLoi de programmation pluriannuelle de la recherche enfin qui, vous le savez, est autant relative aux organismes de recherche qu’aux universités, la Dgesip est évidemment aussi concernée. Beaucoup de mesures RHRHRessources humaines ont notamment été proposées par les groupes de travail, et la Dgesip, au sein du comité de pilotage, y apporte bien sûr sa contribution.

Vous parliez du dialogue stratégique et de gestion, il sera aussi très lié aux futurs vice-recteurs en charge de l’Esri : quel sera leur profil? Et quelle articulation avec la Dgesip?

Ces futurs recteurs délégués seront des personnalités de haut niveau, sans doute le plus souvent des enseignants-chercheurs ayant une parfaite compréhension des enjeux académiques et scientifiques et ayant exercé des fonctions de direction importantes.

Ils auront en effet une fonction clé : sans pour autant constituer des écrans opaques entre les opérateurs et le ministère, ils seront des interlocuteurs essentiels pour les premiers comme pour le second.

Le dialogue stratégique et de gestion en sera un premier et parfait « terrain de jeu ». On ne part d’ailleurs pas de rien puisque cela fait deux ans que nous procédons ainsi pour l’allocation des moyens liés à la loi ORE : une première discussion est conduite au niveau des rectorats, puis un arbitrage est rendu par le ministère.

Quelles sont les prochaines étapes ?

La procédure a été exposée par un courrier de la ministre à la fin du mois de septembre, quelques jours avant la pré-notification des budgets 2020 (ce qui était une première !).

Depuis, nous avons préparé et mis à disposition des établissements et rectorats des outils de dialogue qui nourriront la réflexion autour de la trajectoire financière et RH, autour des priorités nationales (loi ORE, réforme des études de santé, CVECCVECContribution de vie étudiante et de campus, etc.) et, enfin, autour de la stratégie d’établissement de chacun.

Nous avons un peu desserré le calendrierLa mise en place de cette première étape du dialogue a pris un peu plus de temps que prévu et sa conduite nécessite un apprentissage et une appropriation de ces nouveaux outils, que ce soit du côté établissements ou État. C’est la raison pour laquelle nous avons un peu desserré son calendrier.

Car l’important est ailleurs. Il est dans le lancement de ce nouvel exercice, dans ce « pied dans la porte »  qu’il importe de mettre si l’on veut que, d’année en année, il devienne un instrument maniable, utile et riche d’enseignements et de conséquences pour les établissements et l’État.

Vous avez œuvré à la refonte des textes sur la licence et à la loi ORE, quelle est la ligne directrice de ces réformes ?

Depuis la nomination de Frédérique VidalFrédérique Vidal, nous nous sommes concentrés sur les réformes relatives au premier cycle, qu’il s’agisse de son accès ou de son contenu. Même nombreuses, ces réformes ont un fil rouge : offrir des parcours de formation plus variés et flexibles qui permettent la réussite de publics divers.

Les dispositifs de réussite se développent largementSi l’objectif général est largement salué par les établissements, chacun s’emploie à présent à en permettre le déploiement au plus près de ce qu’il est. Il existe bien sûr des difficultés (de système d’information, de pédagogie à renouveler, de contraintes immobilières, etc.), mais les directions d’études se mettent en place et les dispositifs de réussite se développent largement (200 000 « oui si » proposés en 2019, contre 140 000 en 2018).

À nous de convaincre que ces « oui si » constituent une chance dont l’étudiant doit se saisir, un véritable « oui avec » - comme le dit le président de l’Université d'Évry, Patrick CurmiPatrick Curmi !

Quand ils suivent des enseignements de soutien, il ne faut pas que les étudiants pensent qu’ils « perdent » du temps. Au contraire, ils en gagnent. Et parmi les dispositifs de réussite, je crois par exemple beaucoup aux « années sas ».

Qu’entendez-vous par cette idée de “sas” ?

Je souhaite vraiment porter cette idée que je voudrais voir se multiplier. Qu’on les appelle années “tremplin”, “rebond” ou “passerelle”, l’idée est de permettre à ceux et celles qui hésitent entre plusieurs formations de passer une année à découvrir plusieurs disciplines, plusieurs environnements (socio-économiques, associatifs…) et à renforcer certaines connaissances ou compétences.

