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Minalogic : le soutien de l'État, « indispensable » pour la neutralité des pôles (J-É Michallet)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Actualité n°228376 - Publié le 15/09/2021 à 18:13
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Jean-Éric Michallet - ©  JAYET_CEA

« Si les pôles veulent conserver leur neutralité, un soutien financier de l’État est indispensable », déclare Jean-Éric Michallet Délégué général @ Minalogic
, délégué général du pôle de compétitivité Minalogic Minalogic est un pôle de compétitivité sur les technologies du numérique en Auvergne-Rhône-Alpes, basé à Grenoble. , à News Tank, le 14/09/2021.

« Si en France nous voulons continuer à avoir une sérendipité qui fait que la recherche arrive dans des entreprises, qu’il y ait des rencontres, que des entreprises PME Petites et moyennes entreprises pas forcément aguerries au fonctionnement de l’innovation en France survivent et acquièrent de l’innovation dans leurs produits, que les chercheurs soient accompagnés dans leur volonté d’entrepreneuriat, etc., l’État devra continuer à nous financer un minimum », ajoute-t-il.

En effet, né en 2005 autour d’un écosystème de la microélectronique très dynamique à Grenoble, Minalogic devra faire face, à l'été 2022, au terme de la phase IV des pôles de compétitivité telle que fixée par le Gouvernement, tout comme la quarantaine d’autres structures similaires labellisées et soutenues par l'État en 2019.

Depuis quelques années, les domaines d’expertise du pôle se sont étendus à l’innovation numérique, et ce dans toute la Région Auvergne Rhône-Alpes avec des implantations à Lyon et Saint-Étienne et 475 adhérents au compteur, dont plus de 400 entreprises de toute taille, des organismes de recherche, des acteurs académiques, des collectivités et des financeurs. « Une diversité unique en France », souligne Jean-Éric Michallet.

S’agissant du plan de relance, selon lui, « le rôle du pôle, aujourd’hui lié au futur plan France 2030, est un rôle d’expertise et de structure crédible pour, d’une part avancer des états de l’art sur certaines technologies, faire des propositions et mettre en musiques les différentes phases de ces plans ».


« Les pôles doivent s’adapter à une nouvelle donne »

Comment appréhendez-vous l’avenir des pôles de compétitivité, notamment leur financement par l’État ?

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où d’un côté les pôles sont reconnus sur le terrain par les pouvoirs publics et les entreprises pour leur action. Ils sont reconnus surtout en termes de sollicitations. Mais on ne sait pas trop si cette reconnaissance va aller jusqu’à une continuité de financement, de moyens de la part des pouvoirs publics pour le soutien des pôles.

L’année prochaine, la phase IV des pôles de compétitivité prendra fin. Nous n’avons pas encore une idée très claire sur ce que sera la phase V. Nous y travaillons, mais je pense que les pôles doivent s’adapter à une nouvelle donne dans les réflexions autour des écosystèmes d’innovation aujourd’hui, dans laquelle ils ne sont pour l’instant pas évoqués…

N’est-ce pas parce que les pôles sont arrivés à un certain stade de maturité, contrairement à d’autres maillons de la chaîne de l’innovation ?

Il est certain que sur le terrain, il n’y a plus besoin de les promouvoir. Ils font partie de l’écosystème. Ce sont des structures qui ont su s’adapter à toutes les donnes en 15 ans. Elles demeurent un invariant dans beaucoup de territoires. Peut-être y a-t-il cette tentation de dire que les pôles sont insubmersibles. Cependant, comme toute structure associative avec des budgets, il serait normal de s’y intéresser plus en détail.

Pensez-vous que les pôles puissent survivre sans soutien financier de l’État ?

Si les pôles veulent conserver leur neutralité, un soutien financier de l’État est indispensable. Nous ne sommes pas les seuls à faire de l’accompagnement de l’innovation et de très bons cabinets privés font de l’accompagnement d’entreprises.

Mais si en France nous voulons continuer à avoir une sérendipité qui fait que la recherche arrive dans des entreprises, qu’il y ait des rencontres, que des entreprises pas forcément aguerries au fonctionnement de l’innovation en France survivent et acquièrent de l’innovation dans leurs produits, que les chercheurs soient accompagnés dans leur volonté d’entrepreneuriat, etc., l’État devra continuer à nous financer un minimum.

En tout cas, le retour sur investissement me paraît plutôt bon pour l’envisager.

Quel type de start-up accompagnez-vous et à quel stade de maturité ?

Accueil des entreprises dès le TRL 3-4 »

Nous accompagnons principalement des start-up technologiques qui apportent une rupture technologique au niveau d’un marché. Il y a forcément au moins un début de projet, la start-up doit être issue d’un laboratoire, d’un brevet ou d’une personne venant d’ailleurs avec une certaine expertise. En tout cas, il doit déjà y avoir eu une preuve de concept, une équipe formée et un premier financement.

