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UCA : « Présenter d’ici un an une grande université avec de nouveaux statuts » (J-M. Gambaudo)

News Tank Éducation & Recherche - Paris - Entretien n°108768 - Publié le 18/12/2017 à 10:54
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©  Université Côte d'Azur
Jean-Marc Gambaudo, président d’Université Nice Cote d’Azur - ©  Université Côte d'Azur

« On travaille au quotidien sur la gouvernance. Il y a chez chacun des membres des craintes, mais cela avance plutôt bien. J’aimerais que cela soit une réalité à la fin de mon mandat fin 2019 et qu’on puisse donc présenter d’ici un an une grande université avec de nouveaux statuts (…) Je pousse pour que l’on avance rapidement vers le grand établissement expérimental : il importe de créer de l’irréversibilité », déclare Jean-Marc Gambaudo, président d’Université Cote d’Azur, dans un entretien à News Tank, le 15/12/2017.

En octobre 2016, la rédaction de News Tank s’installait à Nice pour comprendre les raisons du succès niçois à l’appel à projets Idex Initiative(s) d’excellence . 15 mois plus tard, le président d’UCA Université Côte d’Azur fait le point.

« Le départ de Frédérique Vidal Conseillère spéciale du président @ European Foundation for Management Development (EFMD)
pour le ministère a été un aiguillon pour entamer une nouvelle phase de construction de l’université cible. Nous avons décidé, avec Emmanuel Tric Directeur par intérim @ IMREDD • Premier vice-président en charge des affaires institutionnelles et des moyens @ Université Côte d’Azur (Unica) • Professeur des universités en géophysique … , son successeur à la tête de l’Université de Nice Sophia Antipolis, d’utiliser les appels à projets du PIA Programme d’investissements d’avenir 3 pour accélérer la naissance de la nouvelle université », déclare-t-il. Ainsi, même si quatre projets d’EUR Ecole universitaire de recherche sur cinq n’ont pas été retenus, UCA entend les financer sur les crédits Idex pour transformer l’UNS Université Nice Sophia Antipolis . L'établissement peut aussi s’appuyer sur son « nouveau cursus universitaire », sélectionné dans le cadre du PIA 3, et sur le projet disrupt campus, lauréat cette année.

« Une nouvelle génération de personnes ont repris à leur compte notre idée UCA : c’est l’aspect le plus important. Ils se mettent en responsabilité pour construire l’avenir. L’Idex est donc un levier qui fait prendre une mayonnaise : il permet de participer à des projets collectifs qui réussissent », estime Jean-Marc Gambaudo.

Concernant le fonctionnement de l’Idex, il annonce vouloir aller vers moins d’appels à projets. « Ils ont eu le mérite de nous dynamiser, mais le risque est de faire du saupoudrage. »


Jean-Marc Gambaudo répond à News Tank

Comment jugez-vous l’avancée de l’Idex UCA Université Côte d’Azur JEDI Joint, Excellent and Dynamic Initiative  ?

Jean-Marc Gambaudo : Globalement cela avance bien. Le départ de Frédérique Vidal pour le ministère a été un aiguillon pour entamer une nouvelle phase de construction de l’université cible. Nous avons décidé, avec Emmanuel Tric, son successeur à la tête de l’Université de Nice Sophia Antipolis, d’utiliser les appels à projets du PIA Programme d’investissements d’avenir 3 pour accélérer la naissance de la nouvelle université.

En effet, l’objet de l’Idex Initiative(s) d’excellence est de transformer une Comue Communautés d’universités et d'établissements en université. C’est pourquoi nous avons déposé cinq projets d’EUR Ecole universitaire de recherche , dont un a été lauréat, et un projet de « nouveau cursus », qui a été retenu et qui est l’un des mieux financés.

Grâce à l’Idex, nous avons pu réussir des recrutements de très haut niveau, impossibles auparavant :

  • un poste de professeur cofinancé par l’université et Skema ;
  • sur un poste de directeur de recherche de l'IRD Institut de recherche pour le développement nous avons fait venir un professeur associé de Caltech, qu’on environne avec l’Idex ;
  • Un poste de DR1 CNRS qu’on accompagne avec l’Idex via une chaire.