Cette année est une chance : elle donne le temps de réfléchir, de mûrir, d’affiner un projet. À son issue, les étudiants se voient délivrer un diplôme d’établissement qui sécurise leur poursuite d’études. Ici comme ailleurs, la délivrance d’un diplôme ou d’une certification permet de valoriser des « moments d’études » qui, même un peu hors des clous habituels, sont une importante source d’acquisition de savoirs ou de compétences.

Plus fondamentalement, je suis convaincue que ces réformes relatives au premier cycle changent l’état d’esprit des établissements et des E-CE-Censeignants-chercheurs. Parce qu’ils savent qui ils ont en face d’eux, ils n’enseignent plus de la même manière et changent leur rapport à un étudiant de premier cycle que, parfois, ils connaissaient mal.

Je vois combien tout cela « infuse » et a fait de ce premier cycle un sujet stratégique. Équipes présidentielles et communautés s’en sont véritablement emparées.

Un compromis semble aussi avoir été trouvé entre la CPUCPUConférence des présidents d'université et l’AdiutAdiutAssemblée des directeurs d'IUT sur le “BUT” (bachelor universitaire de technologie)…

Je voudrais d’abord dire que notre sujet est avant tout celui de la professionnalisation du premier cycle, de l’accueil et de la réussite des bacheliers technologiques à l’université et d’une flexibilité des parcours qui facilite les réorientations vers des parcours professionnalisants. Ce triple objectif, nous le poursuivons à travers la réforme des licences et des licences professionnelles que nous faisons gagner en souplesse et attractivité.

Nous souhaitons que les licences professionnelles des IUT puissent être construites en 180 ECTS et prendre le nom d’usage de Bachelor universitaire de technologieEn termes de professionnalisation, les IUTIUTInstitut universitaire de technologie sont évidemment des acteurs clés. La qualité de leur formation et leur reconnaissance par le monde socio-économique figurent parmi les plus belles réussites de l’université.

C’est la raison pour laquelle nous nous sommes résolument engagés vers une évolution de leur offre de formation et, notamment, souhaitons que leurs licences professionnelles puissent être construites en 180 ECTSECTSEuropean Credits Transfer System et puissent prendre le nom d’usage de Bachelor universitaire de technologie.

Outre un cahier des charges propre aux licences professionnelles, ces nouveaux parcours obéiront également à quelques spécificités qui permettront la réussite de bacheliers technologiques accueillis en plus grand nombre et la mise en place de passerelles qui rendront plus fluide le passage d’une formation en IUT et en UFRUFRUnité de formation et de recherche. C’est au fond, un enrichissement de l’offre universitaire et de la formation technologique. 

Bachelor universitaire de technologie : ce que prévoit le projet de décret

Bachelor universitaire de technologie : ce que prévoit le projet de décret

Le projet d’arrêté portant réforme de la licence professionnelle et créant le « Bachelor universitaire de technologie » est examiné par le Cneser, les 19 et 20/11, après avoir été retiré de l’ordre du jour le 15/10.

Le texte, dont News Tank a pu consulter une version du 03/10 réglemente un seul et même diplôme, la licence professionnelle, qui, lorsqu’elle est opérée par un IUT, peut prendre le nom d’usage de bachelor universitaire de technologie et obéir à des dispositions particulières, outre celles qui régissent l’ensemble des licences professionnelles.

Accessible aujourd’hui après un bac+2, la licence professionnelle sera désormais à durée variable et pourra permettre l’acquisition de 60, 120 ou 180 ECTS. 

Voir notre article détaillé sur le sujet

Quelles seront les prochaines étapes en matière de formation ?

En matière de premier cycle, nous n’en ferons sans doute pas davantage. Il faut déjà prendre le temps de l’appropriation et de la déclinaison de ce “chamboule tout” que représente la réforme du premier cycle, de la professionnalisation, de l’accès aux études de santé…

En revanche, nous allons commencer à réfléchir au cycle « graduate » qui poursuit un autre objectif. Si le premier cycle doit en effet être celui de l’accueil et de la réussite du plus grand nombre, masters et doctorats doivent, par un adossement à la recherche plus fort que jamais, poursuivre une forme d’exigence, de compétitivité, de visibilité et d’attractivité à l’échelle nationale et internationale.

