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« L’inquiétude autour de ChatGPT stimulera une réaction sur le métier d’enseignant » (C. de Leusse)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°277474 - Publié le 20/01/2023 à 13:32
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©  D.R.
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« L’inquiétude autour de ChatGPT me semble une bonne chose, car cela va stimuler une réaction positive et pertinente sur ce qui fait le cœur de métier d’un enseignant. Qu’apporte-t-il d’origine purement humaine aux étudiants ? Où est-ce qu’il a le monopole ? », déclare Constance Bommelaer de Leusse Directrice exécutive @ McCourt Institute • Mentor, IA et développement durable @ Institut Catholique de Paris (ICP)
, directrice exécutive du McCourt Institute, à News Tank, le 15/01/2023.

Après 16 ans à l’Internet society, elle a pris la direction de ce nouvel institut rattaché à Sciences Po Paris et Georgetown University, et né de la volonté du philanthrope américain Franck McCourt de s’appuyer sur la recherche et l’innovation pour aller vers une gouvernance plus éthique d’internet, et notamment des réseaux sociaux.

Si l’institut n’a pas vocation à travailler spécifiquement sur l’IA Intelligence artificielle appliquée à l’éducation, elle estime qu’il constitue un enjeu important pour les pouvoirs publics. « Nous ne sommes qu’au début de l’émergence du secteur des edtechs, et c’est prometteur, en matière de suivi des élèves, de personnalisation des apprentissages, etc. Mais il y a aussi des risques de biais, de désengagement des enseignants, ou de difficultés à analyser les données fournies. »

« Cela va donc nécessiter que les autorités éducatives se penchent dessus, d’autant que ce sont majoritairement des entreprises privées. Or, les recherches sur le sujet semblent encore peu nombreuses, même s’il y a quelques travaux intéressants menés par l’OCDE Organisation de coopération et de développement économiques . »


« Il y a un sous-emploi de nos intellectuels sur les problèmes de la cité »

« Le McCourt Institute souhaite stimuler et accélérer la production de recherche à impact, en lien avec la société civile, afin d’aboutir à des solutions innovantes, de politiques publiques ou d’utilisation du web3 (voir encadré), visant à renforcer un meilleur contrôle de chaque usager sur sa vie en ligne », résume Constance Bommelaer de Leusse.

L’organisation est rattachée à deux établissements d’enseignement supérieur : Sciences Po et Georgetown University. « Nous pouvons nous appuyer sur leurs points forts :

  • Sciences Po a un bon relais au niveau européen, notamment à Bruxelles où on sait que les questions de régulation du numérique sont très présentes.
  • Quant aux États-Unis, bien que moins en avance sur les questions de régulation, c’est là où se trouvent les principales entreprises de la tech et l’innovation. Cela donne une bonne assise à cet institut. »

Elle ajoute travailler à de nouveaux partenariats avec d’autres établissements d'ESR Enseignement supérieur et recherche , « toujours dans l’idée d’avoir une couverture transatlantique étant donné le sujet de la gouvernance des réseaux sociaux ».

« Le fait d'être attaché à ces universités sans en faire partie nous donne de l’agilité »

L’institut reste toutefois indépendant dans son fonctionnement : « Le fait d'être attaché à ces universités sans en faire partie nous donne de l’agilité, et permet de stimuler une recherche qui n’existerait pas sinon. Une étude récente montre que la moitié des publications de SHS Sciences humaines et sociales ne sont jamais lues par quelqu’un d’autre que son auteur ou reviewer ! Il y a clairement un sous-emploi de nos intellectuels sur les problèmes de la cité. Nous nous voyons comme complémentaires. »

L’institut propose des bourses (grants) pour des projets de recherche, avec une sélection qui combine plusieurs critères :

  • « l’interdisciplinarité est un critère très important : en France il existe encore une culture du silo importante entre les SHS, les sciences, les sciences politiques — même si ce n’est pas toujours mieux ailleurs ;
  • une recherche à impact  : par exemple, on parle beaucoup aujourd’hui des systèmes autonomes, une fois étudié, qu’est-ce qu’on propose concrètement au monde politique sur le sujet ?
  • une approche internationale, et si possible avec une forme de perméabilité avec la société civile. On veut décloisonner la recherche pour qu’elle fasse partie de la solution. »

Le Web3 désigne l’idée d’un web décentralisé exploitant la technologie blockchain. « Les ingénieurs s’accordent à dire qu’on s’éloigne d’une ère, le web2, caractérisée par la consolidation du pouvoir économique et cognitif par certaines plateformes. Et que nous sommes à un moment intéressant, car il existe une volonté politique de faire évoluer les choses, vers un plus grand nombre d’acteurs, de sources », complète Constance Bommelaer de Leusse.

