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Institut Convergences Q-Life (PSL) : après son évaluation positive, la pérennisation en réflexion

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°251163 - Publié le 10/05/2022 à 18:12
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©  Uriel Chantraine / Institut Curie
©  Uriel Chantraine / Institut Curie

« L’évaluation de Q-Life par le jury à mi-parcours s’est très bien passée, il a indiqué apprécier les actions que nous avons pu mettre en œuvre et recommandé que nous soit versée la 2e tranche de financement. Le point d’attention concerne surtout la pérennisation », indique Bruno Goud, directeur de recherche (CNRS Centre national de la recherche scientifique - Institut Curie) et coordinateur du projet de l’Université PSL Paris Sciences & Lettres , à News Tank, le 06/05/2022.

Axé sur les systèmes du vivant, Q-Life a été labellisé Institut Convergences en 2018, avec une dotation de 10 M€. Il peut ainsi financer sur appel à projets « quatre à cinq projets interdisciplinaires par an, à la frontière entre la biologie, la physique, la chimie, les mathématiques, et les sciences computationnelles, avec l’idée de favoriser les projets associant au moins deux instituts ou écoles de PSL ce qui crée une réelle communauté ».

Aujourd’hui, Q-Life mobilise environ 150 équipes de recherche. « C’était moitié moins au départ, mais progressivement beaucoup ont souhaité rejoindre le projet. C’est un vrai facteur d’entraînement pour la communauté, même si les moyens d’intervention restent limités : 1 M€ par an, ce n’est pas énorme, et d’ailleurs nous avions demandé un budget deux fois plus important », estime Bruno Goud.

« Quand on se compare à nos homologues américains, par exemple au Quantitative Biosciences Institute de UCSF Université de Californie à San Francisco avec qui nous avons établi des collaborations et des programmes communs, nous ne sommes pas dans les mêmes conditions », ajoute-t-il.

Il y voit surtout « un effet levier pour des projets qui peuvent ensuite être déposés à l’ANR Agence nationale de la recherche et l’ERC European Research Council , et espérer donc d’autres moyens de financement ». Et pour ce qui est de financements privés, « ça ne s’est pas encore produit, mais c’est envisageable à l’avenir, ce pourrait être une piste pour participer à pérenniser l’institut ».


Pérennisation de l’institut : une réflexion qui rejoint celle autour des Labex

Les points d’attention du jury portent surtout sur la pérennisation de l’institut Q-Life au sein de PSL, car il est prévu que les instituts prennent fin en décembre 2025.

Dans son rapport d’évaluation, que News Tank a pu consulter, le jury indique à ce sujet que « l’intrication de l’institut dans la stratégie future de PSL n’est pas claire », et conclut que ce point doit être « abordé explicitement » par PSL.

« Peut-être seront-ils pérennisés comme les Labex Laboratoire d’Excellence l’ont été, mais pour l’instant je n’ai pas d’information à ce sujet. Cela demandera certainement de réfléchir assez vite à un modèle de financement », commente Bruno Goud.

Cela rejoint une réflexion engagée au niveau de PSL sur l’avenir des Labex qui se terminent au 31/12/2024.

« On s’acheminerait vers la mise en place de grands programmes PSL qui doivent prendre leur suite, avec surement une redéfinition de leur périmètre. Q-Life aurait alors vocation à s’insérer dans un de ces programmes ou à en constituer un lui-même ».

