F. Vidal dévoile le plan national pour la science ouverte : « Il est temps de passer à l’action »

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°124209 - Publié le 05/07/2018 à 16:57
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• Rendre obligatoire la publication en accès ouvert des articles et livres ainsi que la diffusion ouverte des données de recherche, issus de recherches financées par appel d’offres sur fonds publics ;
• soutenir l’archive ouverte nationale HAL Hyper Articles en Ligne et simplifier davantage le dépôt de publications ;
• créer la fonction d’administrateur des données et le réseau associé au sein des établissements.
Telles sont quelques-unes des mesures du plan national pour la science ouverte, annoncé par Frédérique Vidal Ministre @ Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (Mesri)
, ministre de l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation , le 04/07/2018, à Lille, à l’occasion du colloque annuel Liber Ligue des bibliothèques européennes de recherche .

« Si les Pays-Bas se sont fixé 100 % de publications en open access d’ici 2025, nous souhaitons un doublement en France, soit 60 % de nos publications, d’ici la fin du quinquennat », annonce-t-elle.

Ce plan sera « doté d’un budget de 5,4 M€ la première année et de 3,4 M€ les années suivantes », au moins jusqu'à la fin du quinquennat, selon la ministre. « Il sera entièrement financé par le Mesri Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation  », précise Marin Dacos Ingénieur de recherche @ Centre national de la recherche scientifique (CNRS) • Membre du CST @ HAL •  Membre du CT @ Istex • Conseiller pour la science ouverte du DGRI @ Ministère de l’enseignement… , conseiller scientifique pour la science ouverte auprès du DGRI Directeur/rice général(e) de la recherche et de l’innovation et également rédacteur du plan, à News Tank.

Deux mesures sont « déjà en cours de préparation » :
• un appel ANR Agence nationale de la recherche Flash destiné à accélérer l’adoption des principes Fair Findable, Accessible, Interoperable, Reusable (faciles à trouver, accessibles, interopérables et réutilisables) et l’ouverture des données de la recherche en France ;
• la création d’un fonds pour la science ouverte, « dont la constitution est actée ». « Le pilotage de ce fonds sera décidé par les instances à qui nous le confierons, mais ce sera à parité avec les organismes », selon Marin Dacos.

Frédérique Vidal souhaite ainsi que la France soit « proactive et leader dans le domaine de la science ouverte », en participant notamment à l’Eosc European Open Science Cloud (European open science cloud) porté par la Commission européenne, ainsi qu’à Go Fair, initiative conjointe des Pays-Bas, de l’Allemagne et de la France.

Le plan est également l’occasion de lancer une réflexion sur l'évaluation de la recherche au niveau mondial. « Les premiers qui s’empareront de ces sujets, et qui fixeront les nouvelles normes et standards de l'évaluation en prenant en compte la science ouverte, seront ceux qui piloteront ces mécanismes. C’est pour cela qu’il faut le faire maintenant, rapidement, au niveau européen », appuie la ministre.

Des annonces de Carlos Moedas Membre du conseil d’administration @ Institut Jacques Delors
, Commissaire européen à la recherche, à l’innovation et à la science, autour d’un plan commun en science ouverte à l'échelle européenne avec Science Europe, sont attendues dans le cadre d’Esof EuroScience Open Forum  2018 qui aura lieu à Toulouse du 09 au 14/07/2018.


Un plan en trois axes et neuf grandes mesures

Généraliser l’accès ouvert aux publications

  • Rendre obligatoire la publication en accès ouvert des articles et livres issus de recherches financées par appel d’offres sur fonds publics.
  • Créer un fond pour la science ouverte.

« Celui-ci contribuera au montage de solutions françaises et internationales innovantes, tant du point de vue technique que du point de vue économique. Par exemple, la mise au point de modèles de financement participatifs mobilisant toutes les bibliothèques de la planète constitue une piste à creuser », détaille Frédérique Vidal.

