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Exclusif L’ENPC se dote d’un plan science ouverte visant 100 % des articles en open access d’ici 2024

Paris - Publié le vendredi 18 octobre 2019 à 18 h 32 - n° 165855 • Atteindre d’ici 2024 un taux de 100 % d’articles disponibles en accès ouvert.
• Partager 100 % des données de la recherche partageables, sur le périmètre des projets européens et de l’ANRANRAgence nationale de la recherche.

Tels sont les deux objectifs du Plan science ouverte de l'École des Ponts ParisTech, rendu public le 18/10/2019 alors que la semaine mondiale du libre accès se déroulera du 21 au 27/10.

« Il s’agit désormais d’investir encore plus l'école dans l’ouverture de la science en s’appuyant sur cette dynamique lancée en faveur du libre accès aux publications pour aller encore plus loin et travailler à l’ouverture des données et du code informatique », détaille Sophie MougardSophie Mougard, directrice de l’École des Ponts ParisTech, à News Tank le même jour.

« Cette démarche fait naturellement écho au Plan national pour la science ouverte, lancé en 2018, mais aussi aux contraintes et exigences de la communauté scientifique et de certains financeurs. Dans tous les cas, elle contribuera à une meilleure visibilité de nos chercheurs et au rayonnement de la recherche de l'école à l’international », affirme-t-elle également.

Ce plan s’accompagne d’un volet formation, avec notamment la décision de rendre obligatoires, à compter de 2020, des formations de science ouverte, que les doctorants de l'école pourront faire valoir comme comptant dans leur parcours doctoral.

« Le pôle ISTISTInformation scientifique et technique assure déjà des ateliers dans les laboratoires, mais l’idée est d’aller plus loin », résument Isabelle GautheronIsabelle Gautheron, directrice de la documentation et du patrimoine, et Frédérique BordignonFrédérique Bordignon, responsable du pôle IST, à News Tank. Ces ateliers, qui accueillent « à la fois des jeunes chercheurs et des profils plus senior », « resteront accessibles à n’importe quel autre chercheur de l’école », assurent-elles.

Et d’ajouter : « D’autres écoles sont également très actives dans le champ de la science ouverte, même si elles n’ont pas, à notre connaissance, de plan en la matière. De notre côté, nous commençons notre campagne de communication autour du plan, et nous avons été d’ores et déjà été sollicités pour le présenter dans le cadre de la CdefiCdefiConférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs ».

Objectifs d’open access et d’open data, stratégies adoptées, méthodes de sensibilisation des chercheurs… Focus sur la politique de science ouverte de l’École des Ponts ParisTech, en compagnie d’Isabelle Gautheron et Frédérique Bordignon.
© Getty Images/iStockphoto plamen petrov
© Getty Images/iStockphoto plamen petrov

L'École des Ponts ParisTech et la science ouverte

« L’école a depuis longtemps une politique volontariste en matière d’open access et a investi HALHALHyper Articles en Ligne dès 2010, en lien étroit avec le CCSDCCSDCentre pour la communication scientifique directe. Nous avons alors fait un gros travail d’explication et de présentation du portail aux laboratoires, toujours dans une logique de support aux chercheurs : on n’impose pas, mais on accompagne », retracent Isabelle GautheronIsabelle Gautheron, directrice de la documentation et du patrimoine, et Frédérique BordignonFrédérique Bordignon, responsable du pôle ISTISTInformation scientifique et technique.