Réalisations et impact de Q-Life

En plus du volet soutien à des projets de recherche, l’Institut comporte deux autres volets sur lesquels revient Bruno Goud :

  • « Un programme de formations graduate, en lien avec l’offre graduate de PSL, très axé sur l’international, où nous proposons des bourses de master et de doctorat, ainsi que des cours et notamment des winter schools (deux par an) qui fonctionnent très bien. » Selon le jury, depuis 2018, entre sept et dix bourses de 6 à 10 k€ ont été accordées chaque année, soit 33 étudiants au total, permettant d’attirer trois à quatre ingénieurs et six à sept étudiants internationaux.
  • Un programme de valorisation de la recherche en partenariat avec PSL Valo : « Il finance trois à quatre projets destinés à faire l’objet de start-up, à hauteur de 100 k€. Ainsi, nous accompagnons des chercheurs ou des ingénieurs qui ont un brevet ou une preuve de concept et veulent se lancer, en phase de pré-maturation. Les projets sont sélectionnés par un jury composé de chercheurs du monde académique et de personnes du monde de l’entreprise. »

Des premiers indicateurs positifs

Bruno Goud estime que l’impact est « difficilement quantifiable, d’autant plus sur un temps relativement court, mais nous avons déjà quelques indications positives ».

« En 2021, nous avons comptabilisé une quinzaine de publications scientifiques pour lesquelles le financement de Q-Life a joué un rôle important, et participé au recrutement de 14 nouvelles équipes de recherche.  Et au niveau valorisation de la recherche, on compte une start-up et deux brevets créée/déposés par des personnes financées en 2018 et 2019. Ce qu’on espère dans cette seconde partie, c’est une montée en puissance de ces indicateurs. »

Le jury souligne aussi l’effet d’entraînement de l’institut : « Selon un sondage réalisé auprès de 128 directeurs d’équipe, 43 % indiquent avoir démarré des collaborations avec d’autres équipes de Q-Life grâce aux actions de l’institut, et n’impliquant pas forcément des financements. »

Dans son évaluation de l’Institut, le jury note que « la qualité de la science et l’interdisciplinarité sont évidents : un appel à projets est lancé chaque année afin de soutenir des projets interdisciplinaires, avec une priorité donnée à des projets à haut-risque qui ne peuvent pas être facilement financés autrement. Depuis 2018, 19 projets de recherche ont donné lieu à une publication scientifique », dans des revues comme Nature Communications, EMBO, Current Biology…

Il souligne aussi le partenariat avec le QBI (Quantitative Bioscience Institute) de UCSF, initié en juillet 2019 et qui a donné lieu à un appel à projets joint. « Quatre projets ont été financés par ce biais, avec un budget de 600 k€ répartis à égalité entre les deux instituts. Un second appel est prévu l’année prochaine, et un partenariat avec l’Université de Pékin est en cours. »

Trouver un lieu, développer le lien avec la société : les projets à venir

« Nous allons bien sûr poursuivre nos grandes actions qui sont une réussite, et aussi soutenir des programmes avec des financements plus réduits mais qui ont bien fonctionné », répond Bruno Goud à la question des projets à venir.

Il évoque notamment un programme qui associe les sciences et les arts : « Parmi les établissements associés de PSL figurent en effet plusieurs écoles d’art. Ce programme permet à quelques étudiants de ces écoles de venir plusieurs semaines dans les laboratoires de biologie puis de proposer une restitution artistique, sous forme de dessins ou sculptures, de bandes dessinées, d’art graphique, etc. C’est très intéressant, la rencontre de deux mondes, et c’est quelque chose qu’on voudrait développer. »

Autre projet pour l’institut : trouver un lieu physique, « avec des espaces de travail, de réunion, de cours, et surtout pour matérialiser cet objectif des Instituts Convergences qui est de rassembler, de croiser les communautés ». Selon lui, le projet de l’Institut Qbio dans le cadre du ParisSanté Campus pourrait les y aider, « car il porte un programme dont les thématiques sont proches de Q-Life, autour de la biologie quantitative ».

Enfin, le coordinateur de Q-Life souhaite développer la relation avec le grand public.

« La crise Covid a égratigné la perception de la science, c’est une vraie interpellation pour nous, et donc nous réfléchissons à développer plus d’actions faisant le lien entre science et société », dit-il.


Fiche n° 9321, créée le 06/11/2019 à 04:36 - MàJ le 06/11/2019 à 16:39

©  Uriel Chantraine / Institut Curie
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