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Comment l’Inserm accélère des technologies pour les diffuser dans ses laboratoires

Paris - Publié le mercredi 30 janvier 2019 à 13 h 54 - n° 138812 « Développer des briques technologiques et les diffuser vers nos laboratoires » : c’est le rôle des ARTARTAccélérateur de recherche technologique (accélérateurs de recherche technologiques) imaginés et déployés par l’InsermInsermInstitut national de la santé et de la recherche médicale depuis 2015, indique Franck Lethimonnier, directeur de l’institut thématique Technologies pour la santé, à News Tank, le 30/01/2019.

La technologie n’est pas le cœur d’activité de l’organisme, mais « pour être compétitif au plus haut niveau international, il faut que les chercheurs aient accès aux technologies les plus pointues », souligne-t-il. « L’enjeu des ART est de partir de la brique technologique imaginée dans un premier laboratoire et de trouver la ou les unités de recherche qui va l’utiliser. »

Trois ART ont déjà été lancés : sur les ultrasons biomédicaux, la bio-impression et la thérapie génomique. Un quatrième est en réflexion sur l’IAIAIntelligence artificielle et la santé, mais suspendu au futur plan national sur l’intelligence artificielle.

« La création d’un ART demande des efforts importants, en particulier en matière de RHRHRessources humaines », souligne Franck Lethimonnier, qui revient sur les enjeux de ces structures et en dresse un premier bilan. 

Il interviendra sur le sujet lors de Think Education et Recherche, le 13/02/2019 à l’Université Paris-Dauphine, aux côtés de Mickaël Tanter, directeur de l’ART Ultrasons biomédicaux, et d’Anna Galy, directrice de l’ART Thérapie génomique. Vous pouvez encore vous inscrire pour assister à leur présentation.
 Franck Lethimonnier - © Heidinger Jean-Marie
 Franck Lethimonnier - © Heidinger Jean-Marie

Franck Lethimonnier répond à News Tank

Pourquoi l’Inserm a-t-il fait de la recherche technologique une priorité ?

Franck Lethimonnier : L’Inserm est un organisme centré sur la biologie et la santé, de la recherche la plus fondamentale à la recherche appliquée. La technologie n’est donc pas le cœur d’activité de l’organisme.

Il faut que les chercheurs aient accès aux technologies les plus pointues Mais en élaborant le plan stratégique 2016-2020, nous avons fait un constat évident : pour être compétitif au plus haut niveau international, il faut que les chercheurs aient accès aux technologies les plus pointues.

Ainsi, les grands laboratoires américains ont un accès plus organisé que ce n’est le cas chez nous aux technologies et cela leur donne un avantage compétitif.

De quelles technologies parle-t-on et qu’avez-vous imaginé pour les rendre disponibles ?

Notre champ est vaste, il recouvre l’ensemble des technologies pour la recherche en biologie, ainsi que les technologies pour les applications de santé. Cela intègre par exemple, l’imagerie, les biotechnologies et la bio-ingénierie, la santé numérique.

Pour organiser l’accès à ces technologies, plusieurs voies existent, dont certaines sont assez classiques :

  • mettre en place de grandes infrastructures et les plateaux mutualisés, nous le faisons de longue date, avec nos partenaires français ;
  • développer une politique partenariale pour développer l’innovation avec des écoles d’ingénieurs, des industriels, et des organismes plus finalisés, là aussi c’est une modalité que nous connaissons bien.

Reste une dernière modalité, qui concerne les 10 % des forces de l’Inserm qui travaillent sur la recherche technologique et qui nous rendent, sur certains sujets, hyper compétitifs.

En analysant les besoins de nos équipes utilisatrices de technologies pour mener leurs projets de recherche biologiques, nous avons fait le constat que nous disposions de certaines briques technologiques correspondant à des besoins exprimés par de nombreux laboratoires.

Il nous manquait un outil afin d’avoir une réelle capacité interne à développer et à diffuser ces innovationsNous avons ainsi observé que nous avions une capacité de recherche technologique performante d’un côté et des projets d’utilisation très innovants de l’autre, mais qu’il nous manquait un outil afin d’avoir une réelle capacité interne à développer et à diffuser ces innovations.

Les ART (accélérateurs de recherche technologiques), c’est cela : développer des briques technologiques et les diffuser vers nos laboratoires. 

Concrètement, que changent les ART ?

Classiquement, un laboratoire imagine une brique très innovante, trouve un partenaire industriel pour la développer et, éventuellement, un autre laboratoire Inserm en biologie l’achète à ce même industriel pour l’utiliser.

Organiser la diffusion de prototypesCe processus peut prendre plusieurs années. L’enjeu des ART est de partir de la brique technologique imaginée dans un premier laboratoire et de trouver la ou les unités de recherche qui va l’utiliser. Cela signifie que nous devons avoir une capacité de développement en interne pour organiser la diffusion de prototypes. 

C’est vraiment une logique de codéveloppement : chaque laboratoire utilisateur a des besoins très spécifiques auxquels le prototype peut répondre. Et l’idée n’est pas de remplacer les industriels, mais de les associer en faisant de la R&D en commun.