Par la suite :

  • « Le dépôt de publications en accès ouvert est devenu peu à peu plus courant dans l’activité de nos laboratoires, jusqu’en 2017, où nous avons un peu “profité” de la promulgation de la Loi pour une République numérique pour inscrire dans le marbre la politique open access de l’école avec un mandat pour le partage de la science qui privilégie l’open access, qu’il soit gold ou green.
  • Nous avons ensuite commencé à travailler à fond le dossier des données de la recherche, qui s’est concrétisé en 2018 par la décision de déléguer aux chercheurs la mise en œuvre de la diffusion de ces données.
  • Et en 2019, dans le sillage du Plan S et du Plan national pour la science ouverte, nous nous sommes dit qu’il était temps pour nous de les décliner localement à l’échelle de l’école, en inscrivant par exemple les objectifs de notre Plan science ouverte dans notre prochain contrat d’objectifs 2020-2024 que nous sommes en train de rédiger avec notre tutelle- en sachant toutefois qu’un des objectifs du précédent contrat concernait déjà le libre accès aux publications, nous sommes donc dans une logique de continuité. »

Un « fort » soutien politique de la direction

« Bien sûr, nous travaillons main dans la main avec la direction de la recherche, condition absolument nécessaire pour pousser ces sujets-là, et nous bénéficions d’un soutien politique fort de la part de notre directrice, Sophie MougardSophie Mougard », poursuivent-elles.

« Concrètement, nos trois documentalistes sont chacun en charge d’un portefeuille de laboratoires et, auprès des chercheurs, nous nous présentons comme support, comme proposant des services “à la carte” : bibliométrie, fourniture de documents, etc. C’est un travail sur le terrain, qui paye et sert une intelligence globale de l’activité de la recherche.

Pour alimenter cette relation avec les chercheurs, nous menons toute une série d’actions pour leur faire connaître les ressources électroniques. Nous avons mis en ligne des tutoriels sur l’espace chercheurs pour les familiariser avec les différentes bases de données. Nous essayons de faire le lien avec les portails du CNRSCNRSCentre national de la recherche scientifique… Et nous venons d’investir le champ de l’intégrité scientifique, en lien avec le nouveau référent intégrité de l’établissement », Roger FrankRoger Frank.

La formation « n’est qu’un des moyens » pour sensibiliser à la science ouverte

La formation « n’est qu’un des moyens » pour sensibiliser à la science ouverte

Pour Isabelle Gautheron et Frédérique Bordignon, « les formations ne constituent qu’un des moyens pour amener les chercheurs à la science ouverte ».

« A côté, nous organisons des “drop-in sessions” dans le hall du restaurant, des animations dans le cadre de l’open access week, une exposition sur les données en 2017… S’ils ont une question particulière, nous les aidons tous au cas par cas - nous avons à ce titre un site web dédié qui fait office de point d’entrée (espacechercheurs.enpc.fr) », détaillent-elles.

Open access : pas de voie privilégiée

En matière de libre accès, « nous demandons, a minima, de ne pas payer pour publier dans des journaux hybrides (qui cumulent abonnements et articles nativement en open access), comme l’interdit le Plan S, même si à l’ENPCENPCEcole nationale des Ponts et Chaussées - aujourd'hui Ecole des Ponts ParisTech, cela ne concerne que très peu de publications ».

« Pour le reste, dans le mandat de l’école tout comme dans le Plan national, nous ne privilégions aucune voie de “compliance” en particulier » (voir encadré).

« Cela signifie que si la communauté d’un chercheur a l’habitude de publier dans des revues gold, nous n’allons pas contraindre celui-ci à faire un dépôt dans HAL, car nous considérons que l’objectif d’open access est atteint.

Par ailleurs, tout le gold n’est pas payant (modèle diamant), et la pratique de payer pour publier est, chez nous, assez rare. Cela dépend des disciplines, ainsi, nos laboratoires en mathématiques jurent qu’ils ne paieront jamais pour publier en open access.

De façon globale, ces coûts restent compliqués à identifier : on peut le faire au niveau de l’école, mais beaucoup de nos articles sont des co-publications, de surcroît internationales, dont la publication est parfois prise en charge par l'établissement d’un co-auteur », précisent les deux responsables.