• Digital Systems for Humans (DS4H) portée par Johan Montagnat

• Next Generation Life Scientists Graduate School (NGLS), Laurent Counillon

• INnovative Concepts In Science and Engineering (INCISE), Fabrice Planchon

• Economics, Law and Management of Innovation (ELMI), Patrick Musso

• Arts, Creation, Cultural Environment, Social Sciences (ACCESS), Jean-François Trubert

Êtes-vous déçu de ne pas avoir obtenu davantage d’EUR ?

La dynamique Idex était portée au départ par très peu de monde. Pour passer à ces nouveaux projets du PIA 3, il a fallu élargir, les construire avec les spécialistes du domaine. Ainsi, une nouvelle génération de personnes a repris à leur compte notre idée UCA : c’est l’aspect le plus important. Ils se mettent en responsabilité pour construire l’avenir. L’Idex est donc un levier qui fait prendre une mayonnaise : il permet de participer à des projets collectifs qui réussissent.

Les quatre autres EUR financées avec les fonds de l’Idex »

Le jury n’a, semble-t-il, pas valorisé la dynamique globale du site, le lien entre ces projets : il a vraiment regardé EUR par EUR. Nous en tiendrons compte lors de la prochaine vague. Mais ce résultat est malgré tout satisfaisant - d’autant plus que nous avons également été lauréats d’un NCU Nouveaux cursus universitaires et d’un disrupt campus. Certes, ce n’est pas suffisant pour transformer l’université : c’est pourquoi nous avons donc décidé de lancer dès à présent les quatre autres EUR en les finançant avec les fonds de l’Idex. 

L’école universitaire de recherche « UCA Digital systems for humans »  regroupe l’Université Nice Sophia Antipolis, le CNRS, Inria et Skema Business school autour des sciences du numériques et de leur aspects humains.

• Elle englobe des aspects de formation par les technologies du numérique et pour les technologies du numérique, en lien avec l’Espé.

• Un réseau d’entreprises sera également développé. Des parcours professionnalisants seront proposés dans lesquels les étudiants seront immergés en entreprises pendant une partie de leur formation ; des formations à l’entreprenariat seront également disponibles.

L’EUR proposera des parcours plus académiques tournés vers la recherche  : ils comporteront le plus tôt possible des projets de recherche, dès la première année de master avec un mécanisme de tutorat dans lequel les doctorants et les enseignants participeront au suivi individualisé des étudiants.

Sur le plan de l’organisation, l’université met en avant la simplification engendrée : l’EUR, le labex UCN@Sophia et l’Académie 1 (Réseaux, information et société du numérique) seront regroupés en une seule entité.

 

Qu’a changé le départ de Frédérique Vidal ?

D’abord, cela a impliqué la réorganisation de l’équipe présidentielle qui est restée la même. Je connaissais bien Emmanuel Tric, car c’est avec lui que j’avais conçu le concept d’« académie ». Mais il était important d’afficher rapidement que l’on travaillait main dans la main, de ne pas laisser se créer de distance. D’ailleurs nos bureaux sont côte à côte ! Et on a fait en sorte que tous les vice-présidents UNS Université Nice Sophia Antipolis deviennent des VP UCA : cela permet de bien accorder la stratégie et garantit de pouvoir agir sur les services d’UNS. 

Pourquoi avoir renoncé à séparer premier cycle et niveau « graduate » qui était l’un de vos principes de travail ? 

Nous aurons raté notre projet si nous ne transformons pas le site sur le plan institutionnel »

Il ne s’agit pas d’un renoncement, mais d’un renforcement de cette dynamique en y incluant tout le monde. Quand nous sommes partis dans le projet, tout n’était évidemment pas écrit et détaillé. Nous nous étions concentrés sur l’aspect graduate dans notre réponse au jury. Mais, très vite, nous nous sommes rendu compte que le vrai projet c’était de construire l’université cible. Évidemment, l’arrêt de plusieurs Idex qui n’avaient pas assez avancé sur la gouvernance nous a alertés : nous avons pris conscience que nous raterons notre projet si nous ne transformons pas le site sur le plan institutionnel.