Le décloisonnement entre formations, laboratoires de recherche et organismes de recherche doit être pensé et organiséLe décloisonnement entre formations, laboratoires de recherche et organismes de recherche doit être pensé et organisé. Les EUREUREcole universitaire de recherche peuvent évidemment en être l’outil, qu’elles aient ou non été labellisées dans le cadre du PIAPIAProgramme d'investissements d'avenir 3.

Nous discutons beaucoup de tout cela avec les établissements qui doivent résoudre ce tiraillement bien connu entre leurs deux grandes missions et cherchent à remettre davantage de lien entre formation et recherche. Comment s’organiser pour que tout cela fasse “système” et soit plus visible, percutant et attractif ? Il me semble que c’est l’un de nos sujets majeurs pour les années à venir.

Après la remise de trois rapports au sujet de l’ouverture sociale dans les grandes écoles à la ministre Frédérique Vidal, quelles sont les prochaines étapes ?

S’agissant des trois rapports remis à la ministre, il faut d’abord se féliciter de la manière dont ces prestigieuses institutions se sont emparées du sujet et de la diversité des pistes qu’elles ont proposées pour tendre vers plus de mixité sociale.

Deux choses vont maintenant être mises en place :

  • Un comité de pilotage composé de personnalités emblématiques qui œuvrent déjà à cette ouverture. Sa composition sera communiquée à la fin du mois de novembre ;
  • Des groupes de travail qui devront s’assurer du déploiement des mesures adoptées dans l’ensemble des établissements.

Vous pariez sur la bonne volonté des établissements pour faire bouger les lignes, mais ne faut-il pas aller plus loin et imposer des quotas, ou conditionner cette ouverture à des moyens ?

La question des quotas n’a jamais été un interdit pour le ministère. Pour preuve, la loi ORE impose des quotas de boursiers dans les filières sélectives et non sélectives de premier cycle.

Est-ce pour autant la réponse à tout ? Certainement pas. D’une part, la mixité sociale va bien au-delà de la question des étudiants boursiers. D’autre part, il ne suffit pas de se donner bonne conscience en accueillant des publics plus divers… encore faut-il les faire réussir ensuite.

Enfin, les mesures en faveur d’une plus grande mixité sociale doivent s’articuler avec le principe méritocratique auquel nous sommes tous attachés.

Sur ce sujet plus que sur tout autre, j’ai la conviction que les réponses à apporter doivent être plurielles et ne doivent pas nécessairement être appliquées de manière homogène dans l’ensemble de nos établissements.

Le Mesri a ouvert la voie à la reconnaissance du grade de licence pour des établissements privés. Après la labellisation EespigEespigÉtablissement d'enseignement supérieur privé d'intérêt général, c’est un changement important de posture de l’État vis-à-vis de ces établissements ?

Cette reconnaissance témoigne surtout, et fort heureusement, de notre absence de parti pris. Ce qui nous importe est que les familles sachent ce que les diplômes d’établissement recouvrent. La lisibilité de l’offre de formation est en effet une question majeure qui évite bien des déconvenues.

Pour cette raison, il est de la responsabilité de l’État de mettre en avant la qualité académique des formations, où qu’elle se trouve et quel que soit l’établissement qui les porte.

Tout comme le « visa », le « grade de licence » fait partie de ces labels qualité étatiques qui permettront d’éclairer la qualité académique de diplômes non nationaux qui peuvent d’ailleurs être proposés tant par les écoles que par les universités.

Cela pose la question des instances qui seront chargées d’évaluer les formations : HcéresHcéresHaut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur, CTICTICommission des titres d'ingénieur, CEFDGCEFDGCommission d'évaluation des formations et diplômes de gestion… Où va-t-on dans ce domaine ?