À ce moment-là, Minalogic peut l’accompagner pour lui permettre de rechercher d’autres financements pour continuer sa R&D Recherche et développement , de chercher un partenaire pour l’industrialisation, de l’aider à trouver de la visibilité, d’aller dans des événements pour tester le marché, comme au CES Consumer electronics show . Donc, dès le TRL Technology readiness level 3-4, il est possible de travailler avec nous.

Pour les entreprises un peu plus matures, PME Petites et moyennes entreprises , ETI Entreprise de taille intermédiaire ou grands groupes, il est possible de travailler sur leur feuille de route technologique. Nous pouvons aussi les mettre en contact avec de potentiels partenaires sur d’autres pôles de la Région.

« Notre activité principale est de faire rencontrer les adhérents les uns avec les autres, des entreprises avec des investisseurs, les collectivités, les pouvoirs publics et les académiques, afin que l’innovation technologique se matérialise, indique Jean-Éric Michallet. Ce cœur de métier prend différentes figures :

L’accompagnement des projets d’innovation individuels ou collectifs grâce à des experts dans tous les domaines, y compris européens, pour aller chercher des financements ;

• nous opérons pour l’IRT Nanoelec un dispositif original dénommé EasyTech qui permet de prendre la moitié du coût d’un labo pour un projet collaboratif avec une PME. Plus de 4,5 M€ sont ainsi distribués depuis presque dix ans et cela permet à une PME de se mettre le pied à l’étrier dans un 1er projet de R&D avec un laboratoire de recherche publique ;

la mise en relation qualifiée, et la visibilité des adhérents pour les accompagner dans leur croissance : pour cela nous donnons la possibilité de tourner des vidéos promotionnelles et sommes partenaires de la radio Lyon Première qui invite des adhérents de Minalogic toutes les semaines dans une chronique dédiée. Nous avons aussi une plateforme digitale sur laquelle tous nos adhérents peuvent se rencontrer via des communautés thématiques ;

l’innovation ouverte : nous permettons à des donneurs d’ordre qui recherchent de l’innovation de rencontrer les meilleurs acteurs du secteur en Région Aura, et inversement, afin de nouer des partenariats ; 

des accompagnements sur des salons internationaux, pour lesquels Minalogic est mandaté par la Région ».

Avec quels acteurs de la valorisation du territoire êtes-vous en relation pour mener à bien votre mission ? 

Nous sommes en lien avec la plupart des incubateurs, et plus généralement avec la plupart des structures qui accompagnent l’innovation. En premier lieu, nous sommes en lien avec Bpifrance, bras armé de l’État sur le financement des AAP Appel à projets , les financeurs publics, la DGA Direction générale de l’armement qui nous finance pour des innovations dans le domaine de la défense, la sécurité et la sûreté, mais aussi les services de l’État en région sur la feuille de route pour l’IA Intelligence artificielle , les différents clusters et les autres pôles de compétitivité.

Il y a trois Satt Sociétés d’accélération du transfert de technologies en Région Auvergne Rhône-Alpes, Linksium à Grenoble, Pulsalys à Lyon et Clermont Innovation à Clermont-Ferrand. Nous figurons dans les conseils d’investissement de chacune d’entre elles. Nous avons ainsi une vision claire des projets, aussi bien en incubation qu’en maturation, et les Satt promeuvent les opérations des pôles auprès des start-up incubées pour continuer l’accompagnement. Nous sommes donc complètement complémentaires. 

Quel est votre modèle économique ?

25 permanents et 3 M€ de budget annuel »

Nous sommes 25 permanents répartis sur trois sites (Grenoble, Lyon et Saint-Étienne). Nous avons un budget associatif de 3 M€ annuel et nous dépensons tout ce que nous gagnons. Notre but n’est pas de faire du profit. Notre modèle économique se compose pour un tiers des cotisations annuelles des adhérents. Un petit tiers provient des subventions directes de la Région avec des crédits opérationnels et des crédits sur projet, mais aussi des métropoles et notamment celle de Saint-Étienne.

Enfin nous avons des subventions sur projets comme celles de la DGA, mais aussi les projets européens qui financent notre activité d’accompagnement ainsi que nos relations avec d’autres clusters européens. Nous avons notamment créé, avec une quinzaine d’entre eux, l’association Silicon Europe Alliance qui nous permet de rester connecter et de déposer ensemble des projets européens.

Comment parvenez-vous à maintenir un équilibre entre l’accompagnement de start-up en rupture technologique très prometteuses et le soutien à l’écosystème de PME/PMI Petite et moyenne industrie innovantes de la région en demande de transfert de nouvelles technologies ?

Nous avons un travail à faire aux côtés des entreprises qui ont des besoins de visibilité, de business, etc., mais nous avons aussi une mission à remplir aux côtés des entreprises en rupture technologique qui recherchent des financements, des appels à projets, etc.

Nous avons donc mis en place un plan référent : les entreprises ont chacune un référent au sein du pôle qui permet d’assurer le dialogue et de connaitre les besoins de l’entreprise.