Lexique de l’open access : les différentes voies possibles

Lexique de l’open access : les différentes voies possibles

• Green open access : la « voie verte » consiste à publier en libre accès un article dans une revue traditionnelle sur abonnement. Après la publication, une version de l’article est également placée dans un dépôt institutionnel en libre accès, ou archive ouverte. C’est ce qu’on appelle l'« auto-archivage » parce que les publications sont enregistrées par les auteurs eux-mêmes.

• (Full) gold open access : la « voie dorée » est un modèle de revue en libre accès où il n’y a pas de frais d’abonnement et où les éditeurs gagnent leurs revenus en facturant les auteurs (ou leurs institutions) lorsque les articles sont acceptés. Ces frais sont connus sous le nom d’APC (article processing charges). 

• Hybrid (gold) open access : dans cette variante de la « voie dorée », les auteurs publient dans des revues traditionnelles sur abonnement, mais peuvent offrir le libre accès à leurs articles en payant des APC.

• Diamond open access : la « voie diamant » permet de publier en libre accès sans payer d’APC (gratuit à la fois pour le lecteur et le publiant).

Évaluation individuelle, évaluation des unités et open access

Relier la diffusion en open access à l’évaluation individuelle « n’a jamais été un sujet à l’ENPC », affirment également Isabelle Gautheron et Frédérique Bordignon.

« Tout le monde cherche le bon système de carotte et bâton, mais de notre côté nous préférons nous concentrer sur la carotte, en montrant au chercheur lui-même le bénéfice de l’open access sur le rayonnement de son activité : selon une étude que nous avons menée sur le périmètre des publications de l’école, le nombre de citations par article est 1,5 fois plus important pour les articles en open access… »

Concernant les unités de recherche, « nous nous sommes demandé un temps s’il fallait suivre le modèle d’AMUAMUAix-Marseille Université d’attribuer une prime aux “bons” laboratoires déposants dans HAL. Mais nous avons finalement préféré fonctionner autrement :

  • Par des campagnes de repérage des publications de l’école,
  • Puis en identifiant celles n’étant pas en open access,
  • Et enfin par des mails personnalisés, chercheur par chercheur, pour ceux n’ayant pas publié en open access ni déposé leur postprint dans une archive ouverte, en leur rappelant le contexte juridique qui les protège.

Cette campagne, que nous avons faite deux années de suite, va être sanctuarisée par son inscription dans notre Plan. Toute la méthodologie est accessible en ligne » (PDF en lien de cet article).

65 % d’open access à l’ENPC : le détail du calcul

65 % d’open access à l’ENPC : le détail du calcul

Isabelle Gautheron et Frédérique Bordignon indiquent que 65 % des publications de l'École des Ponts ParisTech sont déjà en libre accès, un taux sur lequel « nous souhaitons encore progresser ».

Comment ce chiffre est-il obtenu ? « Notre base de départ c’est le corpus de publications de l’ENPC sur quatre ans, que nous utilisons déjà pour notre rapport bibliométrique. Nous interrogeons ensuite la base de données Unpaywall à partir des DOI (Digital object identifier) des publications pour voir celles qui sont en déjà open access. Pour le reste, on “gratte” à la main dans HAL en premier lieu, et pour le reliquat dans arXiv. »

Sur la question particulière des trois laboratoires de l'école produisant en SHS, « les publications qui en sont issues sont peut-être plus difficiles à récupérer via Unpaywall parce qu’elles n’ont parfois pas de DOI. Mais comme la période de notre corpus est de quatre ou cinq ans, nous arrivons à en récupérer un bon nombre qui ont été libérées par les éditeurs après une période de 12 ou 24 mois », précisent-elles.

Et de conclure : « Pour le moment, nous considérons que seuls les articles contribuent à ce baromètre de l’open access et nous ne trackons pas les autres formes de valorisation de la recherche comme les monographies. »

Open data : une « plongée » dans le sujet par le côté juridique

À l’ENPC, la première « plongée » dans les data s’est faite par le côté juridique.

