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Documentaire Ruptures : « Ces jeunes diplômés bifurquent vers de nouveaux possibles » (F. Germinet)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Tribune n°266268 - Publié le 05/10/2022 à 15:56
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©  Christian Jacquet/CY Cergy Paris Université
©  Christian Jacquet/CY Cergy Paris Université

« Que nos jeunes diplômés, qui seront en responsabilité à notre place bientôt, s’accordent le temps du questionnement et testent d’autres rapports à la vie, est-ce si dangereux que cela ? Pourquoi faudrait-il y percevoir une menace ? », interroge François Germinet Professeur des universités en mathématiques @ CY Cergy Paris Université • Membre de la CP2U @ France Universités • Président @ CY Cergy Paris Université (EPE) • Président de la commission formation… , président de CY Cergy Paris Université Cergy Paris Université et président de la commission formation de France Universités, dans une tribune pour News Tank, le 05/10/2022.

Il revient sur la projection, suivie d’un débat, du film « Rupture-s », organisée par CY Tech et CY école de design en présence du réalisateur Arthur Gosset et de la co-productrice Hélène Cloitre, le 20/09 à l’iXCampus (Saint-Germain-En-Laye).

Pendant un an, le réalisateur Arthur Gosset, lui-même étudiant à Centrale Nantes, a suivi le parcours et les interrogations de six jeunes inscrits dans de grandes écoles et en a tiré un documentaire. 

« Ce film ne donne aucune leçon. Le jeune réalisateur de 25 ans et sa co-productrice posent les questions comme ils se les posent à eux-mêmes. Ils acceptent que ce soient des questions auxquelles ils n’ont pas de réponse, si ce n’est à essayer des pistes, avec les quelques diplômés ou non diplômés que suit le film », relève François Germinet.

« Une rupture, c’est d’un point de vue phénoménologique la création d’un nouvel espace de vie et de temps (…) C’est ce que montre magnifiquement et sans leçon de morale le film d’Arthur Gosset : l’espace-temps que ces jeunes diplômés se donnent pour réinvestir les fondements de leur vie, de la société et de la planète. Par leur rupture, ils bifurquent vers de nouveaux possibles. Pourquoi cela ne serait-il pas salutaire ? », écrit le président de CY.

« Ils ont entre 20 et 25 ans. Ce n’est pas l’âge du défaitisme, mais celui de la projection dans un monde à désirer. Ainsi devons-nous passer de l’éco-anxiété à la désidérabilité d’une transition humaine qui se profile. »


Le réveil des diplômés

Nous avons tous été interpellés par les protestations, voire les appels à la désertion, de la part de jeunes diplômés de grandes écoles : AgroParisTech, Polytechnique, HEC École des hautes études commerciales , Centrale Nantes etc. On s’est tous dit : oui et après ? Oui mais quelle alternative ? Après tout, si le si symbolique Larzac a connu son heure de médiatisation après le mouvement de 1968, aujourd’hui la conscience écologique a gagné les villes et c’est certainement par là, aux échelles des sociétés humaines, qu’il convient de penser et de mettre en œuvre un nouveau projet pour la planète et ses habitants que nous sommes.

Le film « Rupture-s » ouvre la fenêtre du « et après ? » et il le fait très humblement. Ce film ne donne aucune leçon. Le jeune réalisateur de 25 ans et sa co-productrice posent les questions comme ils se les posent à eux-mêmes. Ils acceptent que ce soient des questions auxquelles ils n’ont pas de réponse, si ce n’est à essayer des pistes, avec les quelques diplômés ou non diplômés que suit le film.

Rupture n’est pas fracture

La fracture, on la constate avec toutes celles et tous ceux qui n’ont pas les moyens de se poser ces questions-là, en France, mais aussi, et surtout, dans un grand nombre de pays (voir par exemple la récente interpellation à l’ONU Organisation des Nations Unies par le Premier ministre du Pakistan le 23/09/2022).

Mais qu’il y ait des fractures ne dévalue pas le type de rupture que le film présente : une rupture avec un chemin tout tracé, à savoir celui d'étudiants leur vers de « belles carrières », mais aussi celui qui mène l’humanité à sa perte.