  • Soutenir l’archive ouverte nationale HAL Hyper Articles en Ligne et simplifier le dépôt par les chercheurs qui publient en accès ouvert sur d’autres plateformes dans le monde.

« Nous avons déjà considérablement simplifié les procédures de dépôts des publications par les chercheurs, divisant par trois le temps de dépôt. J’ai décidé de soutenir HAL et de simplifier encore les processus d’alimentation en développant les fonctions d’alimentation semi-automatique ».

« En France nous avons la chance d’avoir un certain nombre de systèmes centralisés comme HAL. Nous devons nous appuyer là-dessus. En outre, les systèmes de science ouverte dans les universités s’appuient très largement sur l’existence de HAL. Tout ça doit s’articuler, c’est le “i” de “Fair” [interopérable] », indique Frédérique Vidal à News Tank.

« Ce plan a bien sûr été co-construit en consultant les organismes de recherche, les universités, et en prenant en compte toutes les annonces qui ont été faites, comme l’adhésion de l’Inserm à la déclaration de San Francisco [annonce de juin 2018] ou le fait que les universités intensives en recherche se lancent dans un système d’open science [annonce de la Curif de juin 2018] », assure-t-elle par ailleurs.

Structurer et ouvrir les données de la recherche

  • Rendre obligatoire la diffusion ouverte des données de recherche issues de programmes financés par appels à projets sur fonds publics.
  • Créer la fonction d’administrateur des données et le réseau associé au sein des établissements.

« Il coordonnera l’action publique en matière de données scientifiques, afin d’optimiser leur structuration, leur conservation et leur circulation. Cet administrateur des données travaillera avec les autres administrateurs des données ministériels regroupés autour de l’Administrateur général des données. »

  • Créer les conditions et promouvoir l’adoption d’une politique de données ouvertes associées aux articles publiés par les chercheurs.

« C’est une première étape vers une meilleure association des données avec les articles. Nous encouragerons aussi le développement des “articles de données” (data papers), qui décrivent la façon dont ont été construites les données. »

S’inscrire dans une dynamique durable, européenne et internationale

  • Développer les compétences en matière de science ouverte notamment au sein des écoles doctorales.

« Il est nécessaire de développer de nouvelles compétences (…). C’est la raison pour laquelle nous encouragerons les formations à la science ouverte, notamment à travers un financement dédié porté par le ministère qui encouragera la mise au point et la mutualisation des supports de formation ».

  • Engager les opérateurs de la recherche à se doter d’une politique de science ouverte.

« Je vous invite à transposer dans vos établissements et dans vos laboratoires les mesures de ce plan pour la science ouverte, en les adaptant à vos réalités organisationnelles et disciplinaires ».

  • Contribuer activement à la structuration européenne au sein de l'Eosc European Open Science Cloud et par la participation à Go Fair Findable, Accessible, Interoperable, Reusable .

Toutes les mesures détaillées

L’importance des données respectant le principe ”Fair”

« En tant que ministre de l’Esri Enseignement supérieur, recherche et innovation , un de mes objectifs est de faire en sorte que toutes les communautés et tous les acteurs, lorsque ce n’est pas déjà le cas, développent une démarche structurée de conservation de leurs données et fassent le nécessaire pour que ces données obéissent au principe Fair (facile à trouver, accessible, interopérable, réutilisable) », déclare Frédérique Vidal, précisant que cette démarche est « un préalable à leur ouverture ».

Sensibiliser encore 80 % de la communauté scientifique

« Deux tiers de la littérature scientifique en astronomie s’appuient sur des données ouvertes ! Ce potentiel énorme, exploité par les astronomes, ne l’est pas encore dans toutes les disciplines », indique la ministre.