« Nous avons décortiqué les textes en vigueur, dont la complexité était telle que nous avons fait appel à un cabinet d’avocats pour bien comprendre ce que peuvent, doivent ou ne doivent pas faire les chercheurs en matière de partage de leurs données. C’était de loin le principal écueil, que nous avons réussi à surmonter ! De cette expérience est issu un logigramme récapitulatif que nous avons produit pour les chercheurs, et qui a été beaucoup repris. » (en lien)

En matière de stockage, l'école a choisi « très tôt » de ne pas avoir son propre entrepôt, « car il en existe déjà beaucoup » : « Nous avons plutôt fait le choix d’apprendre à reconnaître les entrepôts existants, afin de pouvoir ensuite les proposer en expliquant les forces et faiblesses de chacun, en fonction des besoins des chercheurs. »

En raison d'« objectifs de partage de données ambitieux », le choix a également été fait de restreindre le périmètre aux projets européens et ANRANRAgence nationale de la recherche.

« C’est un périmètre que nous pouvons complètement explorer et maîtriser, car nous savons que les financeurs sont très favorables au partage des données. Nous ne voulons pas, par exemple, risquer de travailler sur les données produites dans le cadre de contrats partenariaux : nous nous cantonnons pour le moment à partager ce qui est partageable, ce qui est déjà conséquent. »

Enfin, « nous nous sommes également entraînés à faire des DMPDMPData management plan [plans de gestion de données], qui viennent d’être rendus obligatoires par l’ANR. Nous utiliserons la trame que l’ANR propose et diffuse sur le site Opidor, développée par l’InistInistInstitut de l’Information Scientifique et Technique du CNRS. Mais l’idée est de rester souple : si un chercheur a déjà l’habitude d’utiliser une trame différente, nous nous adapterons. »

Isabelle Gautheron
Fiche n° 5533, créée le 20/08/14 à 17:07 - MàJ le 18/10/19 à 17:20

Isabelle Gautheron



Parcours Depuis Jusqu'à
École des Ponts ParisTech
Directrice de la documention 2009 Aujourd'hui
2009 Aujourd'hui
Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne
Ingénieure, responsable Infothèque de la Cite de l'eau 2007 à 2009
2007 2009
Institut national de la recherche agronomique
Ingénieure de recherche 2006 à 2007
2006 2007
Pôle Universitaire Léonard de Vinci
Directrice de l'Infothèque 1994 à 2006
1994 2006
Cité des Sciences
Chargée de mission à la médiathèque 1985 à 1994
1985 1994
Êtablissement & diplôme Année(s)
Conservatoire national des arts et métiers
3e cycle en organisation, management consulting organisation 2001 - 2003
2001 2003

Frédérique Bordignon
Fiche n° 36767, créée le 18/10/19 à 17:06 - MàJ le 18/10/19 à 17:16

Frédérique Bordignon



Parcours Depuis Jusqu'à
École des Ponts ParisTech
Responsable du pôle IST Septembre 2011 Aujourd'hui
Septembre 2011 Aujourd'hui
Institut national du sport, de l'expertise et de la performance
Responsable du service d'information et de documentation 2009 à 2011
2009 2011
Ministère des Sports
Chargée de mission Intelligence Sportive 2006 à 2009
2006 2009
Institut national du sport, de l'expertise et de la performance
Chargée de mission Veille et Documentation électronique 2004 à 2006
2004 2006
BMIU Clermont Ferrand
Chef de projet Thèses électroniques 2002 à 2004
2002 2004
Êtablissement & diplôme Année(s)
Université Blaise Pascal
Doctorat en linguistique 1997 - 2003
1997 2003

École des Ponts ParisTech
Fiche n° 1886, créée le 05/05/14 à 12:22 - MàJ le 05/02/15 à 12:38

École des Ponts ParisTech

Ecole d’ingénieurs, membre de ParisTech.




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6 et 8 avenue Blaise- Pascal - Cité Descartes
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