Et après tout, que nos jeunes diplômés, qui seront en responsabilité à notre place bientôt, s’accordent le temps du questionnement et testent d’autres rapports à la vie, est-ce si dangereux que cela ? Pourquoi faudrait-il y percevoir une menace ?

Rupture comme ouverture d’un espace

Une rupture, c’est d’un point de vue phénoménologique la création d’un nouvel espace de vie et de temps. Nos grandes mythologies font du déploiement d’un espace-temps la condition d’émergence de l’histoire de la vie : Chronos qui sépare Gaïa et Ouranos dans la mythologie grecque, ou encore l’apparition d’un espace (les cieux) au milieu des eaux primordiales au 2e jour de la Genèse. 

Il s’agit donc d’abord du déploiement d’un espace de vie, ou encore d’un espace où se sentir en vie. C’est ce que montre magnifiquement et sans leçon de morale le film d’Arthur Gosset : l’espace-temps que ces jeunes diplômés se donnent pour réinvestir les fondements de leur vie, de la société et de la planète.

Aujourd’hui on se marie et on a ses premiers enfants bien plus tard qu’il y a 50 ans (+4,5 ans entre 1974 et 2015 d’après l’Insee Institut national de la statistique et des études économiques ). Pourquoi faudrait-il absolument avoir son premier vrai job, celui qui fait bien dans le CV, immédiatement après l’obtention du diplôme ?

Rupture comme rebond

Nous devons plus de respect à nos enfants et de confiance en eux.  »

Par leur rupture, ils bifurquent vers de nouveaux possibles. Pourquoi cela ne serait-il pas salutaire ?  Et même s’ils bifurquent pour quelques années, n’imaginons pas qu’un retour en entreprise sera simplement l’expression d’individus qui rentreraient dans le rang après un moment d’égarement. Nous devons plus de respect à nos enfants et de confiance en eux. Leurs expériences les auront marqués, et ils aborderont leurs futures responsabilités, quelles qu’elles soient, sous un autre angle. Et ils seront alors certainement plus à même que nous de modifier la trajectoire de notre humanité.

Ils voient les crises se succéder. Ils voient le dérèglement du monde, qui n’est pas que climatique. Et ils ont entre 20 et 25 ans. Ce n’est pas l’âge du défaitisme, mais celui de la projection dans un monde à désirer. Ainsi devons-nous passer de l’éco-anxiété à la désidérabilité d’une transition humaine qui se profile.

Après tout, ce que ces jeunes diplômés imaginent et nous proposent, plus de sobriété et plus de partage, serait-ce moins désirable que notre monde d’aujourd’hui ? Croirions-nous aller vers un monde moins humain en nous ouvrant à ces nouvelles questions de l’ère de l’anthropocène ?

Une nouvelle mission pour l’enseignement supérieur

Et nos institutions alors ? Et nos universités ? Et nos écoles ? Qu’est-ce que l’université à l’ère de l’anthropocène ?

On ne le sait pas encore. Mais on sait que, là aussi, il y a rupture, dans le même sens que celui que vivent les protagonistes du film : dans le sens de l’ouverture d’un nouvel espace-temps, par les acteurs mêmes de ces institutions, et qu’il faut explorer. Explorer, cela veut dire ouvrir des pistes, écouter, proposer, essayer, échouer ici, réussir là, recommencer, et surtout ne pas faire croire que l’on sait déjà.

Pour tout cela, nous sommes déjà en route »

Pour penser l’université à l’ère de l’anthropocène, il ne s’agit pas uniquement de baisser la consommation énergétique des bâtiments avec des plans de rénovations ambitieux ; il ne s’agit pas uniquement d’intégrer une pondération « développement durable » dans nos marchés publics, de favoriser les circuits alimentaires éco-responsables avec les Crous Centre régional des œuvres universitaires et scolaires ou encore de travailler les mobilités douces avec les collectivités ; il ne s’agit pas non plus de se contenter d’un module d’enseignement sur les enjeux de la transition pour tous les étudiants. Pour tout cela, nous sommes déjà en route.