Selon elle, le respect du principe Fair « se fait très bien dans environ un cinquième de la communauté scientifique, mais le reste est largement laissé à l’appréciation individuelle et aux hasards de la vie des clés USB, des vols d’ordinateurs portables dans les coffres de voitures ou des défaillances des disques durs individuels… »

« Une vaste étude sur des jeux de données construits par les chercheurs en 1991 a montré qu’ils subissaient une déperdition rapide, atteignant 17 % par an. Quand on sait qu’une partie importante des financements de la recherche est dédiée à la construction de corpus, de collecte de données, de réalisation d’expériences…

Un tel taux de disparition signifie que nous sommes passés à côté de nombre de découvertes et avons affaibli notre capacité à administrer les preuves scientifiques :

• C’est une mauvaise gestion des fonds publics, car des données perdues ne sont plus réutilisables ni appariables avec de nouvelles données… Ce qui limite d’autant les nouvelles découvertes.

• Lorsqu’on revient sur une recherche menée il y a dix ans, et qu’il n’est plus possible de recomposer les données qui ont permis des conclusions importantes, il y a lieu de s’inquiéter. A un moment où l’intégrité scientifique est si importante pour défendre le rôle de la science dans la société, il est indispensable de maîtriser les données dans la durée », affirme Frédérique Vidal.

« Un système éditorial historique devenu obsolète »

« Nous ne sommes pas suffisamment aujourd’hui dans une logique de science ouverte », affirme notamment Frédérique Vidal, citant plusieurs exemples.

Un système qui limite fortement l’impact potentiel des recherches…

« Il faut encore trop souvent payer pour avoir accès aux publications de nos chercheurs. Bien entendu, cela n’est pas un obstacle pour les universités les plus riches dans le monde et pour les grands groupes industriels. Mais cela limite fortement l’impact potentiel de nos recherches sur les campus de la planète, sur la société, sur l’industrie », note-t-elle.

« Peter Suber, le spécialiste mondial de l’accès ouvert, a montré que Yale, qui n’est pas exactement une institution démunie, avait 25 % d’abonnements en moins que… Harvard. Et l’institution universitaire la plus riche en Inde, l’lndian Institute of Science, n’a accès qu’à 12 % des abonnements que peut s’offrir Harvard. »

… et qui ne diffuse plus la connaissance

Ce système, « à l’origine construit pour diffuser la connaissance, (…) semble désormais fonctionner à front renversé, renforcer l’ignorance et construire des inégalités criantes d’accès ».

« Les capacités d’accès aux publications varient de fait d’un lieu à l’autre, d’un pays à l’autre, d’une université à l’autre, voire d’un laboratoire de recherche à l’autre. C’est paradoxal, alors que les recherches publiques sont financées par tous, et alors que le Web offre une infrastructure permettant d’accélérer la circulation des connaissances. »

De plus, selon la ministre, « la diffusion des connaissances scientifiques a un impact direct en termes de développement économique, sanitaire, social ».

« Je m’inspire de la stratégie qui a été mise en place dans le cadre du Human Genome Project, qui a coûté 3,8 Md$ (3,25 Md€), mais dont il a été décidé que les résultats seraient publics et considérés comme patrimoine de l’humanité. Cette décision a permis l’exploitation scientifique et médicale formidable que nous connaissons tous. D’ailleurs, on estime qu’en 2012 ce projet avait eu un impact économique de 796 Md$ (680 Md€). »

Négociations : « A un moment, trop, c’est trop »

« Il faut savoir raison garder, notamment sur le plan financier : à un moment, trop, c’est trop. Je souhaite donc que les négociations avec les grands éditeurs se finalisent à un niveau sensiblement réduit par rapport aux pratiques actuelles et qui soit en rapport avec la contribution réelle apportée par la communauté de recherche », annonce également la ministre.

« Nous avons aussi de facto abandonné la PI Propriété Intellectuelle de nos travaux et de nos publications à des éditeurs qui se sont ainsi trouvés en position d’imposer des conditions financières parfois inacceptables. Entendons-nous bien : je connais le rôle des éditeurs scientifiques et ils doivent pouvoir trouver toute leur place en imaginant de nouveaux modèles à l’heure de la digitalisation. »

Pour Marin Dacos, le fonds pour la science ouverte annoncé par Frédérique Vidal permettra justement de soutenir la fonction éditoriale :

« Historiquement, les politiques d’open access françaises étaient surtout liées aux archives ouvertes et l'édition était donc un non problème. Or dans le plan présenté par Frédérique Vidal, le fonds pour la science ouverte est construit pour accompagner l'édition, et non dans une logique “verte” [1]. La fonction éditoriale est donc ici plutôt restaurée et soutenue, contrairement à la tradition historique française ».