Notre rôle se limite à fournir des prototypes aux laboratoires universitaires, dès lors qu’il est nécessaire de standardiser la production, ce n’est pas le rôle de l’ART, mais du privé.

Quels sont les premiers ART que vous avez mis en place ? 

La création d’un ART demande des efforts importants, en particulier en matière de RHNous devions sélectionner quelques sujets prioritaires, car la création d’un ART demande des efforts importants, en particulier en matière de RHRHRessources humaines.

Nous avons démarré, en partenariat avec le CNRSCNRSCentre national de la recherche scientifique et l’ESPCIESPCIEcole supérieure de physique et de chimie de la ville de Paris, par les ultrasons biomédicaux, qui correspond à une demande technologique formulée par de nombreux laboratoires.  Nous avons proposé une approche totalement innovante fondée sur une technologie de rupture adaptable aux spécificités des différents secteurs de la biologie.  

Le deuxième ART (« BioPrint » à Bordeaux) porte sur les technologies de bio-impression. Il repose sur des techniques d’impression par laser très en pointe, développées par l’unité mixte de recherche BioTis (Inserm/Université de Bordeaux). Nous sommes en phase de lancement de quatre prototypes avec quatre équipes Inserm qui bénéficieront de la technologie pour créer un modèle cellulaire de foie, un modèle d’environnement tumoral, un modèle de pancréas, et un modèle de système vasculaire. 

Un troisième ART « Thérapie génomique » est en phase de lancement. Il apporte des compétences technologiques, précliniques et pharmaceutiques pour le développement d’innovation en thérapie génique issue des laboratoires Inserm.

Quel lien ont les ART avec la recherche clinique ?

Les ART permettent de diffuser des technologies dans des environnements, soit propices à la recherche clinique comme en ultrasons, soit pour aider au passage en clinique d’approches thérapeutiques innovantes. On peut faire la démonstration d’un concept, mais si cela peut déboucher à un transfert vers le soin, c’est le rôle d’un industriel.  

Combien avez-vous investi ?

Il fallait trouver des compétences que nous n’avions pasLes moyens financiers se chiffrent en quelques centaines de milliers d’euros, apportés par la réponse à des appels à projets publics ou publics-privés. L’essentiel de notre effort a porté sur les moyens humains. C’était le verrou numéro 1 car il fallait trouver des compétences que nous n’avions pas : des  profils d’ingénieurs pointus qui pourraient être recrutés par des industriels.

Cela nous imposait d’être attractifs et réactifs, de leur donner une perspective et de bonnes conditions de travail. 

L’engagement de l’Inserm est important puisqu’il s’agit de recruter une dizaine de personnes sur trois ans pour chaque ART. C’est exceptionnel à l’Inserm, d’habitude on est sur des cycles beaucoup plus lents. 

L’enjeu est d’être au niveau de la compétition internationale alors que le système français empêche de généraliser ce type de démarche du fait des concours de la fonction publique. 

Quel bilan tirez-vous ?

Il est encore tôt. Mais sur l’objectif d’associer des laboratoires technologiques et des laboratoires utilisateurs en développant des prototypes, les premiers résultats sont là. Le premier ART a en effet permis la diffusion de 10 à 12 prototypes.

Pour ce qui est de la finalité - produire des publications à très haut niveau - ce n’est pas encore le cas, étant donné les délais de ce type de processus.

Prévoyez-vous d’en développer d’autres ?

Un quatrième ART autour du numérique était prévu dès le départ. L’enjeu est de positionner l’Inserm sur l’IAIAIntelligence artificielle associée à la santé, notamment pour l’aide à décision médicale ou en santé publique. Comment valider l’apport d’un système apprenant ? Est-il stable ? Répond-il aux exigences pour être approuvé par les autorités sanitaires ?

Nos réflexions portent sur un ART qui déploierait des outils et des méthodes autour de ces aspects. À ce stade nous attendons un peu de mieux connaître le plan national pour IA. 

Quels liens entretenez-vous Inserm Transfert ?

L’activité de développement génère des brevets et de l’innovationLes ART figurent parmi les priorités de la filiale Inserm Transfert. En effet, l’activité de développement génère des brevets et de l’innovation.

En outre, pour permettre d’associer des partenaires et dans un paysage de la valorisation complexe, Inserm Transfert constitue une bonne porte d’entrée au niveau national. Cela n’empêche pas d’avoir une vigilance sur la valorisation au niveau local.

Conférence : De nouvelles collaborations pour innover, l’exemple des « accélérateurs technologiques » de l’Inserm

Conférence : De nouvelles collaborations pour innover, l’exemple des « accélérateurs technologiques » de l’Inserm

Le fonctionnement des ART sera présenté, le 13/02/2019 à 10 h 15, lors de l'événement Think Education et Recherche, organisé par News Tank.

Les intervenants : 

Mickaël Tanter, directeur de l’ART Ultrasons biomédicaux ;
Anna Galy, directrice de l’ART Thérapie génomique ;
Franck Lethimonnier, directeur de l’Institut thématique technologies pour la santé.

Modération :

• Paul de Brem, animateur

Institut national de la santé et de la recherche médicale
Fiche n° 3732, créée le 10/12/15 à 09:39

Institut national de la santé et de la recherche médicale

Membre depuis 2009 de l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé


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