Il s’agit ni plus ni moins d’une nouvelle mission des universités qui émerge, et à laquelle nous n’avons pas été préparés ; une nouvelle mission après la formation, après la recherche, après la formation continue, l’orientation, l’insertion professionnelle, le transfert technologique, l’entrepreneuriat, l’internationalisation etc. : mettre les nouvelles générations en mesure de répondre aux enjeux de cette transition. Une nouvelle mission que le rapport de Jean Jouzel appelle de ses vœux et que porte avec un nouvel élan la ministre Sylvie Retailleau.

Et à CY, alors ?

Côté CY, le PIA Programme d’investissements d’avenir Excellences « CY Générations » est 100 % consacré à cette nouvelle mission : générer des solutions pour et par les nouvelles générations.

On y déploie :

  • de la recherche interdisciplinaire liée aux objectifs du développement durable (les 17 ODD objectifs de développement durable ),
  • un start-up studio par l’Essec École supérieure des sciences économiques et commerciales avec CY et dédié à l’innovation durable,
  • de nouvelles formations orientées vers l’accompagnement des transitions (par exemple le Bachelor Act CY-Essec),
  • la fresque du climat (3000 étudiants de 1re année à cette rentrée de septembre 2022),
  • le Sulitest (CY s’engage à y présenter 75 % de ses diplômes, soit plus de 6000 certifications au niveau de l‘université, l’Essec et les autres écoles de CY Alliance),
  • un outil digital de type « mon premier Ikigaï » avec le Learning Planet Institute de François Taddei,
  • l’accompagnement des évolutions pédagogiques avec le Campus de la Transition et le collectif Fortes (auteur du manuel de la grande transition),
  • les ressources numériques de l’Uved université virtuelle en environnement et développement durable (Université virtuelle du développement durable),
  • une pédagogie par projet avec une finalité durable, le lancement d’un social Design Lab pour répondre aux problématiques de transition des collectivités.

L’action la plus emblématique de CY reste néanmoins la création d’une nouvelle école de la transition, 100 % dédiée au design de la décision par les nouvelles générations et pour le vivant : CY école de design. Cette école, portée par CY Tech, entame sa 2e année, avec des programmes de licence, de master, de mastères spécialisés, de formation continue, en propre ou en doubles diplômes, à Saint-Germain-en-Laye (campus iXcampus) et bientôt à Singapour. 

Pour finir ou pour commencer 

Pour conclure, signalons que les deux auteurs de « Rupture-s » ont annoncé travailler à la préparation d’un nouveau film, dans la continuité des préoccupations du premier.

On aurait envie de dire que nous attendons avec impatience la sortie de ce nouvel opus. Mais dans le même temps, nous sentirions que quelque chose ne va pas. Comme si nous attendions le nouveau James Bond, comme si nous attendions le nouvel épisode d’une fiction qui ne nous concerne pas directement. 

Alors non ! Nous n’allons pas attendre pour commencer, ou plutôt pour continuer, à investir cet espace de la rupture qu’Arthur, Hélène et les protagonistes du film ont ouvert devant nous.

François Germinet


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Parcours

France Universités
Président de la commission formation et insertion professionnelle
CY Cergy Paris Université (EPE)
Administrateur provisoire
Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)
Président par intérim du conseil d’administration
France Universités
Président du comité communication et attractivité des universités
France Universités
Membre de la CP2U
Université Paris Seine (Comue)
Administrateur provisoire
France Universités
Président de la commission Formation et insertion professionnelle
MENESR
Chargé d’une mission sur la formation continue universitaire
CY Cergy Paris Université
vice-président en charge du développement stratégique et des ressources humaines
CY Cergy Paris Université
Professeur des universités en mathématiques

Fiche n° 4684, créée le 17/06/2014 à 15:53 - MàJ le 24/10/2022 à 15:57

CY Cergy Paris Université (EPE)

Catégorie : Université
Entité(s) affiliée(s) : CY Ecole de Design


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Fiche n° 9296, créée le 29/10/2019 à 02:02 - MàJ le 22/11/2019 à 10:48

©  Christian Jacquet/CY Cergy Paris Université
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