Suivant les activités du pôle, on essaye de mettre à disposition des entreprises ce dont elles ont besoin pour les satisfaire. Tout est noté dans un CRM Customer Relationship Management composé de plus de 6 000 sociétés, 20 000 contacts. Ces données sont très riches et montrent que nous connaissons très bien nos adhérents, notamment leur feuille de route technologique, leurs besoins de financement, leurs besoins de recrutement, de locaux, leur stratégie commerciale, etc. Il y a un vrai lien de confiance entre eux et nous.

Comment les pôles de compétitivité ont-ils été impliqués dans la préparation et la mise en œuvre du plan de relance, du PIA Programme d’investissements d’avenir 4, et du futur plan d’investissement France 2030 ?

Plan de relance : d’abord un rôle de conseil »

Notre rôle dans le plan de relance, aujourd’hui lié au futur plan France 2030, est un rôle d’expertise et de structure crédible pour, d’une part avancer des états de l’art sur certaines technologies, faire des propositions et mettre en musiques les différentes phases de ces plans. L’AFPC Association Française des Pôles de Compétitivité qui fédère tous les pôles de compétitivité est en lien avec les services de l’État, de Bercy. Elle a été sollicitée et a participé à l’élaboration des stratégies d’accélération du PIA 4. Les pôles sont présents dans tous les conseils stratégiques de filière où ils portent une expertise, une vision du terrain sur le développement des technologies et des innovations.

Le premier niveau d’implication des pôles est donc un rôle de conseil, à l’instar d’autres structures que sont par exemple les CCI Chambre de commerce et d’industrie et les Satt. Une fois que les stratégies sont définies, quand il faut faire en sorte que les projets émergent, on nous demande de nous assurer qu’il y ait une vraie sélection dans la qualité des projets, d’aider les entreprises à répondre aux cahiers des charges, à enrichir leurs projets, et s’assurer qu’il y ait une bonne adéquation avec ce que recherchent les financeurs publics ou privés.

Globalement, soit ce sont des entreprises adhérentes qui se tournent de manière assez naturelle vers le pôle pour les aider. Soit elles viennent nous voir avec des projets qu’elles ont déjà ficelés. C’était d’ailleurs beaucoup le cas au début du plan de relance. Ensuite, il y a aussi des entreprises non adhérentes au pôle qui font appel à nous pour les aider dans leurs projets. Enfin, très souvent les pouvoirs publics, Bpifrance, la DGE Direction générale des entreprises , la Dreets Direction régionale de l'économie, de l’emploi, du travail et des solidarités en région, nous appellent pour faire le tri parmi tous les projets qu’ils reçoivent afin de reconnaitre quels sont les bons, ceux pour lesquels il faut un peu améliorer la copie, etc.

Le pôle Minalogic est donc assez sollicité…

Oui assez ! Nous ne nous plaignons pas. Le pôle Minalogic bénéficie d’une dynamique assez positive car près de la moitié des stratégies d’accélération concernent le numérique. Les grandes tendances actuelles sont le semi-conducteur, l’IA, le quantique, l’industrie du futur, la cybersécurité. Nous sommes en plein dans les domaines d’activité de Minalogic.

De plus, nous avons une certaine crédibilité puisque nous avons tout de même accompagné plus de 100 projets en 2020. Nous avons une certaine force de frappe. Par ailleurs, notre région est extrêmement dynamique dans ces domaines en termes d’entreprises, d’expertise académique, de diversité. Aussi, notre panel d’application est vaste et englobe la santé, l’énergie, les mobilités et l’industrie de manière générale.

Enfin, les services à la région Auvergne Rhône-Alpes sont très dynamiques, notamment dans les partenariats qu’ils veulent nouer avec des structures comme les nôtres.

Jean-Éric Michallet


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Parcours

Minalogic
Délégué général
CEA Leti
Directeur du département des composants microélectroniques
CEA Leti
Directeur commercial
CEA Leti
Chargé de développement
Université de Lyon (Comue UDL)
Chargé de valorisation à Lyon Science Transfert
Manesman Business Angels
Vice-président « deal flow »
Altis Semiconductor
Responsable du service client
Altis Semiconductor
Responsable de projets clients
IBM
Responsable du service de soutien à la production
IBM
Ingénieur produits

Établissement & diplôme

Esdes (ESDES Ecole de management)
Certificat en gestion et management durable
Dauphine - PSL
Executive MBA en administration et management
Enserg (devenu Phelma)
Ingénieur en microélectronique

Fiche n° 20503, créée le 14/12/2016 à 11:46 - MàJ le 23/10/2019 à 12:38

Minalogic

Minalogic est un pôle de compétitivité sur les technologies du numérique en Auvergne-Rhône-Alpes, basé à Grenoble.

Catégorie : Divers public


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Fiche n° 6167, créée le 19/12/2017 à 12:03 - MàJ le 23/10/2019 à 12:35

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