« Nous sommes à un moment où il y a des inquiétudes sur la protection du droit privé. On l’a vu en Europe avec le RGPD Règlement général sur la protection des données , mais aussi aux USA United States of America - Joe Biden (président des États-Unis) a publié une tribune récemment pour appeler à réguler la tech, ce qui est une première pour un président américain qui héberge la plupart des plateformes.

Nous sommes aussi à un moment où il y a un appétit plus grand des usagers pour une meilleure gouvernance qui passe par de nouveaux outils. Le web3 arrive avec la promesse de nouvelles approches innovantes. »

« De nombreuses tâches humaines demeurent et doivent être valorisées par l’éducation »

L’institut entend aussi faire des actions de « plaidoyer, et de la formation des responsables politiques » autour des questions liées aux technologies et à l’IA. « Selon une récente étude du World economic forum, 85 millions de métiers devraient être impactés par les nouvelles technologies, avec un changement de répartition entre les machines et humains. Or, on voit que ce n’est pas du tout discuté au niveau politique », indique Constance Bommelaer de Leusse.

Selon elle, cela peut aussi être un moyen « de démystifier les craintes, car cette évolution peut être une opportunité de revaloriser des tâches que les humains seuls peuvent faire ».

« Dans les métiers du “care” évidemment, mais aussi qui font appel à la pensée analytique, à la résolution de pensées complexes où on sait que l’IA fait encore beaucoup de fautes, du fait d’un problème de sourçage des datas. De nombreuses tâches humaines demeurent et doivent être valorisées par l’éducation : la créativité, la prise d’initiative, la pensée critique, l’analyse, etc. »

« De nouvelles fonctions à haut niveau ont émergé, dans les organisations et notamment les universités »

Interrogée sur la prise en compte de ces enjeux au sein des établissements du supérieur, elle trouve intéressant de constater qu’au cours des dernières années, « de nouvelles fonctions à haut niveau ont émergé, dans les organisations et notamment les universités ».

« On voit de plus en plus de CTO Chief technology officer qui sont plus que des DSI Directeur des systèmes d’information . Il y a toute une réflexion sur le management de l’information, les aspects de tri, d’accès, de manière de travailler. On leur demande aussi d’avoir un volet éthique, ce qui est très sain. Mais il reste du monde à former et acculturer. »

« Avec un monde qui s’accélère, tout le monde a besoin d’être formé, avec une résistance au stress et un sens critique pour établir des priorités. Tout cela relève de l’éducatif et ne peut être délégué à une IA. En dépit de la performance de ces outils, il y a une part cognitive qui leur échappera toujours. Le challenge pour les enseignants est de cultiver une niche, et de se débarrasser de choses qui ne sont pas nécessaires. Cela va sans doute générer une réforme des apprentissages. »

Un enjeu de transparence

Un autre enjeu pour les pouvoirs publics selon elle est d’aller vers plus de transparence. « Si on prend Parcoursup, on ne sait pas comment les algorithmes sont créés et ce qu’ils impliquent. Souvent, ce n’est d’ailleurs pas un manque de volonté, mais une question de chaîne de responsabilité. Dans ce cas-là, qui se sent responsable : la plateforme technique, les responsables pédagogiques, le ministère de l’éducation nationale ou de l’enseignement supérieur ?

En l’occurrence, il faudrait que le monde académique puisse accéder librement à ces outils pour les comprendre, les analyser et faire des propositions d’évolution. C’est toute une culture d’éthique de la tech qui doit être renforcée. »

Constance Bommelaer de Leusse


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Parcours

McCourt Institute
Directrice exécutive
Institut Catholique de Paris (ICP)
Mentor, IA et développement durable
Sciences Po Paris (IEP Paris)
Intervenante sur la gouvernance numérique
OCDE
Coordinatrice, comité technique internet
The Internet Society
Vice-présidente, relations institutionelles
Unesco
Conseillère, communication et information

Établissement & diplôme

Université Paris 2 - Panthéon-Assas
Master (droit, et médias)
Sciences Po Paris (IEP Paris)
Diplôme du cycle supérieur d'études européennes
London School of Economics (LSE)
MBA

Fiche n° 48373, créée le 20/01/2023 à 12:29 - MàJ le 20/01/2023 à 12:36

Sciences Po Paris (IEP Paris)

Catégorie : Écoles spécialisées


Adresse du siège

27, rue Saint Guillaume
75007 Paris France


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Fiche n° 2221, créée le 25/06/2014 à 11:09

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