Pour que cette transformation opère, il faut pouvoir entraîner tout le monde, c’est mon crédo. Couper l’université entre undergraduate et graduate n’est donc pas très pensable et cela aurait affaibli notre projet tout en créant, car cela aurait créé des tensions. 

Aujourd’hui, notre réflexion est de créer un collegium de toutes nos licences organisées en collèges universitaires préparatoires dynamisés par le « nouveau cursus universitaire » et connectés avec les EUR. Nous menons des réunions actuellement pour voir comment on articule l’ensemble. 

Le projet d’UCA, déjà ébauché dans le cadre de son contrat quadriennal et lauréat d’un NCU, repose sur :

La modularisation des parcours : un contrat pédagogique définissant un objectif professionnel ou de poursuite d’études et dont une équipe pédagogique en vérifiera la cohérence. Elle s’appuiera sur des conseillers pédagogiques (qui seront recrutés dans le cadre de ce PIA) et sur la mise en place d’un portfolio étudiant qui permettra à ce dernier de se situer, de voir comment il évolue et comment il progresse dans son parcours.

Une transformation pédagogique qui privilégie la pédagogie active. Une place importante sera accordée à l’accompagnement des enseignants et à la valorisation de leur engagement en pédagogie. En outre, des actions impliqueront les étudiants : enseignement et évaluation par les pairs, tutorat, financement de contrats étudiants.

 

Comment va s’organiser l’université cible ?

Des membres avec lesquels on travaille dans la dentelle »

L’université cible sera un grand établissement de type « expérimental » dans lequel l’université de Nice Sophia Antipolis s’est métamorphosée et où opèrent d’autres membres avec des degrés d’intégration plus ou moins grands, des membres avec lesquels on travaille dans la dentelle.

C’est un objet plutôt complexe à imaginer, qui doit se traduire par un niveau d’administration meilleur que la situation existante. Et nous devons tenir compte des nouvelles structures que l’on créé, comme les EUR et qui amènent à « redistribuer » des pouvoirs au sein de l’université. Il importe donc que les personnes qui s’en occupent soient dans la volonté de changement que l’on impulse. Et qu’organismes et écoles privées y interviennent aussi.

Justement, où en est le partenariat avec les écoles publiques et privées ou avec des structures comme l’Observatoire ?

Comme sur les autres sujets, nous sommes passés dans une phase plus opérationnelle avec les écoles. Avec chacune d’entre elles, nous cherchons à définir jusqu’où nous pouvons pousser l’entente.

Le rôle d’Alice Guilhon est toujours aussi important »

Avec Skema, notre partenariat se traduit au niveau de la recherche, par l’intégration d’une équipe de l’école au sein de  notre UMR Unité mixte de recherche en économie-gestion. L’enjeu est maintenant d’avancer pour en faire la business school d’UCA, sous une forme qui reste à définir. Je souligne que le rôle d’Alice Guilhon Présidente @ Conférence des directeurs d'écoles françaises de management (CDEFM) • Dean et présidente exécutive @ Skema Business School
est toujours aussi important dans notre collectif. Skema y joue magnifiquement son rôle. Avec l’Edhec, nous collaborons aussi sur plusieurs projets de formation et de recherche. 

Pour l’Observatoire, nous devons trouver une manière de respecter ses missions nationales et internationales. Du côté des écoles d’art, il y une volonté d’aller jusqu’au maximum possible de l’intégration pour certaines d’entre elles. 

On travaille au quotidien sur la gouvernance. Il y a chez chacun des membres des craintes, mais cela avance plutôt bien. J’aimerais que cela soit une réalité à la fin de mon mandat fin 2019 et qu’on puisse donc présenter d’ici un an une grande université avec de nouveaux statuts. 

Le projet de loi d’habilitation et la future ordonnance que prépare le Mesri pour ouvrir la voie à des expérimentations en matière de gouvernance vous conviennent-ils ?