À trois égards au moins, la question de l’évolution du Hcéres se pose :

  • D’une part, le mandat de Michel CosnardMichel Cosnard s’est achevé et une nouvelle gouvernance doit être mise en place.
  • D’autre part, le Hcéres souhaite changer de nature juridique et devenir une Autorité publique indépendante qui lui confère la personnalité juridique. Ce n’est évidemment pas anodin, notamment d’un point de vue organisationnel.
  • Enfin, alors que l’AeresAeresAgence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur opérait une évaluation tranchante, le Hcéres a davantage reçu pour mandat d’accompagner et de soutenir la démarche qualité des établissements. Or, après ce net mouvement de balancier opéré en 2013, le ministère souhaite aujourd’hui revenir à une juste mesure des choses : une agence qui, sans stigmatiser, opère une évaluation qui « dit ce qui est » et dont le grand public, les établissements et, bien entendu, l’État peut véritablement tirer des conséquences.

Se pose également la question des autres agences d’évaluation (CTI et CEFDG). Vont-elles disparaître ?

Alors que le Hcéres est traversé par les trois éléments de contexte que je viens de rappeler et que nous sommes en pleine discussion sur la future LPPR, il serait absurde et, finalement, peu responsable de ne pas poser la question de l’évolution des autres agences d’évaluation. Mais « poser la question » ne signifie évidemment pas porter atteinte à ce qui fonctionne parfaitement et à ce qui, de fait, présente de légitimes spécificités.

Avec la CTI, nous mettons tous les sujets sur la tableDepuis peu, nous travaillons par exemple étroitement avec la CTI et allons bien sûr en faire de même avec d’autres instances d’évaluation. Avec la CTI, nous mettons tous les sujets sur la table et identifions les pistes d’évolution et d’amélioration possibles (la CTI en demande elle-même), tout en préservant la qualité de ses modes d’évaluation et la reconnaissance dont elle fait l’objet au niveau européen. Les discussions sont riches et je crois pouvoir dire qu’elles se font dans le respect des positions de chacun.

La CEFDG est-elle en capacité de s’affranchir des enjeux financiers liés aux formations de certaines écoles ? Il est établi que les nouveaux actionnaires de l’Inseec, le fonds d’investissement Cinven, ont rencontré le Mesri et l’Élysée notamment pour protester contre l’évaluation de la CEFDG…

Je ne sais si le fonds d’investissement  Cinven a rencontré le Mesri ou l’Élysée, mais il importe surtout de rappeler que la CEFDG a pour mission d’évaluer la qualité académique (au sens large) d’une formation, indépendamment des enjeux financiers qui sont les siens. Et lorsqu’elle rend un avis, elle le fait bien sûr toujours à partir d’une grille d’évaluation précise et parfaitement publique.

C’est la question du modèle économique de l’enseignement privé qui se poseToutefois, et au-delà de ce nouvel actionnariat du groupe Inseec, c’est la question du modèle économique de l’enseignement privé qui se pose et qui, bien sûr, n’est pas simple à résoudre.

Sans doute la durée d’attribution des visas et grades pourrait-elle permettre à l’État de prendre en compte les réalités financières, sans rien abaisser de son niveau d’exigence qualitative.

La politique de site est un autre sujet de friction pour des écoles. Que pensez-vous des résistances dans la construction de certains établissements expérimentaux comme Nantes ou Lyon ?

Cette ordonnance met tout le monde au pied du mur et, bien sûr, crée des réactions et inquiétudes fortes. Lorsque j’entends certains établissements craindre de perdre la visibilité de leur marque et l’efficacité de leur modèle de gouvernance ou lorsque j’en entends d’autres considérer que la recherche est surtout « chez eux », je sais qu’aucun n’est dans la recherche d’un « faux prétexte » pour quitter l’aventure.

Beaucoup ont déjà trouvé la voieLes questions mises sur la table sont essentielles. Les réponses à y trouver sont difficiles et les discussions avec les communautés nécessairement longues, mais, lorsque je vois le nombre et la qualité des établissements créés grâce à l’ordonnance, je me dis que beaucoup ont déjà trouvé la voie, même étroite, pour y parvenir.

Derrière ces débats, se pose aussi la question des moyens financiers apportés par les I-siteI-siteInitiative-Science-Innovation-Territoire-Economie et IdexIdexInitiative(s) d'excellence

La question financière n’est jamais dans les discussions auxquelles j’assiste. Et elle l’est d’autant moins qu’ils ont déjà les moyens financiers… La question est, au fond, toujours la même : “Est-ce que l’on peut construire un nouvel établissement qui est indiscutablement et collectivement le nôtre tout en préservant les atouts de chacun ?”