« Il ne s’agit pas de mettre l’opprobre sur les éditeurs », souligne de son côté Alain Beretz, DGRI.

« Il s’agit de revenir à un système d'édition dont les scientifiques ont besoin, qui soit d’intérêt mutuel et au cœur de la démarche scientifique. En ce sens, toutes les mesures qui ont déjà été lancées, en particulier pour l’aide à certains éditeurs en SHS mais pas uniquement, seront poursuivies. »

Faire évoluer le système d'évaluation de la recherche

« Le système d’évaluation, trop marqué par une métrique datée, mécaniste et réductrice, doit évoluer lui aussi vers l’ouverture. Oui, nous devons sérieusement réfléchir aux évolutions des systèmes et méthodes d’évaluation, évaluation des chercheurs comme des institutions », estime Frédérique Vidal.

« C’est la raison pour laquelle je soutiens le mouvement des citations ouvertes, qui va dans la bonne direction. Nous devons aussi abandonner les excès d’évaluation quantitative, où le facteur d’impact règne en maître, pour développer une approche beaucoup plus qualitative. Je souhaite que la France suive dans ce domaine les propositions de la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche et applique les principes du Manifeste de Leiden. »

Repenser au niveau européen et mondial

« Il va falloir repenser ce système d'évaluation au niveau mondial, car cela n’aurait pas de sens de le repenser seul dans son coin. L’idée de le faire au niveau européen paraît déjà essentielle », souligne-t-elle par ailleurs.

« Cette réflexion est pour le moment une initiative multilatérale entre pays mais qui est portée au niveau de l’Europe par le commissaire européen Carlos Moedas. Si celle-ci doit venir du monde scientifique et des différents organismes de financement, de soutien à la recherche, l’important c’est que l’ensemble des ministres et la Commission européenne soient sur la même ligne, et c’est ce qui en train de se produire. Il y a une vraie volonté de travailler ces sujets. »

« L’idée est de faire des preuves de concept pour que d’autres pays adhèrent ensuite, en fonction des moyens qu’ils sont prêts à mettre, et pousser ainsi la construction au niveau européen », affirme Frédérique Vidal à News Tank.

Selon Alain Beretz, DGRI, le sujet de la science ouverte sera également à l’ordre du jour du prochain conseil compétitivité, qui réunit les ministres de tous les États membres chargés du commerce, de l'économie, de l’industrie, de la recherche et de l’innovation, et de l’espace, au moins quatre fois par an.

Frédérique Vidal


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Parcours

Université Nice Sophia Antipolis (UNS)
Directrice de la faculté des sciences
Université Nice Sophia Antipolis (UNS)
Directrice du département Sciences de la vie
Université Nice Sophia Antipolis (UNS)
Professeure des universités en Sciences de la vie
Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)
Membre extérieur du conseil scientifique régional
Université Nice Sophia Antipolis (UNS)
Maîtresse de conférences

Fiche n° 4719, créée le 18/06/2014 à 10:19 - MàJ le 12/04/2021 à 13:10

Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (Mesri)

L’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation sont rassemblés dans un ministère depuis le 17/05/2017. Frédérique Vidal en est la ministre.


Catégorie : Etat


Adresse du siège

21, rue Descartes
75005 Paris France


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Fiche n° 2286, créée le 11/07/2014 à 04:20 - MàJ le 09/04/2020 à 17:38


[1]
• voie “verte” : auto-archivage ou dépôt de publications par l’auteur dans une archive ouverte.
• voie “gold” : publication d’articles dans des revues en libre accès


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