Oui et nous essayons de « localiser » nos problèmes et enjeux avec la perspective de l’ordonnance. J’ai parlé de l’Observatoire dont on doit respecter les missions nationales, mais il est évident qu’on ne va pas non plus intégrer le CHU Centre hospitalier universitaire dans son ensemble. En revanche, l’intégration pourrait concerner la recherche clinique et l’innovation du CHU que nous pourrions marier avec la recherche de l’université et avec les grandes missions de l’Observatoire. 

Je veux, au plus vite, avoir des idées plus précises sur ce que l’on fait remonter au ministère. Je pousse pour que l’on avance rapidement vers le grand établissement expérimental : il importe de créer de l’irréversibilité. 

Vous avez bénéficié d’un fort soutien des entreprises. Comment faire pour qu’il ne s’essouffle pas ?

Cela marche bien avec les entreprises, mais il nous faut faire évoluer notre relation. Nous avons monté des plateformes d’interaction public-privé comme l’IMREED (Institut méditerranéen du risque, de l’environnement et du développement durable), et lancé des AAP Appel à projets permettant de financer des projets construits avec des entreprises.

Nous voulons aller vers moins d’appels à projets »

Nous avons ainsi soutenu à hauteur de 1,4 M€ des projets communs, pris en charge à 50 % par UCA. Mais finalement cela ne représente qu’une quinzaine d’entreprises et cela a sans doute créé des frustrations par rapport à ceux qui ont candidaté et n’ont pas été retenus.

Nous avons donc désormais la volonté de travailler plus en amont : il nous faut repérer les projets potentiels et, quand ils seront suffisamment mûrs, nous les financerons. C’est d’ailleurs un sentiment général : nous voulons aller vers moins d’appels à projets.  Ils ont eu le mérite de nous dynamiser, mais le risque est de faire du saupoudrage. Nous devons nous recentrer. 

UC Irvine (Etats-Unis), l’Université de Laval (Canada), l’EPFL (Suisse), et l’Université de Constance (Allemagne) constituaient les quatre établissements du benchmark international d’UCA. Certains deviennent des partenaires privilégiés avec des collaborations renforcées :

« On a transformé ces benchmarks en collaborations. C’est le cas d’Irvine où nous sommes allés plusieurs fois pour connecter nos EUR aux laboratoires de UCI. Avec l’Université Laval, nous avons monté deux chaires d’enseignement en commun l’une sur la simulations en santé numérique et l’autre sur la santé des femmes. Nous sommes en train de connecter certains aspects de notre Idex avec leur programme “sentinelle nord“ », indique Jean-Marc Gambaudo.

 

Quid des relations avec le CNRS maintenant que Frédérique Vidal est ministre et qu’Alain Fuchs
n’en est plus le président ?

Avec le CNRS, cela marche très bien. Le délégué régional nous apporte un soutien sans faille et nous avons de très bonnes relations avec les directeurs d’instituts. Je pars du principe qu’il ne s’agit pas de faire de la science niçoise : l’intérêt des EPST Établissement public à caractère scientifique et technologique est de nous ouvrir sur un réseau national et international que n’ont pas les autres pays. Il ne s’agit pas de le détruire sous prétexte de conduire des politiques de sites.

Vous évoquez déjà votre fin de mandat…

Nous sommes engagés dans un projet sur dix ans : d’autres générations vont nécessairement prendre les choses en main. Ce qui m’obsède est de mettre les bonnes personnes en état de réaliser qu’elles devront se saisir des sujets. C’est ce qui donnera de la stabilité à notre projet.

Parcours

3IA Côte d’Azur
Directeur par interim
Université Côte d’Azur (Comue UCA)
Président
Université Cote Université
Administrateur provisoire
Institut non linéaire de Nice
Directeur

Fiche n° 9783, créée le 20/03/2015 à 18:26 - MàJ le 14/01/2021 à 12:10

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Jean-Marc Gambaudo, président d’Université Nice Cote d’Azur - ©  Université Côte d'Azur