C’est justement ce que craignent les écoles d’ingénieurs : ne plus être ce qu’elles sont…

Dans le cadre de l’ordonnance, elles peuvent garder leur personnalité morale et sortir de l’expérimentation. Je ne mésestime évidemment pas les difficultés, mais je pense qu’elles disposent là de deux éléments majeurs qui doivent être de nature à les rassurer.

Quant au ministère, il respecte l’autonomie de chacun, ne force personne à entrer ou sortir de l’expérimentation. Tout au plus prend-il le temps d’expliquer et de préciser tout ce que permet ou ne permet pas de faire l’ordonnance et, évidemment, de rappeler que le risque de perte d’une labellisation d’excellence existe.

Que pensez-vous du cas de Nantes, où le directeur de Centrale nommé par le ministère pour un second mandat s’était engagé à aller au bout du projet : n’est-ce pas aussi le signe d’un échec de l’État?

Si les expérimentations ne prenaient nulle part, alors on pourrait dire que nous avons collectivement échoué. Mais un certain nombre ont réussi à se mettre en place, dans des configurations extrêmement différentes qui rappellent, justement, la diversité des modèles possibles : Grenoble Alpes, Saclay, PSL, Institut Polytechnique de Paris, Hauts-de-France, Gustave Eiffel, Côte d’Azur, CY Cergy Paris… aucun modèle ne ressemble à celui de son voisin.

Le vrai sujet demeure celui de sa construction et de la manière de le partagerÀ Nantes, et sans vouloir ajouter de la difficulté à une situation déjà sensible, l’État a accompagné les acteurs dans toutes les étapes de la construction de leur projet de statuts. Ces statuts étaient, ici comme ailleurs, un compromis entre les positions de chacun.

L’un des acteurs clés de la construction de la nouvelle université les a finalement rejetés. J’avoue ne pas savoir si c’est en raison d’un projet qui n’a pas suffisamment été expliqué ou compris par les communautés ou d’un projet dans lequel l’école ne trouvait pas suffisamment sa place. Le fait est qu’aujourd’hui, le projet qui avait permis la labellisation I-site n’est plus celui qui avait été présenté et labellisé par l’État en 2017.

Et à Montpellier où Montpellier SupAgro est en difficulté, après la démission du CA après un vote de la convention d’association avec l’Université de Montpellier ?

A Montpellier, nous nous sommes contentés de dire ce que le droit permettaitL’État est là pour rappeler ce qu’est une « université intégrée » et les outils qui sont à disposition pour y parvenir. À Montpellier, nous nous sommes contentés de dire ce que le droit permettait et avons même publié en septembre une circulaire qui dissipait tout malentendu : oui, il peut y avoir sur un diplôme d’ingénieurs, l’acceptation d’une signature superfétatoire qui, même sans conséquences juridiques, traduit une politique de site, un signal d’intégration fort.

Au-delà, je sais que certains disent, pour s’en plaindre, que l’État « tord le bras ». Mais si « tordre le bras » signifie que l’État a une vision et une politique de rapprochement des universités, écoles et organismes de recherche et qu’il met ensuite les acteurs en capacité de le faire, alors oui, je veux bien l’assumer !

Lorsque l’on construit un nouveau modèle d’université autorisé par l’ordonnance du 12 décembre dernier, le vrai sujet demeure celui de sa construction et de la manière de le partager. Ne nous racontons pas d’histoire : il est bien normal que, dans un premier temps, le projet soit discuté au plus haut niveau, entre quelques dirigeants qui doivent apprendre à se connaître, à se faire confiance et à dessiner à gros traits une stratégie commune.

Mais le second temps est tout aussi important. Il est celui du partage, de l’explication et de la (saine) confrontation avec les communautés.

Sans cela, le projet ne dépassera pas le premier travail « en chambre » que j’évoquais. Or, ce que j’ai souvent pu observer en entendant les questions posées par les communautés, c’est qu’il y avait une importante méconnaissance de l’ordonnance, de ce qu’elle permet et de ce qu’elle garantit.

On a justement parfois l’impression que les communautés des établissements sont “perdues” et ne veulent plus suivre tous ces projets initiés par les politiques publiques et par leurs gouvernances…

Nous avons parfois le sentiment d’un fossé qui se creuseJe crois que l’un des enjeux majeurs à venir est celui de l’association des communautés aux grands défis que connaît l’enseignement supérieur et la recherche depuis une dizaine d’années. Nous avons parfois le sentiment d’un fossé qui se creuse,  voire se radicalise, ce qui n’est évidemment jamais bon signe.

L’État a la responsabilité d’assurer que des débats — toujours sains — puissent se tenir dans les établissements — y compris bien sûr pour dire que l’on n’est pas d’accord — et doit faire en sorte que les universités — souvent en SHS — n’aient pas le sentiment d’être exclues des grandes questions académiques, scientifiques et institutionnelles qui traversent nos institutions. Il s’agit là d’un vrai sujet de préoccupation pour la Dgesip.

Comment gérez-vous les politiques de site en interministériel? À Montpellier SupAgro, il y a le projet de sa tutelle ministère de l’agriculture, avec la création d’un institut national, et un autre lié au Mesri, avec la convention à l’Université dans le cadre de l’I-site Muse…

Nous avons travaillé main dans la main avec le ministère de l’agriculture. Nos discussions ont été exemplaires : chacun a compris les enjeux et la stratégie de l’autre. Nous avons soutenu leur volonté d’un institut national et ils ont soutenu l’importance que nous attachions à la politique de site.

Les droits d’inscription des école d’ingénieurs

Les droits d’inscription des école d’ingénieurs

Des écoles d’ingénieurs publiques sous tutelle du Mesri avaient pu augmenter leurs droits d’inscription à la rentrée 2018, passant de 610 € à 2 500 € (Mines Nancy et écoles centrales). D’autres écoles étaient intéressées par ce levier de financement.

Anne-Sophie Barthez indique que « certaines écoles souhaitent pouvoir développer des droits différenciés en fonction des étudiants ».

Selon elle, « cette réflexion s’inscrit dans le cadre d’une recherche de nouveau modèle économique » mais « dans un contexte politique compliqué par la décision du Conseil constitutionnel au sujet de laquelle nous attendons, par le Conseil d’Etat, un certain nombre de clarifications ».

Elle ajoute : « Nous espérons que cette décision n’interviendra pas trop tard. Et nous verrons alors ce qu’il sera possible et acceptable de faire et si une différenciation pertinente est envisageable. C’est donc un chantier que nous ne fermons pas mais qui est pour l’instant suspendu à la décision à venir. »

Anne-Sophie Barthez

Fiche n° 4902, créée le 24/06/14 à 16:48 - MàJ le 16/09/19 à 10:07

Anne-Sophie Barthez



Parcours Depuis Jusqu'à
Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation
Directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle Juillet 2019 Aujourd'hui
Juillet 2019 Aujourd'hui
Université de Cergy-Pontoise
Professeure agrégée de droit privée 2001 Aujourd'hui
2001 Aujourd'hui
Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation
Conseillère formation Juin 2017 à Juillet 2019
Juin 2017 Juillet 2019
École Nationale Supérieure d'Architecture de Versailles
Présidente du CA Août 2016 à Juin 2017
Août 2016 Juin 2017
Université Paris Seine (Comue)
Présidente 2013 à Juin 2017
2013 Juin 2017
Université de Cergy-Pontoise
Vice-présidente Stratégie et développement 2012 à 2014
2012 2014
Université de Cergy-Pontoise
Vice-présidente du CA 2008 à 2012
2008 2012
Université de Cergy-Pontoise
Doyenne de la faculté de droit 2006 à 2008
2006 2008
Université de Cergy-Pontoise
Maitresse de conférences en droit privé 2000 à 2001
2000 2001
Êtablissement & diplôme Année(s)
Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne
Doctorat 2000
2000

Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle

Fiche n° 3739, créée le 11/12/15 à 10:47 - MàJ le 03/07/19 à 15:08

Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle


Fin
loader mask
1